Le projet de venir étudier en France

By 2 March 2013

Le projet de venir étudier en France – Chapitre 2

Dans le chapitre précédant, nous avons mentionné le contexte d’un marché international de l’enseignement supérieur où s’inscrit cette migration étudiante chinoise. Nous nous intéressons, aux travers des carrières de nos enquêtés, à la dynamique des différents facteurs dans leur projet de départ pour la France, aux causes de départ et aux influences du milieu.

2.1 Les causes et projets de départ

Dans son étude sur les étudiants chinois en France, Catherine Agulhon (2009) souligne : « on peut également dégager deux niveaux de projets, le projet de départ, puis le projet de départ vers la France. Si ces projets sont liés, bien sûr, les uns seront plus intrinsèques, les seconds plus extrinsèques et contingents ».

Cette perspective a été confirmée par cette enquête. Par ordre chronologique, le projet de départ passe au premier plan, c’est-à-dire que beaucoup d’étudiants ont d’abord un projet de partir à l’étranger, puis ils ont décidé de venir en France. Cela s’explique d’abord dans leur raisonnement. A notre question « pourquoi es- tu venu en France ? », leur réponse n’est pas tournée spécifiquement sur le départ en France, mais plus largement vers l’étranger. Il nous faut une question complémentaire pour savoir les raisons de leur choix de la France. « Mais pourquoi la France ? ».

Dans les propos de nos enquêtés, les projets de départ sont liés étroitement à leurs déception et insatisfaction des situations dans lesquelles ils se trouvent en Chine. Ces forces négatives du pays d’origine sont autant plus fortes que les forces d’attraits de l’Occident (voir Tableau 4).

Nous avons dégagé quatre facteurs liés au pays d’origine : « Échec » à commencer leurs études supérieures dans une université suffisamment prestigieuse; déception pendant le début de la vie universitaire; difficulté d’accès à l’emploi des jeunes diplômés et l’insatisfaction dans le travail, et la crainte d’entrer dans la vie active. Le facteur lié à l’intérêt pour la mobilité et l’attirance des pays occidentaux constitue le cœur de cette problématique.

L’attrait de la France pour ces jeunes reste essentiellement le coût faible des frais d’études, suivant l’image de la culture française représenté par sa langue. Une formation de qualité et/ou un diplôme valorisant, et l’apprentissage du français constituent leurs attentes principales du séjour en France.

Tableau 4 : Raisons du départ, influences du milieu
Raisons du départ, influences du milieu

2.1.1 L’« échec » à commencer leurs études supérieures dans une université suffisamment prestigieuse.

Au propos de nos enquêtés qui ont commencé leurs études supérieures en France, leurs argumentations essentielles sont qu’ils n’ont pas réussi à commencer leurs études supérieures dans une université suffisamment prestigieuse et veulent « être valorisé », par un diplôme étranger : « Je n’ai eu des résultats qu’assez bons », « je ne veux pas aller à l’université où J’étais admis ».

La plupart d’entre eux ont été admis dans une université chinoise. Pourtant, ils ont abandonné leur projet initial et ont choisi de partir à l’étranger. Dans leurs propos, la qualité de la formation et la valeur du diplôme dans les universités moyennes en Chine sont mises en cause. « Ca ne vaut pas la peine de faire ses études dans une université moyenne, je ne peux pas vraiment acquérir un savoir », « aller dans une université moyenne, c’est perdre son temps à ne rien faire, à flâner là parce que le diplôme est déjà promis une fois entrer à l’université ». « Une fois sorti de l’université, on ne trouve pas de travail ».

Song a eu de bons résultats au gaokao, sauf « un accident » en chinois. Il a raté ensuite une université prestigieuse à Pékin à cause d’un manque de 2 points (sur un total de 750 points). Il a cependant été accepté par une université moyenne dans sa ville natale, choix qu’il jugera insatisfaisant : « Mieux étudier dans une très bonne université en Chine, sinon dans une université moyenne, je ne peux pas vraiment acquérir un savoir, savoir faire à l’université… ».

