Rapport au sensible et Expérience de la relation de couple

By 4 March 2013

Université MODERNE DE LISBONNE

Mestrado EN Psychopedagogie Perceptive

Rapport au sensible et Expérience de la relation de couple
« Enquête exploratoire auprès de praticiens-experts de la psychopédagogie perceptive »

Mémoire de Mestrado en Psychopedagogie Perceptive

Géraldine Lefloch

Direction Scientifique : Prof. Dr. Marc Humpich
Co-direction : Prof. Dr. Danis Bois

Février 2008

Remerciements
A Marc Humpich, qui par son soutien, son aide et ses conseils éclairés m’a permis de réaliser non seulement ce mémoire mais aussi mon projet relationnel d’un grandir ensemble au quotidien.

A Danis Bois, le chercheur, pour l’exception de son œuvre. A Danis Bois, l’homme, qui en s’étant autorisé tout de lui, m’insuffle l’envie d’incarner tout de moi.
A Eve Berger, Jeanne-Marie Rugira et Pierre Paillé pour leur amitié et leur accompagnement dans l’élaboration de ce mémoire.

A mes collègues et amis de la promotion 2005 – 2007.
Aux formateurs qui ont accepté de me livrer leur intimité pour que je puisse réaliser ce mémoire. A Maman et Raymond.
A Françoise et Daniel Vollant, Véronique Pontvianne-Etienne, Aude, Christèle, Nathalie, Marie-Aude, Thierry et à tous ceux qui m’ont soutenue dans ce travail.

Première partie : Contextualisation et problématique

Chapitre 1 : Introduction

Depuis toujours, en tout cas c’est le souvenir que j’en ai, les rapports humains et plus particulièrement ceux expérimentés dans des contextes de relation signifiante, m’interpellent, m’interrogent. Je précise que « relation signifiante » sera entendu dans ce mémoire comme une relation qui implique de façon affective les personnes qui la vivent. C’est le cas par exemple de la relation vécue entre amis, de la relation parents-enfants et de la relation de couple.

Dès l’école primaire, puis bien plus tard à l’adolescence, je me souviens de quelques questions profondes qui nourrissaient déjà ma réflexion : « qu’est-ce que l’amitié ? », « comment ‘marche’ une relation ? », « pourquoi tant de difficultés de compréhension, tant de confrontations entre personnes qui disent s’aimer ? », « qu’est-ce que l’amour ? », « comment fonctionnent les rapports humains ? » ou encore : « y a-t-il quelque chose à comprendre des aberrations relationnelles ? ».

Quelques années plus tard, après des études de pédicurie puis de kinésithérapie, je rencontrai la fasciathérapie, à l’époque nommée « Méthode Danis Bois » du nom de son fondateur. Je ne savais pas encore que cette méthode allait me permettre de répondre à quelques-uns de ces questionnements.

Suite à un problème de santé, j’avais eu l’occasion de tester sur moi-même l’efficacité de la fasciathérapie. Elle représentait alors pour moi une spécialité de la kinésithérapie et je décidai de m’y former dans le projet de pouvoir apporter à mes patients ce qui m’apparaissait comme un « plus », un complément thérapeutique.

Inconsciente, je l’étais. Mais j’avais des points forts : une ténacité, une curiosité et un fort penchant pour la relation d’aide. De la spiritualité, au sens de « transformation de conscience » (Tolle, 2005, p.15), je n’en connaissais même pas l’existence. Ma surprise fut donc d’autant plus grande quand je fis en moi-même l’expérience consciente de ce que Danis Bois appelait le « mouvement interne ». Je dirais même que le bouleversement existentiel fut total.

Au début de ma formation en fasciathérapie, la perception que j’avais du mouvement interne était celle d’une force thérapeutique nouvelle sur laquelle j’allais pouvoir m’appuyer dans mon activité professionnelle. Mais progressivement, quelque chose de plus profond naissait en moi en fréquentant ce mouvement qui était invisible à l’œil et pourtant très bien identifiable par la perception corporelle. Plus qu’un outil thérapeutique, il se révélait porteur d’un sens; je le pressentais. Je dirais même qu’avec le temps, un sens à la vie se dévoila et, plus précisément encore, un sens à ma vie. Cette découverte me combla.

