Partenaires du projet de la pépinière de l’entrepreneuriat social 

By 25 March 2013

3.2 Les positions des partenaires à l’heure actuelle

Il n’est pas aisé de comprendre précisément quels sont les intérêts des uns et des autres dans ce projet, et donc de comprendre leur fonctionnement et leur attitude vis-à-vis de la pépinière. Rappelons une fois de plus que le projet n’est pas né d’une volonté commune de l’ensemble de ces acteurs, mais qu’il prend ses sources au sein de discussions entre la mairie de Vaulx-en-Velin et la plateforme Bioport. Il semble que ce soit pour des raisons d’opportunités immobilières que le projet ait évolué ainsi vers une structure fondée sur un multi partenariat entre les représentants de l’ESS en Rhône-Alpes. Ces éléments peuvent expliquer en partie pourquoi le projet met tant de temps à prendre forme. Sur un sujet aussi complexe que la définition des périmètres de l’utilité sociale, la recherche d’une vision partagée entre ses représentants pose un grand défi, et nécessite en premier lieu une profonde volonté de travailler ensemble. S’il veut prendre forme un jour, le contexte d’opportunité dans lequel ce projet a été imaginé doit nécessairement faire place à une nouvelle dynamique de la part des partenaires.

Concernant la position de la CRESS dans ce projet, elle reste bien évidemment un acteur incontournable sans lequel la pépinière de l’entrepreneuriat social n’aurait aucun sens. Rappelons ici que le rôle de la CRESS est de fédérer les acteurs de l’économie sociale et solidaire au niveau régional, pour accroître le dynamisme et la reconnaissance de ce réseau. Elle mène ses missions notamment au niveau politique, avec un rôle de représentation de l’ESS auprès des institutions. Elle cherche ainsi à s’appuyer sur une conception claire du secteur de l’ESS pour pouvoir mieux le représenter, et lui donner plus de légitimité auprès des institutions, notamment celles de l’économie traditionnelle. Il faut souligner à ce propos que la CRESS est le lieu de réunion des syndicats d’employeurs de l’économie sociale et solidaire, ce qui lui confère un rôle déterminant d’acteur du dialogue social. Elle doit donc s’attacher à défendre une définition commune de l’ESS parmi ces acteurs, pour donner du poids et de la cohérence à la « famille ESS ». Ainsi son ambition n’est évidemment pas de diviser, mais de fédérer les acteurs de l’ESS. Elle porte des pôles de réflexion thématiques sur des sujets plus vastes qui dépassent largement le champ de l’économie sociale : pôles environnement, logement, culture, etc…

La CRESS est donc amenée à jouer un rôle essentiel dans la pépinière de l’entrepreneuriat social, puisqu’elle est la mieux placée en termes de connaissance des réseaux et des problématiques de l’ensemble des activités du secteur de l’ESS. Elle souhaite voir la pépinière de l’entrepreneuriat social s’inscrire dans un projet d’agglomération plus global, dépassant le cadre de Vaulx-en-Velin.

La position de la CRESS semble toutefois plus ambiguë vis-à-vis du commerce équitable, notamment puisqu’on remarque qu’il n’existe justement pas de pôle commerce équitable, et que l’association Equi’sol n’est pas membre de la CRESS. La CRESS, dans une volonté de vouloir afficher un discours clair et affirmé sur l’ESS et ses définitions, n’a semble-t-il pas souhaité trop se rapprocher du commerce équitable marqué par des débats internes.

Revenons ici sur ces débats pour mieux comprendre ensuite comment Equi’sol se situe par rapport à cela. Le secteur du commerce équitable est confronté à de nombreuses questions fondamentales, sur ses périmètres et sa définition, qui l’empêchent peut être dans une certaine mesure de pouvoir adhérer à des valeurs fortes de l’ESS. La question se pose principalement pour ce qui concerne la recherche de profit et le partage des bénéfices. En effet le secteur du commerce équitable n’a pas de position tranchée sur ce sujet qui est pourtant l’un des axes fondamentaux de l’économie sociale. Les statuts de l’économie sociale garantissent la limitation de l’enrichissement personnel des dirigeants, et le reversement d’une partie importante des bénéfices au fonctionnement de la structure. Ainsi, l’économie sociale, et surtout les coopératives, considèrent que la revalorisation des hommes au sein de l’activité économique doit se faire au travers d’une juste répartition des bénéfices. A l’inverse, les acteurs du commerce équitable considèrent que cette revalorisation de l’humain doit se faire au travers de la chaîne de production, par une meilleure rémunération de l’ensemble des travailleurs qui ont participé à l’élaboration du produit. Rien n’est précisé concernant la distribution des profits une fois ces travailleurs rémunérés, et bien que l’un des arguments du commerce équitable soit de pratiquer une transparence des prix, cette mesure est rarement appliquée dans la réalité. Un autre débat qui anime le secteur du commerce équitable concerne les canaux de distribution des produits16. Le camp des « pragmatiques » défend la filière de vente par le biais de la grande distribution, en considérant qu’il faut chercher à augmenter au maximum le volume de vente de ces produits, pour qu’un maximum de producteurs puisse être rémunéré par la filière commerce équitable. Le camp « alter mondialiste » estime lui que le commerce équitable doit apporter une réponse globale aux défauts du système capitaliste actuel, et donc qu’il doit réinventer de nouvelles formes de distribution et refuser les règles établies par les systèmes de la grande distribution. Nous n’entrerons pas ici dans les détails car ce n’est pas notre sujet, cela dit ces questions de répartition de l’argent, et de modes de distribution, sont des critères qui posent débat, au-delà du secteur du commerce équitable, dans les réflexions autour de l’utilité sociale. On comprend que ces débats sont tout à fait intéressants pour notre sujet qui concerne les positions des différents acteurs vis-à-vis des frontières de l’ESS, et la place des entreprises lucratives à but social par rapport à ces frontières. Nous y reviendrons dans notre deuxième partie consacrée à l’utilité sociale.

