L’enquête, la méthodologie : un apprentissage sur le tas

By 7 March 2013

2-3. La méthodologie : un apprentissage sur le tas

Nous avons décidé d’effectuer une enquête par questionnaire. N’ayant aucune connaissance théorique réelle sur la façon de procéder, nous avons fait l’erreur de nous attaquer directement à la rédaction des questionnaires : nous avons rédigé six questionnaires différents selon les profils des étudiants. Mais très vite, il nous est apparu que ceux-ci n’étaient pas totalement satisfaisants et que nous avions négligé une étape indispensable à la réalisation d’un bon questionnaire, celle de l’enquête exploratoire.

2-3.1 L’enquête exploratoire

Cette enquête, nous avons décider de la mener auprès des professeurs – qui sont censés être les personnes les plus proches des étudiants et donc les mieux informées – en les soumettant à un entretien semi-directif que nous avions rédigé en fonction des questions que nous souhaitions par la suite poser aux étudiants, ceci afin d’en obtenir des orientations sur les types de réponses que les étudiants pourraient donner. Nous avons donc sélectionné, de manière un peu empirique, six enseignants sur leur motivation ou bien sur leur expérience et leur connaissance du terrain et des étudiants.

Dès le premier entretien réalisé, nous avons apporté quelques modifications et ajouté des questions concernant des sujets qui ont émergé spontanément dans la discussion.

Le guide de l’entretien se composait de deux parties (cf. Annexe 1, p.124). Une première partie permettait de dresser le profil de l’enseignant, à savoir le nombre d’années d’enseignement du français, notamment en Filières Universitaires Francophones FUF, les raisons de son choix d’enseignement du français, notamment en Filières Universitaires Francophones FUF, et l’intérêt qu’il y trouvait. La deuxième partie était, elle, principalement tournée sur les motivations, attentes et besoins des étudiants des Filières Universitaires Francophones FUF et s’appuyait sur une dizaine de questions dont les thèmes principaux concernaient : le choix des étudiants d’étudier dans une FUF, la plus grande attractivité supposée de celles-ci suite à l’introduction de la possibilité d’étudier également l’anglais, l’intérêt que les étudiants pouvaient porter aux cours de FOS et de spécialité et la perception de l’utilité qu’ils en pouvaient avoir, la satisfaction générale des étudiants des Filières Universitaires Francophones FUF, les raisons de l’abandon de certains, les moments critiques où cet abandon se produisait, le travail personnel à la maison des étudiants et l’utilisation des médias francophones.

Une question abordait les pratiques des enseignants : donnaient-ils des devoirs à faire à la maison à leurs étudiants ? Et deux autres s’intéressaient à leur opinion personnelle : conseilleraient-ils à de futurs étudiants d’intégrer une FUF ? Avaient-ils des suggestions concernant l’amélioration des Filières Universitaires Francophones FUF ?

La prise de contact avec les enseignants sélectionnés s’est faite par courrier électronique et par téléphone sauf pour les enseignants avec lesquels nous avions un contact direct au cours de notre stage; avec ces derniers les échanges ont été d’ailleurs plus faciles et confiants. Les enseignants ont été interviewés en français, de manière individuelle (à une exception près) et assez informelle dans des lieux variés selon les possibilités (extérieur, bureau, département de français, etc.) tout en essayant de garder une certaine « intimité ».

Nous avons sélectionné des enseignants qui intervenaient chacun dans des filières différentes et qui avaient un assez bon niveau de français afin de pouvoir réaliser nous-même l’entretien tout en étant sûre qu’ils ne seraient pas gênés par la barrière de la langue et pourraient exprimer tout ce qu’ils souhaitaient. Au cours de l’entretien, nous avons essayé de suivre le guide de l’entretien tout en laissant la place aux questions ou commentaires imprévus. La conversation a donc parfois dévié et amené d’autres questionnements, ce qui s’est avéré enrichissant pour l’élaboration de nos questionnaires en permettant un « processus de vérification continu et de reformulation d’hypothèses » (Thomson 1980 dans Blanchet et Gotman 2007, p.39). C’est ainsi que nous avons appris que le département Relations Internationales de la faculté de droit faisait en quelque sorte concurrence à la Filière Universitaire Francophone FUF : soutenu par la coopération française, il propose un cursus trilingue anglais/français/lao qui attire beaucoup de monde.