Le processus de mutation de mon existence était donc lancé : je voulais vivre au cœur de ce bonheur sans objet rencontré dans l’expérience du mouvement interne et je voulais partager cette découverte avec les autres (patients, proches….).

Que n’avais-je pas pensé là ! Rester au contact du mouvement interne et du « corps sensible »1 n’est ni chose facile, ni chose banale. Car c’est bien de transformation de soi dont il s’agit.

Mais la méthodologie proposée par Danis Bois est efficace et les travaux entrepris au Centre d’Étude et de Recherche Appliquée en Psychopédagogie perceptive (Cerap) le prouvent. A la question « la relation au corps sensible a-t-elle un impact sur la transformation des représentations du sujet en formation ? » (Bois, 2007, p.38) l’enquête menée auprès de praticiens en psychopédagogie perceptive répond que non seulement il y a « transformation des représentations conceptuelles » (Ibid., p.344) mais également « que la personne, au contact de la relation au corps sensible, perçoit une réelle transformation de son secteur existentiel » (Ibid., p.345).

Allons plus loin. Au-delà de ces changements conceptuels et existentiels, qu’est-ce que cela apporte de vivre au contact du « sensible » dans la vie quotidienne ? Comment et dans quels sens se manifeste le renouvellement des attitudes comportementales ? Que donnent ces changements dans la sphère relationnelle ?

Pour en savoir plus, regardons de plus près quelques écrits du CERAP. Pour Christian Courraud « le toucher psychotonique [pratiqué en fasciathérapie] invite la personne à se centrer sur elle-même […]. Ce toucher de relation soigne la relation à soi, la présence à soi et le sentiment de soi » (2007, p.125-126).

Avec Hélène Bourhis, nous apprenons que non seulement la pédagogie du sensible enrichit la « potentialité perceptive » mais également qu’elle a un impact sur « la manière d’être » des étudiants (2007a, p.100).

Dimitri Dagot, quant à lui, nous partage que les étudiants en psychopédagogie perceptive développent des compétences nouvelles générant « une confiance en la vie, en l’avenir et des élans d’action significatifs » (2007, p.105)

Nous voyons bien dans ces quelques exemples que le rapport au sensible entraîne un réel changement dans le rapport de soi à soi. On peut alors se poser la question avec Carl Rogers de l’influence sur la vie relationnelle d’un travail de transformation de soi et s’interroger sur le devenir des changements comportementaux dans les rapports interpersonnels : « Quelles sont donc les façons dont s’opèrent les changements de comportement des clients dans leur vie de famille, en conséquence d’une thérapie centrée sur la personne? » (Rogers, 1998, p.204).

1 Je détaillerai précisément ce que Danis Bois entend par « mouvement interne » et par « corps sensible » dans le chapitre « Cadre théorique ». Précisons pour le moment que le mouvement interne est expérimenté sous de multiples visages : une animation des différents tissus du corps, une force interne, un principe d’autorégulation physique et psychique de la personne, une conscience en mouvement. Le corps sensible, quant à lui, est le corps qui se donne à vivre quand il est animé par le mouvement interne.

En ce qui me concerne, après avoir, comme beaucoup de mes amis et collègues, passé plus de quinze années au contact du sensible à me laisser bouger dans mes représentations mentales, la relation à l’autre et les effets sur celle-ci d’une démarche de transformation au contact du corps sensible sont aujourd’hui au cœur de mes préoccupations, à la fois de praticienne et de chercheuse ? Les travaux de recherche disponibles suscitent également ma curiosité en ce sens. En effet, que veulent dire les participants de la recherche de D. Bois quand ils expriment : « Je suis moins à distance des autres » ou encore « je suis moins artificiel, moins périphérique, plus concerné par les autres » (2007, p.342) ? De nouvelles questions émergent : qu’est-ce qui, dans le rapport au sensible, permet de se rapprocher de l’autre, d’être plus concerné par lui ? Comment se fait ce rapprochement ? Y a-t-il des lois relationnelles spécifiques quand on vit au contact du sensible ?

