Les pépinières d’entreprises outils de développement économique

By 24 March 2013

Le cadre du projet de pépinière de l’entrepreneuriat social: enjeux et axes de réflexion – Première partie introductive

Le projet de pépinière de l’entrepreneuriat social est confronté à des problèmes de sens et de définition sur son périmètre et son rôle. Notre première partie introductive vise donc à poser précisément le cadre de la réflexion, pour bien comprendre quels en sont les enjeux. Il faut présenter ici les origines du projet, et définir ses termes. Qu’est ce qu’une pépinière? A quoi ça sert? Comment est né le projet de pépinière de l’entrepreneuriat social? Quels sont les acteurs impliqués dans ce projet, et quelles sont leurs positions et leurs attentes vis-à-vis du projet? Pourquoi parler d’ « entrepreneuriat social »? Que revêt ce terme, et en quoi propose- t-il une vision ouverte et moderne de la démarche entrepreneuriale en économie sociale et solidaire?

A- LES PEPINIERES D’ENTREPRISES OUTILS DE DEVELOPPEMENT ECONOMIQUE LOCAL

Nous nous intéresserons ici au rôle et aux fonctions des pépinières d’entreprises dans le développement économique local, et plus spécifiquement à la pépinière CARCO.

1. L’engagement des pouvoirs publics en faveur du développement économique comme outil de redynamisation des banlieues : l’outil ZFU et les pépinières

Dans son discours du 8 février 2008, annonçant une nouvelle politique pour les banlieues, le Président de la République a lancé un appel aux entreprises françaises, en soulignant « leur rôle à jouer aux côtés de tous les autres acteurs pour lutter contre l’exclusion, pour aider chacun à trouver sa place 4». Au-delà de leur fonction économique (création d’emplois et de richesses), les entreprises ont un rôle à jouer dans le développement et la cohésion sociale des quartiers. Pour remplir ce rôle, elles doivent s’inscrire dans des démarches étroitement liées à leur quartier d’implantation, à leur environnement social. C’est dans cette conception élargie du rôle de l’entreprise que l’intervention des pouvoirs publics pour favoriser leur développement dans des quartiers réputés difficiles trouve tout son sens. L’implantation d’entreprises sur les territoires en difficulté vient ainsi compléter les projets de rénovation urbaine qui développent parallèlement des projets de développement social et urbain.

4 L’action économique moteur de la politique de la ville, Rapports et études de la chambre de commerce et d’industrie de Paris, aout 2008, p 73

1.1 L’outil ZFU

Inciter à la création d’activités économiques sur un territoire consiste à fournir des conditions favorables aux dirigeants d’entreprises en échange de leur implantation dans ces quartiers. L’outil majeur de ce type de politiques est la mise en place, à partir de 1997, des Zones Franches Urbaines. Il s’agit d’attirer les entrepreneurs en compensant le manque d’attractivité de certains quartiers par des avantages fiscaux conséquents. Il existe aujourd’hui une centaine de quartiers classés ZFU en France. Ils concentrent tous un certain nombre de caractéristiques qui témoignent de leurs difficultés : fuite des classes moyennes, fuite des entreprises, taux de chômage supérieur à la moyenne nationale, proportion de jeunes supérieure à la proportion nationale, faible niveau de formation global, et potentiel fiscal inférieur à 600 euros par habitant. Face à ces difficultés, les objectifs des ZFU sont la redynamisation économique des quartiers, et la création d’emplois qui bénéficient directement aux habitants.

C’est donc dans cette dynamique qu’a été créée la ZFU de Vaulx-en-Velin, qui couvre 40% de la superficie de ce territoire marqué par de nombreuses difficultés économiques et sociales. L’enjeu du succès de cette politique de redynamisation économique est double : il s’agit non seulement d’inciter les entreprises à s’implanter sur le territoire, enjeu rempli par le pouvoir d’attraction que représente la ZFU pour de nombreux créateurs d’entreprises cherchant à réduire leurs coûts ; mais aussi, à plus long terme, d’inciter ces entreprises à se maintenir sur le territoire, et à participer à une dynamique territoriale qui dépasse leur seul secteur d’activité. Le développement d’un véritable lien social entre l’ensemble des acteurs économiques d’un quartier, dont font partie les entreprises, s’avère être la meilleure garantie pour assurer la pérennisation de ces dynamiques, au-delà des simples effets d’aubaine apparents.

Des outils supplémentaires viennent donc s’ajouter aux dispositifs ZFU sur les quartiers, pour y créer des dynamiques multi partenariales vouées à assurer cette pérennité.

C’est justement sur ce double champ que les pépinières d’entreprises fondent leur action.

1.2 Les pépinières d’entreprises au carrefour des enjeux de la redynamisation économique du territoire

Les pépinières d’entreprises implantées en ZFU constituent dans ce contexte un autre outil de l’appui à la création d’entreprises. Elles répondent à deux types d’enjeux : celui, micro économique, de l’accompagnement des créateurs d’entreprises dans les trois années qui suivent l’immatriculation et l’autre, macroéconomique, de développement économique du territoire.

Le parcours d’un créateur d’entreprises comporte plusieurs étapes qu’il convient ici de rappeler pour bien comprendre à quel moment du processus les pépinières interviennent.

