Le rôle des filières universitaires francophones FUF au Laos

By 7 March 2013

1-4.2. Le rôle des filières universitaires francophones (FUF) : le cas des filières au Laos

Les Filières Universitaires Francophones FUF soutenues par l’AUF (L’Agence Universitaire de la Francophonie) sont des cursus de formation supérieure à vocation professionnalisante ou de recherche qui visent au développement durable du système universitaire régional.

Ces filières francophones permettent d’étudier en français dans des pays où ce dernier n’est généralement pas la langue d’enseignement, ou lorsque la formation dans une discipline scientifique donnée n’est pas dispensée dans le pays ou dans la région tandis qu’elle est en adéquation avec le marché de l’emploi.

Des universités partenaires francophones internationales, belges, canadiennes, françaises et de plusieurs pays asiatiques, travaillent en coopération avec les facultés laotiennes et soutiennent la formation des enseignants des filières.

Les Filières Universitaires Francophones FUF offrent des conditions d’apprentissage particulièrement favorables, notamment grâce à l’encadrement pédagogique et linguistique dont elles bénéficient :

– une dotation pédagogique avec des ouvrages spécifiques mis à disposition des étudiants (manuels d’apprentissage du français, ouvrages scientifiques de la discipline);
– un espace francophone multimédia mis à disposition de la filière par l’établissement d’accueil et animé par un responsable (bibliothèque, télévision, périodiques francophones, ordinateurs connectés à Internet, etc.);
– l’attribution de bourses professionnelles afin de faciliter l’entrée des étudiants dans le monde du travail ou de bourses d’études aux étudiants sortant de la filière pour poursuivre des études spécialisées ou doctorales;
– le perfectionnement linguistique et disciplinaire des enseignants de la filière par des formations régulières sur place, à l’étranger ou en France.

Depuis la rentrée de l’année universitaire 2008-2009, les recrutements pour les filières francophones au Laos se font après le bay pakat mohot, que les étudiants soient débutants en français ou qu’ils aient suivi des classes bilingues. Auparavant, le recrutement s’effectuait au terme d’une première année d’étude à l’EEF en tronc commun.

Les étudiants qui souhaitent intégrer une FUF doivent avant tout s’inscrire au concours d’entrée de l’université dans laquelle se trouve la filière de leur choix. Une fois les résultats du concours connus, les étudiants doivent faire acte de candidature auprès des responsables de la filière concernée.

Ces filières de premier cycle ont un format similaire : cours de français renforcés les deux premières années pour atteindre au minimum un niveau A2 (niveau validé par un DELF), puis poursuite de l’enseignement du français pour atteindre un niveau B1 en avant dernière année et si possible prochainement un niveau B2 pour les groupes d’étudiants provenant des classes bilingues. Si au terme de la 2ème année les étudiants échouent à l’examen du DELF A2, ils sont généralement réorientés vers le cursus « classique ».

Les cours scientifiques sont dispensés dans la langue maternelle des étudiants les deux premières années et les cours scientifiques en français sont introduits progressivement dans le cursus à partir de la 3ème année et sont faits en priorité par les enseignants de l’université responsables des filières ou parfois par des professeurs invités. Des missions d’enseignement et d’appui pédagogique des universités partenaires peuvent avoir lieu.

Afin de répondre aux exigences de qualité, les effectifs de chaque classe sont généralement limités à 30 personnes à l’entrée en 1ère année. A la fin du cursus, les étudiants peuvent choisir de soutenir leur mémoire soit en lao devant un jury propre à l’université, soit en français devant un jury international. Les étudiants ayant fait ce dernier choix recevront après une soutenance réussie une certification francophone en plus de leur diplôme national lao (équivalent à une licence); les autres recevront une attestation francophone. Le pourcentage de soutenances en français par rapport au nombre d’étudiants entrant dans la filière en première année est en moyenne de 23%23. Ces étudiants poursuivent généralement leurs études dans un master francophone soit à l’étranger, souvent au Vietnam à Hanoï, soit à Vientiane dans le master en médecine tropicale, en bénéficiant de bourses de l’AUF ou d’organismes de coopération bilatérale (Belgique, France, etc.), ou bien encore dans un master en lao.

