Le métier de surveillant dans un établissement pénitentiaire

By 6 April 2013

L’apprentissage dans la pratique – Deuxième section :

Le métier de surveillant s’apprend sur « le tas ». Son déroulement varie énormément selon la population, l’établissement ou la politique donnée par la direction. Par conséquent, le surveillant doit s’adapter à toutes les situations qui peuvent se présenter. Ainsi, la gestion de la détention est très difficile à effectuer. Paragraphe 2

Mais parallèlement, le surveillant a un outil indispensable, pour optimiser le plus possible la sécurité : c’est l’observation des détenus, qui lui permet d’avoir une certaine connaissance de sa population pénale. Paragraphe 1

Premier paragraphe : L’observation des détenus.

L’observation des détenus s’effectue selon différentes méthodes (A.), qui sont mises à la disposition de l’administration pénitentiaire. Ainsi, cette observation procure des résultats avantageux pour le personnel, tout en restant néanmoins insuffisants. (B.)

A. Les différentes méthodes d’observation :

Evidemment pour connaître les détenus, il faut les observer. Il existe au centre de détention de Loos, pour chaque détenu, une fiche qui permet de centraliser les informations le concernant. C’est ce qu’on appelle la fiche PEP (Projet d’Exécution des Peines)57, en complément du livret PEP58, qui, quant à lui,est distribué directement au détenu.

Néanmoins, cette observation reste superficielle. Il existe donc d’autres moyens pour recueillir des informations concernant les détenus. Evidemment, il est impossible que chaque détenu fasse l’objet d’une observation intensive. Par conséquent, certains fichiers permettent de les classifier selon leur comportement.

Dans un premier temps, le fichier des détenus particulièrement signalés (DPS) pose une première catégorie de détenus. Ce dernier a été créé en 1967 et vise à assurer le signalement des personnes qui pourraient être à l’origine d’un incident. Il est établi lors d’une commission présidée par le parquet, et composée par la police, la gendarmerie et la pénitentiaire. Cette commission fait des propositions en vue de l’inscription au fichier. Le classement d’un détenu dans le fichier des DPS repose sur de multiples critères : appartenance à un groupe terroriste, inscription au fichier de l’office central de répression du banditisme, inscription au fichier de l’office central de répression du trafic illicite de stupéfiants…le fait d’avoir provoqué de graves incidents durant sa détention. Par conséquent ce fichier n’a pas seulement comme champs d’action l’administration pénitentiaire. En réalité, ce fichier a essentiellement une importance pour les établissements lorsqu’un détenu doit être transféré (notamment pour la présence de l’escorte de police).

En effet, en principe, ce fichier permet une meilleure affectation dans les cellules. Les détenus DPS doivent toujours être accompagnés dés qu’ils quittent leur cellule. Mais en pratique cela est très peu appliqué. Il appartient en effet, au chef d’établissement de prendre au cas par cas les mesures qu’il estime les mieux adaptées59.

Suite aux événements de Fresnes, le 25 juin 2001, Mme Lebranchu s’est interrogée sur le fait de savoir si l’on pouvait « continuer à autoriser le détenu particulièrement signalé à aller sur les espaces non protégés »60 par des filins. Mais cette stigmatisation n’est peut être pas nécessaire. D’ailleurs, pour M.Duflot, « cette forme de marquage est stupide », ce ne sont que « des leurres pour la gestion des détenus ».

57 Voir l’annexe 4.
58 Le livret PEP renseigne le détenu sur la vie en détention, la vie quotidienne de l’établissement, Les différents services qui sont à la disposition des détenus et les adresses utiles.
59 Rapport du groupe de travail relatif aux DPS, 15 février 1993, rapporteur :JP Carbuccia-Berland, p11.
60 Le monde, Pour lutter contre les évasions, Marylise Lebranchu annonce un plan de sécurisation des prisons, 19 octobre 2001.

En effet, en prison ce qui est important ce n’est pas forcément l’acte puni, l’infraction. Ce qui est primordial pour la gestion de l’établissement, c’est le comportement que le détenu a en détention. Le détenu dangereux est donc celui qui menace l’intégrité physique ou morale du gardien, celui qui compromet la finalité même de l’institution carcérale61. Le rapport Chauvet distingue trois profils différents : « les détenus à hauts risques d’évasion, les perturbateurs et les psychopathes ou les personnalités mentalement déstructurés ». Il constate que « l’administration pénitentiaire se prive d’un moyen de prévention efficace des événements, de leurs effets directs (évasion, agression du personnel, prise d’otages, mutinerie…) comme indirects (perte de crédibilité de l’institution, mécontentement des personnels…) »62.

En réalité, les établissements créent leur propre fichier. Ainsi, à la maison d’arrêt de Loos, un fichier de haute surveillance ( HS ) a été institué. Lors d’une réunion, une synthèse est effectuée selon le comportement des détenus. Ceux inscrits sur ce fichier, font donc l’objet d’une attention toute particulière. Ces détenus doivent changer de cellule tous les deux mois et leur cellule doit se trouver prés d’un mirador, qui doit avoir connaissance de leur emplacement exact. Il appartient à la direction de permettre à son personnel de se réunir afin d’échanger un maximum d’information concernant les détenus. M. Clément, directeur de la maison d’arrêt de Loos, a donné comme objectif aux chefs de section, de mettre en place une réunion pour chaque début de service de l’équipe, ainsi que de trouver les outils pour accentuer l’information sur la connaissance des détenus ciblés. Evidemment, comme nous l’a suggéré M. Lebel, premier surveillant au centre de détention de Bapaume, cette réunion se fait officieusement dans tous les établissements autour d’un café !

