Quelles perceptions de l’organisation universitaire française?

By 3 March 2013

3.5 Quelles perceptions de l’organisation universitaire et pédagogique ?

3.5.1 La découverte de la condition étudiante et la « raison universitaire »

L’organisation universitaire chaotique et la distance relationnelle entre professeur et étudiants sont beaucoup mentionnées. Cette impression est dominante chez les étudiants commençant leurs études en France. Mais ils soulignent également que ce sont des défauts sans importance. Ce qui est attirant c’est la liberté de penser, la rigueur académique et la formation de l’esprit pratique.

Chou a passé quasiment un an à l’université française (outre l’apprentissage du français). Il constate que comparé à l’école supérieure militaire en Chine où il avait fait sa Licence, l’université française est beaucoup mieux.

« D’abord, tu as la liberté de choisir ce qui tu souhaites faire. C’est le premier point, c’est également une des raisons de ma venue en France.

Ensuite, on a des pressions dans les études. En France, d’abord, il n’y pas de manuels, ensuite le professeur n’indique pas quels savoirs sont plus importants, les contacts avec les étudiants sont très rares. Ce dont on dispose, c’est les notes des cours. Après les cours, on doit aller soi-même chercher des documents et des données supplémentaires, soit à la bibliothèque, soit par le biais d’internet. Les cours sont sous forme de présentation, exposé et mémoire, ceci exige qu’on construise soi-même ses données et les analyse et argumente.

Enfin, Il y a beaucoup d’occasion de pratique. En général, la pratique nous permet d’apprendre des choses. Les savoirs dans les manuels, transmis aux étudiants, on les oublie facilement. »

3.5.2 Opinions sur les professeurs et sur la relation enseignant-étudiant

Nos enquêtés ont plutôt des opinions positives vis-à-vis des enseignants de l’université française. Ils évoquent communément quatre grandes qualités des leurs professeurs dans leur relation avec les étudiant. Leurs références proviennent de leurs expériences vécues en Chine.

– la compétence académique du professeur satisfaisante

– Une relation égalitaire entre professeur et étudiant

Pour Song, ce que lui remarque c’est la relation égalitaire professeur –étudiant

Dans son image, les étudiants chinois respectent vraiment l’autorité du professeur,

– une relation purement académique

Pour Chou, l’université chinoise est corruptrice, bureautique où la bonne note dépend de la bonne relation que l’étudiant à établir avec le professeur, non de la compétence de l’étudiant. Ici, « la relation étudiant-professeur est purement académique ».

-les exigences du professeur vis-à-vis des étudiants étrangers : des professeurs « gentils »?

Comment perçoivent-ils les exigences du professeur vis-à-vis des étudiants étrangers ?« Il n’a pas d’exigence en ce qui concerne le règlement pendant le cours. Pendant les cours, l’étudiant est libre d’entrer ou de s’en aller, il peut s’absenter du cours, le professeur s’en moque. L’exigence dans la formation ne m’apparaît pas si élevée. Mais les savoirs sont transmis d’une manière très vague. Pour avoir de bonnes notes, chaque jour tu devrais étudier après les cours, pas de temps libre.». (Song, garçon de 22 ans, Licence 1 en Biomédical).

Les filles, en particulier, celles en Sciences sociales et en sciences économique, disent souvent que leurs professeurs sont généralement très « gentils ». Que veulent-ils dire par « gentil » ? S’agit –il d’une baisse de l’exigence vis-à-vis des étudiants étrangers ? Voilà l’expérience de Chen, étudiante en sciences économiques et de gestion, qui compare les « gentils » et les autres.

Q : Tu communiques avec les professeurs ?

R : Rarement. Au début j’ai beaucoup voulu. Mais j’ai peur. Je suis sensible. Quand je pose des questions, le professeur dit tout de suite « Pardon ? Comment ? Vous n’avez pas compris ? ». en entendant ca, je me tais, je ne pose plus de questions.

