Les conditions de vie en France et l’intégration sociale

By 3 March 2013

Les conditions de vie et la vie sociale : la question de l’intégration sociale – Chapitre 4

4.1 Les conditions de vie

4.1.1 Démarches administratives lourdes

Les propos de nos enquêtés laissent apparaitre les grandes difficultés qu’ils connaissent dans les démarches administratives. « La première forme d’intégration est administrative. Si les démarches pour sortir de Chine sont lourdes, le suivi administratif du séjour ne l’est pas moins. Tous ces jeunes sont confrontés chaque année à la mise à jour de leur carte de séjour d’étudiant. Ce qui ne va pas sans tracasserie. » (Agulhon, 2009) Ils doivent fournir différents documents comme des quittances de loyer, des preuves de leur salubrité financière, des preuves de la solidité de leur situation financière, de leur assiduité aux cours ou la réussite de l’année précédente, et des preuves de leur inscription à l’université (une carte étudiante, relevé de note et preuve du diplômé obtenu). L’obtention de cette carte de séjour peut prendre des mois.

Certains étudiants acceptent tranquillement ces lourdes démarches administratives « ça va, tous les étrangers ont le même problème, je ne suis pas la seule, il faut seulement de la patience.» (Yue, fille 23 ans, en France depuis 3 ans).

Certains interprètent les attitudes des employés comme du mépris « je n’ai pas de grosses expériences désagréables en France, sauf une : le renouvellement du titre de séjour. C’est vraiment de la tracasserie, il faut le renouveler chaque année. La première année, c’est bien, parce que l’agence intermédiaire a résolu ce problème à notre place. La deuxième année, j’ai dû faire toute seule toutes les démarches. La préfecture de police ne nous facilite pas la tâche. Tu as le droit, mais elle ne veut pas t’accorder ce droit facilement, il faut attendre des mois, des mois pour avoir la carte de séjour. » (Ting, 26 ans, Master 1 sciences économiques et de gestion, Paris 13).

Les ennuis s’enchaînent souvent, la carte de séjour justifie leur présence légale en France et leur accorde des droits d’accès aux dispositifs d’aides. Par exemple : l’allocation- logement – Caisse d’allocations familiales (CAF). Aux yeux de certains étudiants, les démarches pour accéder à ces différents dispositifs semblaient très complexes et lourdes. Pour les nouveaux arrivants, ils vont connaître comment fonctionnent les systèmes administratifs en tirant des leçons de leurs erreurs.

4.1.2 Le logement : des mauvaises situations et différentes formes de solidarité

4.1.2.1 Un véritable problème : des mésaventures dans la recherche un logement

Le logement est un véritable casse-tête pour tous nos enquêtés. Ils déménagent ainsi fréquemment. Chacun a ses petites histoires, ou mésaventures avec le logement qui pourraient facilement remplir un roman.

Qian dit : « En trois ans déménager fut le plus embêtant. J’ai déménagé deux, trois fois, tout seul, j’ai cherché un appartement, j’ai déménagé mes affaires, ce n’était pas pratique. Pour le reste, je n’ai pas rencontré d’autres gros problèmes.»

Chez beaucoup d’étudiants, les sentiments d’angoisse, même de désespoir sont très marqués pendant la période de recherche du logement. La difficulté est plus remarquable pour un nouvel arrivant à Paris : « Après une année d’apprentissage du français à Poitiers, je suis venue à Paris. J’ai dû trouver un logement et proposer ma candidature à l’université, cela était très difficile pour une étrangère. De plus, je ne connaissais personne à Paris, je me sentais marginalisée. Bon, maintenant, je me réjouie beaucoup en pensant à cette période… où je n’avais rien, ni logement fixe, ni amis, où j’étais totalement désespérée. » (QIN, fille 22 ans, en France depuis deux ans).

Il y a beaucoup de « pièges». Il doit y avoir des gens qui profitent de la situation difficile des étudiants étrangers, surtout quand il s’agit de jeunes étudiants étrangers qui cherchent de toute urgence un endroit pour dormir. Mais ils sont souvent très naïfs, ne maîtrisent pas la langue, connaissent peu le pays, et ont peu de connaissances juridiques. Ils n’ont aucun moyen pour se défendre.

