L’évolution du marché français de la réparation d’un véhicule

By 15 March 2013

2.3. L’évolution du marché de la réparation des véhicules

a) La révolution technologique

Il y a environ 50 ans, la plupart des pannes avaient une explication mécanique et étaient dès lors facilement repérables et réparables. L’électronisation accrue des véhicules rend désormais la résolution des pannes plus complexe.

En effet, avec l’arrivée du numérique, l’automobile enregistre depuis cinq ans une évolution comparable à celle de la vidéo ou de la Hi-Fi. Les voitures deviennent de plus en plus sophistiquées et intègrent toujours plus d’électronique. Ainsi, les modèles actuels disposent de plus d’électronique embarquée que les premiers Airbus.

Par conséquent, les évolutions technologiques transforment la nature et le volume de l’activité des réparateurs. Intervenir sur ces véhicules nécessite désormais de disposer de nouveaux outils. La réparation se fait de manière informatique, avec des outils de diagnostic qui ressemblent plus à un PC portable qu’à une boîte à outils. Avec la généralisation de l’électronique embarquée, on assiste à une diminution du nombre de pannes mais également à une modification de la nature même de ces pannes.

Le mécanicien dont le travail consistait à réparer les pièces automobiles a fait place au mécanicien-technicien hautement qualifié dont l’activité essentielle est celle du diagnostic qui se réalise au moyen d’appareils et de logiciels complexes, sur la base de connaissances pointues en électricité et en électronique.

Les mécaniciens les moins qualifiés sont affectés à des tâches d’entretien et de changement de pièces. Il est en effet aujourd’hui plus rentable de changer une pièce que de la réparer. Pour autant, des interventions simples se complexifient en raison de l’environnement électronique. Par exemple, la multiplication des capteurs modifie les processus de démontage.

Pour autant, la réparation d’un véhicule moderne ne va pas devenir impossible pour les garagistes. En effet, réparer un modèle avec une injection est finalement moins compliqué que de réparer un carburateur, mais cela demande des outils de diagnostic, l’accès à des bases de données et de la formation à ces outils. À titre d’exemple, la fabrication d’un carburateur est très compliquée alors qu’une injection est un mécanisme de base plus simple.

Dans tous les cas, le métier de réparateur automobile a considérablement évolué contrairement à l’image « cambouis » que se font encore bon nombre de nos concitoyens du garagiste de proximité. Aujourd’hui, les réparateurs sont en blouse blanche et sont devenus de véritables « médecins » de la voiture.

La révolution technologique des véhicules de nouvelle génération aura donc inévitablement des conséquences directes sur l’ensemble des opérateurs présents sur le marché de la réparation automobile, impliquant notamment des adaptations permanentes en matière d’équipement ou de formation.

b) Les nouvelles exigences de la clientèle

Les exigences des consommateurs se sont particulièrement renforcées ces dernières années. Aujourd’hui, les automobilistes se sont habitués à ne quasiment plus jamais tomber en panne. Alors que les pannes étaient relativement fréquentes et semblaient naturelles pour un automobiliste dans les années 1960; la première visite d’un véhicule neuf s’effectue aujourd’hui au bout de 30 000 kilomètres en moyenne. On observe donc un phénomène de banalisation du produit et de ses services associés. En effet, les automobilistes souhaitent désormais pouvoir compter sur un réseau de réparateurs qui puisse à la fois leur offrir : le conseil, la rapidité des réparations, la proximité de l’atelier, la fiabilité et la sécurité, et bien évidemment un prix attractif pour les prestations.

