La micro-assurance, Une assurance peu conventionnelle

By 11 March 2013

Une assurance peu conventionnelle – Chapitre I :

A. Présentation de la micro-assurance

1. Définitions

« La micro-assurance assure la protection des personnes à faibles revenus contre certains périls spécifiques en échange du paiement régulier de primes proportionnelles à la probabilité de survenue et au coût du risque couvert. »

Cette définition a été choisie par le CGAP (The Consultative Group to Assist the Poor) comme référence mondiale pour tenter de clarifier une notion floue et dont l’acception n’est pas la même selon les pays.

Le Groupe consultatif d’assistance aux plus pauvres, connu sous le sigle CGAP, est un consortium de 33 agences de développement privées et publiques travaillant ensemble à étendre l’accès des couches pauvres de la population aux services financiers dans les pays en développement. Ces services sont destinés à quatre groupes principaux de clients : les agences de développement, les institutions de microfinance, les organismes de régulation et les gouvernements, ainsi que d’autres fournisseurs de services. Le préfixe « micro » donne plus une indication du niveau de la transaction que de la taille des organisations concernées. En effet, le montant de la contribution financière des membres est relativement réduit tandis que les institutions de micro-assurance comptent parfois plusieurs dizaines de milliers de membres.

La définition de la micro-assurance est similaire à celle de l’assurance traditionnelle à la différence qu’elle s’applique à une population bien spécifique : celle des faibles revenus. Les assureurs doivent donc s’adapter à une nouvelle « cible » dont ils ne se préoccupaient pas jusqu’à ces dernières années. La micro-assurance est mise en place pour des personnes ignorées des assurances commerciales et sociales traditionnelles, des personnes qui n’ont pas accès à des produits adaptés.1 La faiblesse de revenus des populations les met à l’écart des circuits financiers habituels. Face à ce constat, le mouvement de la microfinance s’est fixé comme objectif de trouver des solutions. Le micro-crédit et la micro-assurance sont des moyens trouvés pour faire face aux lacunes des systèmes financiers actuels.

1 What is insurance for the poor? Craig Churchill, 2006

La micro-assurance ne préjuge pas de la taille du fournisseur. De petits assureurs informels comme de grandes compagnies agissent dans ce domaine. Les assureurs traditionnels voire même les géants multinationaux comme Allianz s’intéressent au phénomène. AIG est un acteur majeur en Ouganda, Delta Life s’est installé au Bangladesh, Munich Re coordonne des recherches sur ce secteur grâce à une fondation.

Les institutions de microfinance étaient jusqu’à maintenant les principaux distributeurs des produits de micro-assurance. Mais le terme de microfinance fait référence à des institutions très diverses. “Microfinance is used to refer to any formal or semi-formal organization that has savings and/or credit transaction with low-income households”.2 Il peut s’agir d’organisations non gouvernementales de micro-crédit, de coopérative de crédit ou d’épargne. Des structures dédiées à la micro-assurance sont actuellement mises en place face aux difficultés de ces organisations à gérer à la fois la partie “bancaire” des micro-crédits et la partie assurance, nouvelle, et nécessitant une expertise.

Les ménages dépourvus de couverture assurancielle savent s’organiser pour mutualiser leurs risques dans des structures informelles. Mais ces stratégies sont inefficaces lorsque plusieurs sinistres se produisent successivement. « Poverty and vulnerability reinforce each other in an escalating downward spiral. » L’appréhension des ménages pauvres face à l’incertitude de leurs gains et pertes futures les empêche de saisir toutes les opportunités de réduire leur pauvreté. Par exemple une personne qui n’a déjà pas assez de revenus pour se nourrir correctement, ne va pas investir une partie de cet argent pour acheter les matériaux nécessaires à un petit commerce, au risque de tout perdre. C’est le risque auquel est confronté tout entrepreneur mais la particularité de celui-ci c’est qu’il joue sa vie. Sa probabilité de survie est en jeu puisque l’argent utilisé ne pourra pas servir à le nourrir. Les micro-crédits développés par les banques permettent d’apporter à ces personnes des ressources supplémentaires pour avancer de faibles sommes.

2 Protecting the poor – A Microinsurance compendium, Craig Churchill, 2006 (Munich Re Foundation, CGAP working group on microinsurance, ILO (International Labour Office)

Lire le mémoire complet ==> (La micro-assurance : un « business » à risques pour les assureurs ?)
Mémoire présenté en vue d’obtenir le diplôme de l’Enass, Institut du Cnam
Groupe Ecole Nationale d’Assurances