Nous n’avons pas souhaité enregistrer ces entretiens afin de ne pas intimider les personnes interrogées : les entretiens se sont ainsi déroulés dans une ambiance plus détendue et donc propice à des échanges spontanés, francs et directs. Nous nous sommes contentée de prendre en notes les entretiens et de les mettre au propre à l’ordinateur juste après afin d’en garder une trace claire et organisée.

Une enseignante s’est montrée, dans un premier temps, très réticente à répondre aux questions, mais une fois rassurée par le fait que d’autres collègues de sa connaissance avaient accepté d’y répondre auparavant, l’entretien a pu se dérouler sans problèmes.

L’entretien réalisé avec deux enseignantes à la fois s’est révélé ne pas être propice à la libre expression : l’une des deux en effet s’est tenue en retrait dans la discussion. Les personnes interrogées n’ont pas répondu à toutes les questions posées, mais il nous est difficile de savoir si ces questions sont restées sans réponse volontairement ou non. Par contre ces entretiens nous ont permis d’obtenir des informations essentielles alors même qu’elles ne faisaient pas référence à des questions directes.

L’analyse des entretiens nous a permis de compléter les pistes de travail suggérées par nos lectures et recherches préalables. En effet, les données recueillies ont fait émerger des aspects de la question que nous ne soupçonnions pas ou auxquels nous n’avions pas pensé. Par exemple, il est ressorti à plusieurs reprises que si l’introduction de la possibilité d’étudier également l’anglais dans les Filières Universitaires Francophones FUF attirait probablement plus d’étudiants, elle accroissait parfois les difficultés vu que de nombreux étudiants entrant en Filières Universitaires Francophones FUF sont débutants à la fois en français et en anglais : commencer deux langues en même temps relève de la gageure.

Un des questionnaires a été mis de côté car il avait été réalisé auprès d’un enseignant ne dispensant des cours qu’en FPMF et que ses étudiants n’étaient de fait pas concernés par l’enquête. Cependant, son témoignage nous a permis de compléter notre connaissance du contexte global d’enseignement du français à l’université au Laos.

A la suite de ces entretiens, nous avons donc modifié et complété nos questionnaires. Cependant, après réflexion, il nous semble qu’il aurait été intéressant de procéder à quelques entretiens du même type auprès d’étudiants afin de recueillir leurs propres mots, leurs propres « opinions » et de compléter de manière encore plus pertinente le questionnaire. C’est ce que nous avons fait, de manière informelle avec un étudiant que nous connaissions assez bien, et grâce auquel nous avons obtenu des informations bien précieuses, notamment sur les raisons pour lesquelles, selon lui, les étudiants fréquentaient peu l’espace francophone.

2-3.2. L’enquête par questionnaires

Le questionnaire écrit a été choisi comme outil principal de vérification de nos hypothèses pour la raison qu’il permet d’interroger un très grand nombre de sujets en un temps limité : le nombre total des étudiants retenus dans notre échantillon s’élevait à près de 334 étudiants28. N’ayant que quatre mois de stage, il nous était difficile de recourir à d’autres méthodes de collecte; l’entretien individuel aurait demandé beaucoup plus de temps; et d’autre part l’observation directe n’aurait peut-être pas permis l’émergence de nouvelles questions.

Nous avons décidé d’interroger les étudiants dans leur langue maternelle afin d’être assurée de la bonne compréhension de l’ensemble des questions ; des entretiens oraux auraient nécessité des interprètes du début jusqu’à la fin de l’enquête, ce qui aurait eu un coût financier trop élevé. Contrairement à l’entretien oral au cours duquel un interprète doit être constamment présent, le questionnaire écrit offre la possibilité d’une traduction différée avant et après la diffusion; travail de traduction qui a pu d’ailleurs être allégé par le recours aux questions fermées, les réponses par oui ou par non ne nécessitant pas le recours à un traducteur.

28 Le nombre retenu pour notre échantillon n’est pas précis car il nous était difficile d’évaluer combien d’étudiants ayant abandonné les Filières Universitaires Francophones FUF nous réussirions à interroger.

Autre avantage, le questionnaire écrit est un des moyens de recueil de données les plus anonymes, même si cet anonymat a parfois peut-être été biaisé, comme nous le verrons plus loin.

