Réduire les coûts, un premier levier possible, Spectacle vivant

By 10 March 2013

Les fonds propres dans le spectacle vivant : état des lieux, développement et perspectives

Avant propos

Réduire les coûts, un premier levier possible

Dès qu’il s’agit de culture, les plus acerbes en viennent rapidement à lever le drapeau des « surcoûts» devant des artistes apeurés qui mettent en avant une ambition artistique et civilisatrice. Cette amère confrontation empêche souvent de se poser la question de la réduction des dépenses de manière saine, sans mettre en péril les projets artistiques.

Il est en effet primordial avant de songer à trouver de nouvelles ressources de s’interroger sur les petites poches de dépenses qui pourraient être, sinon éliminées, au moins réduites. Nous n’irons pas rôder du côté artistique où les enjeux sont grands et les considérations générales sans intérêt. En revanche, certaines ressources peuvent être glanées dans le report de dépenses de fonctionnement.

De nombreux lieux ont déjà amorcé cette démarche. Recensons ici quelques propositions :

Les frais de personnel permanent sont-ils réductibles ?

La masse salariale est toujours la part la plus significative des dépenses structurelles. Il est bien délicat d’envisager des coupes sombres dans ce qui fait la dynamique d’un lieu et contribue à la vie économique d’une ville. Néanmoins, il est vrai qu’il est toujours intéressant de s’interroger sur la pertinence de certains emplois, de la structuration de l’organigramme. Ainsi, on pourra sûrement constater des disproportions entre différents services. Lorsqu’on déplore un manque de personnel chargé de trouver des fonds, de construire une stratégie de communication et de développement, ou encore de diffuser les créations, on constate par ailleurs que certains services sont, toute proportion gardée, « sur-dotés ». C’est souvent le cas des services relations publiques et accueil. Bien entendu, cela vient du fait qu’ils sont l’interface visible entre le lieu et ses publics mais il conviendrait de s’interroger plus souvent sur la pertinence de leur structuration.

Au Théâtre des Bouffes du Nord, le service billetterie comprenait quatre employés quand bien même les volumes horaires que cela signifiait étaient totalement démesurés par rapport à la fréquentation du service. De fait, en matinée, seules quelques personnes se présentent directement sur les lieux ou téléphonent. En revanche, les sollicitations s’intensifient au moment des abonnements et en dernière minute, c’est à dire en soirée. Dès lors, il semblait judicieux de repenser l’organisation du travail de ce service, et cela induisait une véritable réduction de coûts sans diminution de la qualité du service ; une économie est souvent synonyme d’un report vers des dépenses plus indiquées.

Internet ou l’ami des petites économies

Internet est devenu un grand ami des petites économies. En effet, Internet permet souvent de réduire le coût marginal des envois.

Par exemple, les envois postaux peuvent être considérablement réduits, ce qui entraine nécessairement une réduction des coûts en matériel mais également une optimisation du temps de travail puisque le temps passé à gérer les envois postaux est sans commune mesure avec celui d’une gestion électronique de ces contacts avec l’extérieur. Dès lors, avec des outils d’envoi bien organisés et ergonomiques c’est un véritable levier de rentabilité et de qualité. De fait, Internet permet une multiplication des contacts et un enrichissement des contenus (la newsletter n’avait pas son équivalent dans l’ère de l’imprimé).

Bien sûr cette évolution n’est pas toujours évidente. Certains peuvent se permettre plus aisément d’aller dans ce sens. L’avantage de certains théâtres, comme le Théâtre du Rond Point, est de s’adresser à une population qui n’est a priori pas hostile aux sollicitations par Internet. En effet, au fil des saisons, entre 20 et 25% des spectateurs ont moins de 30 ans.

Il convient donc de s’assurer de l’opportunité d’un tel changement ; mais inexorablement, plus nous avançons dans le temps, plus les lieux ne se poseront plus la question de savoir si leurs publics sont constitués d’« Internet natives » ou non.

D’autres petites propositions, les réponses du Théâtre du Rond Point

Le Théâtre du Rond Point après un audit du Ministère a choisi de réduire certains coûts. Un des axes forts de cette rigueur a notamment consisté à réduire la part des invitations à 20% en moyenne.

S’est également posée la question du maintien des campagnes de communication sur les colonnes Maurice et notamment de celle concernant les abonnements. De fait, la notoriété du Théâtre désormais installée après quelques années, cette campagne ne semble pas primordiale de l’avis de certains membres de l’équipe. Pourtant, il a été choisi de maintenir ces campagnes pour des raisons de concurrence avec les autres lieux qui affichent dans les colonnes. Des enjeux plus souterrains ont primé sur l’efficacité directe de la démarche. Comme nous le verrons plus tard cela fait partie de la stratégie de marque : lorsqu’on est une marque « installée » on ne communique pas pour être connu mais pour être sans cesse reconnu.

