Les dimensions de l’intelligence comportementale

By 2 March 2013

Les dimensions de l’intelligence comportementale – Section 2:

La faible compétence ou l’incompétence comportementale constitue un obstacle majeur à la réussite professionnelle. A ce niveau, le plus important ce n’est pas de connaître et de prendre conscience de ces comportements, mais, d’œuvrer pour réduire le déficit au maximum et de s’améliorer. Pour ce faire, chaque individu doit acquérir et développer un ensemble de compétences comportementales génériques. Selon le répertoire de profils de compétences (COSMOPM, 2001) « le concept de compétences génériques renvoie à un ensemble de qualités personnelles principalement liées au savoir être des personnes, c’est- à-dire aux comportements utiles à l’exercice d’un métier et d’une profession. Contrairement aux compétences particulières, les compétences génériques peuvent être appliquées à plus d’un métier et d’une profession. À cet égard, elles sont transférables d’un métier à un autre et d’une profession à une autre » (Yaich, 2005, p 38). Les compétences génériques sont de types intrapersonnelles ou interpersonnelles.

Ces compétences se répartissent entre les cinq zones3 de l’intelligence comportementale à savoir : la conscience de soi, la maîtrise de soi, la motivation, l’empathie et la maîtrise des relations humaines (Voir annexe 1).

Selon Goleman « les capacités d’intelligence émotionnelle s’édifient les unes sur les autres. Ainsi, la conscience de soi est cruciale pour la maîtrise de soi et l’empathie. La maîtrise de soi et la conscience de soi contribuent à la motivation. Et ces quatre facultés sont importantes pour une bonne sociabilité » (Goleman, 1999, p 40).

L’objectif de cette section est de définir les compétences comportementales génériques comptables intrapersonnelles (§ 1) et les compétences comportementales génériques comptables interpersonnelles (§ 2).

1. Les compétences comportementales génériques comptables intrapersonnelles

Les compétences intrapersonnelles déterminent la façon dont nous nous comportons. Elles ont pour fondement les dimensions de l’intelligence comportementale suivantes:

– la conscience de soi,
– la maîtrise de soi, et
– la motivation personnelle

1-1 : La conscience de soi

La conscience de soi est le fait de connaître ses propres états intérieurs, ses préférences, ses ressources ses intuitions et ses limites. La conscience de soi est la condition fondamentale des compétences comportementales suivantes :

– La conscience émotionnelle,
– La capacité à s’auto -évaluer précisément,
– La confiance en soi, et
– L’estime de soi.

3 Les auteurs utilisent les termes « zones », « dimensions » ou « domaines » d’intelligence comportementale; il s’agit aussi des aptitudes à l’intelligence comportementale. En matière de leadership, Goleman, Boyatzis et McKee (2005) ont réduit le nombre des domaines de l’intelligence comportementale à quatre : la conscience de soi, la gestion de soi, l’intelligence interpersonnelle et la gestion des relations.

La conscience émotionnelle : (savoir reconnaître ses émotions et leurs effets)

Il s’agit de la conscience de la façon dont nos sentiments affectent notre travail, nos relations et notre vie d’une façon générale.

La solution pour être attentif aux réactions émotives, est d’entrer en contact avec votre voix affective la plus profonde, il s’agit donc, selon Goleman (1999) de se mettre à l’écoute d’une sensibilité profonde et silencieuse : les émotions.

La capacité à s’auto- évaluer précisément : (connaître ses forces et ses limites)

La condition préalable à tout progrès consiste à reconnaître nos défauts et nos faiblesses. En fait, les meilleurs chefs d’entreprise sont conscients de leurs limites, savent en tirer des leçons, écoutent les critiques qui leurs sont adressées et savent collaborer avec ceux qui possèdent les atouts qui leur manquent. Une autoévaluation lucide leur permet de s’améliorer sans cesse. Goleman précise : « Presque tous les grands professionnels allient une connaissance exacte de leurs forces et de leurs faiblesses à une bonne perception de la qualité de leur travail. Comme le souligne R.Kelly : Les stars se connaissent bien » (Goleman, 1999, p 88).

La confiance en soi : (être sûr de sa valeur et de ses capacités)

« La confiance en soi est un fort sentiment de sa dignité et de ses capacités personnelles » (Goleman, 1999, p 90). Elle consiste à croire en nos capacités : c’est un sentiment d’efficacité personnelle.

L’estime de soi : (s’accorder de la valeur, s’apprécier et s’accepter comme on est)

Cette compétence est introduite par Yaich (2005) dans le modèle des compétences comportementales de Goleman (1999).