Néanmoins pour rendre le questionnaire moins « manipulateur » nous avons proposé quelques questions ouvertes et ainsi laissé la possibilité d’exprimer des réponses « autres ». Avec les questions ouvertes, les enquêtés sont moins conditionnés par notre univers et notre façon de raisonner, les réponses données devraient être plus proche du vécu de chacun.

Enfin la trace écrite à partir de questions semblables pour tous donne des réponses généralement plus faciles à analyser.

2-3.2.1. Le choix de l’échantillon

Dans un premier temps, nous souhaitions interroger l’intégralité des étudiants des Filières Universitaires Francophones FUF pour serrer au plus près l’opinion réelle des étudiants. Par ailleurs, nous avons aussi pensé interroger des étudiants de la faculté de droit et de sciences politiques inscrits dans le département Relations Internationales (désormais RI) dont nous avons parlé précédemment (cf. I-3.3 p.31) afin d’établir une comparaison. Enfin, il apparaissait souhaitable, bien que difficile, d’interroger des étudiants ayant abandonné en cours de cursus leurs études dans une des Filières Universitaires Francophones FUF.

Cependant, l’intégralité des étudiants des Filières Universitaires Francophones FUF représentaient à eux seuls 450 étudiants. Ce nombre nous a paru trop important d’autant que le questionnaire provisoire comptait une grande quantité de questions. Nous avons donc décidé dans un deuxième temps, juste avant de commencer la diffusion des questionnaires, de restreindre le nombre d’étudiants auxquels nous les soumettrions.

Le but étant d’obtenir un aperçu des motivations, attentes et besoins des étudiants des Filières Universitaires Francophones FUF, il apparaissait intéressant d’établir une comparaison entre les étudiants de 1ère année, les étudiants en milieu de cursus et les étudiants en fin de cursus. Ainsi, nous avons sélectionné l’ensemble des étudiants de 1ère année, l’ensemble des étudiants dont c’était la 3ème année d’étude du français dans le cadre des Filières Universitaires Francophones FUF et les étudiants de dernière année de chaque filière. Cependant, seuls les Filières Universitaires Francophones FUF de droit, de génie électrique et de médecine avaient des étudiants en dernière année vu la création récente des Filières Universitaires Francophones FUF des facultés de génie civil et économie-gestion : les étudiants les plus avancés de ces deux dernières ont donc été inclus dans l’échantillon en tant qu’étudiants en 3ème année d’étude du français.

Il nous a semblé judicieux de faire de même pour les étudiants de RI qui sont au total 245. Cependant, il n’y a pas de promotion de 1ère année en RI puisque les étudiants sont recrutés après une première année en tronc commun. C’est pourquoi nous avons sélectionné les étudiants de mi-cursus, à savoir une classe d’étudiants de 3ème année, une classe d’étudiants de dernière année, ainsi que les étudiants issus de classes bilingues (ces derniers, toutes promotions confondues). Ceux-ci se sont d’ailleurs révélés difficilement « accessibles » et le jour où le questionnaire leur a été finalement soumis, ils n’étaient que 6 sur 14. Cependant, nous n’avons pas, sans doute à tort, osé insister pour les réunir à nouveau.

Pour les étudiants ayant abandonné, la difficulté était d’arriver à les contacter. Nous avons donc choisi pour les soumettre aux questionnaires de passer par l’intermédiaire de certains enseignants de filières qui pouvaient avoir gardé avec eux des contacts. C’était là un procédé moyennement satisfaisant, mais il nous a semblé difficile de faire autrement en raison du peu de temps dont nous disposions.

2-3.2.2. L’organisation des questionnaires

Nous avons vu plus haut que nous avions rédigé six questionnaires différents en fonction des profils des étudiants. Cependant, en y réfléchissant après coup la préparation de quatre questionnaires différents pour les seuls étudiants de Filières Universitaires Francophones FUF n’était pas indispensable et il aurait sûrement été possible de procéder autrement en modifiant simplement la formulation des questions. Étant peu expérimentée en la matière, la conception des questionnaires s’est révélée être une tâche ardue.

