Procédures locales de sélection des étudiants ERASMUS en France

By 26 March 2013

1.2.3 Du potentiel au réel : Des procédures locales de sélection

Les choix en matière de destination des étudiants Erasmus, (qui varient suivant de multiples facteurs, tels que la discipline d’inscription, l’origine sociale, etc.) ne peuvent être compris sans une analyse des procédures de sélection, ainsi que des pratiques des acteurs, responsables locaux de ce programme, dans les trois institutions étudiées pour l’enquête. Cette analyse permet de relever des différences de politiques et d’investissements entre pays et établissements, qui ne sont pas anodines et rendues visibles notamment par les écarts variables entre mobilité potentielle et mobilité réelle (réalisée). L’étude de Teichler (U) et Maiworm (F)68 montre que parmi l’ensemble des pays européens, le ratio le plus élevé entre mobilité réelle et potentielle est italien (70% en 1993-1994), la France enregistre quant à elle un des taux les plus bas (42% cette même année). En France, en 1997-1998, comme nous l’apprend aussi l’Enquête sur la situation socio-économique des étudiants ERASMUS69, en dépit des quelques 181 000 places offertes aux étudiants dans le cadre des contrats institutionnels ERASMUS dans les 18 pays qui ont pris part au programme de mobilité des étudiants, seules 86 000 ont été occupées, ce qui correspond à un taux global de participation, c’est-à-dire d’utilisation effective des places (ou de mobilité réelle) de 50% seulement. La différence entre les places offertes et les places utilisées peut être imputable, nous informe l’enquête de la commission européenne, à un certain nombre d’éléments, dont l’importance varie d’un pays à l’autre. Ainsi, l’écart peut être dû à une probable surévaluation du nombre d’étudiants par les universités concernées au moment de la demande. En effet, Madame Navarre, responsable administrative du Service des Relations Internationales de l’Université de Provence, analyse ceci comme la conséquence de stratégies des professeurs :

« […] Jusqu’à l’année 2002, on a fonctionné sur la présentation au premier novembre à Bruxelles d’un document contractuel émanant de l’université qui comptabilisait, qui additionnait toutes ces démarches individuelles. Parce que nous, on a plus de 100 profs qui travaillent dans ce programme. Et on rentrait ça dans une base de données et on faisait une addition. Et on s’est aperçu assez rapidement que chacun était dans son coin, préparait quelque chose, mais prévoyait trop grand. C’est difficile, un an à l’avance, de savoir combien d’étudiants on aura. Mais comme on a peur de manquer, on prévoit toujours le maximum. Mais après, ça s’est retourné contre nous, parce qu’à l’UE, on a vu que l’on arrivait à un taux de réalisation inférieur à 50% donc on nous a demandé de contracter nos demandes. Elle demande à l’institution de coller plus à la réalité, mais c’est bien difficile pour notre service de contraindre les professeurs, de leur dire ; « l’année dernière vous aviez prévu dix étudiants pour dix mois, vous n’en avez fait que trois, alors on va rabattre ». Parce que l’on se dit que si on rabat sur trois et que l’on en a quatre, on va manquer de financement, mais, l’union européenne nous a contraint à faire cette démarche. »
Madame Navarre

68 MAIWORM (F), TEICHLER (U), The Erasmus Experience: Major Findings of The ERASMUS Evaluation Research Project, Luxembourg: Office for official publication of European Communities, 1997, p31.
69 Rapport publié par la commission Européenne, direction générale de l’éducation et de la culture, 2000

A l’Université de Provence, les documents que nous montre Madame Navarre attestent de profondes différences entre les départements dans le rapport places utilisées / places offertes. Parmi les étudiants en sciences, le nombre de départs annuels par département peine à dépasser le un. Mais dans un contexte où les études de sciences au sein de l’université française deviennent un second choix70, cette faible participation aux échanges Erasmus des départements scientifiques des universités françaises, pourrait être liée à des aspects institutionnels (système d’enseignement supérieur dual), autant qu’organisationnels (liens entre les départements et le SRI) et sociaux (composition sociale de la population étudiante universitaire).

En lien avec ces facteurs, un autre joue un rôle sérieux, c’est le fait linguistique. Ainsi, les pays où sont parlées des langues moins répandues et peu enseignées enregistrent généralement un faible taux d’occupation de leurs places « Erasmus entrants », alors que les étudiants « sortants » de ces pays sont toujours plus nombreux. A contrario les universités britanniques ont beaucoup de mal à faire « sortir » leurs étudiants, alors que les places offertes chez eux sont toujours combles. Le responsable pédagogique des relations internationales d’un département de sciences humaines à l’Université de Provence, Monsieur Key, nous dit inciter certains étudiants désirant faire un séjour dans une université britannique à ne partir qu’un semestre au lieu des deux souhaités. Monsieur Elvic, responsable Erasmus d’un département de Lettres de l’université de Bristol, quant à lui, nous donne quelques éléments qui dissuadent ses étudiants britanniques de partir avec le programme Erasmus, en particulier les conséquences d’un apprentissage des langues de plus en plus tardif et restreint et la spécialisation précoce en Angleterre. Monsieur Elvic énonce aussi les problèmes économiques rencontrés par certains étudiants obligés d’emprunter pour faire des études universitaires.:

Pourquoi y-a-t-il si peu d’étudiants intéressés par le séjour Erasmus donc ?

