Le pouvoir et l’importance du rattachement hiérarchique

By 16 April 2013

c) L’importance du rattachement hiérarchique

L’image du contrôleur va également dépendre du rattachement hiérarchique. Parmi les contrôleurs de gestion interrogés, la plupart d’entre eux étaient rattachés à la direction du contrôle de gestion ou à la direction financière. A l’exception du contrôle usine de Superauto, rattaché au directeur d’usine et fonctionnellement à un contrôleur de gestion division. Une telle situation peut bloquer les relations entre les contrôleurs de gestion et la direction mais surtout entre les contrôleurs de gestion et les opérationnels. Ardoin et Jordan (1979) précisent : « les responsables opérationnels considéreront le contrôleur de gestion comme ayant une optique strictement financière, alors que son domaine de référence est beaucoup plus large. » (in Lambert, 2005, p.79)

« Le fait d’être rattachée à la Daf pour eux c’est peut-être être plus du côté des financiers que de leur côté. Enfin ils me voient peut être plus comme un combat, même dans la conception budgétaire finalement, pour les ratios de frais de personnel par exemple… Que comme un soutien. Malgré que si je les soutiens quand même, quand ils ont besoin d’information je leur donne, mais dans la partie conception budgétaire ils vont plus me voir comme… pas comme un ennemi on peut pas dire ça, mais bon. » [Topfringues]

Le lien hiérarchique avec le directeur opérationnel et lien fonctionnel avec le contrôle central permet à la fois de compter aux yeux de la direction générale, tout en restant proche des opérationnel, même si l’ambiguïté pour les opérationnels risque de leur insuffler de la méfiance.

On notera enfin le cas étonnant de la séparation des fonctions et par conséquent des images perçues par les opérationnels, entre les financiers et les contrôleurs de gestion chez Coolagro :

« Le contrôleur au sein du site je pense qu’il a une assez bonne image quand même, parce qu’on est là justement en tant que fonction de soutien. Donc on est là pour les aider, on est là quand ils ont besoin d’informations, et on n’est pas là pour les juger non plus quoi. Donc les gens voient bien qu’on est là pour les aider quoi. Par contre en finance ça fait plus flicage. Parce que le financier agit sur des actions qui sont passées et donc généralement quand il vient vous voir c’est qu’il y a un problème […] c’est plus le côté flic qui vient vous voir parce que vous avez fait quelque chose qu’il ne fallait pas. […] Le comptable, enfin les gens le voient comme ça, c’est une partie de l’équipe qui est là, qu’on ne voit jamais. Le comptable on ne le voit pas. » [CGU, Coolagro]

d) La crédibilité et la confiance au cœur du jugement des opérationnels

Un dernier point, et qui est critique dans la formation de l’image que peuvent avoir les opérationnels des contrôleurs, est la crédibilité et la confiance qu’ils accordent aux données fournies.

Ainsi, l’étude de Lambert (2005, p.301) nous indique que « la crédibilité des contrôleurs de gestion est longue à établir vis-à-vis des opérationnels et la moindre erreur impose de repartir à zéro ».

C’est ce qui est constaté dans les faits chez Topfringues :

« Je pense qu’un V. ou qu’un L. [anciens DAF et Contrôleurs de gestion Topfringues] n’auraient jamais accepté une telle dérive. On perd toute notre crédibilité nous. Si on n’est pas capable de dire d’où vient notre chiffre et pourquoi il est différent du leur et d’où vient l’écart, on perd toute crédibilité. Notre métier avant tout, c’est 70% on l’a dit tout à l’heure de production, et ces 70% de production doivent être à 100% fiables. Ce qu’on nous demande c’est de produire des chiffres, fiables. Là on fait notre métier. […] Et ici là on n’arrive pas à faire. Depuis trop de mois là voire depuis un an ou deux, ils ne sont pas fiables à 100%, on n’est pas sûrs, on a des doutes sur le système d’info, on a des doutes sur Storeland, on a des doutes sur la comparabilité, et donc les gens ont des chiffres différents des nôtres et on dit oui c’est parce que ceci, c’est parce que cela, oui parce que c’était pas remonté, oui mais c’était à telle heure […]. Mais si on a produit beaucoup d’erreurs et si on a diffusé des tableaux faux, à un moment on dit bon, ils racontent n’importe quoi. C’est long à récupérer, dans l’esprit des gens, qu’ils reprennent confiance, et qu’ils disent : bon si le contrôle de gestion annonce ça, c’est qu’ils sont sûrs et c’est eux qui ont raison. Mais je pense qu’on y revient, on est sur la bonne voie là. » [Topfringue]

Ainsi, cet approfondissement des facteurs de contingence qui influent sur le niveau de pouvoir de chacun des contrôleurs interrogés permet de cartographier et classer les fonctions contrôle de gestion selon plusieurs typologies.

Lire le mémoire complet ==> (Du rapport des contrôleurs de gestion au pouvoir)
Mémoire de fin d’études – Version non‐confidentielle
Université Paris – Dauphine – Master 2 Contrôle de gestion