Nous avons opté pour une alternance de questions de fait et de questions d’opinion, et avons privilégié les questions fermées par souci de commodité et d’efficacité dans le dépouillement des données, souhaitant pouvoir réaliser ce dépouillement de la manière la plus autonome possible. Cependant, pour un certain nombre de questions fermées, nous avons laissé aux personnes interrogées la possibilité d’exprimer librement leur opinion avec une réponse « autres » ou « commentaires éventuels » que nous avons ensuite fait traduire.

Par ailleurs, afin d’essayer d’obtenir des réponses plus personnelles et pertinentes, nous avons laissé la possibilité de choisir plusieurs réponses pour les questions fermées. Ainsi, comme l’indique Singly (1992, p. 73) : « Avec cette ouverture, les personnes sentent moins la pression, imaginaire, de chercher la bonne solution : dès qu’une question a plusieurs ‘solutions’, elle ressemble moins à un problème scolaire. »

Tous les questionnaires commençaient par un avant-propos visant à rassurer les étudiants interrogés en promettant l’anonymat et en fournissant une brève explication des raisons et objectifs de l’enquête (cf. Annexe 2, p.127).

Les questionnaires pour les étudiants des Filières Universitaires Francophones FUF

Les questionnaires pour les étudiants des filières sont au nombre de quatre : un questionnaire pour les étudiants de 1ère année issus de classes bilingues (désormais 1ère année CB), un pour les étudiants de 1ère année non issus de classes bilingues (désormais 1ère année non CB), un pour les étudiants de 2ème, 3ème, 4ème, 5ème et 6ème années issus de classes bilingues (désormais CB) et un pour les étudiants de 2ème, 3ème, 4ème, 5ème et 6ème années non issus de classes bilingues (désormais non CB) (cf. Annexe 2, p.127). Cependant, ces questionnaires se ressemblent beaucoup. Les questionnaires pour les classes bilingues sont légèrement plus longs (44 questions pour les étudiants de 1ère année CB contre 40 pour les étudiants de 1ère année non CB) car ils comprennent quelques questions sur les raisons du choix et les satisfactions de leurs études en CB. Les questionnaires pour les étudiants de 2ème, 3ème, 4ème,

5ème et 6ème années (CB et non CB) sont également un peu plus longs (respectivement 52 et 47 questions) car ils contiennent plus de questions sur les cours suivis, notamment les cours de FOS et les cours de spécialité en français (cf. notes de bas de page 31 et 33 ci-après p.58).

Ces quatre questionnaires se divisent en cinq sections : « votre profil », « vos motivations », « attentes et besoins », « le français vs l’anglais », « avenir ».

La première section « votre profil » vise principalement à deux choses. Premièrement elle permet d’obtenir des informations dont on ne dispose pas forcément, à savoir l’origine géographique ou sociale des étudiants interrogés, l’exercice ou non d’un emploi en parallèle pour pouvoir payer les études, les langues étudiées ou non avant d’entrer dans une FUF, et notamment le français, le nombre d’années d’étude, l’obtention d’un DELF, l’utilisation du français en dehors du contexte scolaire et les séjours en pays francophones ou anglophones. Deuxièmement, elle a une utilité au niveau du dépouillement : elle garde une trace de la filière d’origine de l’étudiant au cas où les questionnaires seraient mélangés et où il y aurait une erreur au niveau de la passation ou de l’analyse des données.

La deuxième section « vos motivations » s’intéresse principalement aux raisons qui ont poussé les étudiants à s’inscrire dans une FUF, voire dans une classe bilingue, et sur le regret ou non qu’ils ont d’avoir fait ce choix-là.

La troisième section « attentes et besoins » pose des questions de tous ordres (pédagogique, organisationnel, des représentations, etc.) concernant dans le désordre : le niveau du manuel, le nombre d’heures hebdomadaires de français, l’organisation de l’emploi du temps, les stages de prérentrée ou d’été de remise à niveau29, les activités langagières, les compétences et les savoirs prioritaires30, l’appréciation générale et plus détaillée, notamment des cours de français, et éventuellement des cours de FOS31, de FOS TU32, de spécialité en français33 et des modules d’insertion professionnelle34 (désormais MIP), les pratiques de classe de l’enseignant, la représentation de l’erreur dans l’apprentissage, le travail personnel, l’utilisation des médias francophones35 et de l’espace francophone36 et enfin de la poursuite des études dans une FUF et de la soutenance du mémoire en français.

