Les données générales et ethnolinguistiques du Laos

By 6 March 2013

1-1.2. Les données générales du pays aujourd’hui

Sans accès à la mer et couvrant une superficie qui équivaut à la moitié de la France, le Laos a une étendue de 236 800 km². Il est bordé à l’est et au nord par le Vietnam et la Chine, et à l’ouest et au sud par la Birmanie, la Thaïlande et le Cambodge. Montagnes et plateaux composent près de 70 % du relief.

Le Laos a un climat tropical soumis à deux saisons : saison des pluies et saison sèche. La mousson apporte des pluies abondantes de mai à septembre, alors que l’hiver est sec et frais (10 °C en janvier à Vientiane). L’irrégularité des saisons selon les années provoque de fréquentes inondations ou sécheresses.

Sa population actuelle s’élève à 6 205 000 soit une densité de population d’environ 26,2 habitants au km². La population est essentiellement rurale, 69 % des habitants vivant dans les campagnes ou les montagnes3.

L’agriculture occupe 80 % des actifs et représente 53 % du P.I.B. La riziculture, pratiquée de manière extensive et peu compétitive (2,1 millions de tonnes par an), en est le secteur dominant. Ressource traditionnelle, l’élevage de bœufs et de porcs qui avait régressé, connaît depuis quelques années un nouvel essor. Il semble que la cueillette de la cardamome et des gommes ainsi que la culture du café et du coton devraient permettre de limiter la culture du pavot. La forêt (47 % du territoire) fournit aussi de grosses recettes d’exportation, mais elle souffre d’un abattage excessif.

Aujourd’hui, d’un point de vue politique et économique, le Laos reste sous l’influence dominante du Vietnam (qui forme ses cadres dirigeants et qui lui fournit des conseillers), de la Thaïlande (premier investisseur et premier partenaire commercial), de la Chine (en novembre 2000, le président Jiang Zemin a fait une visite officielle importante). Les principaux partenaires commerciaux du Laos sont aujourd’hui : le Japon, la Chine, la Thaïlande, le Vietnam, la France, l’Allemagne, la Belgique, Singapour, Hong Kong et l’Union Européenne.

Le Laos, dont la capitale est aujourd’hui la ville de Vientiane (autrefois c’était Luang Prabang), est divisé administrativement en 16 provinces plus une « région spéciale » : Attapeu, Bokeo, Bolikhamsay, Champassak, Houa Phan, Khammouan, Luang Nam Tha, Luang Prabang, Oudomxay, Phongsali, Salavan, Savannakhet, Vientiane (province), Sainyabouli, Saisomboun (région spéciale), Sekong et Xieng Khouang. Les provinces sont elles-mêmes divisées en 142 districts et 11 386 villages.

Le Laos demeure un des pays les plus pauvres d’Asie du Sud-Est, avec un Indice de Développement Humain (IDH) de 0,6084 qui correspond à celui d’un pays en développement, et un Produit Intérieur Brut (PIB) par habitant en parité de pouvoir d’achat de l’ordre de 2 060 dollars par an, mais de fortes inégalités sociales semblent s’accroître d’année en année. Actuellement, le Laos bénéficie de nombreuses aides internationales.

Environ 60 % de la population laotienne, en majorité des Laos des plaines et quelques membres des ethnies thaïes, pratique le bouddhisme theravada, mais la plupart des Laotiens pratique également l’animisme (culte des esprits) qui a été intégré dans les pratiques bouddhistes.

3 Les données démographiques et économiques sont celles de l’année 2008 et sont tirées de l’Encyclopédie de l’état du monde 2008-2009 : (http://edm.etatdumonde.com/EDMWeb/navigation/recherche/simple.html?query=laos, 21/02/2010)
4 Indice composite compris entre 0 (exécrable) et 1 (excellent), calculé par la moyenne de trois indices quantifiant respectivement la santé/longévité, le savoir ou le niveau d’éducation et le niveau de vie.

1-1.3. Les données ethnolinguistiques

Le Laos compte plus de minorités que n’importe lequel de ses voisins immédiats (Birmanie, Thaïlande, Cambodge et Vietnam), ce qui en fait le pays le plus hétérogène de tout le Sud-Est asiatique. Le nombre de groupes ethniques existant est difficile à déterminer exactement, en raison principalement de l’absence de consensus des chercheurs concernant les critères et caractéristiques constitutifs d’une ethnie : entre ethnies, sous-ethnies et nombreux clans, sous-clans et lignées, le nombre va de 49 à 230 !

La population du Laos se compose majoritairement de Lao et environ 40 % de la population laotienne est constituée d’ethnies minoritaires d’origine montagnarde, dont les Hmong et les Khmou, groupes les plus importants.

Si les petits groupes sont nombreux et variés, les Laotiens se répartissent eux-mêmes en quatre grands groupes ethniques :

– les Lao Loum («Lao des plaines») qui représentent près de la moitié de la population;
– les Lao Thaï (10 à 20 %);
– les Lao Theung («Lao des collines» parce qu’ils furent chassés hors des plaines vers la montagne par l’arrivée des Lao; 20 à 30 %);
– les Lao Sung («Lao des montagnes», qui sont arrivés au Laos au XIXe siècle et n’ont pu s’installer que sur le sommet des montagnes; 10 à 20 %).

