Une classe bilingue ou une filière universitaire francophone

By 7 March 2013

3-1.2. Résultats de la deuxième partie « vos motivations »

Nous allons maintenant nous intéresser aux motivations des personnes interrogées, notamment celles qui président au choix d’étudier dans une classe bilingue ou une filière universitaire francophone.

Ci-après, nous présentons donc le pourcentage obtenu pour chaque item choisi comme raisons pour intégrer les classes bilingues, aussi bien pour les étudiants de Filières Universitaires Francophones FUF que les étudiants de RI issus de classes bilingues, ce qui nous permet d’établir une comparaison.
Une classe bilingue ou une filière universitaire francophone

La première raison invoquée dans le choix d’intégrer une classe bilingue, aussi bien par les étudiants Classes Bilingues en Filières Universitaires Francophones FUF (77,8 %) que par les étudiants Classes Bilingues en RI (83,3 %), est celle de pouvoir faire des études à l’étranger, cependant ces derniers ont choisi à la même hauteur l’item « pour mon avenir professionnel » avec 83,3 %. Par contre, pour les étudiants de Filières Universitaires Francophones FUF, arrive en 2ème position (61,1 %) l’item « ce sont mes parents qui ont choisi ». Réponse dont il convient de souligner l’honnêteté, sachant qu’un enfant entre généralement en classe bilingue en 3ème année d’école primaire, il est difficile de penser que ce sont les enfants eux- mêmes qui ont décidé de s’y inscrire pour leur avenir professionnel ou pour faire des études à l’étranger. Les motivations invoquées sont probablement celles de leurs parents qu’ils s’approprient ensuite. En 3ème position, arrivent « ex aequo » 3 items pour les étudiants de RI : « parce qu’il est important de parler des langues étrangères », « ce sont mes parents qui ont choisi » et « parce que j’aime le français ». Pour les étudiants de Filières Universitaires Francophones FUF, ce sont les items « pour mon avenir professionnel », « parce que les langues étrangères sont importantes ».

Pour la question suivante, 100 % des étudiants Classes Bilingues (FUF et RI confondues) se déclarent globalement satisfaits de leurs études en classe bilingue et 100 % des étudiants de Filières Universitaires Francophones FUF et 83,3 % des étudiants de RI affirment qu’ils referaient le même choix s’ils devaient revenir en arrière. Cependant un étudiant de RI a déclaré que si c’était à refaire, il ferait l’économie de la CB vu la faible utilisation du français au Laos.

Une classe bilingue ou une filière universitaire francophone

Nous tenterons ici de valider ou d’invalider une de nos hypothèses à savoir celle relative aux différences de motivations, d’attentes et de besoins entre les étudiants Classes Bilingues et les étudiants non CB que nous rappelons ci-dessous.

H3 : Les étudiants issus de classes bilingues ne choisissent pas d’étudier et d’intégrer une FUF pour les mêmes raisons que les étudiants non issus de classes bilingues.

Tout comme pour la question précédente concernant la motivation à entrer dans une CB, les raisons les plus invoquées par l’ensemble des étudiants pour intégrer une FUF sont en rapport avec leur avenir professionnel; il est relevé que les langues étrangères sont importantes; ils prévoient de poursuivre leurs études à l’étranger ou envisagent un master francophone. Pour cette question, les étudiants pouvaient sélectionner les réponses qu’ils souhaitaient puis devaient les classer entre elles. Il apparaît que les résultats émanant du classement de leur choix aboutissent aux mêmes conclusions, les pourcentages obtenus étant juste légèrement plus faibles.

Il est intéressant de noter que le fait que l’item « parce que c’est gratuit » (ou presque) est souvent retenu (66,7 %) comme étant une des raisons du choix de s’y inscrire par les étudiants ayant abandonné la Filière Universitaire Francophone FUF.

Nous pouvons également souligner que le fait d’aimer la langue française garde une bonne place dans les raisons les plus invoquées par une bonne partie des étudiants : 50 % chez les étudiants ayant abandonné et 49,5 % chez les étudiants de Filières Universitaires Francophones FUF non CB.