La quatrième section « le français vs l’anglais » vise à établir un parallèle entre l’anglais et le français, et en particulier à savoir si l’introduction de l’anglais influe sur le choix de s’inscrire en Filières Universitaires Francophones FUF et pour les étudiants de 1ère année s’ils sont satisfaits de cette nouvelle offre. Cette section inclut également quelques questions sur les représentations comparées du français et de l’anglais.

29 L’AUF propose aux étudiants de Filières Universitaires Francophones FUF de suivre en début d’année ou bien pendant l’été, un stage intensif de remise à niveau pour les étudiants ayant le plus de difficultés, mais qui permet également de récupérer en partie le retard accumulé pendant l’année en raison des nombreux évènements, fêtes, imprévus, etc. Ces stages visent aussi à faire des révisions pendant la longue période qui sépare une année universitaire d’une autre afin que les étudiants n’oublient pas trop ce qui a été appris au cours de l’année.
30 Les activités langagières essentielles sont : compréhension orale, compréhension écrite, production orale, production écrite. En outre, nous avons ajouté la compétence phonologique, appelée plus simplement pour les étudiants « prononciation », et le savoir socioculturel, appelée ici « civilisation ».
31 Les cours de Français sur Objectif Spécifique (FOS) sont des cours centrés sur le lexique et les actes de parole propres à un domaine de spécialité. Il ne s’agit pas d’un enseignement scientifique/technique permettant d’acquérir des connaissances dans un domaine, mais de pouvoir s’exprimer et communiquer dans des contextes liés à ce domaine de spécialité.
32 Les cours de Français sur Objectif Spécifique Techniques Universitaires (FOS TU) visent à faire acquérir à l’étudiant, comme son nom l’indique, les techniques universitaires « à la française » nécessaire à la poursuite d’études en master francophone. Ces cours sont par ailleurs orientés sur le domaine de spécialité des étudiants.
33 Les cours de spécialité en français sont, comme leur nom l’indique, des cours scientifiques/techniques permettant d’acquérir des compétences dans un domaine de spécialité. Une partie ou l’intégralité de ces cours sont dispensés en français.
34 Les Modules d’Insertion Professionnelle (MIP) visent à préparer les étudiants à leur entrée sur le marché de l’emploi. Ainsi, on leur apprend à rédiger un CV en français, une lettre de motivation, à passer un entretien en français, etc.
35 Les principaux médias francophones au Laos accessibles au grand public sont TV5MONDE (chaîne francophone diffusée dans le monde entier), Radio France Internationale (RFI, radio francophone diffusée dans le monde entier; au Laos, toutefois, on ne peut la capter qu’à Vientiane), le Rénovateur (journal hebdomadaire présentant l’actualité du Laos en français).
36 L’espace francophone, déjà évoqué précédemment, est une salle mise à disposition des étudiants où les étudiants ont accès à Internet gratuitement ainsi qu’à de la presse francophone et à des ouvrages de spécialité en français.

Enfin, la dernière section « avenir » interroge les étudiants sur les choix d’orientation pour leur avenir professionnel après avoir fini leurs études en Filières Universitaires Francophones FUF.

Le questionnaire pour les étudiants ayant abandonné les Filières Universitaires Francophones FUF

Le questionnaire pour les étudiants ayant abandonné les Filières Universitaires Francophones FUF reprend les deux premières sections des questionnaires précédents (« votre profil » et « vos motivations » avec en plus une question sur les motifs de l’abandon) ainsi que la quatrième section « le français vs l’anglais ». Ensuite, il a été ajouté une section « attentes et besoins (pour ceux qui ont arrêté après deux mois de cours) » afin de repérer ce qui d’un point de vue organisationnel ou didactique avait pu les décourager. Enfin, il leur est demandé sous forme de tableau à choix multiples dans la section « conclusions » les points qui selon eux pourraient être améliorés.

Les questions sont donc principalement des questions fermées par souci de facilité, avec toutefois une ouverture dans le dernier item « autres » permettant des réponses libres imprévues.

Le questionnaire pour les étudiants du département

« Relations Internationales » de la faculté de droit

Dans le questionnaire destiné aux étudiants du département « Relations Internationales » les sections sont restées les mêmes que pour les étudiants des Filières Universitaires Francophones FUF mais les questions diffèrent, notamment dans la section « vos motivations ». Etant donné le nombre plus restreint d’étudiants interrogés, il est apparu intéressant de leur laisser une plus grande liberté d’expression afin de coller mieux à la réalité et de ne pas leur imposer nos propres mots.