Les autorités politiques ont fixé le nombre d’ethnies à 49 et préfèrent une répartition en 3 groupes en réunissant les Lao Thaï avec les Lao Loum. Cependant, ce classement basé sur l’altitude moyenne de l’habitat de ces peuples ne reflète que grossièrement les caractéristiques culturelles de ces derniers et par voie de conséquence ne se révèle pas toujours exact.

Comme il existe autant de langues que d’ethnies, il apparaît plus aisé de les classer par famille. Quatre familles linguistiques sont principalement représentées au Laos : la famille austro-asiatique, la famille hmong-mien, la famille sino-tibétaine et la famille thaï-kadai.

La famille austro-asiatique, (lao theung), comprend essentiellement des langues môn- khmères; ce groupe de langues rassemble une trentaine d’ethnies, soit 23 % de la population totale.

La famille hmong-mien ou miao-yao (lao soung) parle des langues plus ou moins apparentées au chinois. Ce groupe se compose essentiellement des Méo (ou Hmong), des Yao, Ko, etc. Le terme de Méo avait été attribué par les Chinois aux Hmong, qui préfèrent, eux, l’appellation de Hmong (« l’Homme »).

La famille sino-tibétaine rassemble des langues chinoises telles que l’akha, le phunoi, le yu, etc.

La famille thaï-kadai (lao loum), dont fait partie l’ethnie Lao proprement dite, parle le lao ainsi que les ethnies similaires qui utilisent le thaï lao, le thaï dam, le thaï lü, le thaï dèng, le thaï khao, etc.

Depuis 1975, le lao est la langue officielle du Laos; il s’agit de la variété parlée et écrite à Ventiane, laquelle s’est imposée comme langue véhiculaire pour tous les groupes ethniques du pays. L’alphabet et l’orthographe du lao ressemblant à l’alphabet thaï ont été officialisés la même année car auparavant il existait au moins quatre systèmes d’écriture. La langue lao (ou laotienne) est une langue monosyllabique qui comporte 6 tons, 33 consonnes, 28 voyelles et 4 signes diacritiques pour marquer les tons. Son écriture est curviligne, issue du système pali-sanskrit, et se lit de gauche à droite et de haut en bas. Les tons servent à distinguer phonologiquement des mots qui, pour un Occidental, pourraient être perçus comme semblables.

Si le système phonétique et phonologique peut paraître fort complexe, en revanche la grammaire se révèle d’une grande simplicité. Ainsi, les mots sont invariables et il n’y a ni genre, ni nombre, mais seulement des termes génériques pour définir les hommes, les animaux, les végétaux, etc. En effet, pour compter en lao, on ne peut pas simplement juxtaposer le nombre et le nom. Il faut faire suivre le nom par un classificateur, qui désigne la catégorie à laquelle les objets appartiennent. Par exemple, il existe une catégorie propre aux feuilles et à tout ce qui est plat, une autre pour les objets à forme ronde et allongée (arbres et colonnes), etc. Les verbes ne se conjuguent pas, même s’il existe des auxiliaires marquant l’action accomplie. Quant aux pronoms personnels, ils diffèrent selon que l’on s’adresse à un subordonné, un égal ou un supérieur. La syntaxe du lao correspond à l’ordre connu du français : sujet, verbe, complément.

À l’instar du pronom personnel, certains mots sont différents selon que l’on s’adresse à ses amis, à des administrateurs, bonzes ou hauts dignitaires. Au cours de son histoire, la langue lao a fait de nombreux emprunts, bien sûr au thaï, au sanskrit, mais aussi au pâli, au vietnamien, au français, au russe et à l’anglais.

Le lao est fragmenté en cinq variétés principales : le lao de Vientiane (officiel), le lao du Nord (provinces de Luang Nam Tha, Bokeo, Oudomxay, Luang Prabang, Sainyabouli, Phongsali), le lao du Nord-Est (Xieng Khouang et Houa Phan), le lao du Centre (Khammouan et Bolikhamsay) et le lao du Sud (Savannakhet, Salavan, Sekong, Champasak et Attapeu). L’intercompréhension est relativement aisée entre ces différentes variétés linguistiques.

Le lao officiel diffère très peu de la langue thaïe parlée en Thaïlande, et les locuteurs des deux pays se comprennent sans problème. En tout cas, beaucoup de Laotiens suivent très facilement les émissions thaïlandaises à la radio ou la télévision. Le lao à lui seul rassemble 58 % des locuteurs du Laos.

Lire le mémoire complet ==> (Orienter les filières universitaires francophones à partir des motivations, attentes et besoins des étudiants)
(une étude de cas à Vientiane, Laos)
Mémoire présenté pour l’obtention du Master 2 professionnel parcours 3
Université Paris III – Sorbonne Nouvelle – Ingénierie de formation pour les enseignements de français langue étrangère et des langues