Je pense qu’il y a plus d’une raison… Premièrement, les étudiants qui choisissent de faire ce genre de cours doivent faire une année de plus d’études, ce qui signifie des dépenses supplémentaires. Etudier à l’étranger signifie, une année supplémentaire d’études pour le niveau Licence. En fait de plus en plus d’étudiants doivent faire des emprunts pour pouvoir étudier à l’université et ont des dettes élevées quand ils terminent, ce qui peut être un facteur dissuasif, l’aspect économique… Et ensuite, les compétences langagières comme je disais… et le fait que l’anglais est parlé partout. En fait, nos étudiants regardent davantage vers les Etats-Unis, l’Australie ».
Mister Elvic71

70 Voir BALLATORE (M), De l’expérience étudiante à la faculté des sciences. Une comparaison France/Angleterre, Mémoire de Maîtrise de Sociologie, sous la direction de Monsieur Patrick Perez, soutenu en Juin 2002 à l’Université de Provence
71 Why there is so few students interested in doing that so?

I think there are more than a few reasons… First, students who choose to do that kind of courses have to do one year more of study, which means more expenses. Going aboard means one year more of study for the bachelor’s degree. Basically the thing is that more and more students need loans to be able to study at the university and have huge debts when they finish, that can be a deterrent factor, the economic aspect.. And then the language skills as I said… and the fact that English is talked everywhere. Basically, our students look at more toward the United States, Australia.”
Mister Elvic

Les statistiques, qu’elles soient européennes, nationales ou locales illustrent incroyablement bien la hiérarchie linguistique existante dans le monde, avec une suprématie certaine de l’utilité de la langue anglaise. Ceci d’ailleurs, n’échappe pas du tout aux étudiants et constitue une des raisons de leur départ, qu’ils énoncent toujours explicitement et qui se trouve bien souvent être la première pour ceux ayant fait le choix d’un pays anglophone : « C’est un passeport » nous dit Alex. Mais alors comment se fait la sélection des étudiants suivant les institutions et les destinations concernées ? Pourquoi le ratio le plus élevé entre mobilité réelle et potentielle est-il italien ? Nous allons analyser ceci à partir de l’enquête de terrain menée dans les trois universités choisies pour l’étude de cas. Ainsi se dessinent des différences importantes entre les établissements, à la fois produits des « configurations »72 et des modes d’organisation universitaire hérités, qui ne sont pas sans conséquences sur la morphologie sociale de cette population.

La généralisation d’un modèle d’université managériale que l’Europe appelle de ses vœux, crée une fausse impression de convergence. Les évolutions actuellement en cours en France, en Italie et en Angleterre, sont avant tout celles de ces systèmes universitaires. Les chemins qu’elles empruntent, les solutions qu’elles mobilisent, les conséquences qu’elles produisent peuvent être en résonance avec d’autres voies, avec des politiques mises en place ailleurs, mais cela ne doit pas faire oublier la cohésion interne et les transformations propres à chaque système. En ce qui concerne le programme Erasmus, les orientations prises en matière d’organisation des services de relations internationales, de distribution des bourses, de choix des candidats, etc. ont été laissées depuis sa création à l’appréciation des acteurs collectifs locaux. Ce qui a créé la diversité des modes de gestion que nous avons observée et que nous allons détailler. En France, la « sélection » est bien souvent non formalisée. Elle est laissée à l’appréciation des responsables Erasmus de département. Par contre, en Italie, elle est établie par un concours (il bando), avec publication officielle de listes nominatives. En Angleterre, le choix des études à l’étranger est très largement anticipé et lié aux choix opérés lors de l’inscription à l’université.

72 Une configuration universitaire peut être définie comme une articulation particulière de relations entre la tutelle, les universités et la profession universitaire et du poids relatif de ces trois acteurs collectifs. Dans La longue marche des universités françaises, MUSSELIN (2001), met en évidence les caractéristiques propres à la configuration universitaire française en analysant les interactions locales en son sein. Dans ce processus, elle note que la possibilité de comparer des données portant sur plusieurs pays joue un rôle primordial en facilitant l’intégration des résultats obtenus au niveau local dans un cadre national. Il est possible ainsi d’identifier ce qui relève de la spécificité de la situation locale étudiée et ce qui est imputable à son insertion dans un contexte plus large.