Selon Santé Outaouais : « l’estime de soi est une attitude intérieure qui consiste à se dire qu’on a de la valeur, qu’on est unique et important. C’est se connaître et s’aimer comme on est avec ses qualités et ses limites. C’est s’apprécier et s’accepter comme on est. L’estime de soi nous donne une image positive de nous-mêmes. Elle influence toute notre vie : nos pensées, nos actions, nos sentiments » (Yaich, 2005, p 58).

Lorsque l’estime de soi est élevée, la personne devient plus confiante en elle même, plus ambitieuse, plus innovante et plus persévérante.

1-2 : La maîtrise de soi

La maîtrise de soi est l’aptitude à dominer ses impulsions et ses angoisses, elle dépend de la façon dont fonctionne le rapport entre les centres émotionnels et les centres décisionnels4. La maîtrise de soi constitue la base des compétences comportementales suivantes :

– Le contrôle de soi,
– La fiabilité,
– La conscience professionnelle,
– L’adaptabilité ou la souplesse,
– Le rapport avec l’argent,
– L’indépendance d’esprit et l’objectivité, et
– Le courage.

Le contrôle de soi :( savoir dominer les émotions et les impulsions)

Le contrôle de soi c’est le fait de gérer les émotions et impulsions perturbatrices.

Les professionnels possédant cette compétence dominent bien leurs colères, leurs peurs et leurs stress. Ils restent calmes, positifs et imperturbables devant les difficultés, les exigences et les pressions professionnelles.

La fiabilité : (se montrer honnête)

La fiabilité suppose une transparence optimale des principes et des valeurs, et, une cohérence des actes avec ces valeurs. Les gens qui possèdent cette compétence sont intègres et francs.

La fiabilité distingue les grands professionnels dans tous les types de métier.

La conscience professionnelle : s’acquitter de ses obligations avec responsabilité et fiabilité

La conscience professionnelle est une des clés de succès pour la profession comptable. La conscience professionnelle implique d’appliquer les règles et de faire ce qu’il faut pour terminer le travail à temps et avec la qualité exigée : il s’agit de s’acquitter de son travail d’une manière responsable5.

4 Selon Goleman : « Les signes de cette maîtrise de soi sont les suivants : ne pas se laisser submerger par le stress et pouvoir discuter avec quelqu’un d’agressif sans répliquer sur le même ton » (Goleman, 1999, p 106).

5 Selon Goleman : « Les ingrédients qui composent la conscience professionnelle, la ponctualité, la méticulosité, l’auto- discipline, et un profond sens des responsabilités, sont les signes distinctifs du citoyen parfaitement intégré, celui qui fait en sorte que tout fonctionne comme il le faut » (Goleman, 1999, p 118).

L’adaptabilité ou la souplesse : faire preuve de souplesse dans la gestion des changements et des défis nouveaux

Dans la vie professionnelle des comptables, le changement est la règle. Les grands professionnels s’adaptent avec souplesse aux changements, ils sont ouverts aux nouvelles informations et sont capables de renoncer à leurs anciennes convictions et de modifier leur façon de travailler.

L’adaptabilité consiste à intégrer les nouveaux paramètres d’une situation donnée, il s’agit de modifier rapidement ses réactions et de changer radicalement de comportement quand les réalités l’exigent.

Le rapport avec l’argent : développer une saine relation avec l’argent

Il s’agit d’établir une saine relation avec l’argent qui ne soumet pas les attitudes et comportements à l’emprise du gain d’argents, sans toutefois en nier l’importance.

Selon Yaich (2005, p 42) : « Les professionnels possédant cette compétence :
– ne se font pas piéger en privilégiant la recherche de gains sur d’autres considérations aussi importantes;
– placent l’importance de l’argent à sa juste valeur relative dans les paramètres de prise de décision;
– regardent l’argent comme un serviteur et non comme un maître à penser;
– ne perdent pas raison devant l’argent;
– savent mûrir pour atteindre leurs objectifs de gains d’argent ».

L’indépendance d’esprit et l’objectivité : (conserver son objectivité en toute circonstance)

L’indépendance comporte deux volets : l’indépendance d’esprit et l’apparence d’indépendance. Elle s’appuie sur l’intégrité et l’objectivité.

L’indépendance d’esprit « est l’état d’esprit qui permet d’émettre une opinion sans être affecté par des influences qui compromettent le jugement professionnel permettant à un professionnel d’agir avec intégrité et d’exercer l’objectivité et le scepticisme professionnels adéquats » (Le code d’éthique de l’IFAC § 290.8).

