Minatec, nouvelle technopole dédiée aux micro et nanotechnologies

By 20 March 2013

V. Quelques mots sur Minatec

Minatec est une nouvelle technopole dédiée aux micro- et nanotechnologies, qui a été lancée à Grenoble le 18 janvier 2002. De nouveaux bâtiments doivent être construits dans les années à venir au sein du Polygone Scientifique, organisés de la façon suivante :

Un bâtiment consacré à la formation, qui abritera deux écoles d’ingénieurs de l’Institut National Polytechnique de Grenoble (INPG) et une école doctorale, ainsi que de la formation continue. Le tout devrait représenter environ 1000 étudiants, 120 enseignants-chercheurs et 500 stagiaires.

Un bâtiment consacré à la recherche, abritant à la fois des laboratoires de recherche appliquée du CEA et des laboratoires de recherche fondamentale du CNRS.

Un bâtiment consacré à la valorisation industrielle, où des locaux et des équipements technologiques seront loués à des industriels et à des start-ups à condition qu’ils aient un contrat de collaboration avec un laboratoire de recherche.

Ces trois bâtiments seront construits autour d’un bâtiment central appelé « Maison des micro- et nanotechnologies », qui offrira un centre de conférences, un centre de veille technologique baptisé « Observatoire des Micro- et Nanotechnologies », des représentants des réseaux de recherche français et européens et des équipes spécialisées en propriété intellectuelle, en marketing ou dans le soutien des start-ups.

A terme, cette structure devrait s’étendre sur huit hectares et rassembler 3000 personnes.

Une initiative similaire à Génopole autour d’un tissu local existant.

Minatec présente de très nombreux points communs avec Génopole. Sans que l’un n’ait cherché à copier sur l’autre, leur développement semble répondre à des principes similaires. Tout d’abord, il s’agit à nouveau de rapprocher physiquement recherche, industrie et enseignement autour d ’un domaine scientifique complètement nouveau. Minatec pousse même le modèle encore plus loin, puisque les bâtiments seront construits autour d’une cantine unique, ce qui est très important pour que tout le monde puisse se rencontrer. Les responsables de Minatec nous ont avoué s’être beaucoup inspirés pour cela de l’exemple américain où les distributeurs de boissons sont systématiquement installés aux demi-étages pour permettre un brassage optimal. Un objectif prioritaire de Minatec est également de favoriser la création d’entreprise, car les start-ups sont perçues comme un élément essentiel du processus d’innovation. Enfin, le but est de faire de Minatec un pôle d’attraction de dimension internationale pour les étudiants, les chercheurs et les entreprises et de devenir un centre d’excellence européen.

Une des principales différences avec Génopole est que Minatec se développe au sein d’un tissu local important dans le domaine des micro-technologies. Il y a tout d’abord un nombre assez important d’entreprises de micro-électronique dans la région de Grenoble, que les Grenoblois surnomment fièrement « la Silicon Valley française ». Il y a également l’INPG, qui est une fédération d’écoles d’ingénieurs et qui a un statut d’université. Il y a enfin le laboratoire d’électronique, de technologies et d’instrumentation (LETI) du CEA, implanté à Grenoble il y a une trentaine d’années. Ce dernier a une longue tradition de collaboration avec des industriels, ce qui est indispensable lorsqu’on fait de la recherche sur les composants électroniques étant donné les montants financiers nécessaires. Le LETI a également une grande expérience dans l’incubation de start-ups, puisque 28 entreprises en sont issues, dont la première était ST Microelectronics, qui a connu le succès que l’on sait. Toutes ces structures ont donc un degré très fort d’interpénétration et les échanges sont nombreux car les gens se rencontrent facilement. Comme nous l’a dit un chercheur : « Grenoble c’est petit : avec les montagnes, ça forme comme un puits de potentiel, contrairement à l’Ile-de-France où ce sont plutôt des électrons libres ! »

C’est de ces échanges qu’est né Minatec : l’INPG avait déjà obtenu du 12ème Contrat de Plan Etat-Région la construction de nouveaux bâtiments pour regrouper deux écoles de micro-électronique sur le Polygone Scientifique. Le LETI, pour sa part, avait besoin de bâtiments spécifiques pour pouvoir abriter un nombre sans cesse croissant de start-ups et de laboratoires mixtes avec des industriels. Lorsque les deux directeurs se sont rencontrés dans le cadre du « Club Polygone », ils ont convenu de regrouper tout cela dans un projet commun baptisé Minatec.