Qin a travaillé dur au lycée, avec l’ambition d’entrer dans une bonne université. Mais elle n’avait pas toujours de bons résultats : « je suis très découragée par mes résultats au gaokao, J’ai perdu confiance en moi-même ». Elle a refusé d’entrer dans l’université à cursus courts qui l’a acceptée.

« Q : Pourquoi avoir décidé de venir en France ?
R : Avant de venir en France, je n’avais pas un objectif très clair. Je ne voulais pas étudier en Chine, c’était l’essentiel. Je pensais qu’il ne valait pas la peine de faire des études dans une université moyenne. L’environnement et l’ambiance au sein de l’université joue un rôle décisif, dans la formation de ta personnalité, dans l’acquis des connaissances, dans la construction de cercle d’amis….. C’est bien, si tu es dans une bonne université. Mais si tu descends dans la liste hiérarchique des universités, ca n’en vaut pas la peine. J’ai choisi de partir étudier à l’étranger, car les conditions économiques de ma famille le permettaient. »

Qian, qui est en France depuis quatre ans, a commencé par une Licence 1 et est actuellement en Master 1 MIAGE. Ses virulentes critiques du système d’éducation en Chine sont la raison principale de sa venue en France.

« Q : Tu n’as pas pensé à faire tes études universitaires en Chine ?
R : Pas du tout. Je pensais partir à l’étranger depuis le collège, parce que le système éducatif occidental correspondait plus à mes attentes. Je n’aimais pas le système éducatif en Chine. C’est très formel, c’est l’éducation pour l’examen. Il y a un manque de flexibilité… les savoirs sont très lourds et complexes, on ne peut pas nous en servir dans notre futur travail. Je souhaite travailler dans le business, ou l’informatique. Je n’ai aucune envie de devenir un grand scientifique en mathématiques ou en chimie… ».

Ne pas être admis par une université suffisamment prestigieuse ou dans la spécialité souhaitée constitue les raisons principales de départ de nos enquêtés les plus jeunes. Dans leurs propos, leurs parents sont d’accord pour les envoyer étudier à l’étranger, mais pas si tôt. Ils préfèrent les voir commencer leur cycle universitaire en Chine, de peur de les voir quitter le giron familial trop tôt. L’insatisfaction de l’université d’admission incite les parents à lancer ce projet plus tôt. Comme dit Yu « j’ai été finalement admise par l’université normale de Tian Jin. Mais je n’étais pas du tout motivée à y aller : je ne veux pas devenir professeur. Je n’allais donc pas suivre une formation visant à former les futurs enseignants. Mes parents, devant ma déception, décidèrent finalement de m’envoyer à l’étranger dès la fin de mes études secondaires ».

2.1.2 La déception pendant le début de la vie universitaire

Le recrutement des universités en Chine se fait de la façon héritée de l’économie planifiée. Beaucoup sont ceux qui hésitent entre une filière très demandée mais qui correspond à leur premier choix, un une autre ou la demande est moindre.

Il peut arriver qu’un excellent élève souhaitant faire des études de médecine soit admis dans le département d’anglais. Dans la même université et dans la même promotion, l’étudiant A qui souhaite faire de l’informatique se retrouve en chimie. L’étudiant B souhaitant faire la chimie est lui admis en l’informatique. La réorientation n’est pas possible dans la plupart des universités où les conditions de réorientation ne sont pas accessibles pour tous les étudiants. Les étudiants doivent s’adapter et apprendre à aimer (à réussir sans aimer) la spécialité qui ne correspond pas à leur projet initial. Nombreux sont ceux n’y arrivent pas, et qui trouvent « les études universitaires pénibles ».