Il est un fait que le renouvellement de soi se prolonge jusque dans les sphères de l’intime. La sphère d’influence du sensible s’exerce ainsi jusque dans la relation amoureuse. Si les questions relatives à la dynamique amoureuse ne sont aujourd’hui pas encore abordées explicitement dans les programmes de formation en psychopédagogie perceptive, les débats entre praticiens concernant l’influence du rapport au sensible dans cette sphère de l’amour sont omniprésents mais se tiennent en quelques sorte dans la « clandestinité ».

De plus, un certain nombre de mes collègues et moi-même sommes régulièrement sollicités, dans le cadre de notre activité professionnelle, sur le terrain de l’accompagnement de problématiques relationnelles et plus particulièrement sur les problématiques de couple.

Voici donc les éléments qui ont contribué à mon choix d’un projet de recherche autour du thème suivant : rapport au sensible et expérience de la relation de couple.

  1. Contextualisation et problématique, Expérience de la relation de couple
  2. Itinéraire d’une rencontre au cœur de soi
  3. Relation de couple, Du mouvement interne au corps sensible
  4. Approfondissement de la notion de renouvellement du moi
  5. Une source d’inspiration pour les relations quotidiennes
  6. La réciprocité actuante : une modalité d’échange fondée sur une subjectivité corporéisée
  7. La réciprocité actuante : vers une « fusion défusionnée »
  8. La réciprocité actuante et quelques enjeux d’apprentissage
  9. Démarche de renouvellement du moi et relation à l’altérité
  10. Éloge du mariage, de l’engagement et autres folies
  11. Le mystère d’autrui : éclairage philosophique
  12. La relation de couple : Données sociologiques
  13. Relation amoureuse : le couple, la rencontre et ses caractéristiques
  14. Les différents types de liens porteurs d’amour
  15. Les mécanismes à l’œuvre dans la formation du couple et dans son devenir ?
  16. Évolution du couple au fil des siècles, Relation de couple
  17. Le renouvellement du rapport à l’amour, arbre thématique AT2
  18. Les affinités d’un instant et la relation de couple
  19. Le rapport à soi, à l’autre et à la solitude et à la liberté
  20. L’impermanence du rapport au sensible, les apprentissages de vie
  21. Dépassement des mécanismes préjudiciables à la relation vivante
  1. Contextualisation et problématique, Expérience de la relation de couple
  2. Itinéraire d’une rencontre au cœur de soi
  3. Relation de couple, Du mouvement interne au corps sensible
  4. Approfondissement de la notion de renouvellement du moi
  5. Une source d’inspiration pour les relations quotidiennes
  6. La réciprocité actuante : une modalité d’échange fondée sur une subjectivité corporéisée
  7. La réciprocité actuante : vers une « fusion défusionnée »
  8. La réciprocité actuante et quelques enjeux d’apprentissage
  9. Démarche de renouvellement du moi et relation à l’altérité
  10. Éloge du mariage, de l’engagement et autres folies
  11. Le mystère d’autrui : éclairage philosophique
  12. La relation de couple : Données sociologiques
  13. Relation amoureuse : le couple, la rencontre et ses caractéristiques
  14. Les différents types de liens porteurs d’amour
  15. Les mécanismes à l’œuvre dans la formation du couple et dans son devenir ?
  16. Évolution du couple au fil des siècles, Relation de couple
  17. Le renouvellement du rapport à l’amour, arbre thématique AT2
  18. Les affinités d’un instant et la relation de couple
  19. Le rapport à soi, à l’autre et à la solitude et à la liberté
  20. L’impermanence du rapport au sensible, les apprentissages de vie
  21. Dépassement des mécanismes préjudiciables à la relation vivante