Obstacles et défis de l’enseignement supérieur au Laos

By 6 March 2013

1-3.4. Les Écoles Normales Supérieures

Sur les six Écoles Normales Supérieures (ENS) de formation des enseignants que compte le Laos, deux d’entre elles disposent d’une section de français soutenue par le projet Valofrase. L’ENS de Paksé assure des enseignements de français général et de français scientifique depuis une douzaine d’années afin de former des enseignants francophones de français général et de français en sciences exactes. La section de français de l’ENS de Luang Prabang ne date quand à elle que de la rentrée 2007.

Dans un premier temps, ces sections de français ont fonctionné sans véritable programme, mais depuis la rentrée 2009, les curricula de formation initiale des élèves- professeurs de français et de sciences en français des ENS et de la faculté des sciences de l’éducation de l’Université nationale du Laos, élaborés en étroite collaboration entre les partenaires francophones et laotiens, ont été approuvés par le Ministère de l’Éducation laotien et commencent à être appliqués pour la formation des futurs professeurs de français. Pour ce qui est des programmes de sciences en français, ils n’entreront en vigueur qu’à la rentrée scolaire 2011. Ces programmes prévoient un allongement de la durée de formation qui passe désormais à 4 ans pour les étudiants issus de classes bilingues, et à 5 ans pour les étudiants débutants en français à leur entrée à l’ENS, ce qui permettra l’attribution d’une licence « complète » à tous les étudiants qui jusqu’à présent n’obtenaient qu’une demi-licence.

Les sections de français de ces ENS visent à former les enseignants :

– de français pour les classes d’enseignement général;
– de français pour les classes bilingues (d’autant qu’il va y avoir un certain nombre de départs en retraite prochainement);
– des disciplines mathématiques et scientifiques (physique, chimie, sciences de la vie et de la terre) en français pour les classes bilingues.

À la rentrée 2009, la section de français de l’ENS de Luang Prabang comptait 170 étudiants et celle de l’ENS de Paksé 154. Cependant, ces deux ENS rencontrent certaines difficultés du fait du faible niveau de français des enseignants récemment recrutés et de leur manque de formation pédagogique. Deux volontaires sont actuellement en place pour former ces jeunes professeurs et aider à l’application des nouveaux curricula.

1-3.5. Institut de la Francophonie pour la Médecine Tropicale

En raison des besoins sanitaires considérables des pays d’Asie du Sud-Est, l’Agence Universitaire de la Francophonie (AUF) a créé en janvier 2000, en concertation avec le gouvernement de la RDP Lao, l’Institut de la francophonie pour la médecine tropicale (IFMT). C’est un institut de formation et de recherche de troisième cycle, post-gradué, qui offre une formation pratique, en langue française, adaptée aux besoins de la région, notamment à ceux du Laos, du Cambodge et du Vietnam. Un certain nombre d’étudiants ayant terminé leurs études dans la Filière Universitaire Francophone FUF de la faculté de médecine poursuivent leurs études dans le master proposé par l’IFMT.

1-3.6. Obstacles et défis de l’enseignement supérieur au Laos

Bien que le système éducatif ait bien progressé depuis 1975, puisque les taux de scolarisation se sont nettement élevés, il est encore nécessaire de l’améliorer, notamment du point de vue de la gestion et du financement. En effet, près de l’intégralité de l’allocation budgétaire du gouvernement est dédiée aux salaires et aux bourses étudiantes, tandis que les ressources pour l’entretien, la rénovation et l’amélioration des infrastructures, des curricula et de la formation du personnel sont quasiment inexistantes (sauf aide extérieure).

De plus, le niveau des ressources humaines est particulièrement faible comparé à celui des universités occidentales. En 2007, sur 1 200 enseignants à l’Université Nationale du Laos, seule une soixantaine possédaient un doctorat, 390 avaient un niveau master, et 900 n’avaient qu’une licence. En outre, le niveau dans les universités de province est généralement beaucoup plus faible20.

