Contexte de la petite phrase : le discours politique et pouvoir

By 3 April 2013

b) Discours politique et pouvoir

Une autre approche du discours politique est celle de Constantin Salavastru, un philosophe ayant travaillé sur l’art oratoire et la rhétorique en politique, qui le définissait ainsi en 2003 à l’occasion d’un séminaire consacré à la « logique discursive » : « le discours politique est une forme de la discursivité par l’intermédiaire de laquelle un certain locuteur (individu, groupe, parti etc.) poursuit l’obtention du pouvoir dans la lutte politique contre d’autres individus, groupes ou partis » (Salavastru, 2003 : 1). Cette définition fait apparaître deux points nouveaux intéressants. Le 1er est le fait que le locuteur, donc celui qui s’exprime, n’est pas nécessairement un individu mais il peut être également un groupe ou un parti. On imagine ici que le discours en question peut être celui prononcé par une personne au nom de lui-même, ou par une personne au nom du groupe qu’il représente, par exemple un parti politique. On peut aussi imaginer, dans ces conditions, que le discours en question peut être oral ou écrit. Le 2e point qui ressort de cette définition est la notion de pouvoir. Le discours politique aurait donc comme objectif l’accession au pouvoir ou, comme on peut le lire entre les lignes, la volonté de le garder. Replacé dans le contexte de notre étude, précisément, cette approche est intéressante. En effet, le candidat à l’élection présidentielle est à l’évidence dans cette recherche de pouvoir et les « petites phrases » qui pourraient apparaître dans son discours auraient donc également cet objectif.

Avec cette approche où intervient la notion de pouvoir, Constantin Salavastru rejoint le point de vue de Patrick Charaudeau pour qui le langage, l’action et le pouvoir sont liés. C’est précisément ce qui apparaît lorsque ce dernier écrit que « le gouvernement de la parole n’est pas le tout de la politique, mais il ne peut y avoir d’action sans parole : la parole intervient dans l’espace de discussion pour que soient définis l’idéalité des fins et les moyens de l’espace public» (Charaudeau, 2005 : 16). Ce point de vue qui tend à vouloir rendre indissociable le langage et le pouvoir est essentiel dans la recherche que nous menons ici. En effet, on peut se demander ce qu’il en est de cette relation entre ces deux entités dans le discours de quelqu’un qui n’est pas encore en situation de pouvoir, parce que candidat. Comment le discours de quelqu’un qui n’a pas le pouvoir peut-il être intimement lié à celui-ci ? Peut-être parce que, par les mots qu’il choisira d’emprunter, il se mettra en position, au regard de l’opinion, d’être au pouvoir ou en situation de pouvoir. Sans chercher à se poser ici la question de savoir qui parle, cette théorie rejoint ceux qui pensent que l’action politique, plus que d’être seulement liée à son activité discursive, s’y confond. C’est à nouveau le cas de Christian Le Bart lorsqu’il écrit que « le métier politique consiste (…) à savoir poursuivre des stratégies discursives (convaincre, se légitimer, délégitimer autrui) en ayant intégré l’ensemble des contraintes de champ. C’est l’intériorisation du rôle » ou encore « les politiques existent plus que jamais à travers ce qu’ils disent, la capacité à exister à travers ce qu’ils font apparaissant beaucoup plus aléatoire » (Le Bart, 2010 : 79). Partant de ce point de vue, comment peut-on qualifier le rôle du discours dans l’activité de l’acteur politique autrement que central, fondamental, intrinsèque ? Finalement, ce discours politique dès lors que l’on commence à s’y intéresser ne constitue-t-il pas l’essence même de l’activité publique, ce qui expliquerait pourquoi le rôle de la communication politique est grandissant ? En effet, si l’on part du postulat que, d’une part, la politique et le pouvoir sont liés et que d’autre part, l’action politique et le discours politique tendent à se confondre, on voit bien qu’une des préoccupations majeures de l’acteur politique va être de chercher à améliorer la qualité de sa communication politique. Mais ce n’est pas encore le moment de se pencher en détail sur cette question.

c) Un objet multiple

Si l’on revient au discours politique, on perçoit, par les références que l’on vient d’évoquer, qu’il est multiple, complexe et qu’il fait appel à diverses notions. C’est sans doute le moment d’essayer d’en proposer une nouvelle définition qui met clairement en évidence son aspect multiforme et qui devrait nous conduire dans la direction recherchée pour aborder la question centrale de cette étude : « Le discours politique est ce lieu par excellence d’un jeu de masques. Toute parole prononcée dans le champ politique doit être prise à la fois pour ce qu’elle dit et pour ce qu’elle ne dit pas. Elle ne doit jamais être prise au pied de la lettre, dans une naïve transparence, mais comme résultat d’une stratégie dont l’énonciateur n’est pas toujours le maître » (Charaudeau, 2005 : 5). Cette proposition semble nous faire progresser d’un niveau dans l’approche que nous faisons du discours politique et de son univers emmêlé. Il nous apparaît de plus en plus, par tout ce que nous venons de montrer, que plusieurs couches le composent, s’y superposent et le déterminent.

