Les ménages belges face à leur consommation d’énergie

By 29 March 2013

Les ménages face à leur consommation d’énergie – Chapitre 1:

1. Utilisation de l’énergie2
1.1. Observations générales

L’adoption de comportements respectueux de l’environnement résulte d’une dynamique complexe qui varie selon les individus, les secteurs de consommation et les circonstances. Peu de personnes sont guidées par la protection de l’environnement dans leurs choix de consommation; au mieux, les critères environnementaux interviennent en fin de sélection, pour choisir une option parmi plusieurs qui répondent à des motivations jugées prioritaires.

Dans une telle situation, informer les consommateurs sur l’impact environnemental d’un acte de consommation ne pourra pas suffire pour influencer leurs choix3. Pour y parvenir, il faudra avoir recours à d’autres initiatives (aides financières, règlements).

Si l’on se penche plus spécifiquement sur l’utilisation de l’énergie par les ménages, il apparaît que l’énergie reste une grandeur physique mal perçue par le grand public. Elle n’est appréhendée qu’à travers ses diverses utilisations comme le chauffage, l’éclairage, le fonctionnement des appareils électroménagers,…Très souvent, les personnes ignorent la quantité d’énergie qu’ils consomment, que ce soit de manière globale, par type de source (gaz, mazout, électricité…), ou par type d’utilisation (chauffage, éclairage, etc.). Ils sont incapables de donner une estimation quantitative même approximative, que ce soit en m³, en kWh ou en euros. Certaines sont également incapables de préciser les caractéristiques de leur chauffage central (source d’énergie, type de chaudière,…).

D’une manière générale, il n’existe pas UNE logique d’utilisation de l’énergie ni UNE logique d’économies d’énergie. Les logiques se dessinent plutôt par secteur d’activité domestique : s’éclairer, se chauffer, cuisiner, laver le linge,… Dans chacun de ces secteurs, les personnes font des choix et adoptent des comportements en fonction de critères et de contraintes, parmi lesquels faire des économies d’énergie ou faire des économies financières sont souvent moins importants que d’autres critères personnels.

1.2. Chauffage

De nombreuses personnes se déclarent disposées à éviter la consommation d’énergie qu’elles jugent inutile ou superflue (baisser la température la nuit, lorsque l’on s’absente,…).

2 WALLENBORN, G., et alii, « Détermination de profils de ménage pour une utilisation plus rationnelle de l’énergie », Document sur internet, Août 2006, http://www.belspo.be/belspo/home/publ/pub_ostc/CPen/rappCP50_fr.pdf
3 GUILLAUD, H., « Jusqu’où l’étude des comportements permet-elle de les changer ? », dans Le Monde, Journal sur internet, 11.06.2010, accédé en août 2010, http://www.lemonde.fr/technologies/article/2010/06/11/jusqu-ou-l-etude-des-comportements-permet-elle-de-les-changer_1371370_651865_1.html

Par contre il paraît plus difficile de leur faire adopter des comportements qui influent sur leur confort ou qui modifient leurs habitudes. De plus, une seule personne dans le ménage ne pourra pas à elle seule réguler la consommation de chauffage; cela doit venir d’un consensus familial. La température intérieure du logement est une source de désaccord pour la moitié des ménages. Et c’est généralement en adaptant la température aux besoins de la personne la plus frileuse que se règle le conflit.

Les investissements sont majoritairement réalisés par des propriétaires occupants. Ils dépendent en général du niveau de bien-être auquel aspirent ces personnes, mais surtout de l’état de l’habitation (logement à rénover, construction neuve, etc.). Les primes ne jouent pas un rôle d’entraînement; elles sont très peu demandées lors d’investissements car elles ne sont pas connues ou les personnes ne savent pas où s’adresser.4

La motivation la plus avancée pour entreprendre des travaux liés à la consommation d’énergie est l’augmentation de confort. Il apparaît par exemple que les mesures permettant de bénéficier d’autant de chaleur en consommant moins d’énergie (amélioration des infrastructures de chauffage et d’isolation) seront mieux reçues que des campagnes de sensibilisation encourageant à diminuer la température via le thermostat.

1.3. Electricité

La consommation d’électricité dans les ménages belges a tendance à augmenter. Cela s’explique notamment par la multiplication du nombre d’appareils possédés par les ménages et par la hausse des fréquences d’utilisation. Certains appareils sont présents dans la majorité des ménages: le frigo, la télévision, le lave-linge, le micro-ondes. D’autres sont moins souvent présents: le congélateur, l’ordinateur, la cuisinière électrique, le sèche-linge, le lave-vaisselle, ainsi que divers petits appareils. Généralement, les ménages possèdent au maximum un appareil de chaque type, sauf pour les télévisions et les ordinateurs (1,3 appareil en moyenne par ménage dans chacun des cas).

