L’avenir des équipementiers et fournisseurs de l’automobile

By 16 March 2013

2. L’avenir des équipementiers et fournisseurs de l’automobile

2.1. Une équation difficile à résoudre

Les équipementiers sont aujourd’hui amenés à mettre en œuvre une démarche particulièrement complexe avec, comme nous l’avons vu, une augmentation du prix des matières premières et diminution contractuelle des coûts de 3 à 5 % par an. La difficulté de l’exercice explique en partie le mouvement de concentration des dernières années : les fournisseurs de « rang 1 » référencés chez les constructeurs Français sont ainsi passés de 1 500 à 500 en moins de 10 ans. Les constructeurs ont également enclenché le processus puisque seulement huit groupes automobiles concentrent aujourd’hui 80 % de la production mondiale en 2004, alors qu’ils étaient 13 dans cette position en 1994. L’augmentation des volumes, l’externalisation des productions et l’enrichissement des fonctions, qui sont considérés comme les trois moteurs de croissance pour la filière, ont fortement décru ces derniers temps. Par ailleurs, le centre de gravité du marché automobile se déplace pour l’ensemble des acteurs mondiaux vers les pays émergents.

D’autre part, les considérations qui précèdent en matière de coûts, de fiscalité et de réglementation notamment, ont des effets tout aussi importants que chez les constructeurs.

2.2. Vers un élargissement de l’activité des équipementiers ?

L’externalisation de certaines tâches des constructeurs vers les équipementiers, conduit à se demander s’il est imaginable à l’avenir que des regroupements d’entreprises de l’équipement automobile fabriquent eux-mêmes leurs véhicules. Selon des experts de la FIEV, cela semble utopique, car le constructeur reste l’architecte industriel global de la voiture. Il maîtrise la plate- forme, l’interfaçage fonctionnel les uns par rapport aux autres, des modules et équipements constitutifs du véhicule, le design, et apporte son expertise dans la connaissance des attentes des marchés. Reste que sur des très petites séries, il est devenu courant que des constructeurs confient la production à des assembleurs extérieurs de taille moindre afin de conserver notamment un aspect économique positif à la production.

2.3. Comparaison internationale

On observe une bonne tenue des équipementiers français face à leurs concurrents. En effet, sur un marché mondial des pays développés pratiquement stable, la guerre des constructeurs fait rage et les équipementiers sont les premiers à financer ces efforts de conquête des marchés. Dans ce contexte, les constructeurs américains sont en plus grande difficulté que les constructeurs français. Par voie de conséquences, il en va de même pour les équipementiers qui sont handicapés notamment par la gestion du système de protection nord américain et leur appartenance capitalistique aux dits constructeurs.

2.4. La question des délocalisations

Les équipementiers pourraient être dans un avenir très proche, être encouragés à délocaliser leurs productions vers des pays offrant des coûts inférieurs. Mais cela aura pour principale motivation la volonté d’être au plus près des implantations des constructeurs. S’agissant des équipementiers français, ces délocalisations devraient rester minoritaires pour les fournitures à fort contenu technologique. En effet, l’optimisation du prix d’un produit dépend de la structure de son coût. Certaines entreprises pourront à l’avenir avoir intérêt à produire dans des pays à main-d’œuvre de meilleur marché, mais ces paramètres ne sont pas immuables dans le temps car le différentiel de taux de main d’œuvre se réduit avec le temps et les exigences de transport et de stockage obèrent le seul gain direct sur la main-d’œuvre.

En conclusion, il n’existe à ce jour aucune filière professionnelle de production où les fournisseurs et sous-traitants soient soumis à une baisse récurrente des prix de 3 à 5 % annuels avec des exigences de qualité et de service toujours croissantes. Bien que performants, les équipementiers sont actuellement dans une certaine quadrature du cercle. C’est pourquoi on peut s’attendre dans les prochaines années à des délocalisations géographiques, et des regroupements de sociétés assortis de restructurations par des recentrages sur les cœurs de métiers, pour un très grand nombre de sociétés chez les équipementiers et leurs fournisseurs.

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Avis et rapports du conseil économique et social
République française