L’auteur que nous venons de citer, Patrick Charaudeau, se situe précisément dans cette approche de « complexité » lorsqu’il décrit le discours politique. Au fil de ses recherches sur ce sujet, on retrouve le postulat qui veut que le discours politique serait constitué de trois composantes que sont le logos, l’ethos et le pathos. Le logos correspond au discours en lui-même, à l’argumentation, l’ethos est l’image de soi construite par le locuteur, tandis que le pathos est l’émotion qui y est véhiculée. Si on devait représenter schématiquement ce postulat, on distinguerait assez bien les trois « entités » que sont celui qui parle, le discours qu’il porte, et celui qui le reçoit. En effet, même si ces émotions émanent de celui qui parle, elles sont reçues et ressenties par celui qui écoute, par celui qui reçoit le discours. Or, ajoute le chercheur, « il semble (…) que le discours politique, tout en restant un mélange de ces trois composantes, s’est progressivement déplacé du lieu du logos vers celui de l’ethos et du pathos, du lieu de la teneur des arguments vers celui de leur mise en scène » (Charaudeau, 2005 : 35). Nous pourrions donc dire que, selon cette hypothèse, le discours politique en tout cas ce qui le constitue en tant que tel, n’est plus le texte en lui-même, les propositions, les idées mais la façon dont elles sont délivrées, dans quelles circonstances, avec quels affects, quelle force de conviction ou de persuasion, quels présupposés ou références, voire dans quel but et avec quelle stratégie. A ce moment, on pense à un mot qui résume assez bien tout ceci : le mot « théâtre ». En effet, si l’on continue dans cette direction qui voudrait que l’ethos et le pathos jouent désormais un rôle prépondérant vis-à-vis du discours politique, on ne peut s’empêcher d’associer celui-ci aux notions de mise en scène, de techniques, de rapport avec l’auditoire… Si l’image de l’homme politique et les émotions qu’il transmet semblent devenus aussi centraux dans le discours politique, cela va impliquer de devoir se pencher sur la façon dont le locuteur gère cette image et ces émotions, et sur le rôle joué par les mots dans cette « mise en scène » générale à laquelle participe a priori aujourd’hui le discours politique.

Avant de nous pencher sur la question de la communication politique, disons un mot de ce que peut véhiculer par ailleurs le discours politique comme réputation, comme connotation. On ne peut nier le fait que le discours politique « traîne » une réputation qui dans son ensemble le dessert, et l’on verra qu’au moment d’aborder la « petite phrase » d’un point de vue général, curieusement, certains points communs apparaissent quant à cette « réputation ». Le discours politique est en effet souvent « illustré » par des formules ou expressions qui le stigmatisent plus qu’elles ne le mettent en valeur : on pense par exemple à la langue de bois, expression qui revient régulièrement pour décrire le discours politique. Pour décrire ce dernier, l’opinion parle aussi parfois de « beaux discours » et on comprend par cette antiphrase qu’elle pense en fait tout le contraire, tout comme quand les locuteurs sont qualifiés de « beaux parleurs ». Tout cela signifierait-il que l’action politique ne se réduit pas à ses discours, comme on l’a un peu évoqué plus haut, ces expressions ayant tendance à vouloir dire que si les paroles ne sont pas suivies des actes, alors, elles ne servent à rien ? Ceci rappelle par ailleurs le nom d’une émission politique diffusée sur France 2 à laquelle ont été invités tous les candidats aux élections présidentielles 2012 : Des paroles et des actes, un titre qui résume peut-être à lui tout seul ce qu’est l’action politique et qui semble vouloir quant à lui dissocier ces deux composantes, signifiant par là-même que l’une (la parole) n’inclut pas l’autre (l’acte) ? Ce qui est certain en tout cas c’est que cette réputation « d’inutilité » de la parole politique existe depuis un certain temps déjà même si les femmes et hommes politiques tentent de la gommer par tous les moyens et notamment celui de l’utilisation de certaines techniques de communication politique, même si ce n’est pas le seul objectif de ces dernières.

Nous venons donc de nommer les grandes caractéristiques d’un discours politique et avons mis en avant son caractère « multiple ». Regardons à présent de quelle manière celui-ci se situe vis-à-vis des techniques de communication.

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pendant la campagne des élections présidentielles 2012, vu à travers deux journaux de la presse écrite
Master 2 Communication Parcours : Métiers de l’information et de la communication organisationnelle
Université Européenne de Bretagne – Rennes 2 – UFR ALC