Les systèmes de recherche et la filière automobile française

By 14 March 2013

4. Décloisonner les systèmes de recherche

« La recherche est une composante majeure de la préparation de l’avenir. (…) Les pays développés, qui ont su faire reculer le chômage sont souvent ceux qui ont le plus investi dans la recherche, », comme le souligne l’avis relatif au « Projet de loi programme pour la recherche » adopté par notre assemblée le 16 novembre 2005. Ce fait se vérifie, tout particulièrement, pour l’automobile qui se caractérise à la fois par une politique prospective sur plusieurs décennies, et par une capacité très réactive de lancement de nouveaux modèles – ce qui implique d’investir massivement pour conserver une avance technologique permanente. Les succès français dans l’automobile, mais aussi dans l’aéronautique, le spatial ou le nucléaire, s’expliquent par l’ampleur et la qualité de l’effort consenti dans le domaine de la recherche.

Les puissances émergentes s’imposent déjà comme les laboratoires du futur. L’innovation et la recherche-développement sont la clef de voûte de la filière. Avec un investissement de plus de 24 milliards d’euros, l’industrie automobile est le plus important investisseur sectoriel en Europe. Les atouts incontestables du système français ne seront préservés qu’au prix de la correction de faiblesses structurelles. Outre ses rigidités administratives, le cloisonnement entre les universités et les entreprises, entre recherche fondamentale et recherche appliquée, est un frein pour la filière. De même, par contraste avec les pratiques constatées dans les pays émergents – notamment la Chine – une meilleure réactivité en termes de délais mais aussi une politique plus structurée en matière de propriété intellectuelle doivent être attendues des universités nationales.

Le Conseil économique et social recommande le développement de partenariats en recherche-développement entre secteurs public et privé. L’initiative des instituts Carnot mériterait en ce sens d’être amplifiée afin de favoriser le dialogue entre les secteurs privé et public, en l’orientant vers une logique de projets et de création de richesses. Ce point est capital car le lien entre le potentiel d’innovation et son développement en tant que tel est à pérenniser dans l’intérêt national. Il ne saurait y avoir de recherche efficace sans usines, ni d’usines performantes sans recherche.

À cet égard, les pôles de compétitivité instaurés depuis 2005 pourraient contribuer à fonder les bases d’une nouvelle politique industrielle. L’implantation de l’industrie automobile dans le cadre de cinq pôles pourrait à cet égard être améliorée. Contrairement à d’autres biens manufacturés, la dimension « filière » qui prédomine dans l’automobile française est à intégrer davantage. La problématique de la réparation doit être abordée simultanément à celle de la conception dans l’objectif de renforcer l’efficacité de ces pôles, dont l’un des intérêts réside précisément dans leur caractère fédératif.

De même, certains obstacles inhérents à la création récente de ce système pourraient être progressivement corrigés. Une coopération inter-pôles plus efficace et une coordination pourraient être développées afin de favoriser la logique de projets qui dépasse les clivages industriels et territoriaux. Cette coordination doit se mesurer à l’aune des spécificités automobiles : dans le cadre d’un marché mondialisé, la France est un marché de dimension régionale. Il conviendrait à ce titre d’éviter la dispersion des moyens affectés au niveau des acteurs de l’automobile dont les besoins nécessiteraient la mise en place d’un « guichet unique » à l’instar du pôle « Bavaria » allemand.

Dans cet esprit et en liaison avec d’autres dispositifs européens, notre assemblée souhaite une évaluation de l’efficacité du crédit d’impôt recherche afin de revoir le cas échéant ses principes et paramètres de calcul notamment en ce qui concerne les questions de propriété intellectuelle.

L’adaptation « sociétale » de l’automobile exige un effort de prospective qui, dépassant largement le cadre des recherches classiques, suppose de se porter hors des schémas habituels de pensée. La hauteur des défis que doit relever l’automobile implique une forte coordination autour d’une stratégie industrielle et de R&D à l’échelle européenne.

L’automobile française : Une filière majeure en mutation
Avis et rapports du conseil économique et social
République française