Par ailleurs, on peut relever que pour un tiers des étudiants CB, le fait que peu de personnes apprennent le français constitue un atout puisque cet item a été choisi par un tiers des étudiants de Filières Universitaires Francophones FUF CB et par plus d’un étudiant sur quatre de Filières Universitaires Francophones FUF non CB (25,5 %) et 16,7 % des étudiants ayant abandonné la Filière Universitaire Francophone FUF.

La raison « ce sont mes parents qui ont choisi » a été retenue par un nombre non négligeable d’étudiants, notamment ceux issus de Classe Bilingue (22,2 %) et également ceux ayant abandonné la Filière Universitaire Francophone FUF (16,7 %), d’autant que pour 18,8 % et 16,7 % d’entre eux respectivement, cette raison a été classée en 1ère place.

Il est difficile de trancher sur le fait que notre hypothèse est ici validée ou invalidée. En effet, dans l’ensemble il apparaît que les motivations des étudiants Classes Bilingues et ceux non CB sont sensiblement les mêmes : avenir professionnel, études à l’étranger ou master francophone. Le choix de quelques items divergent toutefois, généralement parmi ceux qui ont un pourcentage plus faible. Par exemple, l’item « je veux approfondir mes connaissances en français » a été logiquement sélectionné chez beaucoup plus d’étudiants Classes Bilingues (27,8 %) que d’étudiants non CB (7,5%), tandis qu’à l’inverse l’item « parce que je parle déjà anglais et que je veux apprendre une autre langue » n’a été sélectionné que par des étudiants non CB (21,7 %), les étudiants Classes Bilingues n’ayant généralement jamais étudié de LV2 au cours de leur cursus.

Une classe bilingue ou une filière universitaire francophone
(1) Nous avons pris le parti de ne présenter que les 4 premiers choix classés en 1er par les étudiants, c’est la raison pour laquelle la somme des pourcentages n’est pas toujours équivalente à 100 %.

Si nous nous penchons maintenant sur les réponses des étudiants de RI, il apparait également que les raisons les plus souvent évoquées sont celles concernant l’avenir professionnel, notamment pour travailler dans le droit international ou la poursuite d’études à l’étranger avec une priorité pour la volonté de faire un métier spécifique, à savoir celui de diplomate puisque 87,2 % des étudiants de RI ont sélectionné cette réponse.

Ensuite, arrivent des références à l’importance des langues étrangères (59,6 %) et notamment la possibilité d’apprendre deux langues à la fois, réponses choisies par plus de la moitié des étudiants (55,3 %).

Puis les étudiants évoquent le prestige de ce département (21,3 %) tandis que les étudiants de Filières Universitaires Francophones FUF sont seulement 12,8 % à avoir choisi cette réponse pour le choix de leur département. Dans l’esprit des étudiants il apparait donc peut-être que le domaine des Relations Internationales est plus prestigieux que d’autres.

Enfin, il apparait que le choix des parents prime encore pour certains des étudiants (12,8 %) soit à peu près comme pour les étudiants de Filières Universitaires Francophones FUF (en moyenne 15,7 %)

Une classe bilingue ou une filière universitaire francophone

Pour finir, sur la partie motivation, 79,7 %43 de l’ensemble des étudiants de Filières Universitaires Francophones FUF affirment que si c’était à refaire ils referaient le même choix, ce qui est un pourcentage somme toute satisfaisant et semble indiquer un certain succès des Filières Universitaires Francophones FUF. Nous pouvons toutefois relever qu’en 3ème année plus d’un étudiant sur quatre a répondu « non » à la question et semble donc regretter son choix, ce qui nous amène à nous demander pourquoi et à nous interroger sur les raisons pour lesquelles il a persévéré jusque là.

43 Le pourcentage n’a pas été calculé sur l’intégralité des étudiants car 6 d’entre eux n’avaient pas répondu à la question et nous avions omis de mettre la question dans le questionnaire pour les 3èmes années issus de CB. Nous avons donc fait le calcul sur 217 personnes au lieu de 230.