L’appréciation d’un seul responsable à l’Université de Provence

Le Service des Relations Internationales, compétent pour l’ensemble des composantes de l’Université de Provence, a comme principale mission la mise en place de la politique internationale de l’établissement, dans le cadre d’un ensemble d’actions ciblées. De la gestion du volet international du contrat quadriennal au développement de la coopération institutionnelle, le SRI met en œuvre les orientations et les priorités sur lesquelles l’Université entend fonder sa politique. Bien qu’il centralise les demandes, aucune procédure officielle, aucun concours n’est mis en place par le SRI pour valider ou invalider la candidature d’un étudiant qui souhaite partir. Il n’existe pas non plus à l’Université de Provence de décision collégiale prise dans les départements. Le choix des candidats est laissé en dernière instance (et souvent également en première instance) à l’appréciation du responsable Erasmus unique dans chaque département. Cette fonction est également attribuée sans procédure protocolaire ou officielle, ni vote des membres du département. Bien souvent le responsable Erasmus cumule plusieurs autres fonctions administratives. Ce qui serait impensable, nous allons le voir, à l’Université de Bristol.

Les critères d’éligibilité sont donc très différents d’un département à l’autre. Ainsi, pour pouvoir participer au programme d’échanges Erasmus, il est quelquefois impératif de réussir ses examens à la première session de Juin, nous disent de nombreux responsables. Dans certains départements une lettre de motivation est aussi exigée, mais même si elle ne l’est pas, les nombreuses démarches et la participation aux réunions qui ont lieu bien préalablement au départ, montrent qu’il est souvent nécessaire de s’investir prématurément dans le projet de mobilité. Parmi l’ensemble des étudiants Erasmus de l’université de Provence interrogés par questionnaires, plus de la moitié disent avoir dû fournir une lettre de motivation, mais ils ne sont que 5,1% à avoir été soumis à un test de langue. Par contre plus de 60% disent avoir discuté de manière informelle avec le responsable Erasmus de leur département. Nous pouvons ainsi ranger les étudiants Erasmus sortants qui ont été soumis à des formes d’évaluation à l’Université de Provence en 2004-2005, par ordre décroissant comme il suit :

Discussion avec le responsable Erasmus du département : 62,6%
Lettre de motivation : 52,9%
Entretien oral formel : 37,4%
Relevé de notes : 16,2%
Epreuve écrite : 7,7%
Test de langue : 5,1%

Pour pouvoir participer au programme Erasmus à l’Université de Provence, il est donc rarement demandé aux étudiants de prouver leur habilité à comprendre et à s’exprimer dans une langue étrangère. Les professeurs, comme Monsieur Key, partent ainsi du principe que les étudiants sont capables d’auto-évaluer leurs capacités en fonction du niveau d’exigence requis dans le pays d’accueil. Ainsi l’auto-renonciation joue sans aucun doute un rôle non-négligeable, à partir d’une auto-évaluation, qui peut être erronée, des possibilités de réussite à l’étranger. Voici ce que nous dit un responsable d’un département de l’UFR Civilisations et Humanités :

« Je considère que les gens qui partent ne sont pas fous au point de vouloir suivre des cours dont ils ne comprendraient pas un mot, alors qu’il y a quand même une procédure de validation officielle, qui fait qu’en principe, on ne peut pas contourner tous les obstacles. Donc, je ne suis pas linguiste, je n’ai pas à apprécier leur niveau de langue moi-même, mais comme je vous disais, je fais un entretien et ça suffit à me déterminer. »
Monsieur Key.

De même, lors de l’entretien, le professeur est amené à juger un projet d’études et sa cohérence par rapport au pays où se déroulera éventuellement le séjour. En participant à deux entretiens avec ce même professeur et deux étudiants candidats aux échanges, nous avons ainsi pu mesurer l’indécision dans laquelle se trouvent certains étudiants qui souhaitent s’expatrier et aussi le rôle, l’influence, si ce n’est l’autorité des professeurs responsables du programme de mobilité. Monsieur Moroni énonce ainsi une pratique flexible d’évaluation des connaissances et Monsieur Key choisi, quant à lui, souvent les destinations pour ces étudiants:

« Souvent il y a un désir de partir et une incertitude sur la finalité, ‘fin le lieu où ils veulent aller, et puis peut-être la finalité exacte du départ, dans la mesure où ils ne savent pas s’ils vont passer tous leurs examens là-bas où s’ils vont vivre là-bas, suivre des cours là-bas, mais en fin de compte passer certains examens ici. Voilà, ça ce n’est pas très clair au début. […] Moi, je vais essayer de rester conforme à ce qui est (nom de la discipline), ‘fin la ligne directrice d’Erasmus, c’est-à-dire de faire en sorte que les étudiants soient le plus possible dans le pays d’accueil, c’est-à-dire qu’ils en découvrent les modalités d’enseignement, mais aussi la manière dont là-bas, on passe les examens et ensuite, ce n’est que les notes qui sont traduites dans le pays de départ, donc ici par exemple, mais les examens sont passés là-bas. En principe, quand même, c’est ça qui doit se faire. Bon, ça peut ne pas être tout à fait le cas quand on a des étudiants qui partent par exemple pour un DEA, qui ne font qu’un semestre à l’étranger et qui donc, quand ils reviennent, ils peuvent très bien passer leurs examens en France, puisque ça peut correspondre ; le semestre de retour peut correspondre à celui où se situent tous les examens. Donc en fait, dans ce cas là, ils sont partis à l’étranger, mais ils passent leurs examens ici. »
Monsieur Moroni

« Bon, la seule sélection à laquelle nous procédons, c’est une exigence de réussite aux examens en juin, pour des raisons qui ne sont pas de sanctionner les étudiants, mais que s’ils partent un an, ils n’aient pas avant leur départ à repasser quatre examens, mais pour l’instant, on n’a pas été confronté à ce dilemme : vous, vous partez parce que vous avez une meilleure note, vous, vous ne partez pas, parce que vos notes sont trop faibles… Parce que ce qui se passe le plus souvent dans ce cas là, vous avez vu d’ailleurs, elles ne savent pas si elles veulent partir à York, Edinburgh, Nottingham, on arrive à distribuer sur l’ensemble des universités. Donc, on remplit les créneaux. »
Monsieur Key

Ainsi, même s’il n’existe pas toujours de sélection en fonction des résultats scolaires, il existe bien un regard attentif, des mises en garde de la part des enseignants susceptibles d’avoir quelques conséquences dissuasives sur les décisions des étudiants en dernier ressort. C’est pourquoi Madame Danielle, responsable pédagogique d’un département de Sciences à Marseille, parle de « déchets ». Son commentaire, permet de replacer la population interrogée (celle qui a concrétisé, mené à terme son projet) dans l’ensemble des mobilités pas toujours accomplies par les étudiants et qui mériteraient une attention particulière, que nous n’avons pu avoir, pour des raisons de calendrier.

« Il y en a qui viennent (elle montre une pile épaisse de dossiers du doigt) et le nombre de dossiers que j’ai ici et qui sont restés à l’état de dossier… parce qu’il y a toujours des déchets, il y a toujours des gens qui finalement changent d’avis. »
Madame Danielle.

Mais suivant les départements, la destination choisie fait basculer les procédures de sélection vers l’indulgence ou la sévérité. Ainsi si l’offre dépasse de loin la demande de mobilité, les candidats ne seront pas ou peu sélectionnés. Et inversement pour les lieux où la demande dépasse considérablement l’offre. Ce qui renforce les hiérarchies préexistantes des destinations. Néanmoins la donnée commune à tous les départements, c’est le rôle décisif et central que joue le responsable pédagogique dans l’attribution des places. De manière générale, nous pouvons dire que ce système de « recrutement » des étudiants Erasmus diffère en tous points du système hautement structuré par avance et transparent anglais ou du système bureaucratique et agencé italien.

Une sélection par concours et des choix par élimination à l’Université de Turin

La mobilité internationale des étudiants à l’Université de Turin est prise en charge et organisée dans le cadre des projets gérés par la section : Mobilità Internazionale e Progetti Speciali. Le 10 novembre 2003 l’Université de Turin a signé la “Carta Universitaria Erasmus”, dans laquelle sont répertoriées les règles disciplinaires pour la participation au programme d’action communautaire Socrates et en particulier les règles de participation au programme Erasmus73. Dans ce document, les rôles et la nomination d’un certain nombre de responsables sont clairement explicités. Le responsable institutionnel de l’antenne (Delegato Istituzionale Socrates/Erasmus di Ateneo) est nommé par le recteur (Rettore) et coordonne la Commission Socrates/Erasmus di Ateneo. Les responsables de facultés (delegati di Facoltà), un pour les diplômes de niveau Licence (lauree triennali), l’autre pour les diplômes de niveau Master (lauree specialistiche) nommés directement par les présidents des facultés, ont le devoir de coordonner l’activité du programme et sont les représentants de la ligne politique et organisationnelle choisie par la Commission d’établissement. Trois représentants étudiants sont également nommés par le « Senato ».