L’apparence d’indépendance « implique que le professionnel évite les faits ou les circonstances qui sont tels qu’une troisième partie objective et raisonnable, bien informée et ayant connaissance de tous les éléments pertinents y compris les mesures préventives appliquées peut raisonnablement conclure que l’intégrité, l’objectivité ou le scepticisme professionnels sont compromis » (Le code d’éthique de l’IFAC § 290.8).

L’intégrité et l’objectivité n’implique pas seulement l’honnêteté, mais aussi l’équité et la sincérité. Le principe d’objectivité impose à tous les professionnels comptables l’obligation d’être juste, honnête au plan intellectuel et non impliqué dans des conflits d’intérêt (Le code d’éthique de l’IFAC § 110.1 et 120.1).

Le courage :

Selon Yaich (2005, p 43), le courage est la force qui aide le professionnel comptable d’exprimer ses convictions en gardant le sens de la mesure, et d’entreprendre des actions difficiles en prenant le risque.

Dans la vie professionnelle, le courage n’a de la valeur que lorsqu’il est associé à la sagesse, la justice, l’équité, le bon sens et la compétence.

1-3 : La motivation

L’expression la plus complète de la motivation est l’enthousiasme. Quand les gens travaillent avec enthousiasme, ils donneront le meilleur d’eux mêmes, ils aimeront ce qu’ils font et trouveront un plaisir à le faire : le travail devient pour eux un plaisir. « Chez les professionnels d’exception, l’état d’enthousiasme survient dans les moments les plus décisifs pour leurs objectifs et leur productivité » (Goleman, 1999, p 134).

La motivation constitue la base des compétences comportementales suivantes :

– l’exigence de réussite ou de perfection,
– l’engagement,
– l’initiative,
– l’optimisme,
– l’innovation et,
– l’intuition

L’exigence de réussite ou de perfection :

L’exigence de perfection est l’effort pour atteindre un niveau d’excellence et pour l’améliorer. Selon Goleman (1999), ceux qui possèdent cette compétence :

– s’intéressent plus aux résultats, et montrent une volonté d’atteindre leurs objectifs
– se fixent des objectifs exigeants, et prennent des risques calculés,
– combattent leurs incertitudes par une recherche constante d’information et de méthodes pour progresser.

L’engagement : la capacité d’épouser la vision et les objectifs de l’entreprise et du groupe

Ceux qui possèdent cette compétence sont prêts à faire des sacrifices pour la réalisation des objectifs de l’entité où ils travaillent.

Dans les cabinets comptables, plus les collaborateurs se trouvent soutenus par leur haut hiérarchique, plus leur confiance leur fidélité et leur attachement pour le travail sont importants, ce type de relation constitue la base de l’engagement professionnel6.

L’initiative : faire preuve d’anticipation et de persévérance

Les gens qui font preuve d’initiative, savent prévenir les problèmes avant qu’ils ne surgissent, peuvent saisir les opportunités avant les autres et se fixent des objectifs qui dépassent ce qu’on attend d’eux. En d’autres termes, ils ont une capacité d’anticipation, un sens de persévérance et une vision à long terme.

L’optimisme : poursuivre ses objectifs avec ténacité malgré obstacles et déconvenues

L’optimisme est défini par Goleman (1997, p 118), comme étant « un état d’esprit qui empêche les gens de sombrer dans l’apathie, la dépression, et de se laisser envahir par un sentiment d’impuissance dans les périodes difficiles ».

Il s’agit d’avoir une pensée positive, de l’espoir et de l’énergie pour réussir et surmonter les difficultés.

L’innovation : se montrer ouvert aux nouvelles informations et aux nouvelles approches

L’innovation est la créativité. Il s’agit d’apporter des idées novatrices et de découvrir des solutions et des schémas originaux qui échapperont aux autres.

L’intuition

L’intuition est l’aptitude qui permet de sentir et détecter ce qui va se passer dans l’avenir, elle permet à la personne d’agir sans attendre d’avoir toutes les informations nécessaires, elle est dite « sixième sens ».

6 Selon Goleman : « S’engager dans son travail, cela consiste essentiellement à identifier ses objectifs à ceux de l’entreprise. Cet engagement est émotionnel : nous éprouvons un fort attachement aux buts de notre groupe quand ils concordent profondément avec les nôtres » (Goleman, 1999, p 146).

Lire le mémoire complet ==> (Les compétences comportementales dans les missions de commissariat aux comptes)
Mémoire pour l’obtention du diplôme national d’expert-comptable
Université du Sud – Faculté Des Sciences Economiques Et De Gestion De SFAX

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