Le cas de Tang est très révélateur à ce titre. Il avait fait deux ans d’études en Génie Civil en Chine et est venu en France en recommençant par une Licence 1 en Sciences du vivant. Suite aux conseils de ses parents, il a choisi cette spécialité « froide » dans le but d’entrer dans cette université relativement bonne. Une fois son cursus commencé, il était de plus en plus persuadé que cette spécialité ne l’intéressait pas et qu’il préférait une filière en chimie. Cependant, il n’avait pas de possibilité de se réorienter. « Oui, il faut avoir 85/100 à chacun de ses cours dans son cursus actuel pour avoir le droit de se réorienter dans une autre formation. C’est contradictoire comme mesure, si on a pu avoir de telles notes dans la spécialité étudiée, ca veut dire que cette formation nous intéresse et que l’on n’aura pas envie de changer. » Les études sont devenues pénibles pour lui. Justement à ce moment là, une cousine installée en France lui a conseillé de partir : « comme tes études sont devenues pénibles, viens étudier en France. Là tu peux t’inscrire dans des filières que tu souhaites ».

La déception évoquée par nos enquêtés peut avoir pour origine la réputation de l’université dans laquelle ils sont admis, mais aussi la connaissance de la situation précaire d’accès à l’emploi des promotions précédentes.

2.1.3 Les difficultés d’accès à l’emploi des jeunes diplômés et l’insatisfaction du travail

Parmi nos enquêtés, sept sont venu étudier en France après l’obtention de leur Licence en Chine : deux garçons ont un an d’expérience professionnelle. Deux filles n’ont pas cherché de travail et ont choisi de poursuivre leurs études à l’étranger. Une fille qui était restée un an au « chômage », est venue en France après. Une autre fille a participé mais échoué au concours d’entrée en Master en Chine et elle a ensuite décidé de poursuivre ses études en France. Il apparait que les difficultés d’accès à l’emploi des jeunes diplômés et l’insatisfaction dans le travail constituent la raison inhérente à leur départ. Ce dernier est très marqué par le fait que les conditions d’accès à l’emploi des jeunes diplômés deviennent de plus en plus précaires.

Depuis plusieurs années, les conditions d’accès à l’emploi des jeunes diplômés ne cessent de se dégrader : on estime que chaque année, environ 30% des jeunes se retrouvent au chômage après l’obtention de leur diplôme universitaire. Il y a encore peu de temps (jusqu’à la fin des années 1990), ils étaient considérés comme les élites de la société et une fois diplômés, un emploi « classique » ou un « bon » travail leur était garanti. A l’entrée du nouveau siècle, la situation du travail devient de plus en plus précaire, beaucoup sont ceux qui se battent contre cette précarité: ils vivent dans l’insécurité permanente en passant d’un emploi à un autre. Ils ont souvent un « mauvais » travail, dévalorisé et peu rémunérateur, à l’égard duquel ils éprouvent une totale désaffection.

Dans cette situation précaire, de plus en plus d’ étudiants choisissent de prolonger leurs études universitaires dans le but de retarder l’entrée dans le marché du travail et dans l’espoir qu’un diplôme de Master ou qu’un doctorat les rendent plus concurrentiel pour trouver un bon travail, stable et bien rémunéré.

Pour continuer un master (Bac+7) en Chine, les étudiants doivent passer un concours. Il y a trois matières principales : l’anglais, la politique et les connaissances de la discipline envisagée. Comme il y a de plus en plus de candidats, ce concours devient de plus en plus sévère, en particulier pour les universités prestigieuses où se réunissent les meilleurs laboratoires. La plupart de nos enquêtés ont abandonné cette possibilité, soit parce qu’ils jugent que la qualité des études de Master en Chine n’est pas satisfaisante, soit parce qu’ils pensent que le concours est trop sévère et l’offre de spécialités trop limitée. Donc ils préfèrent continuer leurs études de 3e cycle à l’étranger.