La Commission Erasmus d’établissement est donc ainsi composée:
* D’un responsable institutionnel Socrates/Erasmus (Delegato istituzionale presidente della Commissione)
* Des responsables Erasmus de facultés (Delegati di facoltà)
* De trois représentants étudiants
* Du directeur du service des relations internationales (Dirigente dell’area servizi agli studenti e responsabile della Sezione Mobilità Internazionale e Progetti Speciali)

Existent également des commissions de travail dont les compétences sont les suivantes:
* PROGRAMMER et coordonner les accords bilatéraux retenus valides par la programmation didactique et envoyés aux Conseils de facultés (Consiglio di Facoltà) pour approbation avec délibération officielle.
* SELECTIONNER les demandes de mobilité parvenues
* REDIGER les listes de classement par ordre de mérite (graduatoria di merito)
* EVALUER le programme d’études des étudiants étrangers entrants et autoriser leur permanence à l’Université de Turin.

73 Le “Regolamento dell’università degli studi di Torino per la Mobilità Socrates/Erasmus” se trouve en annexe 2

Les postes disponibles et les destinations pour le déroulement d’un séjour d’études à l’étranger sont publiés chaque année par avis de concours (Bando di concorso), qui est diffusé notamment par Internet. La demande doit être présentée pour un seul lieu. Au préalable les étudiants sont invités à s’informer auprès des enseignants responsables du contrat (referenti dell’accordo). L’Art. 10 du règlement stipule que les commissions de facultés (divisées par aires géographiques, disciplinaires et par destinations), évaluent les demandes des candidats, rédigent les listes par ordre de mérite pour chaque destination, attribuant à chaque étudiant un nombre de points (punteggio74). Ces listes doivent être envoyées au bureau Erasmus, qui, en fonction de ce qui est indiqué par la Commission, réattribue automatiquement les places des étudiants qui ont renoncé. Une fois terminée la redistribution, le bureau Erasmus appelle les étudiants qui restent sur les listes de l’aire disciplinaire où des places restent vacantes pour recouvrir toutes les aires linguistiques et/ou thématiques.

Les critères utilisés pour la sélection par la Commission de faculté sont également stipulés dans ce document :

Nombre de crédits prévus et acquis durant l’année en cours
Moyenne des examens obtenus
Connaissance de la langue du pays d’accueil
Motivation (chaque faculté peut établir d’autres critères utiles pour la sélection)

Monsieur Minetti, les étudiants, ainsi que l’ensemble des responsables Erasmus des facultés avec qui nous avons évoqué ces procédures, nous ont confirmé leur effectivité et leur stricte application :

Vous avez été élu?

Le conseil (d’UFR), indique une personne parmi les enseignants responsables des échanges Erasmus, disons que c’est le conseil de chaque faculté de l’université de Turin, qui indique la personne, qui propose une personne, parce que… évidemment, on s’autorégule et il y a une commission Erasmus dans chaque faculté. Et puis, il y a le Bureau Erasmus, qui en réalité s’appelle le bureau des mobilités internationales, qui gère du point de vue administratif […] La commission se réunit plusieurs fois par an pour… disons 4 fois par an environ, pour affronter les problèmes d’antenne, c’est-à-dire l’avis de concours annuel, la sélection au niveau universitaire des candidatures des étudiants.

Le concours annuel..

Oui, chaque année est publié un concours pour toute l’université où les étudiants de chaque faculté font une demande, présentent leur propre candidature pour les échanges de cette faculté. Ils présentent des candidatures et les commissions Erasmus de faculté tirent les listes de classements pour les différentes destinations. Après quoi, ce n’est pas sûr que toutes les destinations soient couvertes, ou il y a des renonciations, des étudiants qui font la demande, réussissent et pour divers motifs renoncent, etc… Alors une fois que tous les étudiants qui sont classés, ont accepté la destination ou ont renoncé, etc.. oui, disons au niveau de chaque faculté ou entre les facultés, on se met d’accord pour attribuer aux meilleurs exclus les places restantes, afin de couvrir la plus grande quantité de places.

[…]Et comment se fait la sélection des étudiants ?

La sélection est faite sur la base de 3 critères, qui sont tout d’abord le curriculum académique, la moyenne des notes et le nombre d’examens passés en fonction de l’année d’inscription. […] Est pris en compte le nombre d’examens et de crédits cumulés en fonction du nombre d’années de fréquentation de l’université. Second critère : la connaissance linguistique et le troisième critère est la personnalité de l’étudiant, ses motivations […]

Mais c’est vous qui faites la sélection ?

