De la propagande à la communication politique

By 3 April 2013

2) De la propagande à la communication politique

Replaçons-nous brièvement dans le contexte américain pour citer la fameuse théorie de la « seringue hypodermique » de Lasswell, qui mettait en avant « la puissance de conditionnement des médias de masse » (Riutort, 2007 : 36), son principe général étant que les médias contrôlent l’opinion en lui injectant certaines « doses de messages » à intervalle régulier. Cette théorie sera mise à mal dans les années 1940-1950 par les travaux de Lazarsfeld et ses équipes de Columbia, pour qui ce phénomène aurait des « effets limités ». Le chercheur avance que « les récepteurs ne subiraient (…) qu’une « exposition sélective », au sens où ils filtreraient en amont l’émetteur (du choix d’un journal à celui d’un bulletin d’information) à partir de leurs préférences initiales » (Riutort, 2007 : 36). Dans cette théorie, nommée two-step flow of communication, Lazarsfeld évoque également le rôle joué par celui qu’il nomme le leader d’opinion, par exemple le père de famille, qui retraduit les informations qu’il a lui-même réceptionnées. En résumé, cette théorie met en avant qu’un certain nombre de « filtres » existeraient et que le conditionnement des masses ne serait donc pas une évidence. C’est en quelque sorte une façon de dire que la « communication » vient s’immiscer dans les relations entre les médias et les masses.

« Si l’on en croit l’idée généralement admise, nous serions passés, dans une période que l’on situe, selon le cas, quelque part entre les années 1950 et 1980, d’un âge de la propagande à un âge de la communication politique, mouvement qui aurait ainsi accompagné le basculement du temps des masses à celui de l’opinion publique » (Delporte, 2006 : 30). C’est le cas français que l’historien dépeint dans cet article, même s’il n’est pas clairement établi que ce phénomène ait un lien avec ce qui s’est passé aux USA. Et quand il ajoute que « par la posture d’écoute et de dialogue qu’elle suppose, la communication constitue le liant de la société démocratique, en rupture avec la propagande, par nature totalitaire », il apporte le présupposé que la communication politique serait à mettre en lien avec la nature démocratique d’un régime politique.

Les Sciences de l’Information et de la Communication semblent également défendre cette hypothèse, à savoir qu’il existerait un lien entre la propagande et la communication politique, comme par exemple dans cet article : « la tension entre les catégories « propagande » et « communication politique » est devenue particulièrement manifeste dans les années quatre-vingt, décennie caractérisée par la construction de la communication comme catégorie d’analyse dominante, dans la sphère politique et au-delà » (Ollivier-Yaniv, 2010 : 31). Il semble donc que les années 1980 aient marqué en France un tournant dans cet avènement, cette mise en place d’une communication politique. C’est également dans cette décennie qu’apparaît une autre définition de la communication politique allant dans ce sens : il s’agirait ainsi d’un « espace où s’échangent les discours des trois acteurs qui ont la légitimité à s’exprimer publiquement sur la politique et qui sont les hommes politiques, les journalistes et l’opinion publique au travers des sondages » (Wolton, 1989 : 39). Là encore on voit que la communication a investi le champ et que les échanges entre les acteurs sont au cœur du processus. La communication politique se distinguerait donc de la propagande par ce dialogue qui apparaît être central et où une certaine mise en commun des intérêts semble prévaloir. On pourrait alors imaginer qu’une stratégie de communication, dans le cadre d’une campagne électorale se déroulant en 2012, n’aurait pas pour seul objectif la conquête du pouvoir, mais également celui de la mise en place d’une organisation permettant l’atteinte d’objectifs communs définis dans le cadre de ladite communication politique, grâce aux possibilités de dialogue qu’elle permet. Mais le thème de la propagande n’est pas le seul à évoquer. Lorsqu’il est question de discours politique, la manipulation est un sujet qui revient régulièrement et qui semble jouer un rôle incontournable.

3) La manipulation

« De manière apparemment paradoxale au regard du sens commun, la manipulation des discours est définie comme étant plus caractéristique des régimes démocratiques que des régimes totalitaires » (Ollivier-Yaniv, 2010 : 33). Cette approche un peu directe qui consiste à dire que la manipulation n’est pas l’apanage des régimes totalitaires, peut surprendre au premier abord. Mais cette vision est partagée par d’autres chercheurs, qui estiment par ailleurs que les techniques manipulatoires ont des points communs avec la propagande.

Ainsi, Philippe Breton pense que la propagande est un « type de techniques de manipulation de la parole mises en œuvre de façon consciente et systématique. La propagande est plutôt née au sein des régimes démocratiques que des régimes totalitaires » (Breton, 1997 : 68), et ajoute un peu plus loin : « De nombreux partis politiques, y compris démocratiques dans les valeurs qu’ils défendent, utiliseront constamment et systématiquement le terme propagande pour désigner la partie spécifique de leur action qui concerne la diffusion de leurs idées auprès du public » (Breton, 1997 : 69). Ce que l’auteur nous dit en plus ici est que la manipulation et la propagande seraient donc liées, et par ailleurs bien présentes au sein des régimes démocratiques : on ne peut alors s’empêcher de faire le lien avec le discours politique. En effet, qui, dans les sociétés modernes, ne cherchent à convaincre, si ce ne sont tous ceux qui cherchent à « vendre quelque chose » ? On voit bien que dans cette catégorie, l’on peut aussi bien inclure toutes les démarches commerciales qui visent à « faire acheter » que tous les discours politiques qui visent à « faire adhérer », notamment en période de campagne électorale.

Les discours politiques sont-ils donc par nature manipulatoires ? Les techniques de communication politique vont-elles systématiquement s’appuyer sur ces ressorts pour augmenter leur efficacité ? Cette définition de la manipulation interpelle :

« La manipulation consiste à entrer par effraction dans l’esprit de quelqu’un pour y déposer une opinion ou provoquer un comportement sans que ce quelqu’un sache qu’il y a eu effraction » (Breton, 1997 : 26). Cette notion de « violence psychologique », expression également utilisée par le chercheur et qui justifie l’emploie de ce terme en l’associant à de la dissimulation, tend à montrer que, si la manipulation semble bel et bien exister, son image ne semble pas être celle d’un concept flatteur ou positif.

Au fur et à mesure de notre étude ici, nous essayerons de déterminer quelle part prend la manipulation dans le discours politique et si les « petites phrases » que nous avons sélectionnées révèlent certaines techniques manipulatoires.

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pendant la campagne des élections présidentielles 2012, vu à travers deux journaux de la presse écrite
Master 2 Communication Parcours : Métiers de l’information et de la communication organisationnelle
Université Européenne de Bretagne – Rennes 2 – UFR ALC