Caractéristiques des élèves et leur parcours antérieur de formation

By 25 April 2013

2nde PARTIE

5.3. Les caractéristiques sociales des élèves et leur parcours antérieur de formation

Les caractéristiques relatives aux anciens étudiants interrogés expriment à la fois le résultat d’opérations de sélection et l’identification d’un flux de personnes intéressées par ces professions. Il est possible de dire, en schématisant, qu’elles se situent au croisement de deux logiques :

– la logique du parcours de l’étudiant : celui-ci peut arriver dans ce dispositif de formation après un passage dans une filière qui y mène plus ou moins directement. L’université dispose la plupart du temps de 1er et de 2nd cycles dans une discipline générique y conduisant, selon le principe de l’entonnoir (l’étudiant a donc déjà subi des phénomènes de sélection). Ou bien il arrive de l’extérieur et cette arrivée résulte d’un choix réfléchi impliquant une démarche de recherche volontaire. Des facteurs comme l’image de marque de la formation (sa réputation), sa situation géographique (importance de la ville d’implantation) ou son ancienneté de création interviennent alors.

153 Pour l’enquête de 1991, principalement Martinelli 1994, mais nous nous sommes aussi référé à Pottier 1992. Pour celle de 1995 : Martinelli & Vergnies 1995.

– la logique des responsables de formation : en simplifiant, ils souhaitent recruter les meilleurs élèves sous la contrainte du volume et de la qualité du public qui candidate, ceci à l’intérieur de limites qu’ils se sont fixées du point de vue de leur politique de formation et au regard de leur appréciation d’une partie plus ou moins ciblée du marché du travail et de leurs objectifs : mélange des spécialités de formation, ouverture éventuelle à l’étranger, arbitrage entre jeunes élèves et professionnels expérimentés, ou encore primauté accordée à la filière locale… Ils mettent alors en place des modalités d’information, de recrutement et de sélection en conséquence.

5.3.1. Caractéristiques démographiques

5.3.1.1. Une forte féminisation

Tableau 23. Sexe

DispositifA DispositifB DispositifC DispositifD DispositifE Ensemble
Masculin 18,6% 41,2% 43,8% 42,0% 33,3% 34,7%
Féminin 81,4% 58,8% 56,3% 58,0% 66,7% 65,3%
Ensemble 100,0% 100,0% 100,0% 100,0% 100,0% 100,0%

Les formations à l’administration et à la gestion dans le secteur culturel attirent beaucoup de jeunes femmes : elles représentent près des deux tiers des personnes accueillies. Les filières universitaires correspondantes sont effectivement traditionnellement féminisées mais pas à un tel niveau : 58 % pour le droit et 51 % pour la gestion, tous niveaux confondus, et 54 % de l’ensemble des DEA-DESS (Martinelli 1994). Cette féminisation importante concerne les cinq formations enquêtées, et plus particulièrement le dispositif A (80 % de femmes).

5.3.1.2. Un public très jeune associé à des étudiants nettement plus âgés

Nous ne disposons pas de données de comparaison pour l’âge qui n’apparaît pas une variable pertinente lorsque les analyses portent sur toutes les sorties de l’enseignement supérieur. Mais ici, cette variable sépare nettement les cinq dispositifs de formation, suggérant des profils et des origines variés. Les deux dispositifs A et B accueillent les plus jeunes (90 à 95 % de moins de 30 ans), cette année de formation en Dess correspondant alors à une étape logique

Tableau 24. Age à l’entrée en formation (regroupé)

Dispositif A Dispositif B Dispositif C Dispositif D Dispositif E Ensemble
20-25 ans 77,1% 89,4% 43,8% 29,4% 66,7% 66,8%
26-30 ans 12,9% 5,9% 34,4% 17,6% 14,8% 14,3%
31-35 ans 7,1% 3,5% 9,4% 17,6% 7,4% 8,3%
36-40 ans 1,2% 12,5% 23,5% 7,4% 7,2%
41-45 ans 1,4% 9,8% 3,7% 2,6%
46 ans et + 1,4% 2,0% 0,8%
Total 100,0% 100,0% 100,0% 100,0% 100,0% 100,0%

d’un parcours dans l’enseignement supérieur enchaînant les cycles sans trop s’en éloigner. A l’opposé, le dispositif D, pour lequel l’âge moyen est le plus élevé, et le dispositif C ont une configuration analogue, mixant une population jeune de moins de 25 ans et un groupe de personnes âgées de 30 à 40 ans dont on imagine qu’il ne s’agit pas pour elles d’un parcours formatif linéaire. Le dispositif E est dans une situation intermédiaire, se rapprochant plutôt des dispositifs A et B avec une majorité de moins de 25 ans, même s’il accueille par ailleurs des personnes de tous les âges jusqu’à près de 45 ans.

