La révolution technologique et l’automobile française

By 14 March 2013

III – Constituer une filière homogène et attractive

A – Accompagner la révolution technologique

Le niveau et le rythme de l’innovation ont engendré une révolution technologique dont l’impact est déterminant sur l’ensemble de la filière. Compte tenu de l’importance stratégique de l’innovation, de l’internationalisation des activités et de l’évolution du parc automobile, le risque est en effet un décrochage technique, économique et humain des PME et TPE de la filière.

1. Adapter le positionnement des fournisseurs

En matière de processus de développement de l’innovation, les fournisseurs de « rang 2 » n’ont pas ou peu de stratégie forte. Ils sont positionnés en réponse à une demande axée sur le métier ou la capacité à produire et restent marqués par une culture très industrielle. Ainsi, les outils spécifiques et les pratiques collaboratives dans le domaine de l’innovation ne sont pas maîtrisés.

Ce constat conduit à s’interroger sur la compétitivité, à terme, des PME de la filière et de leur capacité à maintenir une différenciation par la valeur ajoutée. L’effet « filière automobile » a joué un rôle majeur dans la modernisation de l’industrie française de sous-traitance. Depuis quinze ans, la filière a été mise sous pression par les constructeurs avec le thème fédérateur et transversal de la qualité. L’intégration de cette puissante thématique est certainement une des raisons de son niveau actuel de performance. Une interrogation globale paraît cependant devenue nécessaire. La filière doit aujourd’hui déterminer de nouveaux thèmes fédérateurs et modes opératoires pour assurer durablement sa compétitivité globale. Les technologies de l’information pourraient jouer à cet égard un rôle structurant en ce qu’elles touchent autant l’organisation interne de l’entreprise que l’articulation entre les différentes composantes de la filière. L’interface des systèmes d’information, le « e-procurement » (système de gestion des achats par Internet), la « supply chain management » (management de la chaîne logistique) et « l’entreprise étendue » doivent s’inscrire au cœur de la stratégie d’une filière mieux intégrée et par conséquent plus homogène. La promotion de l’innovation et des outils de son déploiement, associée à une stratégie d’internationalisation et de diffusion de dispositifs partenariaux pourrait permettre aux PME de la filière d’adapter leur positionnement.

2. Faciliter la mutation de l’artisanat automobile

Le règlement d’exemption européen 1400/2002 a encadré les conditions dans lesquelles les constructeurs donnent accès aux réparateurs indépendants aux informations techniques nécessaires à la maintenance des véhicules de leur marque. Que cette obligation soit encadrée apparaît justifiée, notamment dans les cas où ces informations sont couvertes par un droit de propriété intellectuelle ou constituent un savoir-faire protégé. Cependant, un nécessaire équilibre devrait être déterminé entre les intérêts des constructeurs d’une part, la préservation de la liberté de choix des consommateurs et la pérennité de l’activité économique des 45 000 entreprises de l’artisanat automobile d’autre part.

Le niveau élevé d’investissement exigé de la part des réseaux de marque pour l’acquisition de technologies et la formation dépasse de loin la capacité financière des réparateurs indépendants. Afin d’assurer leur pérennité, ces derniers devront disposer d’outils de diagnostic multi-marques, se spécialiser dans certains produits et offrir aux consommateurs une qualité de service renforcée. Le soutien des réseaux bancaires, des organisations professionnelles et des chambres de métiers devra en ce sens être déployé en synergie. Il convient par ailleurs de souligner le fait que l’ensemble du parc roulant en Europe aura été équipé, à l’horizon 2015, des fonctions électroniques actuellement disponibles sur les nouveaux véhicules. Si cette perspective n’est pas rapidement anticipée, les familles et les entreprises présentes dans les villes de moins de 5 000 habitants ne disposeront plus de services de proximité en mesure d’assurer la maintenance de leurs parcs.

Notre assemblée considère que les conditions de la concurrence doivent rester praticables pour l’artisanat dont la disparition d’une partie de son tissu économique entraînerait de lourdes conséquences sur l’aménagement du territoire et sur l’emploi. Concernant les PME et TPE de l’artisanat, l’acquisition et l’utilisation des nouvelles technologies constituent une donnée essentielle. Les conditions économiques et techniques doivent être réunies, en termes d’accès aux informations techniques, codes de programmation et de réparation, d’aides à l’acquisition d’équipements et de formation.

3. Assurer la synergie des mesures d’accompagnement

L’effort important d’adaptation qui doit être entrepris au niveau des PME de la filière amont ainsi qu’à celui des PME et TPE des services de l’automobile implique une coopération approfondie. Concernant les fournisseurs, de nombreux axes pourraient être étudiés, en portant notamment la priorité sur la gestion des processus d’innovation et l’amplification d’opérations pilotes associant des acteurs de différents rangs au sein de la filière. D’autres voies méritent d’être explorées, en particulier dans le développement d’une veille sur les marchés automobiles considérés comme stratégiques pour les fournisseurs de « rang 2 », un accompagnement de ces entreprises dans leur réflexion internationale et la promotion d’une ingénierie en réseau pour réaliser des montages partenariaux.

Par ailleurs, une attention plus soutenue doit être portée aux démarches de certification qui se sont développées de manière trop contrastée, en particulier au niveau de la maintenance automobile. Leur diffusion permettrait d’optimiser l’organisation de l’entreprise, notamment dans le domaine environnemental ou dans celui de l’hygiène-sécurité des salariés, tout en renforçant la qualité du service aux consommateurs. Elles pourraient également constituer un outil au service d’une certaine normalisation des relations entre ces TPE et leurs donneurs d’ordres, comme cela pourrait être le cas entre le secteur de la réparation-collision et les sociétés d’assurances.

Enfin, au niveau des Pouvoirs publics, des initiatives avaient été prises par le gouvernement en 2004, en particulier dans le domaine du renforcement de la « compétitivité numérique des PME ». Il conviendrait en ce sens de conforter ces initiatives, en les évaluant et en les inscrivant dans la durée.

L’automobile française : Une filière majeure en mutation
Avis et rapports du conseil économique et social
République française