Ting a failli être escroquée de 1000 euros au moment de sa première recherche de logement. Suite à une annonce publiée sur le site de Rêve-France, elle a contacté un « propriétaire » qui lui a fait visiter un logement et a pris deux mois de caution. En fait, le logement n’était pas disponible, elle a eu beaucoup de peine à récupérer sa caution. Elle s’est reprochée de ne pas connaître la loi et de faire trop confiance aux gens. Le propriétaire de Liu, prétextant que les meubles avaient été endommagés, n’a pas voulu rendre les deux mois de caution à la fin du bail. Liu, étudiante en doit, a voulu se défendre en intentant un recours devant un tribunal. Malheureusement, elle n’a pas pu fournir « l’état des lieux » signé en entrant dans le département.

Le logement à Paris ou dans la banlieue coûte cher. Beaucoup d’étudiants comptent sur la CAF pour réduire leurs lourdes charges financières. Certains n’accèdent pas à la CAF sans subir quelques ennuis. Tang, est en France depuis quatre ans. Apparemment, cette histoire avec la CAF a marqué le début de son séjour et il l’a encore en mémoire.

« Q : As-tu vécu des expériences désagréables pendant ces quatre ans en France ?

R : Oui, avec la CAF. Les premiers six mois en France, je n’ai pas eu d’allocation-logement, ça veut dire, près de 1000 euros de subvention perdue. Il n’y a pas que moi, mais toute notre promotion : une trentaine d’étudiants chinois. Les conditions de la promotion suivante ont empiré : pendant un an ils n’ont touché aucune aide de la CAF. Ca ne peut pas être considéré comme une perte, mais comme tu as le droit d’en avoir normalement…. Je ne pense pas que ce soit du racisme, mais les Chinois ne sont pas les bienvenus, c’est évident […]. Si tu es un étudiant français, tu n’auras pas ce genre de problème […]. »

4.1.2.2 les types de logement

Le loyer en moyenne est de l’ordre de 350 à 600 € par personne. Le type de logement est lié à leurs conditions familiales et à la durée de leur séjour à Paris. Yang, Liu, et Li, issues de familles aisées ont actuellement un logement individuel dans un bon quartier. Elles trouvent que le loyer est « cher » mais « acceptable ».

Beaucoup, tout particulièrement les nouveaux arrivants à Paris sont en colocation avec des chinois et Chinoises dans un studio ou un appartement. Chen habite avec une copine chinoise dans un studio situé au demi sous-sol d’une maison familiale à Malakoff, « c’est toujours sombre, même pendant la journée, le soleil n’entre pas ». Son propriétaire semblait gentil se disant « bien aimer les Chinois». Mais elle pense qu’il est hypocrite « seuls les Chinois osent louer son sous-sol. De plus, les étudiants ne tardent jamais à payer les loyers et les filles sont calmes et elles ne font qu’étudier ». Elle envisage de chercher un nouveau logement pour la nouvelle année universitaire pour « sortir de l’ombre ».

4.1.2.3 Le mode d’accès au logement : solidarité amicale, solidarité communautaire ?

Nos enquêtés empruntent en même temps différentes pistes : internet (Particulier à Particulier, Rêve-France), réseaux d’amis, petites annonces à la faculté ou au Crous et d’autres endroits.

A Paris, pratiquement aucun de ces jeunes n’a eu accès à une cité universitaire par les services du CROUS. Certains ont tenté leu chance, mais sans résultat. Leurs candidatures auprès du Crous ont été rejetées. Alors, ils se passent entre eux le message que les cité-U et le CROUS ne sont pas pour eux. Dans le cas des étudiants chinois, tout comme d’autre organe gouvernemental (Egide, Campus France), le Crous a accordé la priorité aux étudiants boursiers d’Etat ou aux étudiants des grandes écoles. Nos enquêtés, venant par leurs propres moyens, ne peuvent pas bénéficier de ces services.

Alors les étudiants doivent se débrouiller tous seuls. Ils consultent les annonces sur les sites français. Beaucoup de propriétaires demandent aux étudiants de fournir des garanties parentales ou aux travailleurs de fournir des bulletins de paie. Ce qui constitue une véritable barricade pour les étudiants étrangers, même si leurs parents financent en réalité leurs études et leur logement, ils sont dans l’impossibilité de fournir une preuve suffisante.