Par ailleurs, il n’existe pas d’adéquation entre l’offre d’éducation et la demande du marché de travail. Pour cette raison, les étudiants ne trouvent pas d’emploi correspondant à leur diplôme et à leur qualification. En outre, les étudiants ne choisissent pas forcément leur domaine d’études et se retrouvent à étudier telle ou telle matière en raison de décisions administratives. En effet, certains sont condamnés à des « ‘vocations’ forcées par des décisions administratives » (Bouedron 2000, p. 102) car en raison des quotas évoqués plus haut les étudiants les moins bons sont généralement envoyés d’office dans les facultés les moins fréquentées, à savoir la faculté des sciences sociales et humaines et notamment le Département de français.

L’instauration de cours du soir payants dispensés dans les locaux des universités ou des ENS par les enseignants, attire de très nombreux élèves, notamment pour les cours d’anglais. Ces cours payants contribuent à améliorer la situation financière de l’établissement et de son personnel, mais ils ne vont pas sans effet pervers car, attirés par la perspective d’une rémunération supplémentaire, certains enseignants y consacrent un temps important aux dépens de la préparation de leurs cours habituels. Ce dispositif devrait donc être mieux encadré afin de ne pas entamer la crédibilité des formations.

L’enseignement à l’université se caractérise par l’absence de mise en perspective et de projet pédagogique clair, traduisant un manque d’harmonisation des cursus et d’adéquation des programmes avec les besoins du pays. Le mode de sélection à l’entrée de l’université est perfectible car actuellement il traduit plus des objectifs quantitatifs que qualitatifs. Les étudiants n’ont pas la possibilité de mettre en application les connaissances acquises, faute de travaux pratiques en nombre et en qualité suffisants. Le redoublement est quasiment inexistant et l’exclusion est une mesure très rare prononcée uniquement pour faute grave ou absence prolongée.

Les conditions de travail et de rémunération des enseignants ne permettent pas non plus de parvenir à un mode de fonctionnement satisfaisant. En effet, un enseignant d’école primaire gagne environ 390 000 kips21 par mois et un enseignant de collège ou lycée près de 450 000 kips par mois (Benveniste, Marshall, Santibanez, 2007/2008 ?, p.31). En conséquence, la plupart des enseignants aspirent à trouver un travail annexe pouvant leur apporter un complément de salaire. Quant aux conditions matérielles, elles laissent aussi fort à désirer. Par exemple, si presque toutes les salles de classe d’école primaire disposent d’un tableau noir, de craies, d’un bureau et d’une chaise pour l’enseignant, seules 14,1 % de ces salles de classe sont équipées d’un éclairage électrique suffisant (op. cit. p.49).Cette situation constitue l’une des principales raisons pour lesquelles la qualité de l’enseignement dispensé, notamment à l’Université Nationale du Laos demeure largement en deçà des standards internationaux.

20 Ministère des Affaires Étrangères et Européennes, Ambassade de France au Laos, Fiche Laos, mise à jour 29/09/2009, p. 14

Les activités de recherche sont encore embryonnaires. Il existe, à l’Université Nationale du Laos, un bureau de la recherche qui tente d’initier un mouvement vers ce type d’activité mais un certain nombre d’obstacles y mettent un frein. L’insuffisance des moyens financiers, le faible niveau des ressources humaines et le manque de temps des universitaires ne permettent pas, dans l’immédiat, d’inscrire la recherche dans une démarche cohérente et généralisée.

Cependant, une prise de conscience manifeste du décalage existant avec les universités des pays voisins, à laquelle s’ajoute une volonté d’intégration au sein de l’ASEAN, devrait contribuer, à terme, à élever le niveau des formations proposées. Les potentialités existent et la réforme de l’enseignement supérieur entreprise depuis 2007 devrait permettre d’entreprendre un changement radical du dispositif actuel et de son mode de fonctionnement.

Lire le mémoire complet ==> (Orienter les filières universitaires francophones à partir des motivations, attentes et besoins des étudiants)
(une étude de cas à Vientiane, Laos)
Mémoire présenté pour l’obtention du Master 2 professionnel parcours 3
Université Paris III – Sorbonne Nouvelle – Ingénierie de formation pour les enseignements de français langue étrangère et des langues