Le processus de création d’une entreprise ou activité a été modélisé par de nombreux experts. Il comporte six étapes majeures, allant de l’idée de projet à la phase de croissance de l’entreprise5.

Etape 1: Tout projet de création part de l’idée du futur porteur de projet.

Cette idée peut être plus ou moins précise selon les cas.

Etape 2: Validation de l’idée et étude d’opportunité.

C’est l’étape d’analyse critique de l’idée, en fonction du potentiel du créateur et de l’environnement. Les questions suivantes sont évoquées sans toutefois être étudiées en détail:

– Cohérence globale homme / projet (dimensions personnelles pertinentes par rapport au projet).
– Secteur d’activité.
– Marché et concurrence et positionnement du projet.
– Moyens nécessaires (humains, financiers, etc.).
– Principales variables économiques : prix, marges (négoce).
– Champ juridique de l’activité (réglementations particulières, etc.).

Etape 3: Normalisation et validation du projet : étude de faisabilité et élaboration du business plan.

Cette étape vise à vérifier la faisabilité du projet de manière concrète. Le montage du business plan est une étape majeure qui permet d’aborder dans le détail les différents aspects de la création de l’entreprise, et s’appuie notamment sur une étude de marché solide. Il aborde l’ensemble des points nécessaires au montage d’une entreprise, depuis la définition de l’offre jusqu’à l’identification de la cible, en passant par l’étude de la concurrence, la définition du « marketing mix », l’élaboration du plan financier; etc… Le business plan constitue en quelque sorte le « mode d’emploi » de l’entreprise.

5Nous nous appuyons ici sur l’analyse présentée par DUVERT Régis, HEKIMIAN Norbert, VALLAT David, dans leur rapport pour la DRTEFP: L’appui à la création d’entreprises ou d’activités, à partir de quelques expériences en Rhône-Alpes, 2002

Etape 4: Lancement et création de l’entreprise.

C’est le moment de recherche des ressources financières nécessaires à la création du projet. Une fois ces moyens trouvés, l’entrepreneur peut déposer les statuts de l’entreprise.

Etape 5: Mise en œuvre du projet.

Cette étape correspond à la phase de consolidation de l’entreprise. Une fois son activité lancée, l’entrepreneur doit redoubler d’efforts pour assurer la pérennisation de son projet. En effet, les jeunes entreprises sont naturellement plus vulnérables que les autres, puisqu’elles sont encore inconnues du public (sauf pour les cas de reprises), et qu’elles n’ont pas atteint leur point d’équilibre, moment où les charges sont compensées par les produits.

Cette approche permet de comprendre que le processus de création d’entreprise ne s’arrête pas au dépôt des statuts, mais se poursuit bien au delà, dans la consolidation de la jeune entreprise face à l’environnement extérieur. Aussi, l’offre d’accompagnement des entrepreneurs doit répondre non seulement aux besoins ante création, mais aussi post création de l’entreprise. Pourtant, «le financement public des structures d’accompagnement est surtout orienté sur l’amont du parcours, avec pour présupposé une vision de la création d’entreprises réduite à la création juridique 6». Aussi, les financements publics alloués aux structures d’accompagnement ante création dépendent souvent du nombre de création d’entreprises auxquelles ces structures ont contribué, ce qui revient à une évaluation purement quantitative qui ne prend pas en compte la pérennité des projets.

Les pépinières constituent donc une des rares réponses aux besoins d’accompagnement dans la phase post création. Les autres structures qui assurent cette fonction sont essentiellement les organismes de financement, qui ont par nature intérêt à ce que les jeunes entreprises se portent suffisamment bien pour rembourser leurs emprunts, et s’attachent donc à accompagner les jeunes entrepreneurs.

Au niveau macroéconomique, les pépinières sont appelées à constituer un outil d’incitation à l’implantation durable d’entreprises au niveau du territoire. La dimension territoriale des pépinières permet aux entrepreneurs qui y sont hébergés de s’inscrire dans le réseau des acteurs économiques locaux. Elles permettent non seulement aux jeunes entrepreneurs de se rencontrer, de rompre ainsi l’isolement et de partager au quotidien leurs problèmes ainsi que leurs « tuyaux » ; mais aussi de dépasser le cadre de la pépinière. En effet, les pépinières fonctionnent en coopération avec de nombreux autres acteurs économiques sur le territoire. L’objectif d’accompagnement des entrepreneurs se voit donc doublé d’un objectif de développement du tissu économique local, par l’insertion des entreprises naissantes dans les réseaux existants.

Ainsi, si les pépinières d’entreprises émanent de volontés publiques, et sont de même financées en partie par des subventions, c’est bien car on leur reconnaît une utilité sociale, tant au niveau de leur impact auprès des jeunes entreprises qu’elles aident à se pérenniser, qu’au niveau du territoire, en participant à leur développement économique (création de richesses et d’emplois, retombées positives pour les commerces de quartier implantés autour de la pépinière, incitation au développement de dynamiques collectives…)

Lire le mémoire complet ==> (Comment identifier et accompagner les entrepreneurs sociaux ?)
Réflexions autour du montage de projet de la pépinière de l’entrepreneuriat social
Mémoire de stage – Master II Economie Sociale et Solidaire
Université LUMIERE LYON 2