Le réseau d’amis est le plus mobilisé dans la recherche d’un logement et apparait le moyen le plus efficace. Ting est en France depuis deux ans et demi. Après avoir vécu une mésaventure, en cherchant par internet, elle s’est appuyée sur son réseau d’amis « Tout au début, l’agence intermédiaire m’a trouvé un logement dans une résidence dans la Seine Saint Denis. La deuxième année, j’ai du chercher un logement toute seule. A ce moment là, une amie déménageait et m’a présentée à son propriétaire. Avec une copine chinoise, nous avons pris la suite de son studio de 18 m2 près de la Défense. Il n’y avait pas de chauffage, nous avons passé un hiver très froid. Juste après le nouvel an, une autre amie est rentrée en Chine et m’a proposé son studio. Ce studio est minuscule mais n’est pas cher et se situe dans un bon quartier, et il est équipé d’un chauffage collectif. Je cherche toujours un logement par les biais des amis.». Tang, a trouvé un logement d’abord par le biais de sa cousine installée en France. Il va déménager bientôt parce qu’« un camarade va rentrer en Chine, il m’a cédé son appartement. On ne cède pas son bon appartement sans avoir un lien amical fort. »

Le rôle d’un ami peut être de fournir des pistes de recherche et après c’est à chacun de tenter sa chance. Un travail ou un stage rémunéré peut faciliter l’accès à certain type de logement. «Ma résidence actuelle, je l’ai connue par le biais d’un ami chinois. Il s’agit d’un foyer de jeunes travailleurs. Il est très exigeant en effet : il n’offre des opportunités qu’aux jeunes qui ont un contrat du travail ou un contrat de stage rémunéré; De plus, comme les places sont limitées, tous les candidats qui remplissent ces conditions ne peuvent pas être retenus. J’ai eu la chance d’être étudiant et d’effectuer également des stages rémunérés (d’abord à la RATP et ensuite chez Général Motors). »

Parmi nos enquêtés, six ont trouvé leurs logements par le site internet de Rêve-France, la communauté virtuelle des étudiants chinois en France. On ne peut pas parler de solidarité communautaire, mais d’une forme de service de plus en plus commercialisée. Beaucoup des migrants d’origine chinoise possèdent des biens immobiliers, ils voient ces étudiants chinois comme une très bonne clientèle. Ils leur louent leur appartement ou leur maison (souvent dans la banlieue) au prix du marché, ils ne leur demande pas de garantie parentale comme font beaucoup des les propriétaires français. Ces logements-là sont plus accessibles pour des étudiants chinois. Xiao a trouvé ce type de logement en banlieue. N’étant pas satisfaite, elle est en train de chercher un nouvel appartement, toujours par le biais de ce site.

Certains étudiants qui déménagent ou rentrent au pays vont présenter d’autres étudiants chinois à leur propriétaire. On peut parler d’une forme de solidarité entre les étudiants de la même origine. Cependant, dans la région parisienne, comme les places sont très demandées, certains étudiants demandent aux nouveaux locataires des frais d’intermédiaire. Yang, Li, Liu, et Qin, ont trouvé un logement individuel au centre de Paris par ce moyen.

Parfois, les étudiants n’arrivent qu’à sous-louer un logement. Qin, avec une autre Chinoise, sous-loue un studio de 18M2 dans le 12ème. Seulement, comme elles n’ont pas de bail, elles n’ont pas eu le droit d’accéder à la CAF et le loyer est très élevé (chacune 260 euros par mois). Qin souhaiterait déménager et trouver un logement individuel. « Nous deux avons besoin de travailler beaucoup, on n’a pas le même rythme. De plus, nous parlons chinois entre nous, ça n’aide pas à progresser en français ».

Song a trouvé son appartement dans le 15ème par une agence immobilière, ayant payé 700 euros pour le service. Il a partagé son petit « deux pièces » avec un camarade chinois. Au bout d’un an. Ils vont déménager. Song souhaite trouver un logement individuel pour pouvoir travailler sans être dérangé par un colocataire. Très informé sur les pistes de recherches, il sait bien que la recherche demande beaucoup de temps, il est également prêt à chercher un logement pas cher dans une banlieue proche.

Lire le mémoire complet ==>

(L’expérience des étudiants chinois en France : Entre mobilité et intégration)
Mémoire de Master Recherche : Sociologie de l’éducation et de la formation
Université Paris Descartes – Paris V – Faculté des Sciences Humaines et Sociales – Sorbonne

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