Ici encore, la consommation d’électricité ne peut se comprendre qu’au travers des différents secteurs d’activité (éclairage, cuisine, nettoyage, loisirs, etc.) et non par une dynamique unique ou homogène. Cela se manifeste au sein d’un ménage: par exemple, on fera attention à éteindre les veilles mais on utilisera un puissant éclairage halogène. Et cela se manifeste pour un secteur donné dans différents ménages. Ainsi, pour l’éclairage, la plupart des personnes déclarent éteindre dans les pièces inoccupées, et cela correspond pour elles à éviter un gaspillage. Mais de nombreuses personnes déclarent utiliser l’éclairage pour « créer une ambiance ».

Contrairement aux économies de chauffage qui requièrent un consensus, une seule personne peut, à elle seule, réguler l’extinction des éclairages ou la limitation de l’utilisation des éclairages dans la famille, car l’enjeu n’est pas aussi primordial que pour le chauffage. En ce qui concerne les appareils électrodomestiques, très peu de personnes estiment possible de n’acheter et de n’utiliser que les appareils dont ils auraient réellement besoin. Ils sont également très peu nombreux à envisager d’utiliser les appareils de manière différente. Par contre, ils sont nombreux à estimer plus facile d’acheter des appareils plus performants au niveau énergétique.

4 Cette observation date de 2006. Depuis, les choses ont évolué. Les primes pour le photovoltaïque par exemple ont beaucoup fait parler d’elles et ont aidé à faire connaître les autres primes disponibles. Le budget alloué pour l’année 2010 est déjà épuisé (observation faite en juillet 2010). Les primes sont tout de même accordées car d’autres fonds ont été trouvés, mais arrivera un moment où il ne ser a plus possible d’en donner. Propos recueillis auprès de l’IBGE lors d’un entretien téléphonique en août 2010.

1.4. Autres constations marquantes

Lorsque des personnes déménagent, elles comparent systématiquement leur nouvelle consommation avec l’ancienne. Si elles payent moins cher (ou un prix identique mais pour une habitation plus grande), il semble qu’il soit difficile qu’elles acceptent de réaliser des économies d’énergie supplémentaires.

Un exemple parlant est celui des «lampes économiques»: beaucoup se plaignent de leur lumière; certains les gardent; d’autres les retirent; d’autres encore les réservent pour les couloirs, des lieux où on ne reste pas. Les programmes « économiques » des lave- vaisselle semblent rarement utilisés, soit par méconnaissance, soit par perception négative.

On observe en général que les personnes tiennent un discours bien plus cohérent que leurs pratiques. Ils peuvent ainsi avoir un discours très cohérent et rigoureux à propos des économies d’énergie, des raisons pour le faire et des moyens à mettre en œuvre, mais ne pas s’apercevoir que certains de leurs gestes sont en contradiction avec leur discours. Cette remarque est relativement évidente: le discours sert précisément à mettre de la cohérence dans un monde désordonné.

Il est rare de rencontrer une personne qui fasse des économies d’énergie de manière générale et constante. Il existe en réalité des dynamiques de consommation et de maîtrise de l’énergie différentes selon les secteurs d’utilisation de l’énergie.

1.5. Particularités des ménages à revenus modestes 5 6

Les ménages à revenus modestes présentent certaines différences de comportements en matière d’énergie, qui peuvent être interprétées au travers leurs caractéristiques sociodémographiques.

Tout d’abord ils sont moins nombreux à avoir une formation scientifique (15% Vs 40%). Ils sont plus nombreux à habiter seuls (33% Vs 20%) dans des logements de petite taille (39% Vs 20%) et à ne pas être propriétaires de leur logement (50% VS 63%).

5 Ces groupes sociaux ne comprennent pas les consommateurs exclus du monde de la consommation, ni les ménages précaires, ni les exclus, mais intègrent les consommateurs à revenu modeste, travailleurs ou non, qui font partie des groupes sociaux inférieurs (25% de la population des consommateurs –1er quartile statistique).
6 Références : WALLENBORN, G., et alii, « Détermination de profils de ménage pour une utilisation plus rationnelle de l’énergie », Document sur internet, Août 2006, http://www.belspo.be/belspo/home/publ/pub_ostc/CPen/rappCP50_fr.pdf CRIOC, « La consommation des ménages à revenu modeste », Document sur internet, Avril 2008, http://www.oivo-crioc.org/files/fr/3218fr.pdf

Ils ont moins l’intention d’investir dans le futur : 8% Vs 22% en ce qui concerne le chauffage, 1% Vs 12% pour l’isolation. Ce qui se comprend par le fait qu’ils sont beaucoup plus nombreux à ne pas être propriétaires.

