Approche et définition scientifique de la petite phrase

By 3 April 2013

D) La petite phrase : un objet d’étude ?

1) Approche et définition scientifique

a) Généralités

Dans le cadre de notre réflexion, il s’agira d’observer comment la « petite phrase » constitue, ou non, un thème de recherche et dans quelles directions s’orientent les investigations à son sujet. On l’a déjà évoqué, les travaux sur cette notion de « petite phrase » sont relativement peu nombreux. Il ne s’agit pas ici d’en dresser une liste exhaustive car ce n’est pas le but de cette étude. Il s’agit plutôt de voir pourquoi les chercheurs s’intéressent à cette notion et si ces recherches s’inscrivent dans le champ des Sciences de l’Information et de la Communication, qui est la discipline dans laquelle se situe notre travail.

Si la notion de « petite phrase » n’a pas fait l’objet de très nombreux travaux, quelques chercheurs s’y sont toutefois intéressés, et ce, d’une manière très précise. C’est notamment le cas d’A. Krieg-Planque, qui, dans la continuité de ses recherches sur la notion de « formule » a travaillé spécifiquement sur la « petite phrase » et sa présence dans les discours politiques. A cet égard, elle a d’ailleurs codirigé, avec Caroline Ollivier-Yaniv, un numéro de la revue Langages intitulé Les « petites phrases » en politique, en juin 2011. Aussi, à côté des références d’autres auteurs, nous nous appuierons principalement sur les recherches effectuées par Alice Krieg-Planque sur ce sujet. Nous nous attacherons à ne faire ressortir que les postulats qui permettent d’aller dans le sens de la reconnaissance de la « petite phrase » comme pouvant jouer un rôle dans une stratégie de communication.

Tout d’abord, cette identification de la notion de « petite phrase » se fait dans le cadre d’une définition spécifique de la communication établie dans des travaux antérieurs et d’un point de vue discursif. Ainsi, celle-ci est décrite comme étant « un ensemble de savoir-faire relatifs à l’anticipation des pratiques de reprise, de transformation et de reformulation des énoncés et de leurs contenus » (Krieg- Planque, 2006 : 34). Il faut noter que cette approche semble faire ressortir en quelque sorte un caractère stratégique, puisque des mots comme l’anticipation, la reprise, la transformation et la reformulation tendent à faire apparaître que plusieurs acteurs font partie intégrante de la communication ainsi définie.

D’un point de vue « technique » la « petite phrase » est définie comme « (…) un syntagme nominal composé d’un adjectif et d’un nom », et l’on nous précise que « (…) l’adjectif est toujours antéposé (…) » ou encore que le syntagme apparaît comme « (…) une unité formant un tout spécifique (…) » (Krieg-Planque, 2011 : 24-25). Ce qui apparaît ici est à comparer avec ce qui est dit plus tôt dans l’introduction du dossier sous la forme de deux hypothèses : d’une part « Le terme ‘petites phrases’ sert (…) à désigner un ensemble hétérogène de phénomènes » et d’autre part « le terme ‘petites phrases’ appartient à un métalangage peu stabilisé » (Krieg-Planque/Ollivier-Yaniv, 2011 : 18). Ce qui ressort ici est que l’expression « petite phrase » est à la fois une notion qui présente une délimitation encore imprécise, mais que celle-ci est néanmoins en train de se stabiliser, cette « transformation » pouvant justifier que l’objet est en train de devenir un véritable objet d’études. Enfin il est précisé que « la dénomination ‘petite phrase’ appartient à un lexique non savant » (Krieg-Planque, 2011 : 25) ce qui, là encore, est à rapprocher de ce qui est dit en introduction, à savoir qu’elle « est une formulation dont on trouve la trace dans le langage courant des acteurs sociaux (…) » (Krieg- Planque/Ollivier-Yaniv, 2011 : 17). En résumé, cette appellation n’est pas réservée aux seuls chercheurs, elle est présente dans le langage courant et est utilisée par tous ceux qui participent d’une façon ou d’un autre à créer, faire circuler et analyser le discours politique. On pourrait donc dire qu’elle est une notion assez répandue mais qu’elle peut induire plusieurs interprétations.

b) Petite phrase et détachabilité

L’étape de réflexion suivante consiste à observer la « petite phrase » dans sa dimension énonciative. Il faut alors aborder brièvement deux notions que sont la détachabilité et la surassertion, « (…) la surassertion étant ce phénomène par lequel un fragment se présente dans le discours comme détachable (…) » (Krieg- Planque, 2011 : 27). La surassertion est donc en quelque sorte une « mise en relief ». Au premier abord, on peut admettre qu’une « petite phrase » est détachable, puisque celle-ci a vocation à être extraite d’un discours dans un but de circulation. Toutefois, ceci n’est pas une généralité : il y a également des « petites phrases » qui « endossent ce statut » sans être extraites d’un discours, mais parce qu’elles sont une simple réponse à une question posée. Sans compter que d’autres acteurs jouent un rôle dans ce processus, comme par exemple, le journaliste : « En fait, il est impossible de déterminer si ces ‘petites phrases’ sont telles parce que les locuteurs des textes sources les ont voulues telles, c’est-à-dire détachables, vouées à la reprise ou si ce sont les journalistes qui les disent telles pour légitimer leur découpage » (Maingueneau, 2006 : 111). Ainsi, le journaliste joue un rôle quant au caractère détachable de telle ou telle « petite phrase » : il semble qu’il ait autant le pouvoir de rendre détachable une « petite phrase » qui n’avait pas cet objectif, que le contraire. Le lien entre « petite phrase », détachabilité et surassertion ne semble donc pas si évident.

Par ailleurs, on nous rappelle que « le phénomène de création, de mise en circulation et de reprise d’énoncés synthétiques et rendus remarquables n’est pas nouveau, et il n’est en rien spécifique de la sphère politique (Krieg-Planque, 2011 : 28). En d’autres termes, les questions de détachabilité et de surassertion ne se posent pas que pour les petites phrases, puisqu’elles se posent également pour les proverbes, maximes, dictons, entre autres. A la lecture de toutes ces réflexions, et avec une approche « non savante » on peut être tenté de vouloir classer la « petite phrase » dans un groupe qui rassemblerait ces formes de texte plutôt courtes, mais remarquables, et dont on va se souvenir. Voici le moment de pointer deux autres caractéristiques supposées de la « petite phrase » : la memoria et la valeur illocutoire.

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pendant la campagne des élections présidentielles 2012, vu à travers deux journaux de la presse écrite
Master 2 Communication Parcours : Métiers de l’information et de la communication organisationnelle
Université Européenne de Bretagne – Rennes 2 – UFR ALC