Cependant, les questions ouvertes demandent une plus grande vigilance dans leur traitement lors du dépouillement et de l’analyse des données, car comme le souligne Singly (1992, p. 67) « l’information obtenue après des questions ouvertes apparaît assez fragile ». En effet, l’enquêteur étant souvent obligé de résumer les réponses, la qualité des informations recueillies dépend alors davantage de celui-ci : il risque d’éliminer sans le vouloir des indications précieuses. « Les informations recueillies peuvent être trop dispersées, ou inutilisables » car il arrive que les personnes interrogées fournissent des indications peu utiles ou vagues. L’enquêteur doit donc éliminer certaines réponses, ce qui sera notre cas comme nous le verrons plus tard.

2-3.2.4. La passation du questionnaire et le dépouillement

Notre connaissance du terrain au moment de notre enquête étant approximative, le questionnaire vise à la fois à l’explorer et à vérifier nos hypothèses; il est donc relativement long avec une dizaine de pages en moyenne et entre 33 (pour les étudiants ayant abandonné les Filières Universitaires Francophones FUF) et 52 questions (pour les étudiants de 2ème, 3ème, 4ème, 5ème et 6ème années issus de classes bilingues).

Une fois les questionnaires traduits en lao et imprimés, nous avons commencé à procéder à la passation qui a duré entre trois semaines et un mois au total. Pour cela, nous avons préalablement informé les enseignants des classes concernées par l’enquête. Nous avons opté pour différents modes de passation mais avons privilégié la distribution en main propre des questionnaires, qui ont été remplis par les étudiants eux-mêmes sur le moment puis restitués directement à l’enquêteur car c’était le moyen le plus sûr de récupérer un maximum de questionnaires et le moins biaisant. En effet, nous craignions qu’en faisant distribuer les questionnaires par les enseignants, les étudiants n’osent pas toujours dire ce qu’ils pensaient vraiment d’autant que certaines questions sollicitaient leur opinion sur les pratiques de leurs professeurs. Nous avons d’ailleurs effectué la passation en classe, généralement pendant une heure de cours et en essayant de faire en sorte que l’enseignant ne reste pas dans la salle pendant le remplissage ou du moins ne contrôle pas « par-dessus l’épaule » les réponses des étudiants. Cependant, la présence du professeur n’a pas pu toujours être évitée. Par ailleurs, il n’a pas été possible de faire remplir l’intégralité des questionnaires par tous les étudiants sélectionnés pour l’échantillon, car il y avait toujours des absents dans les classes, et parmi les questionnaires laissés aux professeurs chargés de les transmettre aux étudiants, certains n’ont pas pu être récupérés.

Après la passation des premiers questionnaires, nous nous sommes aperçue que certaines questions étaient mal formulées car les étudiants donnaient des réponses en contradiction les unes avec les autres. En effet, nous aurions dû effectuer une phase de « pré- test » auprès de quelques étudiants « cobayes », ce qui nous aurait permis de nous apercevoir plus tôt du problème. Ainsi les questions concernant la possibilité d’étudier l’anglais en Filières Universitaires Francophones FUF de même que celles portant sur les stages de pré-rentrée ou stages d’été de remise à niveau contenaient des filtres qui, n’étant pas formulés de manière assez claire pour les étudiants, n’ont pas fonctionné; une grande majorité des étudiants a donc répondu à toutes les questions au lieu de ne répondre qu’à celles concernant leur cas. Nous avons donc tenté de remédier au problème en apportant de nouvelles modifications aux questionnaires, mais les réponses obtenues par la suite n’en ont pas pour autant été toujours exploitables.

Comme dit plus haut, nous avons dû parfois avoir recours aux enseignants pour faire passer les questionnaires pour des raisons de commodité et de rapidité dans la collecte de données. Nous sommes consciente que cela risque d’avoir influé sur les réponses des étudiants et donc de fournir des données biaisées, notamment pour les questionnaires concernant les étudiants ayant abandonné les Filières Universitaires Francophones FUF. En effet, nous avons pu constater – nous y reviendrons plus tard dans la 3ème partie – que ces étudiants n’ont pas fait usage de la liberté de réponse des catégories « autres », soit parce que le mode de passation des questionnaires n’était pas adapté, soit parce que les étudiants n’avaient rien à ajouter ou encore parce qu’ils n’avaient pas réellement envie de répondre.

