Le contrôle de gestion comme fonction partagée

By 16 April 2013

b) Le contrôle de gestion comme fonction partagée

Par ce raisonnement, on peut penser que les missions que remplit le contrôleur de gestion sont forcément utiles, au moins pour un groupe d’acteurs dans l’organisation. Mais se poser la question des compétences spécialisées comme source de pouvoir pour les contrôleurs est plus pertinent si l’on se demande pourquoi est-ce la personne du contrôleur qui réalise ces missions.

Ainsi dans certaines entreprises, le contrôle de gestion apparaît comme centralisé et proche de la direction générale ce qui explique qu’il n’a pas de concurrent ailleurs dans l’organisation :

« Alors la question, est ce que des gens empiètent sur notre responsabilité, sur le cœur de notre métier. Non je ne pense pas. Parce que le métier de contrôleur de gestion est quand même bien centralisé. » [CGB, Topfringues]

Il semble cependant qu’au sein d’une même entreprise les manières de voir les choses peuvent être différentes, ou du moins que les « concurrents » ne soient pas les mêmes qu’il s’agisse de contrôle de gestion opérationnel ou budgétaire.

« On a le contrôle de gestion qui a les chiffres, […] N.E. donc qui travaille sur la partie travaux mais qui est là aussi sur les chiffres, […] une autre personne qui est responsable de l’organisation, qui sort aussi des analyses de chiffres. » [CGO, Topfringues]

Dans d’autres entreprises, et particulièrement en contrôle de gestion opérationnel, le contrôleur est là pour animer le système de contrôle, et dans ces cas, on peut penser que cette tâche pourrait être du ressort d’une autre fonction :

« Alors ils [les opérationnels] suivent, chacun, chacun suit bien ses KPI. OK. Donc par conséquent, ils suivent leurs chiffres et ils essaient d’analyser, enfin ils analysent leurs chiffres » [CGU, Superauto]
« Il y a eu la qualité par exemple. Il y a eu le département achats de matières premières, qui a des indicateurs également. […] On avait la gestion commerciale à l’époque qui sortait des indicateurs également sur le chiffre d’affaires, les ventes, les marges. » [CGU, Coolagro]

« On est proches entre la qualité et le contrôle de gestion. On est, enfin, sur deux métiers qui sont très très très proches. Les deux souhaitent sortir des indicateurs, les deux souhaitent améliorer en continu, les deux sont capables de faire des procédures donc bon. On travaille intelligemment. Je n’ai pas été me mêler du travail sur l’ISO alors qu’il y a des choses sur lesquelles ont aurait pu travailler plus efficacement. Mais chacun a son pôle de responsabilité, et vu qu’on n’a pas été mis dans le dossier initialement, j’ai pas cherché à m’y rentrer totalement non plus. » [CGU, Coolalim]

Dans le cas de Coolagro, finalement l’architecture et l’animation des différentes systèmes de contrôle a été centralisé (« Et en fait tout ça on a récupéré. […] Ce qui s’est passé ici, enfin dans l’entreprise, c’est qu’on a essayé au contraire d’éviter tous ces doublons. Donc on a centralisé beaucoup d’informations dans le département finance. »

[CGU, Coolagro]), mais on peut imaginer que la personne du contrôleur n’était pas en elle- même indispensable pour assurer cette mission.

Enfin, on notera que le contrôleur de gestion ne dispose pas de connaissances pointues et techniques dans son domaine, et c’est d’ailleurs pour cette raison que la mission du contrôle de gestion peut aisément être une fonction partagée :

« Après le plus, c’est la connaissance de la boîte. L’expérience, va faire que tu vas savoir tout de suite où aller chercher les informations, c’est faire en sorte de mettre en place des priorités. […] Nous à part ça, tout le monde peut être un contrôleur.» [CGU, Superauto]

« Le service du contrôle de gestion repartira à zéro avec des gens qui connaîtront rien à Topfringues, qui arriveront et ça redémarrera et c’est pas si grave… » [Superfringues]

En conclusion sur ce système des compétences spécialisées, on note que le contrôleur de gestion n’a qu’un pouvoir très faible, même si selon Mintzberg, les analystes de la technostructure bénéficient en général d’un degré important de compétence critique. « Il est en général un expert, un professionnel, c’est-à-dire qu’il est embauché par l’organisation pour mettre en application des techniques complexes qu’il a apprises en dehors de l’organisation. Ainsi, pour l’analyste l’assise du pouvoir est située dans le système des compétences spécialisées dans la coalition interne. » (Mintzberg, 2003, p.129).

Ainsi, dans le cas du contrôleur, sa compétence n’est pas critique pour les opérations, même si elle est nécessaire pour assurer l’avenir à long terme de l’organisation. Mais cette mission peut également être assurée par une autre personne de l’organisation. C’est pourquoi la condition suivante n’est pas remplie : « Le pouvoir de l’organisation revient à ceux qui se trouvent une fonction critique , dans laquelle ils peuvent exercer leurs compétences spécialisées, qui ne peuvent être reproduits. » (Mintzberg, 2003, p.246) Cependant on peut imaginer des contrôleurs qui utilisent leurs compétences techniques comme jeu politique, thème que nous allons aborder à présent.

Lire le mémoire complet ==> (Du rapport des contrôleurs de gestion au pouvoir)
Mémoire de fin d’études – Version non‐confidentielle
Université Paris – Dauphine – Master 2 Contrôle de gestion