Même ceux qui sortent des universités prestigieuses ne sont pas certains de pouvoir trouver un travail avec un diplôme de benke (bac+4). Certains se disent déçus par cette dévalorisation du diplôme universitaire, mais aussi par certaines contraintes sociales comme le guanxi. Ils préfèrent partir étudier à l’étranger.

Xie, une fille de 25 ans, fille d’ouvrier cheminot, a fait une prestigieuse faculté de médecine à Shanghai. Elle ne voit pas son futur malgré son diplôme de prestige (Licence en médecine, équivalent Bac+5). « Trouver un bon travail en Chine, dépend essentiellement du « Guangxi », des réseaux familiaux, mais pas de la compétence professionnelle. Avec mon diplôme, je ne peux pas trouver un travail dans des grands hôpitaux, parce qu’ils demandent désormais un niveau doctorat et en plus du diplôme, il faut le « guanxi ». Par contre, je peux en trouver un dans un petit hôpital, mais c’est si mal payé que je ne peux pas accéder à l’autonomie financière. De plus, il n’y a pas vraiment de possibilité de promotion professionnelle sans le « guanxi » ». Fille très sociable, elle a fait connaissance avec beaucoup d’amis occidentaux (non-chinois), y compris un professeur français en visite à Shanghai. Grâce à une lettre de recommandation de ce dernier, elle a obtenu une inscription dans une université parisienne.

Chen, une fille de 24 ans, fille de commerçant, qui a également fait une prestigieuse université à Guangzhou en « gestion des affaires publiques », une formation qui débouche théoriquement vers les services administratifs, ne veut pas travailler dans les départements d’administration, « C’est trop bureaucratique, il faut toujours le Guanxi, il faut être membre du Parti Communiste Chinois (PCC) pour pouvoir avoir la promotion, je n’en suis pas. Je ne supporte pas ça. Je voudrais travailler dans une entreprise, de préférence une entreprise occidentale implantée en Chine ».

Chou a fait une Licence dans une école supérieure militaire à Wuhan et travaille ensuite comme ingénieur dans un hôpital. Un an après, il a abandonné son travail et choisi de venir compléter ses études en France. Cette expérience professionnelle lui fut douloureuse, car le travail mal payé et les relations très bureaucratiques.

Ka a travaillé un an dans une banque comme vérificateur des comptes. Son départ à l’étranger a également pour origine son insatisfaction dans le travail.

«: J’étais habitué à la vie du campus en Chine, C’est une vie détendue. Du campus au travail, j’ai eu beaucoup de mal. J’ai subi une pression énorme parce que mon travail comportait de fortes responsabilités. Il fallait être très consciencieux et très soigneux. Six mois après, j’ai commencé à apprendre le français à l’Alliance française (AF). Par l’AF, j’ai connu la France et j’ai décidé de venir.

Q : Tu as abandonné ton travail ?
R : Oui, ce n’est pas important, le plus important, c’est de faire ce qui m’intéresse. Le travail dans la banque ne me convient pas. »

La mobilité sociale en Chine par l’éducation est remise en question avec la massification de l’enseignement supérieur et un taux de chômage très élevé chez les jeunes diplômés. Dans un marché du travail très concurrentiel : on parle d’une dévalorisation des diplômes universitaires. Ce sont les réseaux familiaux (Guangxi) qui jouent, plutôt que la compétence. C’est le cas des jeunes qui ont choisi de partir à l’étranger après un an ou deux ans d’expérience professionnelle en Chine.

