Le milieu et la prise de décision d’étudier à la France

By 2 March 2013

2.3 L’influence du milieu

2.3.1 Le soutien familial : le rôle crucial des parents et la prise de décision

Les parents jouent un rôle crucial dans la construction du projet des études à l’étranger. La plupart de nos enquêtés sont enfants uniques et bénéficient du soutien inconditionnel de leur famille. Ce soutien est avant tout financier, la réalisation de projet d’études à l„étranger demande un investissement considérable de la part des parents. Pour certaines familles, cela demande de sortir toute l’épargne de la famille, de consacrer au moins un salaire des parents pour financer ces études.

Les projets de départ ont été construits ensemble, les parents avec l’enfant, dans le choix du pays, dans les démarches administratives, dans le budget. L’autonomie de décision des jeunes par rapport aux parents augmente avec l’âge. Des jeunes ayant fini le premier cycle universitaire prennent leur décision d’abord, ensuite en parlent avec leurs parents et cherchent leur accord pour la prise en charge financière. Moins les jeunes dépendent financièrement des parents, plus l’autonomie de décision est grande. Parmi nos enquêtés, les parents étaient ravis du projet de leurs enfants, la négociation s’est faite sur la mise en œuvre du projet.

Quand on interroge les enquêtés sur l’attitude de leurs parents vis-à-vis de leur départ en France, les plus jeunes, en particulier les filles, ont mentionné l’inquiétude de leur parents vis-à-vis ce départ vers un pays lointain. Il ne s’agit pas d’une question financière, mais de la sécurité de leur fille, bien sûr de leur enfant unique.

Yu a quitté sa famille pour la France à l’âge de 19 ans. Ses parents l’ont laissé partir en France parce qu’ils peuvent confier leur fille à une tante installée en France « elle ne fournit pas d’aide précise, mais elle peut me surveiller pour que ma vie en tant que jeune fille ne soit pas d’aberration. »

Ting est venue en France à l’âge de 24 ans après l’obtention d’une Licence en Chine. Elle a obtenu l’accord de son père facilement, comme elle dit, son père avait toujours une image radieuse des pays occidentaux. Un élément également crucial pour cet accord : son père se sentait rassuré parce que la fille d’un bon ami à lui est déjà en France.

Le père de Chen, avait depuis longtemps le projet de l’envoyer à l’étranger. Le moment n’est venu qu’après l’obtention de sa Licence, parce que sa fille a « gagné sa maturité psychologique » sous leur surveillance. Désormais, même si elle part loin, il peut lui accordé toute sa confiance.

Les garçons disent que leurs parents étaient très contents de leur départ en France, n’ont pas exprimé d’inquiétude pour eux. Si l’inquiétude existe, elle est d’une autre origine : son fils n’étudie pas, perd son temps ou son fils ne sait pas gérer son compte.

Il y a ceux qui ont été poussé à partir par leurs parents. Partir à l’étranger, n’était pas à l’origine la volonté de l’étudiant, mais plutôt un arrangement des parents pour leur enfant. Xiao, une fille de 19 ans peut entrer dans cette catégorie. Elle dit avoir été poussée à venir par sa Mère et son amie qui elle-même est la responsable de l’agence intermédiaire Chinoise.

« Toutes les deux essayaient de me persuader que les études en France seraient le meilleur choix. Elles décrivaient la France comme le paradis : la vie confortable, les études gratuites… j’ai été amadouée par leurs belles paroles et suis venue en France ».

Dans la logique de consommation de l’enseignement supérieur, nombreux sont ceux qui sont poussés à venir en France par leurs parents, souvent des familles aisées, dont l’étudiant n’est pas très doué scolairement. On ne peut avoir des données sur ce groupe d’étudiants que d’après l’information de nos enquêtes sur certaines des leurs connaissances, « beaucoup sont ceux qui étaient poussés par leurs parents à venir en France. Leurs objectifs ne sont pas clairs, ils ne savent pas quoi faire ici. Ils mènent donc une vie comme en Chine, se renferment dans leur chambre et passent la journée en jouant à des jeux d’ordinateur ». (Ting).

On peut s’interroger sur la conséquence de cet arrangement par les parents.

Apparemment, ces élèves ne trouvent pas de place dans des universités dont la sélection se réalise au cours des études. Tang dit « des Camarades de Classe, ne peuvent plus trouver une place à l’université. Il y a aussi ceux qui sont venus en France, en espérant pouvoir avoir un diplôme avec peu d’efforts. Au bout de deux ans, ils ne peuvent plus supporter les études à l’Université, soit ils rentrent directement en Chine sans aucun diplôme universitaire, soit ils se sont réorientés à l’école privée comme celle de Bercy, où une fois que tu as payé une somme d’argent, tu auras sûrement le diplôme, tu peux rentrer tout de suite après ».

2.3.2 L’influence des entourages

Nous pouvons constater que certains de nos enquêtés ont été influencés par leur entourage outre leurs parents, par un ami ou une parenté, étudiant ou habitant en France ou un professeur ayant étudié en France. Mais le rôle de leur entourage se limite à fournir certaines informations et des conseils concernant les études en France, ils ne peuvent pas aider dans les démarches administratives, ce qui constitue le grand défi. La cousine de Tang lui a fourni des informations et l’a persuadée de venir en France, mais pas d’autres pays. Elle n’a pas été aidée dans les démarches. Ils ont tous, sauf Xie, fait appel à une agence intermédiaire chinoise pour faire les démarches.

Lire le mémoire complet ==>

(L’expérience des étudiants chinois en France : Entre mobilité et intégration)
Mémoire de Master Recherche : Sociologie de l’éducation et de la formation
Université Paris Descartes – Paris V – Faculté des Sciences Humaines et Sociales – Sorbonne

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