Réduire les dépenses quotidiennes nécessiterait dans chaque cas particulier un audit et un contrôle de gestion fins et avisés. De nombreuses zones budgétaires peuvent être rabotées sans que cela ne nuise à la qualité du travail et à la dynamique artistique, mais seule une subtile analyse du fonctionnement d’un lieu peut amener cette optimisation.

Fort de ce pré-requis, il sera possible alors de repenser la stratégie de développement des fonds propres du lieu de spectacle.

Le milieu muséal, un voisin à imiter ?

Mais avant de nous lancer dans l’étude du développement des ressources propres dans le spectacle vivant, il convient également de nous arrêter un instant sur des institutions culturelles voisines de ce secteur, à savoir les musées. Cette simple confrontation du milieu muséal au milieu du spectacle vivant peut d’ores et déjà mettre à mal l’idée que le développement des fonds propres est « peine perdue » pour la culture. En effet, depuis une trentaine d’années, les musées ont véritablement repensé leurs moyens de financement, Pourtant, eux aussi se revendiquent comme un service public et il ne semble pas que ce mouvement vers un développement des ressources propres remette en cause la pertinence des projets muséaux.

En effet, pas un musée ne fait l’impasse aujourd’hui sur ses produits dérivés. Tout visiteur achève sa visite par un passage obligé par la librairie-boutique du musée où il peut trouver de multiples objets incarnant l’exposition qu’il vient de terminer. De la simple carte postale, au catalogue d’exposition, en passant par le magnet, tout est pensé pour que le visiteur emporte avec lui un « morceau-souvenir » des œuvres qui lui ont été présentées.

Dans le secteur du spectacle vivant subventionné, nous verrons que seuls l’Opéra National de Paris et la Comédie Française peuvent se vanter d’avoir une boutique équivalente. En revanche, contrairement aux musées, la galerie de l’Opéra et la boutique de la Comédie Française ne sont pas un « atterrissage obligé », ni même « naturel », puisqu’il faut sortir de l’Opéra ou de la Salle Richelieu pour y accéder.

Quelques autres initiatives doivent être néanmoins remarquées ici. Nous verrons que le Théâtre du Rond Point a de ce point de vue mené une véritable stratégie de développement et notons que le Festival d’Automne à Paris tente également de valoriser les produits « dérivés » de ses éditions. Ainsi, une boutique en ligne a été ouverte et, récemment, les sérigraphies commandées aux artistes plasticiens invités au fil des éditions ont été mises en vente.

Outre, les produits dérivés, les services annexes, les locations, le mécénat, toutes les formes de financements ont été (re)pensées, particulièrement dans les grands musées parisiens.

Ainsi, aujourd’hui, le palais de Tokyo est connu pour la qualité de son restaurant. De plus, son projet Art Home (table d’hôte installée sur le toit du Palais de Tokyo depuis le 1er juillet 2009, conçue par Laurent Grasso en partenariat avec Electro Lux) a permis non seulement de dégager des fonds conséquents mais également de « faire parler » du lieu en inventant un concept qui sort du cœur de projet du centre d’art tout en restant cohérent avec l’identité du lieu, « tendance » et « avant-gardiste », n’en déplaise aux tokyoseptiques.

Que faut-il retenir de positif de cette comparaison sinon qu’un lieu culturel a de nombreux atouts valorisables. Presque toujours lovés dans des architectures majestueuses, situés dans des quartiers vivants, vastes et spécifiquement destinés à accueillir du public, les lieux culturels et plus particulièrement de spectacle sont aisément attirants et modulables. Il convient donc de cerner les possibilités d’activités nouvelles et propices à une attraction de publics et donc de financements en restant toujours cohérent dans la manière avec l’identité du lieu, le cœur du projet artistique.

Il faut cependant modérer l’enthousiasme que cette comparaison intersectorielle peut susciter par plusieurs considérations qui nous obligent à rester mesurer dans l’imitation possible du modèle muséal.

Tout d’abord, le spectacle vivant est le parent pauvre du patrimoine. De fait, les moyens financiers alloués aux lieux de spectacle vivant sont de toute évidence plus faible sans commune mesure avec le patrimoine, secteur historiquement chéri par l’Etat (39% des financements alloués au patrimoine contre 27% au programme création). Dés lors, la marge de manœuvre nécessaire pour un renouvellement stratégique est plus confortable dans le secteur muséal.

Par ailleurs, comme souligné plus avant, l’incarnation humaine de l’œuvre dans le spectacle vivant rend la « commercialisation » plus difficile.

Il sera plus aisé de penser des produits dérivés d’objets d’art que de « quelque chose » qui ne devient jamais objet. Le spectacle n’a d’existence concrète qu’à travers les corps humains qui le portent.

Dans le même ordre d’idée, nous verrons plus tard qu’il est beaucoup moins évident de créer une marque dans le spectacle vivant que dans les musées du fait de cette prépondérance des artistes, donc des Hommes, dans le spectacle.

Lire le mémoire complet ==> (Les fonds propres dans le spectacle vivant : état des lieux, développement et perspectives)
Mémoire de fin d’études