74 exprimé en centièmes avec décimales

Non, non. Il y a une commission, il y a différents référents pour les différentes destinations […]. Puis se réunit la commission toute entière et on, disons, on formalise la liste de classement finale. Monsieur Minetti 75

Nous allons voir en quoi ces différents critères, qui servent à la sélection des étudiants Erasmus rendent cette « catégorie » si particulière, dans une université italienne où le retard aux études notamment, divise la population étudiante. Au niveau organisationnel en tous les cas, nous prenons ici la mesure des différences qui peuvent exister entre les pays, car ce système par avis de concours est répandu sur toute la péninsule, même si son efficacité peut varier d’un établissement à l’autre. Il n’en reste pas moins qu’il a comme principale conséquence, un écart restreint entre la mobilité estimée par les établissements et la mobilité effectivement réalisée, (d’où le ratio élevé préalablement constaté entre mobilité réelle et potentielle). Il est important toutefois de souligner que le critère le moins discriminant à l’université de Turin, comme à l’université de Provence, semble être celui des compétences linguistiques, les responsables disant en général se fier à l’auto-évaluation qu’en fait l’étudiant. Il ne s’agit pas non plus dans la majorité des cas de cursus intégrés, où l’année à l’étranger fait partie intégrante du programme d’études. Ce qui varie en tous points avec le mode de « recrutement » des étudiants Erasmus à l’université de Bristol, où les compétences linguistiques et les choix préalables à l’inscription universitaire sont déterminants.

75 Pour une lecture des entretiens dans leur intégralité et en langue originale, voir annexe 1

Lei è stato eletto?

Il consiglio di facoltà indica una persone tra i docenti responsabile degli scambi Erasmus, diciamo che è il consiglio di facoltà di ciascuna delle facoltà dell’ateneo di Torino che indica la persona, che propone una persona perché.. nel proprio interno ovviamente si auto-regola, e c’è una commissione Erasmus in ogni facoltà che ha un suo presidente, un suo responsabile, è questo rappresenta la facoltà nella commissione di ateneo. E poi c’è un ufficio Erasmus che in realtà si chiama ufficio mobilità internazionale, che gestisce dal punto di visto amministrativo. […] la commissione di ateneo si riunisce alcune volte l’anno per… diciamo 4 volte all’anno circa, per affrontare i problema di ateneo, cioè il bando annuale per l’Erasmus, la selezione al livello universitario delle candidature degli studenti e gestire insomma i problemi al livello di ateneo.

Il bando annuale…

Si, ogni anno viene pubblicato un bando per tutta l’università dove gli studenti di ciascuna facoltà fanno domanda, presenta la loro propria candidatura per gli scambi di quella facoltà. Presentano delle candidature e le commissione Erasmus di Facoltà stirano le graduatorie per le varie destinazione. Dopo di che dal momento che non è detto che tutte le destinazioni siano coperte o no, oppure ci sono delle rinunce, studenti che fanno domande, vincono e per motivi vari rinunciano, ecc.. allora una volta che tutti gli studenti che hanno vinto, hanno accettato la destinazione o hanno rinunciato ecc, si, diciamo… al livello di ciascuna facoltà o di interfacoltà si mettono d’accordo per assegnare ai migliori esclusi i posti rimasti vacanti in modo da coprire il maggiore numero di posti.

[…]E come si fa la seleziona dei studenti?

La seleziona viene fatta in basa a 3 criteri, che sono innanzitutto il curriculum accademico, la media dei voti e il numero di esami sostenuto rispetto all’anno di iscrizione, […] Tenuto conto del numero di esami e di crediti cumulati insomma rispetto agli anni di frequenza all’università. Secondo criterio la conoscenza linguistica, il terzo criterio è la personalità dello studente, le motivazione della scelta. […]

Ma l’ha fa Lei la selezione?

No, no. C’è una commissione, ci sono vari referenti per le varie destinazioni […]. Poi si riunisce la commissione tutta intera e si, diciamo, si formalizza la graduatoria finale

Des programmes intégrés à l’Université de Bristol

Comme préalablement évoqué, l’entrée à l’université en Angleterre est sélective. Les étudiants désireux de poursuivre des études universitaires doivent se conformer à une procédure particulière d’attribution des places, identique à celle qui sélectionne les étudiants Erasmus en Italie. Les études secondaires et les procédures qui permettent leur poursuite au sein d’établissements d’enseignement supérieur en Angleterre, jouent un grand rôle dans le recrutement des étudiants Erasmus. En effet, ce qui différencie ce pays d’autres nations européennes telles que l’Italie ou la France est le caractère de l’examen qui sanctionne la fin de la scolarité secondaire.

En Angleterre existe une distinction à l’intérieur des codes-series (codes scolaires selon la typologie de Basile Bernstein76) entre les cursus spécialisés et non spécialisés. Bien qu’il n’y ait pas de limitation formelle, l’élève présente lors de l’examen de fin d’études secondaires, trois matières de niveau A (qui donnent seules accès à l’enseignement supérieur). Ceci peut paraître très peu, en comparaison avec la variété des disciplines enseignées pour un Baccalauréat français ou italien. Le General Certificate of Education,

comporte deux niveaux, le niveau ordinaire (GCSE) et le niveau avancé (A level) : pour ce dernier la mention obtenue détermine la proposition qui sera faite par l’organisme d’orientation au futur étudiant (Universities and Colleges Admissions Service -UCAS- ). A l’intérieur du cursus spécialisé anglais, on distingue deux voies ; l’une « pure » (les matières de niveau A sont extraites d’un même domaine du savoir), l’autre « impure » (disciplines provenant de domaines du savoir différents). Bernstein note que pendant longtemps la voie pure avait, au niveau universitaire, un statut supérieur en Angleterre mais il décèle le début d’un passage de programmes purs à des programmes impurs, qui semble conduire au modèle du code-série non spécialisé. Cette évolution se confirme-t-elle aujourd’hui ?