Des montants financiers complètement fous !

Les montants financiers impliqués dans le projet Minatec sont très impressionnants : le budget est de 152M sur 5 ans, ce qui est considérable. Le projet de l’INPG était déjà le plus gros projet du 12ème CPER Rhône-Alpes avec un budget de 24M. Près de la moitié du budget de Minatec (73M exactement) sera pris en charge par les collectivités locales, ce qui représente une montée en puissance sans précédent des collectivités locales dans un projet de recherche et d’innovation. Le projet Minatec a même été adopté à l’unanimité, quasiment sans débat.

Comment expliquer une telle mobilisation ? Certains invoquent une forte interpénétration entre le CEA et les collectivités locales : il est vrai que le maire de Grenoble, l’un des ardents défenseurs du projet, est lui-même issu du CEA. Mais la raison principale est que les collectivités locales ont pu constater par le passé à quel point les investissements dans le développement de la haute technologie leur ont rapporté en taxe professionnelle et en créations d’emplois. Le développement du secteur de la micro- électronique est donc perçu par beaucoup comme le moteur du développement économique grenoblois. Le projet Minatec n’aura certes pas beaucoup de retombées directes en termes de taxe professionnelle et d’emplois non qualifiés créés, mais il est perçu comme un facteur de succès permettant de prouver la volonté de l’ensemble de la région et d’attirer ainsi de nouvelles entreprises.

Ils ne croyaient pas si bien dire. Le 12 avril 2002, soit quelques mois à peine après le lancement de Minatec, ST Microelectronics, Philips et Motorola ont annoncé un investissement commun de 1,5 milliards d’euros d’ici 2005 dans un centre de R&D dédié aux micro- et nanotechnologies situé à Crolles, en banlieue grenobloise. Les trois partenaires ont même annoncé que, si la conjoncture le permet, ils s’engageront jusqu’en 2007 sur un investissement total de 2,8 milliards d’euros. Il s’agit du plus important investissement industriel en France depuis plus de 10 ans : à titre de comparaison, la construction de l’usine Toyota à Valenciennes ne représente « que » 637 M . C’est également la première fois qu’une entreprise américaine délocalise sa R&D en Europe dans ce domaine. La réalisation en cours de Minatec a semble-t-il constitué un facteur déterminant pour cet investissement. Le LETI sera en effet l’un des principaux partenaires de ce consortium en matière de recherche technologique. Mais les aides publiques sont également majeures : l’Etat apportera 395 M au titre de l’aide à la recherche, et les collectivités locales se sont à nouveau engagées à hauteur de 148 M .

Les nanotechnologies, entre réalité et science fiction

On peut par conséquent se poser la question suivante : comment se fait-il que les micro- et nanotechnologies aient un pouvoir mobilisateur aussi impressionnant ? Le fait est que ces investissements sont une question de survie dans la course effrénée aux nouveaux composants électroniques. Les nanotechnologies vont en effet entraîner une véritable révolution industrielle puisqu’on parle déjà du développement de puces de dimensions nanométriques. La National Science Foundation prévoit même que le marché des nanotechnologies atteindra mille milliards de dollars dans un peu plus de dix ans. Mais la raison de cet engouement n’est peut-être pas aussi rationnelle : les possibilités qu’offriront les nanotechnologies font vraiment penser à de la science-fiction et font rêver. On raconte en effet qu’en 2015, l’ensemble des livres de la bibliothèque nationale François Mitterrand tiendra sur une seule puce. On raconte encore qu’il sera un jour possible de construire des « nano-machines » auto-reproductrices qui pourront assembler elles-mêmes des atomes en molécules pour construire de nouveaux objets. On raconte enfin que des engins artificiels pourront analyser le contenu d’une cellule, lui administrer des médicaments, la tuer si elle devenait nuisible, ou même la forcer à se comporter comme une usine miniature. Ces visions sont probablement encore très éloignées, mais le principal atout des nanotechnologies est de les faire passer du registre de la science-fiction à celui de la réalité.

Lire le mémoire complet ==> (Recherche et entreprises : Eloge de la folie)
Mémoire d’Ingénieurs Elèves
Ecole des Mines de Paris – Corps Techniques de l’Etat