Un diplôme garant d’un emploi stable chez les jeunes français ?

By 28 March 2013

6.2.1 Un diplôme garant d’un emploi stable chez les jeunes français ?

Même s’il existe encore une relation positive forte entre niveau scolaire et taux d’activité en France, les débuts de carrière sont de plus en plus marqués par une succession de contrats courts ou une alternance entre emploi et chômage, y compris pour les diplômés du supérieur. Si la possession d’un titre du supérieur est devenu un pré-requis pour occuper des postes à responsabilité en France, le nombre de nouvelles positions de ce type à été insuffisant ces dernières années pour absorber la croissance du nombre de diplômés nous disent Paul (JJ) et Murdoch (J)58. D’après les chiffres de l’INSEE59, plus d’un quart des jeunes français qui étaient actifs en 2003 ont traversé au moins une période sans emploi au cours des quatre trimestres suivants, que ce soit au chômage ou dans l’inactivité, contre 17% pour l’ensemble des actifs. Même élevé, un diplôme n’est plus garant d’un emploi à durée indéterminée : parmi les diplômés du premier niveau universitaire qui travaillaient en 2003, 14 % ont été sans emploi au moins une fois au cours de l’année suivante. Les jeunes sont ainsi les premiers touchés, en France, par le ralentissement économique. En effet, la sensibilité du volume d’emplois temporaires aux variations cycliques de l’économie a surtout un impact sur les actifs de moins de trente ans. Plus d’un jeune actif sur cinq occupe un emploi temporaire en France. Pour nombre d’entre eux, passer par un emploi temporaire constitue une étape incontournable de l’insertion professionnelle. Les jeunes sont en conséquence les plus touchés par la hausse du chômage observée: le taux de chômage des actifs de moins de 30 ans atteint 18,1% en moyenne sur 2004. Ils sont également plus nombreux à connaître des trajectoires d’emploi discontinues. D’après les données de l’Enquête emploi de l’INSEE, 10 % des jeunes actifs qui avaient un emploi en 2003 ont occupé un emploi temporaire quatre trimestres successifs ; ce n’est le cas que de 5 % pour l’ensemble des actifs occupés.

Etre jeune permet cependant de sortir du chômage un peu plus rapidement que lorsque l’on est plus âgé. Mais l’effet de l’âge sur l’emploi est moins significatif que la possession de certains diplômes du supérieur. Même si en France, le diplôme, même élevé, n’est plus garant d’un emploi stable chez les jeunes, il n’en reste pas moins que l’insertion des jeunes dans l’emploi est d’autant plus rapide qu’ils possèdent un diplôme élevé : 68 % des diplômés du supérieur de moins de trente ans qui travaillaient en 2003 ont toujours disposé d’un emploi à durée indéterminée les quatre trimestres suivants, contre 43 % des non- diplômés. Cependant, même pour les jeunes très diplômés, occuper un emploi à durée indéterminée n’est pas assuré. Les jeunes actifs diplômés de l’enseignement supérieur court occupent également souvent des emplois temporaires : 10 % d’entre eux ont travaillé sous ce type de contrat tout au long de l’année.

58PAUL (J.J), MURDOCH (J), « Higher Education and Graduate Employment in France », in European Journal of Education, Vol.35, n°2, 2000
59GIVORD (P), L’insertion des jeunes sur le marché du travail entre 2002-2004, INSEE PREMIERE n°1061, janvier 2006. Les résultats présentés dans cet article proviennent des enquêtes Emploi 2002, 2003, 2004 et 2005. Les personnes interrogées dans le cadre de cette enquête sont suivies six trimestres successifs. Ceci permet en particulier de repérer les changements de situation d’un trimestre à l’autre, et de reconstituer des trajectoires professionnelles.

Le sexe est également une variable qui différencie la population active. Si 64% des jeunes hommes titulaires du bac ont eu un emploi à durée indéterminée quatre trimestres successifs, seulement 55 % des jeunes filles de même niveau scolaire étaient dans ce cas en 2003. Près d’une femme active sur neuf occupe un emploi temporaire en 2004 contre moins d’un homme sur douze. Être à son compte est plutôt masculin. Mais les femmes actives occupent aussi souvent que les hommes un emploi salarié à durée indéterminée : en 2004, sept actifs sur dix, hommes ou femmes, sont dans ce cas. En revanche, les femmes sont plus souvent au chômage que les hommes. En moyenne sur 2004, 11 % des femmes sont au chômage, contre 9 % des hommes. Et parmi les femmes actives en 2003, 7 % ont occupé un emploi temporaire les quatre trimestres suivants, soit une proportion une fois et demi plus élevée que pour les hommes. Passer d’un emploi temporaire à un emploi stable est également plus rare pour les femmes que pour les hommes. Avec le ralentissement économique, les chômeuses ont encore plus de difficulté que les chômeurs à trouver un emploi stable. Les femmes ont également une plus grande propension que les hommes à quitter le chômage pour l’inactivité. Au bout d’un trimestre, 16 % des chômeuses sont inactives au sens du Bureau International du Travail60. Pour les chômeurs, cette proportion est inférieure de près de 5 points. Ecart de pourcentage, qui, en Italie, on va le voir, est encore plus creusé.

En outre, suivant les segments du supérieur, le type d’établissement fréquenté et le diplôme obtenu, les difficultés d’insertion sur le marché du travail français ne sont pas les mêmes. D’après Paul (J.J), Murdoch (J) et Zanzala (J)61, les départements et les filières les plus sélectives conduisent moins fréquemment au chômage que les autres, quelle que soit la discipline. Les auteurs notent aussi que l’écart est plus marqué pour les départements scientifiques et que les diplômés des départements d’économie et de gestion les plus sélectifs ont plus fréquemment accès à des emplois de cadres dès la sortie de l’université que les autres. Cet avantage se maintenant tout au long de leur période d’observation. Ils concluent que les diplômés des départements les plus sélectifs obtiennent, d’un côté, plus rapidement un emploi62 et, de l’autre côté de meilleurs emplois (la proportion de cadres est plus élevée). Il ressort en revanche de l’étude que l’insertion professionnelle varie selon les établissements beaucoup plus systématiquement au Royaume-Uni qu’en France. En Italie, en plus de ces variations dues à la sélectivité des filières et des difficultés que connaissent les jeunes en général, s’ajoutent des problèmes structuraux, qui les accentuent et les prolongent.

60Elles n’effectuent plus de démarches de recherche d’emploi ou ne sont plus disponibles pour occuper un emploi dans les quinze jours.
61PAUL (J.J), MURDOCH (J), ZANZALA (J), « sélection à l’entrée des universités et emploi : une comparaison entre le Royaume-Uni et la France », in Economie Publique, études et recherche, n°5, 2000

L’expérience de mobilité des étudiants ERASMUS
Les usages inégalitaires d’un programme d’«échange» Une comparaison Angleterre/ France/Italie
Thèse pour obtenir le grade de DOCTEUR EN SOCIOLOGIEO – UFR Civilisations et Humanités
l’Université AIX-MARSEILLE I & Università degli studi di TORIN