La petite phrase : le contexte et la définition

By 3 April 2013

La petite phrase : contexte et définition -1ère Partie :

Cette 1ère partie servira à dresser le cadre général de cette étude et à définir le plus précisément possible son objet. Tout d’abord, il sera rappelé quelques fondamentaux sur le discours politique, avant d’aborder plus précisément la question de la communication politique. Puis, nous en arriverons à la « petite phrase » en elle-même, qui sera définie de deux manières : d’abord dans le cadre d’une approche globale, puis d’un point de vue plus scientifique.

A) Le contexte général de la petite phrase : le discours politique

Etudier la « petite phrase » revient à la replacer tout d’abord dans son contexte. Ainsi, avant de la définir d’une manière technique, il convient de rappeler quelques fondamentaux sur l’analyse du discours, et le discours politique.

1) L’analyse du discours

En France, l’analyse du discours est une discipline qui s’est formée au milieu des années 1960, dans un contexte où « les sciences humaines étaient dominées par le structuralisme linguistique, le marxisme et la psychanalyse » (Maingueneau, 1991 : 9). Le structuralisme, développé notamment par Ferdinand de Saussure (1957-1913), considère, en résumé, que la langue est un système composé d’éléments tous interdépendants. Ce qui revient à dire, selon ce courant de pensée, que l’étude de la langue doit être faite en tenant compte de tous les paramètres qui la composent : le sens, la pensée, le psychisme…

Dominique Maingueneau propose une définition très large de l’analyse du discours : « l’analyse de l’usage de la langue », reprenant ainsi celle de G. Brown et G. Yule dans leur ouvrage Discourse Analysis (1983). Il propose également une autre définition de l’analyse du discours, qui serait une « discipline qui, au lieu de procéder à une analyse linguistique du texte en lui-même ou à une analyse sociologique ou psychologique de son « contexte », vise à articuler son énonciation sur un certain lieu social. Elle a ainsi affaire aux genres de discours à l’œuvre dans les secteurs de l’espace social (un café, une école, une boutique…), ou dans les champs discursifs (politique, scientifique…) » (Maingueneau, 1996 : 11). Ici, la dimension énonciative apparaît clairement et l’environnement semble devoir jouer un rôle déterminant. On ne peut s’empêcher de faire le lien avec le discours politique dans lequel le contexte, l’environnement, sont prépondérants : qui parle, où, et dans quelles circonstances…

Pour autant, Dominique Maingueneau rappelle que la notion même de « discours » revêt diverses définitions selon l’emploi que chacun en fait : pour certains, c’est la langue, d’autres le texte, pour d’autres encore l’énoncé, voire une position sociale, pour n’en citer que quelques-uns (Maingueneau, 1991 : 10). Certains, comme L. Guespin, ont même considéré que le discours était en quelque sorte « l’analyse du chercheur », ainsi qu’il l’explique dans cet extrait où, par ailleurs, il oppose discours et énoncé : « L’énoncé, c’est la suite de phrases émises entre deux blancs sémantiques, deux arrêts de la communication ; le discours, c’est l’énoncé considéré du point de vue du mécanisme discursif qui le conditionne. Ainsi, un regard jeté sur un texte du point de vue de sa structuration « en langue » en fait un énoncé ; une étude linguistique des conditions de production de ce texte en fera ‘un discours’ » (Guespin, 1971).

Ce qui semble être avéré en tout cas aujourd’hui, c’est le caractère pluridisciplinaire de cette spécialité, comme le rappelle D. Maingueneau : « dans l’approche en termes de discours, l’ouverture sur des champs connexes (sociologie, psychologie, histoire…) est primordiale » (Maingueneau, 1991 : 12) ou encore « l’analyse du discours ne traite pas les matériaux verbaux comme de simples véhicules d’information mais comme des structures langagières » (ibid. :14).

Dans le prolongement de cette réflexion, le chercheur rappelle que, « Traditionnellement, l’intérêt pour le discours était réservé à quelques types d’énoncés consacrés (littéraires, religieux, philosophique…) ; dans l’Ecole française, c’était le discours politique qui était largement privilégié » (Maingueneau, 1991 : 251). S’intéresser à l’analyse du discours politique revient donc à s’inscrire dans une tradition française, dans le sens où l’on peut s’attendre à ce que les références dans ce domaine sont nombreuses.