23 Données moyennes pour l’ensemble des Filières Universitaires Francophones FUF dépendantes du Bureau Asie-Pacifique de l’AUF, à savoir celles du Cambodge, Vietnam et Laos. Cf. Rapport d’activités 2007, Bureau Asie-Pacifique, Agence Universitaire de la Francophonie, p. 16

Il y a 5 FUF au Laos : génie civil, médecine générale, génie électrique, droit, économie et gestion.

De plus, suite au lancement de deux classes pilotes « transversales » (en 3ème et 4ème années pour l’année universitaire 2008-2009), il existe depuis quelques années dans les facultés ne possédant pas de Filières Universitaires Francophones FUF une formation préparatoire aux masters francophones (FPMF) ou formation transversale proposée à la faculté d’agriculture, à la faculté des sciences et à la faculté des sciences de l’éducation

Les deux classes pilotes « transversales » réunissent des étudiants de différentes facultés qui ont suivi pendant un an ou deux des cours de français au Centre de Langue Française (CLF) de Vientiane. Au 31 mars 2009, les FPMF comptaient au total, toutes facultés confondues, 158 étudiants. À la rentrée de l’année universitaire 2010-2011, un groupe transversal pharmacie, odontologie et médecine en liaison avec l’université des sciences de la santé devrait être adjoint.

La différence entre les Filières Universitaires Francophones FUF et les FPMF est que dans les secondes les étudiants sont recrutés dans tous les départements d’une même faculté et qu’il n’y a pas de cours de spécialité en français. Cependant, les étudiants des FPMF suivent une formation en français sur les techniques universitaires orientées sur le domaine de spécialité24.

Les étudiants des différentes FUF suivent tous un cursus de 5 ans quelle que soit leur spécialité. Il y a donc au minimum une classe pour chaque année d’études (de la 1ère à la 5ème) hormis pour la Filière Universitaire Francophone FUF d’économie-gestion qui n’avait pas pour l’année universitaire 2008-2009 d’étudiants en 5ème année.

Une enquête25 destinée à évaluer les Filières Universitaires Francophones FUF soutenues par le Bureau Asie-Pacifique (au Cambodge, Laos et Vietnam) a été effectuée en 2005 et 2006 auprès des étudiants diplômés entre 2002 et 2005. Elle a permis de mesurer les pourcentages de parité hommes/femmes, de validation des fins de cursus FUF, de poursuite d’études, de diplômés sans emploi et d’évaluer les différents moyens de recherche d’emploi mis en œuvre ainsi que le temps d’accès à ce premier emploi. De plus, l’enquête s’intéressait au marché du travail sur lequel les étudiants s’inséraient : statut des entreprises, niveau et stabilité de l’emploi, secteurs d’activités professionnelles, degré de satisfaction dans l’entreprise et usage du français au sein de celle-ci.

24 Nous verrons la différence entre « cours de spécialité » et « techniques universitaires orientées sur le domaine de spécialité » plus loin dans le mémoire (cf. II-3.2.2., notes de bas de bas de page 32 et 33 ci-après p.58)

25 Rapport d’activités 2006, Bureau Asie-Pacifique, Agence Universitaire de la Francophonie, p. 29-33

Les résultats n’ont pas encore été comparés avec les cursus nationaux, il est donc difficile de mesurer la plus-value apportée par les formations en Filières Universitaires Francophones FUF, comparativement aux autres formations nationales. Cependant, il ressort de l’enquête qu’il n’y a pas de liaison directe évidente entre les formations en français et l’emploi francophone des diplômés des Filières Universitaires Francophones FUF. Aujourd’hui l’apport des filières francophones semble relever plus de la qualité des contenus et des méthodes de formation que de la seule dimension linguistique. Toutefois, il apparaît d’après différentes études que « l’employabilité des sortants de ces filières [universitaires francophones] est supérieure à celle des sortants des filières comparables en langue officielle d’éducation » (Chardenet 2010, p.120).

Les enseignants des filières ont pour la plupart été recrutés dans les départements de langue française de chaque université. L’AUF leur accorde un sursalaire leur permettant de compléter leur salaire et de les motiver.

Lire le mémoire complet ==> (Orienter les filières universitaires francophones à partir des motivations, attentes et besoins des étudiants)
(une étude de cas à Vientiane, Laos)
Mémoire présenté pour l’obtention du Master 2 professionnel parcours 3
Université Paris III – Sorbonne Nouvelle – Ingénierie de formation pour les enseignements de français langue étrangère et des langues