76 BERNSTEIN (B), Langage et classes sociales ; Codes sociolinguistiques et contrôle social, Paris : Ed. de minuit, 1973, 437p.

Olivier Fulton77, donne une réponse assez nuancée à cette question, lorsqu’il s’intéresse à ce qu’il appelle le système modulaire (The modular systems in Britain). Il pointe alors que le modèle traditionnel de ce que nous pourrions nommer : le type spécialisé pur (single- subject honours degree course) selon la terminologie de Bernstein, s’étendant sur trois ou quatre années entières à l’intérieur d’un département ou d’une faculté, perd peu à peu de sa valeur au fur et à mesure que se développent des programmes interdisciplinaires et que la spécialisation prématurée est critiquée. Ces nouveaux programmes non spécialisés ont ainsi permis d’absorber en partie l’augmentation du flux d’étudiants, tout en maintenant le mythe de l’égale valeur de toutes les formations. C’est aussi dans une situation où les ressources financières déclinaient rapidement, que les dirigeants des institutions ont commencé à ébaucher l’idée de l’utilisation de la demande du consommateur (l’étudiant) comme une arme pour réclamer des fonds supplémentaires ou simplement pour changer le schéma d’attribution à l’intérieur de leurs propres établissements.

Les structures modulaires (Modular structures), proposant aux étudiants un plus grand choix, deviennent alors attractives pour les institutions, car elles attirent un grand nombre d’étudiants et donc davantage d’argent. De même, depuis les années 1980 les Sciences font face à un sévère manque de demandes de la part d’étudiants qualifiés avec les A levels appropriés et les programmes combinés. Ceux relevant des « études en Europe Continentale » (Bs or Ms with Study in Continental Europe) leur permettent alors d’attirer une nouvelle clientèle. Dans un sens, on peut donc dire que les motifs du décloisonnement, du développement de voies moins pures et moins spécialisées, sont davantage pragmatiques qu’égalitaires. Ils mettent en exergue la croyance erronée que chaque choix par les étudiants peut permettre une variation seulement du sujet et non pas du niveau, car il existe des différences patentes entre les niveaux attendus dans les diverses options. C’est par conséquent, une part de l’exercice des étudiants que de contrôler le curriculum caché pour découvrir quelles options sont plus hautement considérées académiquement parlant ou lesquelles requièrent le moins d’effort au regard de leurs ambitions et besoins.

77 FULTON (O) “Differentiation and Diversity in a Newly Unitary System: the case of the United Kingdom ” in MEEK (VL), GOEDEGEBUURE (L), KIVINEN (O) and RINNE (R) eds. The Mockers and Mocked: Comparative Perspectives on Differentiation, Convergence and Diversity in Higher Education, Oxford, Pergamon, 1996, 240 pages
ENDERS (J), FULTON (O) eds. Higher Education in a Globalising World: International Trends and Mutual Observations. A Festschrift in Honour of Ulrich Teichler, Dordrecht, Kluwer Academic Publishers, 2002, 280 pages
FULTON (O), “Higher Education Governance in the UK: Change and Continuity” in AMARAL (A), JONES (G) and KARSET (B) eds. Governing Higher Education: Comparing National Perspectives, Dordrecht, Kluwer Academic Publishers, 2002, pp. 205-229.

C’est dans ce contexte, que sont envoyés les formulaires de candidature (Applications forms) à l’UCAS : le service d’admission des universités et collèges (the Universities and Colleges Admissions Service) par les bacheliers. Chaque département de chaque université possède ses propres exigences en terme de résultats obtenus aux A’levels pour l’admission. Des recommandations des instances décisionnelles sur la politique d’admission des universités indiquent en général, qu’en ce qui concerne la sélection, plus les « performances » de l’école d’appartenance du candidat sont faibles, plus un poids important doit être donné aux résultats du candidat. Mais il est également précisé qu’il ne peut y avoir aucune discrimination en faveur de candidats d’un milieu social particulier, chaque cas doit être considéré sur la base du mérite individuel78. Les départements établissent donc des conditions d’entrée (entry requirements) sous forme de résultats minima obtenus pour chaque discipline particulière, qui varient en fonction du type d’examen passé (GCSE, A level ou autres). Ils doivent également prédéfinir le poids accordé à certaines qualifications pour des disciplines comme « General Studies ». Le Bureau des admissions (The Undergraduate Admissions Office) procure des conseils sur les diplômes « acceptables » (dans le texte) qui équivalent aux A level. En guise d’exemple nous avons sélectionné un certain nombre de départements de l’Université de Bristol et analysé leurs procédures de recrutement. Quatre cursus sont proposés, par exemple, au département d’ingénierie civile. :