Q : Sens-tu la nécessité de communiquer avec le professeur ?

R : Au premier cours, je demande au professeur s’il y a une bibliographie pour ce cours, je lui ai expliqué ensuite que je suis Chinoise et vient de m’inscrire à l’université française. Je commence à lire les livres pour rattraper. Entre parenthèse « je suis étrangère, soyez un peu indulgent » (elle rit).

Q : Alors, les professeurs sont indulgents vis-à-vis des étrangers ?

R : Ca dépend. Certains professeurs pensent que si le niveau de français de l’étudiant n’est pas suffisamment bon, il ne faut pas lui permettre de s’inscrire dans des formations universitaires. Un camarade chinois dans ma spécialité n’a pas pu passer l’examen en code pénal. Pendant l’examen de repêchage, le professeur lui a dit « je ne comprends pas votre français. Dans votre cas, on ne devais pas vous permettre de vous inscrire dans des formations universitaires.» Ce professeur a ajouté à la fin « un type comme vous ne devrait pas venir en France ». Je crois que c’est bien exagéré. »

Pour certains étudiants, le professeur « gentil » est le contraire d’un professeur qui laisse aller, qui laisse faire, il s’agit plutôt d’un professeur qui comprend les difficultés des étudiants étrangers, qui les encouragent et qui les accompagne dans leur « incertitude ».

Les garçons désignent comme un professeur « responsable » un bon professeur. Au plan académique, ils sont d’un très bon niveau. « Au plan relationnel, ils sont responsables, ils sont disponibles si l’étudiant en a besoin. Pour les étudiants étrangers, tels que les chinois, ils se montrent plutôt compréhensifs à l’égard de leur difficulté en français, mais ils sont aussi exigeants dans la notation, et ne te laissent pas aller, si tu n’es pas au niveau. Pendant les cours, ils pensent à toi, te donnent une bibliographie, des documents supplémentaires pour t’aider à suivre normalement les cours.» (Ka, garçon de 27 ans en Master 2, Sciences économiques et de gestion).

3.5.3 Relation étudiant- étudiant

– Avec des étudiants français

D’un côté, la majorité des étudiants regrette que les contacts entre les étudiants soient si faibles et qu’ils n’aient pas toujours l’occasion de communiquer avec leurs camarades. D’un autre côté, ils apprécient l’aide de leurs camarades français.

Ting est la seule asiatique dans sa classe. Elle parle de son expérience avec ses camarades Français ou d’autres origines. Elle compare son expérience avec celle des autres étudiants chinois. « La majorité de mes camarades sont d’origine maghrébine. Je les trouve très chaleureux et accueillants. Je suis la seule chinoise dans la classe. Ils me demandent si j’ai besoin d’aide. Sur ce point là, je suis vraiment chanceuse, car tous les étudiants chinois n’ont pas eu cette aide précieuse de la part de leurs camarades : certains amis m’ont dit que les autres étudiants dans ses universités sont très froids, ne veulent pas leur prêter leurs notes. Dans ma classe, il y a quelques Français, je veux dire des purement Français, c’est vrai qu’ils sont froids, pourtant ils montrent leur fraternité.

Au commencement, je m’inquiétais beaucoup, comme je n’ai pas un bon niveau de français. L’aide de mes camarades de classe m’a permis de surmonter l’angoisse. J’ai été rassurée après avoir passé les premiers examens. Après, je sais à peu près comment s’organisent les études. Je crois être capable d’amener ces études jusqu’au bout, je me sens moins stressée maintenant ».