L’observation des détenus permet à l’administration pénitentiaire de favoriser la sécurité. En effet, connaître les détenus de l’établissement permet au personnel d’individualiser son travail. Ainsi, cette connaissance aboutit à des résultats profitables pour la sécurité et la bonne marche de la prison. Néanmoins, ces résultats restent en majeur partie, insuffisants (B.).

61 M.Maro et Melle Simon, Le surveillant de prison : travailleur de l’ombre.
622ème partie, 3-b. La nécessité d’un suivi affiné des détenus dangereux

B. Des résultats avantageux mais insuffisants :

Lors des entretiens avec certains responsables de l’administration pénitentiaire, il est apparu déterminant, d’envisager la sécurité par rapport à des moyens strictement humains. D’ailleurs, M. Duflot a répondu sans hésiter, que le thème le plus important lorsque l’on évoque la sécurité est « la connaissance des détenus ». En effet, dans certains établissements, les surveillants ne connaissent pas la population pénale et se sentent par conséquent, en totale insécurité. C’est le cas, par exemple au centre pénitentiaire de Moulins-Yseure. Dans cet établissement, les surveillants surveillent les détenus d’un étage supérieur. Par conséquent, ils n’ont aucun contact avec les détenus. On pourrait penser qu’ainsi la sécurité est optimale. Mais au contraire, le personnel a peur de se rendre en détention63.

La connaissance de la population carcérale permet d’anticiper les réactions des détenus, et d’éviter ainsi le moindre incident. Le principal outil pour une bonne sécurité n’est autre que l’anticipation. Une relation de confiance et de dialogue doit pouvoir s’installer peu à peu.

De cette manière, l’affectation dans une cellule n’est pas arbitraire.

Elle peut être effectuée selon le comportement du détenu en détention, afin de ne pas faire cohabiter deux personnalités totalement opposées. Aussi, on ne doit pas mettre deux complices par exemple, dans la même cellule.

Mais dans la pratique, le manque de temps ne permet pas une affectation optimale.

De plus, cette dernière peut également dépendre de la nationalité ou de l’infraction (surtout pour les affaires de mœurs64). Ainsi à la maison centrale de Saint Maur, il y a 3 bâtiments distincts : le premier est réservé pour les arrivants, le deuxième pour les braqueurs, et le dernier pour les jeunes des cités parisiennes.

63 C’est ce que nous a expliqué Mme Blin, directrice adjointe à la maison centrale de Poissy.
64 Nous verrons plus tard qu’il existe une hiérarchie officieuse entre les détenus, où les condamnés pour affaires de mœurs sont au plus bas de l’échelle, et font donc l’objet de nombreuses violences. Deuxième partie, chapitre 2, section 2, paragraphe 2, A. Les rapports de force.

Cette classification est bien souvent officieuse65, et elle ne se fait pas dans tous les établissements. Ainsi, à la maison centrale de Poissy, aucune classification ethnique n’est de rigueur. Pour Mme Blin, cette distinction ne ferait que retranscrire les problèmes que l’on trouve à l’extérieur.

Même si les surveillants connaissent la population carcérale, ils ne doivent pas relâcher l’application des mesures de sécurité. D’ailleurs, c’est ce qu’a souligné un surveillant au centre de détention de Loos, « on les connaît, on sait à qui on a à faire. Néanmoins, on ne tourne jamais le dos à un détenu. »

Mais, cette connaissance de la population pénale devient de plus en plus délicate et insuffisante. En effet, une profonde modification s’est produite au sein des détenus. Auparavant, il y avait une sorte de code officieux entre les détenus, il y avait du respect. Aujourd’hui, on trouve trois catégories de détenus selon M. Obligis : ceux « classiques » qui respectent les règles du jeu, ceux souffrant de troubles mentaux qui ne peuvent pas être soignés en prison et qui n’ont donc pas leur place dans un tel établissement, et enfin ceux déstructurés, issus de la population des banlieues, souvent toxicomanes qui ne respectent aucune règle et sont donc totalement imprévisibles. Cette dernière catégorie de population est la plus délicate à gérer pour les surveillants, mais aussi pour les autres détenus, étant donné qu’ils sont en révolte contre la société, et ne tolèrent donc aucune autorité. Ainsi, la mutinerie de Poissy a été causée par des jeunes complètements désorganisés, qui n’eut aucune réclamation à faire. De ce fait, de nombreuses violences ont été causées gratuitement.

En conséquence, comme les agressions augmentent, l’insécurité grandit. Cela entraîne « la fuite de la détention par les surveillants »66. Le rapport Chauvet préconise donc de continuer la politique lancée dans les quartiers mineurs, qui consiste en l’augmentation du personnel, des activités, afin que les surveillants reprennent leur place dans la détention.

La connaissance des détenus est donc importante pour assurer une meilleure sécurité, plus individualisée. Mais cela n’est pas suffisant. En effet, la gestion des détenus reste le travail le plus délicat et le plus difficile, pour éviter les incidents

65 Lorsque nous nous sommes entretenus avec le directeur de cet établissement. Ce dernier nous a affirmé qu’aucune classification n’était de rigueur.
66 Cette citation est extraite du rapport Chauvet, 2ème partie, 3-a. La nécessaire réappropriation de la détention.

Lire le mémoire complet ==> (La sécurité en prison)
Mémoire de DEA droit et justice
Ecole doctorale n° 74 – Lille 2