Parmi nos enquêtés, nous avons justement ceux qui ont des « guanxi » et ceux qui n’en ont pas. Concernés ou non, ils avouent tous que sur le marché du travail le « guanxi » est presque aussi important que le diplôme « il y a encore une dizaine d’années, l’entreprise de mes parents (une entreprise d’état de toute importance), préférait prendre un diplômé de Benke (Bac+4, équivalent Licence en France) que un doctorat (Bac+10), parce que ce dernier demandait un poste et un salaire élevés. Mais maintenant, ils prennent plutôt des docteurs, comme il est très difficile de trouver du travail, les docteurs baissent leurs exigences. Tu as encore des chances d’être accepté à condition que tu sois diplômé d’une université prestigieuse et que tu aies le guanxi. Parmi deux candidats de même niveau de compétences, celui qui a mobilisé ses « guanxi », sera engagé. Désormais, beaucoup sont ceux qui passent par « la porte de derrière », tant il est difficile de trouver du travail. » (WEI, fille de 26 an, Ecole privée, en décoration d’intérieur)

Les jeunes diplômés ont du mal à trouver du travail, les sociologues chinois ont beaucoup souligné la montée du poids de « réseaux », en particulier le réseau familial dans l’obtention d’un travail et surtout d’un « bon » travail.

Une fois embauchés, les jeunes trouvent non seulement que le travail est disqualifiant, mais aussi mal payé, qu’il ne leur permet pas d’avoir la vie qu’ils souhaitent. Certains jeunes vont essayer par tous les moyens de partir en Occident dans le but de travailler et s’installer là-bas. En Chine, on les nomme « Jishu Yi Min » « immigrant –main d’œuvre de haute qualification ». Ils cherchent des meilleures conditions de travail et de vie.

2.1.4 La crainte d’entrer dans la vie active

Souvent issus d’une famille aisée, certains se trouvent très bien dans leur rôle d’étudiants. Le campus chinois est souvent décrit comme une tour d’ivoire qui coupe les étudiants du monde extérieur, de la société réelle. Ils disent avoir peur d’entrer dans « la société » et ne sont pas pressés d’entrer dans la vie active. Le cas de Zhou est très révélateur à ce titre. Elle est depuis trois ans en France et est inscrite actuellement en Licence 2 en design d’intérieur dans une école privée. Avant de venir en France, elle a fait également design d’intérieur dans une prestigieuse université à Shanghai. Après l’obtention de sa licence (Bac+4), elle est venue en France. Précédemment, elle a échoué au concours d’entrée en Master de sa faculté. Ceci est considéré comme motif direct de sa venue en France. Elle est issu d’une famille aisée dont les parents sont des cadres dans une entreprise d’Etat de toute première importance, son fiancé est un jeune diplômé qui a accédé à la même entreprise et travaille comme ingénieur. Elle disait qu’elle était toujours sous la protection de ses parents, elle n’a pas d’autre souci que d’étudier.

« Q : As-tu déjà des expériences professionnelles en Chine ?
R : Non, je suis venue directement en France après l’obtention de ma Licence. Je n’ai pas du tout pensé à travailler. Je suis jeune dans ma tête. Je ne voulais pas sortir de ma tour d’ivoire (Campus), j’ai peur d’entrer dans la vie active. C’est pourquoi, j’ai choisi de poursuivre un master en Chine, malheureusement j’ai échoué au concours. J’ai ensuite décidé de venir en France, les conditions économiques de ma famille le permettant ».

Protégés par la famille, en particulier les jeunes filles, la nécessité de travailler n’est pas si marquée, elles cherchent à s’occuper, pourquoi pas au moyen d’une expérience à l’étranger. Voici justement l’exemple d’une fille. Après l’obtention de son diplôme en droit, ses parents fonctionnaires eux-mêmes, ont mobilisé leur Guanxi pour la faire entrer dans l’administration comme fonctionnaire. Mais cela n’a pas marché tout de suite, parce qu’il faut qu’une place soit libre. Entre temps, elle a trouvé un travail dans un cabinet d’avocat dans une petite ville. Cependant ses parents n’étaient pas d’accord, disant que c’est une petite ville, loin de la famille. « Je me suis dit : ok, j’écoute mes parents, et j’abandonne ce travail. Sans travail, j’habite chez mes parents et je profite des temps libres pour voyager en Chine … La deuxième année, une amie qui étudie en France m’a téléphoné de temps en temps, m’a dit « comme tu n’as rien à faire à la maison, mieux vaut partir étudier à étranger. Viens en France, car il n’y a quasiment pas de frais d’études, quoi qu’il arrive, tu pourras apprendre une langue étrangère, ce qui aide à trouver un travail en Chine ». Elle s’est mise à apprendre le français à l’Alliance Française et est venue ensuite en France.