A présent, intéressons-nous plus en détail à la question du discours politique en lui-même.

2) Le discours politique

a) Généralités

Dans une étude consacrée au phénomène des « petites phrases » et dans un champ de recherches appartenant aux Sciences de l’Information et de la Communication, il faut préciser où l’on replace le thème du discours politique. Tout d’abord, du fait de son caractère très vaste et complexe, il nous fallait le circonscrire et le thème de ce mémoire le permet. Ensuite, nous essayerons d’en faire ressortir les aspects qui nous permettent de situer ces « petites phrases » en tant qu’elles s’inscrivent, ou non, à un moment donné, dans une stratégie de communication politique.

Soyons prudent avec cette notion de communication politique pour ne pas la confondre avec celle de discours politique. Nous allons y revenir, mais observons tout d’abord ce dernier. D’un point de vue général, et dans un premier temps, on peut dire que nous considérerons ici le discours politique en tant qu’il est celui tenu par ceux que l’on nomme les femmes et hommes politiques. Cela peut paraître une évidence, mais ne l’est sans doute pas si l’on considère que beaucoup d’autres acteurs tiennent parfois un discours dit « politique », comme par exemple les dirigeants d’entreprises, les dirigeants syndicaux ou autres acteurs exerçant des responsabilités et pouvant se trouver en situation de s’exprimer publiquement ou de prononcer des discours.

Ensuite, et selon une définition très généraliste, rappelons qu’un « homme politique » est celui qui « s’occupe des affaires publiques » (Le Petit Larousse, 1995 : 800). Quant au discours, et pour compléter ce qui a été dit un peu plus haut, celui-ci peut être défini comme un « …mode d’appréhension du langage… » et, ce qui lui est lié, «…l’activité de sujets inscrits dans des contextes déterminés. » (Maingueneau, 1996 : 28). Alors, une définition assez généraliste du discours politique pourrait donc se résumer ainsi : il serait l’activité langagière, dans un contexte précis, de ceux dont la responsabilité est de gérer les affaires publiques. Ici apparaissent d’emblée deux points sur lesquels nous pouvons d’ores et déjà attirer l’attention : d’une part, l’acteur est bien identifié, il ne s’agit pas d’un discours prononcé par un inconnu et d’autre part, celui-ci le fait dans un contexte qui est clair et dont le cadre est parfaitement identifié.

Cette notion de contexte fait penser à une autre approche pour dessiner le cadre du discours politique. Christian Le Bart nous propose le concept de logiques de position pour cerner les environnements dans lesquels vont être exercés les discours politiques : logiques de position qui, selon lui, sont au nombre de quatre. Il nous propose tout d’abord l’origine et la trajectoire sociale qui vont, d’après lui, déterminer la façon de s’exprimer du locuteur, arguant du fait que le parcours et les origines de celui-ci doivent être pris en considération. La 2e notion qu’il met en avant est celle de clivage politique. Il avance que ce marquant idéologique va déterminer une certaine façon de discourir et l’utilisation d’un certain vocabulaire : pour schématiser, selon la tendance politique, le vocabulaire utilisé, les figures rhétoriques ou le style seront différents. Le 3e point est le rôle du locuteur : le discours sera influencé par le fait que celui-ci est un maire, ministre ou Président de la République. Enfin, le 4e déterminant est la conjoncture politique, la campagne électorale pouvant être l’une de celles-ci (Le Bart, 1998 : 28-40). Ce qui ressort à ce stade est la multiplicité des éléments à prendre en compte pour déterminer le discours politique. Il semble aller de soi qu’il ne faille pas s’en tenir aux seuls mots ou aux seuls locuteurs pour en saisir la portée et tout ce qu’il recouvre.

Lire le mémoire complet ==> (a title=”Le rôle des petites phrases de François Hollande dans sa stratégie de communication” href=”http://blog.wikimemoires.com/2013/04/petites-phrases-francois-hollande-strategie-communication/”>Le rôle des “petites phrases” de François Hollande dans sa stratégie de communication)/strong>
pendant la campagne des élections présidentielles 2012, vu à travers deux journaux de la presse écrite
Master 2 Communication Parcours : Métiers de l’information et de la communication organisationnelle
Université Européenne de Bretagne – Rennes 2 – UFR ALC