Les enquêtes clientèles d’Auto Distribution font ressortir à ce titre que la plupart des consommateurs sont prêts à faire une demi-heure de voiture pour aller choisir leur véhicule; en revanche, pour le faire réparer, le temps se réduit à dix minutes.

c) Les nouvelles offres proposées par les professionnels

Les professionnels de l’après-vente automobile ont adapté leurs offres aux attentes des consommateurs. Cela s’est traduit par la mise en place d’un service rapide de la réparation (« sans rendez-vous ») et par une politique de forfaits élaborée à l’attention des automobilistes. Cette politique a été initiée par le réseau des réparateurs indépendants notamment par les centres autos. Elle a été reprise et développée également par le réseau de réparation traditionnel des constructeurs.

d) Une réorganisation du marché de l’après-vente

Le règlement d’exemption, adopté en 2002, en séparant la vente et l’après-vente a voulu renforcer les conditions de la concurrence et de ce fait libéraliser le marché de l’après-vente (voir chapitre 2). Cette concurrence s’exerce en particulier entre le réseau des constructeurs et celui des indépendants.

• Le développement des chaînes spécialisées indépendantes

De nouvelles enseignes indépendantes des constructeurs profitent de la libéralisation progressive du marché de l’après-vente. Midas, Feu Vert, Speedy, AD, Point S, Norauto ou Euromaster ont ainsi construit leur succès en se spécialisant sur la distribution de pièces détachées (distributeurs stockistes comme AD) et le service de réparation rapide multimarques (Feu Vert, Norauto…). Ces chaînes spécialisées se sont en effet efforcées d’adapter leurs services à l’évolution de la demande des consommateurs (accueil personnalisé, affichage des prix, prestations forfaitaires). Elles font désormais partie du paysage de l’après-vente automobile : Speedy a fêté en 2005 ses 50 ans d’existence.

• Le développement de réseaux multimarques par les constructeurs

Pour contrer le réseau des indépendants, des constructeurs comme Citroën, Ford et Renault ont adopté une stratégie reposant sur deux axes. En effet, ils ont :

– d’une part, réorganisé leurs propres réseaux en élevant le niveau des standards pour la réparation des véhicules de leurs marques, ce qui a opéré une sélection relativement stricte et une diminution des réparateurs de marques, agréés par les constructeurs;
– d’autre part, ils ont créé leurs propres réseaux multimarques. Des nouvelles enseignes telles que Eurorepar (Citroën), Motorcraft (Ford) et Motrio (Renault) ont ainsi vu le jour et recueilli plusieurs centaines de membres parmi les garagistes indépendants ou ceux déjà représentants d’une marque.

L’ensemble de cette stratégie a pour objectif de permettre aux constructeurs de rester fortement présent sur le marché de l’après-vente.

• L’adaptation nécessaire des Mécaniciens réparateurs automobiles (MRA)

Dans ce contexte, les MRA indépendants sont souvent tentés de rejoindre les réseaux des constructeurs ou des enseignes indépendantes dont les parts de marchés ne cessent d’augmenter.

Car l’ensemble des dernières évolutions du marché de l’après-vente a eu un effet important sur l’activité des garagistes indépendants. Constitués à 92 % d’entreprises de moins de 10 salariés, ces derniers doivent en effet à la fois faire face à la diminution de leur activité et à une concurrence croissante des réseaux multimarques mis en place par les constructeurs, des réparateurs agréés, des enseignes spécialisées mais également des concessionnaires.

Enfin, la sévérité des nouvelles normes environnementales et les investissements en termes de formation et d’équipements qui découlent de la complexification technologique des véhicules contribuent également à fragiliser les Mécaniciens réparateurs automobiles dont le nombre diminue à la fois en termes de structures et de salariés.

Graphique 4 : Évolution des parts de marché des circuits de l’entretien et de la réparation (en % du CA total de la rechange automobile)
Évolution des parts de marché des circuits de l’entretien et de la réparation
Les parts de marché des mécaniciens et réparateurs indépendants diminuent au profit des centres auto (Midas, Feu Vert), des spécialistes et des concessionnaires. Les spécialistes sont ainsi passés de 6,8 % à 15,8 % du CA total de la rechange automobile et les concessionnaires de 23,9 % à 32,6 % sur cette même période.

L’automobile française : Une filière majeure en mutation
Avis et rapports du conseil économique et social
République française