Nous pouvons nous interroger sur une autre catégorie de jeunes urbains sans qualification constituant la majorité des chômeurs. Issus de famille riche, leurs niveaux scolaires sont si faibles qu’ils n’ont pas pu trouver une place à l’université chinoise. Les parents vont les envoyer à l’étranger. Un diplôme n’est pas important pour certains jeunes et leurs familles très aisées, car ils n’en ont pas besoin pour chercher du travail. Les intentions des parents ne sont pas dans les études de leurs enfants, mais ailleurs.

2.1.5 L’intérêt pour la mobilité

Nos enquêtés manifestent également un grand intérêt pour la mobilité, « avoir une expérience étrangère » constitue une autre attente importante juste derrière celle de recevoir une formation de qualité.

Le désir de « voir ce qu’est le monde extérieur » se manifeste plus fortement chez les plus jeunes. Pour les jeunes venant de finir des études secondaires, qu’ils décrivent comme pénible et ennuyeuses « c’était l’enfer » « on ne fait qu’étudier, manger et dormir » « la vie est trop monotone », l’entrée à l’université signifie le commencement d’une nouvelle vie remplie d’espoir. C’est l’occasion de voir ailleurs et découvrir d’autres choses. Song a été accepté par une université dans sa ville natale : « Cette université a également une bonne réputation et est tout près de chez moi, cependant, je voulais m’éloigner de ma famille et étudier ailleurs».

Cet intérêt pour la mobilité se manifeste aussi pour les filles, Yang a été acceptée par une université prestigieuse dans sa ville natale, mais elle abandonne cette chance : « je suis toujours dans la même ville, les camarades restent les mêmes, pas de nouvelles choses, cela sera très ennuyeux. Je ne suis pas très motivée pour y aller ». Parlant parfaitement l’anglais et étant familière avec la culture américaine, elle souhaite apprendre une autre langue étrangère et aller en Europe qu’elle ne connaît pas encore. « Je me suis dit : c’est chouette, de partir en France. Je peux voyager dans toute l’Europe».

Dans le milieu aisé, la mobilité internationale est devenue de plus en plus une affaire banale. Dans des régions développées économiquement et ouvertes vers l’extérieur, partir à l’étranger est devenu très en vogue. Ce n’est pas un « mythe » ou un rêve comme dans les années 1980. Il s’agit d’un projet à réaliser pour beaucoup de jeunes, en particulier dans les villes côtières et dans les capitales provinciales, où c’est devenu monnaie courante. Nos enquêtés nous ont informé que beaucoup de jeunes de leur entourage sont partis étudier à l’étranger, eux-mêmes ont eu l’idée de partir.

Nous sommes aujourd’hui confrontés à une jeunesse « mondialisée » dans ses pratiques et dans son imaginaire. Les moyens techniques et communicationnels qui se développent à grande vitesse facilitent autant les échanges et le voyage. Les jeunes sont dans une logique d’« expérimentation ». Tang, une fille de 28 ans, qui avait appris le français en Chine par intérêt, avait pour projet de venir en France pour sortir, voir, expérimenter : « J’ai lu sur internet quelques informations sur la France, chacun a son propre regard, sa propre expérience. Je voudrais aller voir moi-même».

Lire le mémoire complet ==> (L’expérience des étudiants chinois en France : Entre mobilité et intégration)
Mémoire de Master Recherche : Sociologie de l’éducation et de la formation
Université Paris Descartes – Paris V – Faculté des Sciences Humaines et Sociales – Sorbonne

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