5.3.2. Une origine sociale très aisée

La répartition des diplômés de l’enseignement supérieur selon leur origine sociale est encore loin de refléter celle de la société, on le sait154. Les données de l’enquête enseignement supérieur du Céreq réalisée en 1991 auprès des sortants de 1988 (Martinelli 1994) sont suffisamment explicites : 52 % des diplômés de l’université (toutes filières et niveaux confondus) ont un père dans les catégories sociales élevées (“cadre-profession-intellectuelle- supérieure” ou “artisan-commerçant-chef-d’entreprise”), alors que ces catégories ne représentent que 20 % de la population active en France. Plus le niveau s’élève plus cette proportion augmente, et elle s’accroît encore légèrement dans les spécialités concernées ici :

58,5% des sortants de DEA-DESS ont un père dans cette catégorie, d’après l’enquête de 1991.

Tableau 25. Répartition des élèves de l’enseignement supérieur en France selon leur origine sociale (Enquête Céreq de 1991, Martinelli 1994)

Profession du père Ens. DEA-DESS Ens. Droit-Sc. Po. Ens. Sc Eco Ens. Gestion
Agriculteur 5,7% 4,3% 5,9% 6,4%
Cadre, PIS, artisan, com-merçant, chef d’entrep. 58,5% 61,6% 57,0% 60,8%
Profession intermédiaire 17% 15,5% 17,3% 15,9%
Employé, ouvrier 18,8% 18,6% 19,8% 16,9%

Les métiers de l’administration et de la gestion semblent exercer une fascination particulière auprès de ces catégories sociales aisées : pour les cinq formations de notre enquête, 78% des sortants en sont issus, contre 58,5% en général pour les titulaires d’un DEA ou d’un DESS (cf. ci-dessus). Ce critère sépare de plus les formations entre elles : ce phénomène est massif pour les dispositifs A, B et C (80 à 90% de personnes issues des catégories sociales aisées…), alors que D et E (60% environ) se rapprochent plus des proportions habituelles à ce niveau de formation.

154 Cf. Repères et références statistiques, Ministère de l’Education Nationale, D.E.P., édition 1994, chap.7.

Tableau 26. Répartition des élèves des formations enquêtées selon leur origine sociale (synthèse des tableaux 5a et 5b, annexe 4)

Profession du père Dispositif A Dispositif B Dispositif C Dispositif D Dispositif E
Agriculteur 4,4%
Cadre, PIS, artisan comm. chef ent.dont – cadre, profession intell. sup.

– artisan, commerçant., chef d’entp

91,3%86,0%

5,3%

82,7%72,8%

9,9%

81,2%65,6%

15,6%

57,8%40,0%

17,8%

66,6%33,3%

33,3%

Profession intermédiaire 5,3% 7,4% 12,5% 17,8% 12,5%
Employé, ouvrier 3,5% 8,7% 6,2% 19% 20,8%

L’observation séparée des deux grandes catégories composant ce regroupement “origine sociale aisée” (artisan-commerçant-chef-d’entreprise et cadre-profession-intellectuelle- supérieure) montre que les étudiants proviennent essentiellement du milieu “cadre-profession- intellectuelle-supérieure” (les 2/3 ; cf. aussi annexe 4). Et sur ce plan, cela accentue l’opposition précédente entre les dispositifs avec une régularité étonnante. Le poids des diplômés ayant un père “cadre-profession-intellectuelle-supérieure” décroît (dans l’ordre de présentation, pure coïncidence) de 86% pour A (proportion écrasante…) à 33% pour E, tandis que dans le même temps le poids des origines “artisan-commerçant-chef d’entreprise” augmente de 5,3% à 33% dans le même ordre des dispositifs.

Quant à la présence du père dans le secteur culturel (tableau 6, annexe 4), elle renforce les distinctions entre ces deux groupes de dispositifs : part conséquente pour les dispositifs B (avec un taux important d’1/7), A (7,6%) et C (6,3%), et faible, voire nulle pour D et E. Apparaît probablement ici un élément d’explication du choix de ces spécialités de formation. Au sein de l’espace des catégories sociales aisées, ces deux groupes fortement détenteurs de capitaux se distinguent cependant quant à la nature de celui-ci, plutôt économique pour le groupe “artisan-commerçant-chef-d’entreprise”, et culturel pour le groupe “cadre-profession- intellectuelle-supérieure”. Se manifeste probablement ici à travers le choix d’une filière de formation identifiée “culturelle”, l’effet d’un rapport spécifique à la culture “légitime” dû à l’origine sociale de ces étudiants155.

Capital social, école et entreprises sur le marché du travail
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Thèse pour obtenir le grade de Docteur En Sociologie – UFR De Sciences Humaines Et Sociales
Université Paris 5 – René Descartes