La progression de l’éco conception au sein de l’entreprise

By 12 April 2013

1.3 – La progression de l’éco conception au sein de l’entreprise

1.3.1 – Les trois stades de l’éco conception

L’éco conception est une véritable démarche d’amélioration environnementale, s’appuyant sur les différentes étapes du cycle de vie du produit et sur des critères d’évaluation des impacts du produit sur l’environnement. Elle nécessite une remise en cause complète des composants, des processus et des technologies employées. C’est la raison pour laquelle elle ne peut être adoptée que de manière progressive. Ainsi, trois démarches d’éco conception sont répertoriées7 :

A – L’éco conception partielle

L’éco conception partielle correspond aux entreprises qui pour la première fois décident de pratiquer l’éco conception. Comme elles n’ont pas de réelles connaissances en la matière, elles limitent volontairement le nombre de critères environnementaux et/ou les étapes du cycle de vie à prendre en compte. C’est un processus sélectif. Par exemple, l’équipe de conception décide de ne retenir qu’un seul critère par étape, ou bien un seul critère pour l’ensemble des étapes.

7 Intégration de l’environnement en conception, sous la direction de Dominique Millet, Lavoisier, 2003, page 100

Cette restriction entraîne une faible remise en cause du produit. Le risque de transfert d’impact entre critères environnementaux est le plus fort et peut entraîner la dégradation du bilan environnemental global.

B – L’éco conception classique

Cette phase consiste à prendre en compte le produit en tant que système, et non plus en tant que somme de matériaux associés pour satisfaire un besoin. Dans cette optique, différents critères sont retenus sur l’ensemble des étapes du cycle de vie afin d’éviter les transferts. Par conséquent, il existe une réelle remise en cause de l’architecture du produit.

C – L’éco conception innovante

Dans cette phase, qui est la plus aboutie, l’entreprise s’est vraiment appropriée les méthodologies de l’éco conception et bénéficie d’un retour d’expérience sur ses produits. C’est pourquoi elle adopte une totale remise en cause des composants, procédés et technologies utilisés. Dès lors, l’objectif est de choisir une stratégie originale, différenciée et compétitive qui s’appuie sur les points forts de son entreprise et de ses relations avec les clients et les fournisseurs.

1.3.2 – La nécessité d’une approche globale

La richesse et la complexité des analyses à effectuer, ainsi que la multiplicité des acteurs engagés, sont là pour rappeler que l’éco conception d’un produit doit satisfaire trois types de contraintes :

* satisfaire le consommateur final en terme d’utilité c’est-à-dire sa fonction d’usage.
* satisfaire le producteur dans la mesure où il doit proposer un produit différencié pour être rentable, c’est-à-dire retirer des bénéfices du lancement du produit sur le marché.
* satisfaire les exigences d’ordre environnemental, à savoir limiter la pollution, l’épuisement des ressources…

Ainsi, le concepteur se voit confronté à une nouvelle difficulté lors de l’introduction de paramètres environnementaux dans la conception d’un produit éco conçu. En effet, il faut les intégrer aux autres aspects déterminants : le marché, l’aptitude à l’usage, la sécurité, le coût de revient… L’objectif ultime du concepteur est d’effectuer un choix optimisant l’ensemble de ces critères, ce qui nécessite d’arbitrer entre des logiques parfois contradictoires.

A – Le critère valeur

Avant de réaliser cet arbitrage, l’entreprise doit adopter un raisonnement nouveau. En effet, l’environnement est souvent traité comme un « critère de contrainte ». Dans cette vision, l’environnement coûte cher à l’entreprise, car elle n’en n’a pas la connaissance.

Tandis qu’à l’état de « critère discriminant », une évolution s’est produite dans la relation qu’entretient l’entreprise avec l’environnement. Ce changement de comportement résulte soit d’une décision volontaire, soit de pressions externes (réglementation, opinion publique). Cela se traduit concrètement par la mise en place d’une structure de suivi et d’un budget associé.

Mais ce n’est qu’à l’état de « critère valeur », que l’environnement devient un critère aussi fondamental que les autres, et qu’il est légitimé. L’entreprise intègre le fait que l’aspect environnemental est source de création de valeur : l’investissement dans ce domaine est jugé primordial. En effet, à partir de ce moment, certaines orientations stratégiques de l’entreprise peuvent être remises en cause dans le but de satisfaire le critère environnemental : il devient alors un véritable axe de développement de son activité. Le bénéfice en terme d’image doit bien sûr se concrétiser au plan financier.

B – L’éco efficacité

L’exigence d’efficacité du critère environnemental, appelée éco efficacité, fait référence à la nécessité d’être efficace non seulement dans son action en faveur de l’environnement, mais aussi dans l’utilisation des ressources techniques et financières. Il s’agit de tenir compte simultanément de deux types d’aspects : environnemental et économique.

Ainsi, il est important de comptabiliser l’ensemble des coûts liés à un produit, tout au long de la chaîne d’approvisionnement :
* coût du nouveau choix de conception (matériaux, technologie…).
* coût des externalités provoquées par le produit avant et après ce changement (dégradation de la nature, de la santé…).
* coût des produits en fin de vie (destruction, recyclage) et des taxes à payer.

L’équipe de conception va connaître précisément l’ensemble des conséquences financières liées aux impacts environnementaux, qui ont un effet direct sur la compétitivité du producteur. Le raisonnement se pose en terme de coût complet, qui comptabilise non seulement la production du produit, mais aussi les coûts de l’ensemble des phases suivantes : utilisation, maintenance, destruction ou recyclage… A ce stade, la clé du succès réside dans le dialogue entre les différents acteurs.

La démarche d’éco conception fait passer l’entreprise d’un rôle qualifié d’attentiste ou de réactif, dans le cadre de réglementations environnementales subies, à un rôle pro actif où elle est elle-même instigatrice du changement, et où elle anticipe les problèmes d’intégration de l’environnement en conception.

Par le choix des matériaux, des procédés de fabrication, le concepteur peut intervenir à tous les niveaux du cycle de vie du produit afin d’en limiter les impacts négatifs sur l’environnement. Désormais, la conception et l’optimisation des nouveaux produits sont réalisées non seulement en prévision de leur usage mais aussi de leur traitement de fin de vie. De cette manière, l’éco conception impulse des décisions impliquantes en terme d’innovation.

Cette démarche ne peut s’installer que progressivement au sein de l’entreprise. En effet, la difficulté d’appropriation est relative à différents facteurs : la complexité du produit, une culture d’entreprise réticente au changement, une lacune interne en matière de compétence et de savoir faire en terme environnemental…

Dans quelle mesure les individus au sein de l’organisation, ainsi que l’ensemble de la filière d’activité travaillant avec des produits éco conçus, vont-ils s’adapter afin de poursuivre et de satisfaire au mieux cette nouvelle stratégie industrielle ?

Lire le mémoire complet ==> (Les enjeux de l’éco conception)
Mémoire de fin d’études – DESS Logistique
Université de Paris 1 Le Roux Claire