La connotation de la petite phrase

By 4 April 2013

3) La connotation de la petite phrase

Puisque notre thème d’étude s’inscrit dans le champ du discours politique, il est intéressant, par comparaison, de réfléchir à la connotation de la « petite phrase ».

Tout d’abord, il faut redire que l’expression « petite phrase » est principalement utilisée par les acteurs sociaux concernés par la production et le commentaire de celle-ci, à savoir les femmes et hommes politiques, les journalistes et les communicants. Alors, on se rend compte que ces trois acteurs confèrent plutôt une image négative à l’objet « petite phrase ». Ainsi, on entend régulièrement les hommes politiques qui, pour dénoncer leurs adversaires, les accusent de ne se contenter que de « petites phrases » plutôt que de parler du fond des dossiers. Et lorsqu’on parcourt la presse, l’expression « petite phrase » est très souvent associée à une attaque personnelle, une phrase accusatoire ou destinée à déstabiliser. Ces extraits du Figaro pris au hasard illustrent parfaitement cela. Tout d’abord, cette annonce d’un autre article dans les pages intérieures : « Il n’y a plus de communistes » en France : la petite phrase du candidat PS a ulcéré celui du Front de gauche, qui fustige « une attitude hautaine et insupportable » »10 , ou encore cet extrait d’un autre article : « Une polémique politicienne, une petite phrase assassine au « 20 heures » ou une insulte proférée par un candidat à l’encontre de son adversaire, tolérées durant la campagne, serviraient-elles mieux la démocratie qu’une analyse objective et impartiale des attentes exprimées par le peuple ? »11.

Ce constat semble par ailleurs partagé : « « Petite phrase » apparaît comme une catégorie péjorée, ce que suggère le fait que les petites phrases sont bien souvent déniées, critiquées, dénoncées, dépréciées, condamnées » (Krieg-Planque, 2011 : 39). La « petite phrase » serait-elle donc systématiquement associée à une volonté de nuire ? On peut tout de même en douter, ne serait-ce que lorsqu’on relit les définitions génériques proposées plus haut et par exemple celle du Trésor de la Langue Française en 1988 (voir supra p. 30). Par ailleurs, les « petites phrases » de François Hollande qui seront étudiées dans la partie suivante, on le verra, ne mettent pas spécifiquement en avant ce caractère « négatif ». Ceci pourrait signifier qu’elles ne rentrent pas dans cette catégorie de « petites phrases » ? On le verra, certains médias les ont pourtant qualifiés ainsi…Cela signifie alors que ce caractère péjoratif de la « petite phrase » n’est peut-être pas systématique : « Si une forte négativité est associée aux petites phrases, une certaine ambivalence s’attache néanmoins à cette catégorie (…) » (Krieg-Planque, 2011 : 39), l’exemple ayant été pris pour illustrer ce propos étant celui de Georges Frêche12 (1938-2010), un homme politique réputé pour son franc-parler. Il est alors fait l’allusion que les « petites phrases » de l’intéressé dénotaient sa force de conviction, voire son « aura ». Dans ce cas, on veut signifier qu’a priori, elles ne desservaient pas celui qui les prononçait, mais qu’elles avaient plutôt tendance à renforcer sa notoriété.

10 Le Figaro, article : “Hollande provoque la colère de Mélenchon », le 15/02/2012, p. 1
11 Le Figaro, article : « Faut-il interdire au peuple d’influencer le peuple ? », le 21/04/2012, p. 20
12 Homme politique français, Président du conseil régional de Languedoc-Roussillon entre 2004-2010

Donc, si une certaine unanimité semble prévaloir quant au format relativement court de la « petite phrase » et à son caractère « remarquable », l’aspect « négatif » de cette dernière semble quant à lui plus discutable. Nous évoquerons cet aspect lorsque nous étudierons en détail les « petites phrases » sélectionnées.

Nous venons donc de nous intéresser plus précisément à la « petite phrase » en elle-même. Nous avons tout d’abord constaté que, d’un point de vue général, cette appellation est devenue très à la mode dans les années 2010, puisque les médias, dans leur dispositif, cherchent tous les moyens de les mettre en avant. Toujours dans cette observation générale, nous avons constaté que les « petites phrases » dans le sens d’une déclaration d’un personnage public, ont plus ou moins tout le temps existé puisque l’histoire s’est chargée de recenser quelques phrases ou formules très célèbres. Concernant ses origines, il semble qu’elle soit née dans le monde anglo-saxon, qui, on l’a évoqué au moment de parler de communication politique, était précurseur dans ce domaine.

Les années 1980 semblent marquer un tournant dans la « stabilisation » de l’appellation et confère à la « petite phrase » un statut de plus en plus officiel. Même si les travaux sur le sujet sont encore rares, y compris dans les années 2010, la « petite phrase » est de plus en plus présente dans certains travaux des Sciences du Langage ou des Sciences de l’Information et de la Communication. Cette difficulté à s’imposer comme un véritable objet d’étude est peut-être due au fait qu’elle est utilisée par plusieurs acteurs et que tous n’attribuent pas la même signification à l’appellation « petite phrase ». Enfin, le rôle joué par les médias jette le trouble sur la « fabrication » même de la « petite phrase », puisqu’il est parfois difficile de savoir si celle-ci est une construction de celui qui déclame ses discours ou bien si ce sont les médias qui les créent Enfin, nous avons regardé de quelle manière la « petite phrase » était perçue par ceux qui la « pratiquent » ainsi que dans l’opinion publique. Globalement, cette perception est plutôt négative, même si nous avons noté que ce phénomène n’était pas exclusif.

En résumé, cette 1ère partie nous a permis de mieux appréhender l’objet « petite phrase » ainsi que le contexte dans lequel elle évolue. Un objet présentant divers aspects, a priori coproduit, et évoluant au contact de techniques de communication politiques autant influencé par l’histoire que les grandes théories communicationnelles. Ces éléments viennent poser une base pour les deux parties qui viennent, à savoir la présentation du corpus et des éléments statistiques sur une sélection de petites phrases de François Hollande d’une part, et l’étude de leur caractère éventuellement stratégique à travers l’observation de leur reprise et circulation dans deux journaux de la presse écrite française d’autre part.

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pendant la campagne des élections présidentielles 2012, vu à travers deux journaux de la presse écrite
Master 2 Communication Parcours : Métiers de l’information et de la communication organisationnelle
Université Européenne de Bretagne – Rennes 2 – UFR ALC