En matière de chauffage, ils adoptent en moyenne des comportements moins économes. Ceci est à mettre en relation avec le fait qu’ils sont plus nombreux à habiter seuls et dans des logements de petite taille (la typologie a mis en évidence que ce profil a adopté moins de comportements économes que la moyenne des gens). Ils sont aussi plus nombreux à se chauffer au mazout (57% Vs 34%) et sont moins souvent équipés d’un thermostat. Ce qui conduit à une consommation plus élevée. Pour les vannes thermostatiques, les chiffres sont comparables aux autres groupes.

Leur équipement en ampoules lumineuses à économie d’énergie est comparable à la moyenne mais ils sont beaucoup moins convaincus de leur intérêt: seuls 57% pensent qu’elles sont financièrement intéressantes (Vs 87%), 64% qu’elles ont une durée de vie plus longue (Vs 74%). Ceci peut se comprendre par le fait qu’ils sont moins nombreux à avoir une formation scientifique.

Ils possèdent et utilisent moins d’appareils électriques que les autres groupes sociaux. Ceci s’explique par leurs revenus plus restreints, le fait qu’ils sont plus nombreux à habiter seuls dans des logements de petite taille. Ils ont donc des besoins et des moyens plus limités et moins de place pour installer leurs appareils. Le fait qu’ils soient moins équipés en frigo économe (60% Vs 78%) et expriment moins d’intention d’achat s’ils ne sont pas équipés (28% Vs 71%) peut être interprété de la même façon.

Ils sont plus nombreux à laisser leur télévision (47% Vs 35%) ou leur ordinateur (50% Vs 32%) en mode veille mais ils sont aussi plus nombreux à laver leur linge à max 40 °C (41% Vs 33%).

Ils sont également plus nombreux à se déclarer moins concernés par les problèmes d’environnement (38% Vs 29%) et à attribuer moins de signification aux économies d’énergie. Ceci peut expliquer en partie le fait que ces personnes ont adopté moins de comportements URE. De même, ils ont moins souvent une idée correcte que les groupes sociaux supérieurs7 de ce qu’est le développement durable (6% Vs 25%). Mais en cela ils ne diffèrent pas beaucoup des groupes sociaux moyens (7%). Ajoutons un point qui ne concerne pas l’énergie mais qui montre que l’information fait parfois défaut : seules 22% des personnes appartenant à ce groupe pensent que l’eau du robinet est moins chère que l’eau en bouteille (contre respectivement 57 et 71% des groupes sociaux moyens et supérieurs)

Ces chiffres peuvent nous aider à accorder plus d’attention sur les points où la marge de progression par rapport à la moyenne générale des personnes est plus importante. Toutefois, il faudrait aussi noter que ces comportements moins économes n’entrainent pas de facto une consommation d’énergie supérieure à la moyenne.

7 25% des consommateurs, dernier quartile statistique.

1.6. Pour une culture de l’énergie

Sur base de ces observations, on constate qu’il n’y a pas de réelle culture de la maîtrise de l’énergie aujourd’hui en Belgique et que la rationalisation de son utilisation est segmentée. D’ailleurs, il y a un consensus assez général chez les personnes ayant participé à l’enquête pour dire qu’un facteur qui les aiderait à adapter leur consommation serait une meilleure information, que ce soit sur les impacts économiques et environnementaux de leur utilisation de l’énergie ou des conseils personnalisés. Les guidance ou audits énergétiques8 semblent pouvoir nous aider à atteindre ces objectifs.

Une fois qu’elles auront montré leurs résultats et que les consommations diminueront, il sera possible d’établir le lien entre les économies d’énergie et la protection de l’environnement. En suivant cet ordre logique, on permet aux utilisateurs de voir que leurs gestes ont un impact. Cela évitera qu’ils ne se sentent impuissants, ce qui ne ferait que les culpabiliser.

Ce plan d’action semble solide mais est-on certain que les audits apporteront les résultats attendus ? Permettront-ils réellement de faire que chaque ménage utilisera rationnellement son énergie ? Pour le savoir, nous allons nous baser sur les résultats de d’autres travaux.

Lire le mémoire complet ==> (Les économies d’énergie dans le secteur des logements sociaux)
Mémoire de Fin d’Etudes en vue de l’obtention du grade académique de Master en Sciences et Gestion de l’Environnement
Université Libre de Bruxelles – Institut de Gestion de L’environnement et Aménagement du Territoire