Une fois la quasi-intégralité des questionnaires récupérée, nous avons commencé tout d’abord par éliminer quelques-uns d’entre eux qui étaient mal remplis ou indûment remplis, ce qui risquait de fausser les statistiques. Ainsi, nous avons récupéré 282 questionnaires bien remplis sur les 334 espérés, soit 84,4 % des questionnaires initialement prévus.

Ensuite, nous avons procédé au codage afin de pouvoir traiter les données. Nous avons opté pour une saisie manuelle à l’aide du programme Excel. Pour cela nous avons classé les questionnaires par profil (classe puis origine : CB ou non CB) et les avons numérotés avant de procéder à la saisie qui a été effectuée par comparaison entre la version française et la version lao, les questions étant disposées de manière parfaitement identique. Cela a permis un gain de temps et d’argent car nous n’avons pas eu recours à la traduction. Nous avons ensuite codé toutes les réponses : les « oui » ont été enregistrés avec un « 1 » et les « non » avec un « 0 » ce qui a permis ensuite de calculer rapidement les totaux, moyennes et pourcentages.

Cependant, pour les questions ouvertes, il nous a été nécessaire d’avoir recours à une traduction avant de classer et regrouper les données par catégories de réponses, ce qui s’est parfois révélé difficile. Après ce codage, nous avons édité les résultats en pourcentage ou en chiffres bruts, répartis parfois selon différents critères (année d’études dans la Filière Universitaire Francophone FUF et origine de l’étudiant (FUF ou RI)) afin d’avoir des données plus précises.

Répartition des étudiants des Filières Universitaires Francophones FUF interrogés
Critères de répartition Sous-groupes TOTAL
FUF d’origine Médecine générale Génie électrique Génie civil Droit Economie et Gestion
1ère année / 35 41 23 12 111
1ère année CB 7 3 / / 1 11
3ème année* 19 11 6 16 28 80
3ème année CB* 5 / 1 1 / 7
Dernière année 6 6 / 8 / 20
TOTAL 37 55 48 48 41 229

*il s’agit des étudiants ayant suivi 3 ans d’études de français à l’université, certains sont donc en 3ème année et d’autres en 4ème année dans leur cursus d’études.

Les étudiants de RI sont au total 245, et comme nous l’avons vu précédemment, il n’y avait pas d’étudiants en 1ère année au moment de l’enquête et nous avons choisi de n’interroger qu’une seule classe de 3ème année, une seule de 5ème année et celle des étudiants CB. Au total, cela ne donne que 47 étudiants, or nous les comparons avec un échantillon de 229 étudiants de Filières Universitaires Francophones FUF. Si cela était à refaire, nous interrogerions beaucoup plus d’étudiants de RI, par exemple l’ensemble des étudiants de 3ème année et de dernière année et nous insisterions pour essayer d’interroger plus d’étudiants CB.

Répartition des étudiants du département « Relations Internationales » interrogés
Département d’origine Relations

Internationales

Issus de CB* 6
3ème année 25
Dernière année 16
TOTAL 47

*Toutes années confondues (2ème, 3ème et 4ème) car les étudiants, n’étant pas assez nombreux, suivent le même cours de français.

Le nombre d’étudiants interrogés parmi ceux qui ont abandonné la Filière Universitaire Francophone FUF est réduit pour les raisons déjà évoquées plus haut.

Répartition des étudiants interrogés ayant abandonné la Filière Universitaire Francophone FUF
Critères de répartition Sous-groupes TOTAL
FUF d’origine Médecine générale Génie civil ?
Abandon après 3 mois / 1 / 1
Abandon après 4 mois / / 1 1
Abandon après 1 an 1 / / 1
Abandon après 2 ans 3 / / 3
TOTAL 4 1 1 6

Lire le mémoire complet ==> (Orienter les filières universitaires francophones à partir des motivations, attentes et besoins des étudiants)
(une étude de cas à Vientiane, Laos)
Mémoire présenté pour l’obtention du Master 2 professionnel parcours 3
Université Paris III – Sorbonne Nouvelle – Ingénierie de formation pour les enseignements de français langue étrangère et des langues