La campagne pour le thon rouge : Greenpeace et WWF

By 8 April 2013

Éléments de comparaison (WWF et Greenpeace) – Chapitre C :

3. Des exemples concrets

Commençons par analyser la campagne pour le thon rouge, très présente dans les deux Organisations Non Gouvernementales (ONG) en 2010.

Le thon rouge

La campagne de Greenpeace a une cible bien identifiée, Bruno Le Maire, Ministre de l’agriculture et de la pêche. L’organisation demande le classement du poisson en annexe1 de la CITES (Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction), et son interdiction de commerce. Sur son site Internet, Greenpeace propose une vidéo d’information et demande un moratoire sur la pêche industrielle. Elle diffuse une autre vidéo où le ministre était interviewé à la télévision et Greenpeace contre argumente ses propos. Ensuite comme souvent dans ces campagnes, une pétition est mise en ligne, sous la forme d’une lettre adressée au ministre.

Des actions se sont déroulées en France, mi février. Les groupes locaux ont mené une action de sensibilisation envers le grand public et les restaurants. Dans chaque ville, les militants allaient dans les restaurants suspectés de proposer du thon rouge. Les documents de communication qu’ils disposaient, étaient envoyés par Greenpeace France : des tracts, des badges avec un visuel et un slogan “touche pas à mon thon”, des autocollants à distribuer aux restaurants qui acceptent de retirer le thon rouge, et une pancarte pour un homme sandwich. Ils avaient aussi envoyé des communiqués de presse pour prévenir les médias locaux. Pour l’organisation, des conférences téléphoniques ont lieu entre le bureau national et les groupes locaux, ceux ci doivent renvoyer un bilan et des photos à Paris sur leurs actions. Un guide sur les différentes espèces vendues en supermarché et sur les espèces les plus menacées était aussi distribué. D’autres actions se sont déroulées en Haute Normandie où le ministre se présentait aux élections régionales, de nombreuses affiches insistaient avec comme slogan : “le thon rouge ne peut attendre”, “Le Maire m’a tuer”.

Cependant la convention à Doha en mars 2010 a refusé le classement du thon rouge en annexe 1. Face à cet échec, Greenpeace ne savait pas trop comment réagir. Mais du 15 mai au 15 juin la saison de pêche du thon se déroulant, Greenpeace a donc relancé sa campagne avec “la dernière bataille pour le thon rouge”. Pendant le festival de Cannes, ils ont organisé le cimetière du thon rouge, de la même façon qu’un tournage de film, et ont aussi récompensé la CITES du prix du pire scénario, pour son échec en mars. Le 5 juin une journée nationale de mobilisation s’est déroulée avec une pétition en images. Dans chaque ville de nombreuses photos ont été rassemblées avec des citoyens demandant de “libérer les thons rouges”. Ils pouvaient écrire ce qu’ils voulaient sur des affiches en forme de squelettes de thons. En parallèle, les militants de Greenpeace manifestaient aussi en mer, ils affichaient les banderoles “Thon rouge : liquidation totale avant fermeture”. Les fameux bateaux de l’association étaient sortis pour bloquer et empêcher les thonniers. Mais ces derniers ont réagi avec violence. Greenpeace en a profité pour montrer ces images, et rappeller sa non violence. Une nouvelle lettre à Monsieur Le Maire est proposée sur Internet pour demander le moratoire ainsi que la création de réserves maritimes mondiales. L’Union Européenne a dû intervenir et arrêter la saison de pêche plus tôt que prévu car les pêcheurs avaient déjà atteint leurs quotas. L’ICCAT (Commission Internationale pour la Conservation des Thonidés de l’Atlantique), l’organisation qui gère la pêche au thon, se réunit en novembre à Paris. Le but de ces manifestations est de continuer à faire pression sur tous les acteurs : les thonniers, les restaurateurs, la grande distribution, les politiques, et l’ICCAT.

Ainsi Greenpeace en réalité, lutte pour le thon rouge, non pas pour la défense de l’espèce à proprement dit, mais parce que celui-ci est devenu le symbole d’une gestion catastrophique de la pêche et des ressources naturelles. Il est utilisé comme prétexte pour remplir les objectifs de la campagne océans : dénoncer la sur-pêche et demander des réserves marines.

Site de Greenpeace
Site de Greenpeace

WWF à l’instar de Greenpeace a aussi son voilier le WWF Columbus, et en août 2008 il assure une mission de marquage des thons en Méditerranée. En décembre 2009 World Wildlife Fund (WWF) a organisé les obsèques symboliques du thon rouge devant le ministère de l’Agriculture et de la Pêche. Une vidéo de ces obsèques est mise sur le site : c’est un petit groupe de 20 personnes, habillées en noir, qui marchent doucement, avec des visages tristes, et une musique de fond. C’est donc aussi une mise en scène. Ils ont été reçus par la Directrice des pêches et veulent continuer à alerter les hommes politiques. Leur campagne s’intitule « alerte rouge pour le thon rouge ». Par contre ils ne ciblent pas le ministre M. Le Maire. Si ils ont été actifs dans le début de l’année 2010 avant la convention de la CITES, ils ont moins réagi à son échec, et contrairement à Greenpeace ont relancé moins activement leur campagne pendant la saison de pêche du 15 mai au 15 juin. WWF avait le même objectif, un moratoire sur la pêche, mais avec des méthodes différentes beaucoup plus de lobbyisme.

Site de World Wildlife Fund (WWF)
Site de World Wildlife Fund (WWF)
©REUTERS / Jacky Naegelen source : www.france-info.com

Lire le mémoire complet ==> (Les stratégies de communication des ONG environnementales)
Mémoire de Séminaire Economie du Développement Durable
Université lumière Lyon 2 – Institut d’Études Politiques de Lyon