16HELIES A. (2008), « Sodepaz et le commerce équitable : comment passer d’un discours très politique à la construction de pratiques commerciales transformatrices ? », mémoire de stage de fin d’études

Equi’sol n’a pour sa part pas de position tranchée par rapport à ces débats. L’association vise à informer les créateurs de projets de commerce équitable de l’existence de ces débats, et à leur donner les éléments nécessaires pour qu’ils puissent se positionner par rapport à ces questions, et ainsi être capables de répondre aux critiques17.

L’intérêt que porte Equi’sol à la pépinière reste lui limité. Equi’sol a été dés le départ associé au projet de pépinière, puisque celle-ci était vouée au départ à héberger des entreprises du commerce équitable. Mais l’élargissement du champ de la pépinière rend aujourd’hui moins évidente l’implication d’Equi’sol au sein de ce projet. En effet, comme me l’a expliqué Guillaume Papelart, l’essentiel des porteurs de projets dans le secteur du commerce équitable souhaite créer des espaces de ventes. D’autres, plus minoritaires, cherchent à mettre en place des projets d’importation de produits du commerce équitable. Ces deux profils ne correspondent pas à l’offre de la pépinière qui propose des bureaux à des entreprises de services. Cependant, il reste intéressant pour Equi’sol d’être intégrée au comité de pilotage pour participer aux débats concernant le périmètre de la pépinière, et donc la conception de l’utilité sociale.

En ce qui concerne les rapports entre la CRESS et Equi’sol, il est difficile de les définir depuis notre position. Il est toutefois intéressant de noter que Equi’sol est en train de mettre en place un pôle de compétences autour du commerce équitable et de la consommation responsable, auquel la CRESS devrait être invitée à participer. Cela témoigne d’une volonté de travailler ensemble.

L’URSCOP tient un rôle essentiel dans l’accompagnement à la création et la pérennisation des entreprises coopératives dans la région. Elle a développé une expertise en matière d’accompagnement qui se décline sous la forme d’une offre de services variés aux coopératives qui concernent deux axes principaux : la dimension économique et financière des projets, et la dimension liée au projet coopératif. L’URSCOP peut donc apporter des éléments opérationnels pertinents concernant les réponses aux besoins d’accompagnement des entreprises. Cependant elle est spécialisée dans le domaine des coopératives. De par sa nature, elle défend le statut coopératif parmi les autres, ce qui peut nuire dans les faits à une vision pragmatique des besoins des porteurs de projets que la pépinière va accompagner. L’URSCOP a émis en octobre 2009 une proposition de convention d’accompagnement18 pour les futurs occupants de la pépinière de l’entrepreneuriat social. La formule proposée comporte trois volets :

– Un volet d’accompagnement technique sur des dimensions économiques et financières communes à toutes les entreprises,
– Un volet d’accompagnement plus spécifique aux entreprises de l’ESS, portant sur des connaissances générales pour bien connaître le secteur et ses acteurs
– Un volet de mise en pratique, qui prend la forme d’une visite dans l’entreprise d’un expert qui vient apporter son soutien à la mise en œuvre opérationnelle des outils et principes.

Cette proposition reste en débat. La question de savoir quelle serait la meilleure formule d’accompagnement n’est pas tranchée, et nous y reviendrons dans la troisième partie de ce mémoire. Quoi qu’il en soit, il faut désormais que les partenaires se penchent sur cette proposition pour proposer des arrangements et des améliorations.

La mairie de Vaulx-en-Velin semble quant à elle souhaiter prendre son temps pour voir le projet se réaliser dans de bonnes conditions. Deux questions majeures restent en débat à l’heure actuelle : celles du périmètre et de l’offre d’accompagnement que la pépinière va proposer aux entrepreneurs sociaux. La position des partenaires sur ces questions évolue dans le temps et il faut que chacun continue à y réfléchir pour chercher à établir une vision commune. Il apparaît en fait que ce projet n’est peut être pas mur pour prendre forme à l’heure actuelle, car il suscite des débats de taille qui sont très difficilement solvables dans une gestion multi partenariale du projet.

Le choix de nom de pépinière de l’entrepreneuriat social qui a été fait témoigne tout de même d’une volonté commune des acteurs de dépasser ces clivages et d’adopter un cadre de travail et une appellation plus pragmatiques et moins politisée pour pouvoir avancer. Revenons ici sur la notion d’entrepreneuriat social.

Lire le mémoire complet ==> (Comment identifier et accompagner les entrepreneurs sociaux ?)
Réflexions autour du montage de projet de la pépinière de l’entrepreneuriat social
Mémoire de stage – Master II Economie Sociale et Solidaire
Université LUMIERE LYON 2