Une classe bilingue ou une filière universitaire francophone

Voici un tableau récapitulatif de l’ensemble des réponses explicatives des étudiants ayant répondu « non » à la question « Si vous deviez revenir en arrière, referiez-vous le même choix ? » :

Si je devais revenir en arrière, je ne referais pas le même choix parce que… Nombre de réponses Catégories générales TOTAL
1 Le français est une langue difficile 8 Difficulté de l’apprentissage du français 39,5%
Les cours pour les vrais débutants sont trop difficiles(manuel est trop difficile) 5
Je ne comprends pas, je n’arrive pas à suivre, mon niveau est faible, … 4
2 Manque de temps, trop de travail à l’université, priorité aux matières scientifiques 11 Manque de temps donc priorité donnée aux matières scientifiques 25,6%
3 Problèmes liés à l’enseignant (très souvent absent, ne sait pas motiver les étudiants, pas compétent, cours magistraux où les étudiants n’interviennent pas, etc.) 3 Problèmes internes au fonctionnement/à la qualité de l’enseignement dans les Filières Universitaires Francophones FUF 13,95%
Problèmes d’emploi du temps (les cours se chevauchent) 3
4 Je n’aime pas les langues étrangères / le français 2 Inappétence et inutilité de l’apprentissage du français 13,95%
J’ai l’impression de ne rien apprendre, je veux apprendre autre chose 2
La langue française n’est pas très utilisée dans le monde du travail 2
5 Pas d’argent pour payer des cours supplémentaires 3 Pas d’argent pour payer des cours supplémentaires 7%
TOTAL 43

Il apparaît que la catégorie de réponses la plus importante (39,5 %) concerne la difficulté que représente l’apprentissage du français et notamment la difficulté des cours pour les débutants. Nous avons pu constater qu’au Laos, les étudiants ne sont pas habitués dès le début de leur scolarité à fournir un travail personnel à la maison et se contentent souvent de ce qu’ils ont appris en classe. Or ce travail à la maison reste indispensable, vu l’effort de mémorisation que nécessite l’apprentissage d’une langue. Ainsi, la progression qui a déjà tendance à être relativement lente est encore trop rapide pour nombre d’étudiants. Il est probable aussi que certains enseignants ne se soucient pas suffisamment de savoir si les étudiants suivent ou non.

La catégorie suivante (25,6 %) qui réunit toutes les réponses évoquant le manque de temps pour travailler le français et la préférence donnée aux matières de spécialités scientifiques souligne bien que certains étudiants trouvent difficile de maintenir un rythme « soutenu» de travail personnel alors même qu’ils ont déjà en Filières Universitaires Francophones FUF un volume horaire plus conséquent que ceux inscrits dans le cursus « classique » les cours de français étant naturellement dispensés en plus des matières « habituelles ».

La troisième catégorie (13,95 %) soulève des problèmes au niveau de l’enseignement ou de l’organisation de l’emploi du temps. Ces problèmes peuvent peut-être trouver des solutions en changeant les enseignants des Filières Universitaires Francophones FUF ou bien en répartissant les heures de cours dans une même classe entre deux enseignants différents, ce qui demanderait alors une organisation un peu plus complexe, mais qui pourrait avoir des effets bénéfiques. Pour l’organisation de l’emploi du temps, il conviendrait d’améliorer encore la concertation entre les responsables de Filières Universitaires Francophones FUF et les responsables des facultés concernées.

La quatrième catégorie (13,95 %) expose le manque de motivation et d’intérêt pour la langue française chez certains étudiants. Nous nous posons la question de la raison qui les pousse à poursuivre leurs études en Filières Universitaires Francophones FUF.

Enfin, la cinquième catégorie (7 %) rend compte du fait que certains étudiants font valoir qu’ils ne peuvent se payer des cours supplémentaires. Cette réflexion fait transparaitre une idée, qui semble d’après notre expérience, très prégnante au Laos, selon laquelle pour pouvoir apprendre une langue et progresser il faut nécessairement suivre un très grand nombre d’heures de cours. Cette représentation est liée à la remarque faite précédemment pour la catégorie 1 sur la faible habitude éducative à fournir un travail personnel et à réviser régulièrement à la maison. Le suivi de cours complémentaires, généralement le soir, est conçu au Laos comme une indispensable panacée à l’échec.

Lire le mémoire complet ==> (Orienter les filières universitaires francophones à partir des motivations, attentes et besoins des étudiants)
(une étude de cas à Vientiane, Laos)
Mémoire présenté pour l’obtention du Master 2 professionnel parcours 3
Université Paris III – Sorbonne Nouvelle – Ingénierie de formation pour les enseignements de français langue étrangère et des langues