-Entre les étudiants chinois

Les étudiants des filières scientifiques travaillent souvent seul à la maison. D’autres cherchent de l’aide auprès de leurs camarades chinois ou des étudiants chinois de la promotion précédente. « Je discute avec des camarades chinois, si ça ne va pas, on demande l’aide aux camarades français, si ils ne savent pas, non plus, on contacte le professeur. Quand même, mon niveau de français est limité, donc, je cherche à résoudre le problème d’abord dans le cercle des Chinois. Si on n’arrive pas à résoudre le problème, on demande l’aide auprès des camarades français, souvent, eux, ils n’ont pas non plus de solution, alors, je me renseigne directement auprès de mon professeur. » (Ka, garçon, 28 ans, Sciences d’économie).

Conclusion : le rapport aux études des étudiants chinois

On constate qu’au bout d’un an de formation universitaire, la plupart de nos enquêtés ont affiné leurs projets d’études et professionnel. Ils souhaitent avant tout obtenir un diplôme permettant de trouver un emploi sur les marchés internationaux du travail (en Chine,en France ou ailleurs).

Pour n’importe quelles filières, la finalité professionnelle domine le rapport aux études, l’aspect utilitariste des diplômes l’emporte sur l’aspect « vocationnel ». Ceci reflète la vision des Chinois sur la fonction de l’enseignement supérieur : celui-ci est avant tout un investissement. Le choix des études à l’étranger des étudiants chinois s’inscrit dans une logique de « l’investissement- rendement » de l’éducation, supposant que ce gros investissement individuel dans l’enseignement supérieur à l’étranger et le rendement effectif doivent être proportionné.

La rentabilité du diplôme sur le marché du travail est primordiale pour nos enquêtés

Quant à la dimension de« vocation », elle reste secondaire pour beaucoup d’étudiant

Ils se différencient largement dans les degrés d’intégration universitaires. Les étudiants des filières scientifiques s’intègrent plus facilement que ceux dans d’autres filières. Beaucoup, en particulier ceux qui s’inscrivent pour la première fois dans une formation universitaires, sont perdus et risquent de se réorienter ou de doubler. Certains sont confrontés aux diverses difficultés dont ils n’arrivent pas à distinguer l’origine et la nature et qu’ils ne sont pas en mesure de surmonter.

Quels sont les facteurs qui ont un impacte sur l’intégration et la réussite universitaire ?

Il y a d’abord les facteurs personnels, qui comprennent les ressources personnelles, le capital culturel et les capacités individuelles. Il s’agit de l’« habitus scolaire» chez Bourdieu ou une « intériorisation des valeurs scolaires » comme le désigne Felouzis. Comme les valeurs scolaires inculquées aux élèves ne sont pas identiques en Chine et en France, une adaptation est indispensable pour les étudiants chinois. L’autonomie dans le travail constitue un grand défit pour beaucoup, à laquelle vient s’ajouter le manque de motivation pour les études pour certains.

Ensuite, certains types de formation, comme celle de MIAGE dans notre enquête ou celle de master professionnel, ont des caractéristiques intégratrices. La structure et l’organisation de la formation favorisent une interaction intensive entres étudiants en classe et en dehors de la classe. Les relations entre étudiants et enseignants y sont personnalisée. Une attention particulière est également accordée aux étudiants étrangers. Cela montre que l’encadrement et le suivie des étudiants étrangers sont très important dans leurs réussite universitaire.

Enfin, la formation d’une culture étudiante aide à l’intégration : les échanges et les communications avec d’autres étudiants (Chinois ou non-chinois, surtout ceux des promotions précédentes), et avec des professeurs.

Les lacunes en français (langage dans la communication, langage spécifique) se conjuguent avec cet état de fait.

Des dispositifs peuvent favoriser les réussites : améliorer la formation en français, renforcer et élargir les services d’information et d’orientation auprès des étudiants étrangers, créer des journées d’échange sur l’organisation et les exigences des professeurs, et les expériences de réussite.

Lire le mémoire complet ==>

(L’expérience des étudiants chinois en France : Entre mobilité et intégration)
Mémoire de Master Recherche : Sociologie de l’éducation et de la formation
Université Paris Descartes – Paris V – Faculté des Sciences Humaines et Sociales – Sorbonne

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