Master en Civil Engineering – UCAS course code H200 (4 Years)
Master en Civil Engineering avec études en Europe continentale – UCAS course code H201 (4 Years)
Licence en Civil Engineering – UCAS course code H205 (3 Years)
Master en Civil Engineering avec etudes à l’étranger – entry by transfer from H200 or H201 (4 Years)

78 For selection purposes, the lower the average performance of a school, the more weight may be given to the candidate’s performance in relation to that average. There is no discrimination in favour of candidates from any particular type of background and each case is considered on its individual merits. Information about the relative performance of English schools is readily available.

The Admissions Office staff will endeavour to provide Departments with information on the performance of schools and colleges outside England, where this information is not readily available. http://www.bris.ac.uk/university/governance/policies/admissions-policy-overseas.html

Les conditions d’acceptation (Entrance Requirements) sont les suivantes : A’levels en mathématiques et physique, plus un troisième A’level, pas nécessairement en sciences. Un A’level en « General Studies » n’est pas demandé. Sont pris en considération également des diplômes internationaux. Pour le H201, est requis un niveau B en langues au GCSE ou si la langue n’a pas été étudiée au préalable, doivent être données des indications de compétences langagières. La sélection s’opère sur la base du formulaire UCAS et parfois d’un entretien. Les offres les plus courantes (Typical offers) sont accordées aux étudiants avec les qualifications suivantes:

– A-levels: AAB ou ABB
– SQA: Highers plus AH
– International Baccalaureate: 34/36 points incluant 5/6 au Higher Level à la fois en Mathématiques et Physique

Le cursus de Geography with Study in Continental Europe pour prendre un autre exemple, correspond a une licence en 4 ans (A 4-years undergraduate degree in Geography) avec une année à l’étranger. Il est précisé que la structure du programme est semblable à celle qui est proposée pour une Licence classique (3-years BSc Geography), en dehors des 20 crédits affectés à la préparation de l’année d’études à l’étranger. Les étudiants suivent cependant les mêmes cours que ceux du « 3-years BSc Geography ». Les résultats obtenus durant la troisième année, qui se déroule dans l’université d’accueil, comptent pour approximativement 10% de la note finale (final degree classification). Il existe deux façons pour intégrer ce cursus, mais seules les entrées directes (Direct entry via UCAS) lors de la première inscription universitaire, permettent de garantir une place et le financement correspondant. Les exigences en terme d’admission sont les mêmes que pour les autres diplômes du département de géographie, à ceci près qu’une bonne note est en général demandée dans une langue étrangère (essentiellement en français, allemand ou espagnol) à un niveau GCSE ou équivalent. Il est possible cependant d’effectuer un passage d’une licence classique à une licence avec études en Europe, si des places restent disponibles. (Il existe un pré-requis cependant : l’obtention de 20 crédits en langue durant la première année universitaire, avec une note supérieur à 60% à l’examen final). Pour un programme de 4 ans, l’étudiant devra obligatoirement partir un an en troisième année. Pour ceux inscrits dans un cursus de 3 ans, il est possible d’effectuer seulement un semestre à l’étranger durant la deuxième année.

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Partir étudier avec le programme Erasmus relève donc d’une décision et d’un acte qui se préparent et s’anticipent. La mobilité potentielle, qui inclut ceux désirant faire un séjour à l’étranger mais qui ne franchissent pas toute les étapes du processus de sélection ou d’auto- sélection, est loin de correspondre à la mobilité réalisée. De même, une fois toutes les démarches accomplies, des éléments contingents peuvent pousser l’étudiant à renoncer à son projet de mobilité. Après avoir souligné ces aspects organisationnels et bureaucratiques du processus de sélection scolaire, nous allons poursuivre, en nous intéressant au processus de sélection sociale qui lui est associé. Comment les étudiants suivant leurs appartenances sociale, sexuelle, géographique, se meuvent et trouvent leurs repères dans ces systèmes complexes ? Quelles stratégies particulières déploient-ils ? Ces dernières sont bien souvent fonction de l’origine sociale et du niveau d’ambition de leurs familles. L’emprise de la sélection ne définit donc pas seulement le cadre de l’expérience de mobilité, elle se loge en son sein.

L’expérience de mobilité des étudiants ERASMUS
Les usages inégalitaires d’un programme d’«échange» Une comparaison Angleterre/ France/Italie
Thèse pour obtenir le grade de DOCTEUR EN SOCIOLOGIEO – UFR Civilisations et Humanités
l’Université AIX-MARSEILLE I & Università degli studi di TORIN