Le pouvoir expliqué par la personnalité du contrôleur

By 16 April 2013

3. Le pouvoir expliqué par la personnalité

En effet, il est évident que le pouvoir plus ou moins important du contrôleur va dépendre en grande partie également de sa personnalité, à partir du moment où sa personne rentre en contact avec une autre : « Ce sont deux hommes donc il y en a un qui est souvent plus fort par rapport à l’autre. » [CGS, Superauto]

Ainsi, dans la littérature, Sainsaulieu (1997, p.129) indique que « des personnages clés, des leaders, peuvent avoir une influence beaucoup plus large que celle de leur zone d’autorité réelle. » Mintzberg (2003, p.63), reprend aussi l’idée d’atouts personnels de Kipnis lorsqu’il indique : « lié au savoir-faire politique, il y a un ensemble de caractéristiques intrinsèques au commandement – le charme, la force physique, l’attrait ». Le contrôleur de Topélec parle ainsi de l’importance de la personnalité en ces termes :

« De par les personnes, de par les individus, le pouvoir financier est assez important chez Topélec. Mais de par les personnes, de par le charisme et les personnalités des gens qui sont là. Pas forcément par la fonction. C’est un peu comme ici on avait V. [DAF] qui était très respecté et qui dans la société était un contre pouvoir par rapport à T. où V. était très respecté, très écouté dans n’importe quelle réunion. C’est pas son rôle de financier. C’était lui, son personnage. […]L’importance du rôle financier d’une boîte est liée vachement à la personne. Enfin je pense hein, c’est mon avis. Selon la personnalité de l’individu, il impose certaines choses. Et mon ancien directeur du contrôle de gestion, P. qui est parti chez Mégaclothes qui était donc à la place de S., imposait énormément, énormément de choses à l’ensemble des membres du Comex, il intervenait dans tous les domaines. Donc là son pouvoir était assez large.» [CGO, Topélec]

Par ailleurs, et nous retrouvons là ce que nous avons dit dans la deuxième partie, le contrôleur de gestion doit avoir une personnalité telle qu’il est non seulement conscient de ses diverses sources potentielles de pouvoir, mais qu’il doit également avoir la volonté de l’utiliser. Mintzberg (2003 p.62) écrit que « le fait d’avoir de quoi fonder son pouvoir ne suffit pas. L’individu doit agir afin de devenir un détenteur d’influence; lui ou elle doit employer son énergie, doit utiliser les supports pour asseoir son pouvoir.». Le contrôleur qui veut étendre son influence grâce à des moyens politiques doit être apte à le faire : il doit savoir

« appréhender les sentiments d’autrui, savoir où concentrer son énergie, se rendre compte de ce qui est possible, organiser les alliances nécessaires » (Mintzberg, 2003, p.63).

En outre on peut souligner encore l’importance de l’énergie nécessaire au contrôleur qui souhaite étendre ou conserver son pouvoir. Hatch (2000, p.299) écrit à ce propos : « Une autre différence importante entre l’autorité et les autres formes de pouvoir est que l’exercice de l’autorité comporte moins de coûts. En effet, utiliser un pouvoir non autorisé exige une dépense d’énergie telle que faire valoir une compétence, attirer l’attention sur soi, contracter un engagement ou être payé en retour, en échange d’un soutien apporté à un problème donné.» Cela se vérifie aussi dans les propos :

« D’abord c’est aider les gens qui travaillent avec moi à mettre la pression. Donc j’arrive pour donner mes conseils dans ce domaine là. Donc je touche à énormément de choses. Et c’est épuisant. » [CGS, Superauto]

Mais avant d’en être là, lorsque la rationalité dominante ou la culture de l’entreprise sont particulièrement défavorables à la sensibilité financière, il appartient d’abord au contrôleur de communiquer sur son rôle auprès des opérationnels :

« Donc en effet on va communiquer sur le fait qu’on est là pour les aider, pour prendre des décisions, et qu’on n’est pas là qu’en rétroviseur pour dire : c’était comme ça et voilà. Et là ça va être un boulot en 2009 de mettre en place la communication quoi. Enfin là pour toutes les grandes décisions on se bat en ce moment, sur les fiches Capex quoi. Donc ouai je pense qu’il y a de la communication à faire sur le rôle du contrôleur de gestion, qu’on est pas là, enfin qu’on doit pas sortir que des tableaux de chiffres : bon là c’est pas bien. » [Topfringues]

Nous avons vu comment la rationalité dominante de l’entreprise et la personnalité du contrôleur pouvaient influencer le degré de pouvoir de celui-ci. Un autre élément important à prendre en compte est l’image des contrôleurs perçue par les opérationnels, image qui dépend fortement des deux précédents facteurs par ailleurs.

Lire le mémoire complet ==> (Du rapport des contrôleurs de gestion au pouvoir)
Mémoire de fin d’études – Version non‐confidentielle
Université Paris – Dauphine – Master 2 Contrôle de gestion