La micro-assurance dans le mouvement de la microfinance

By 11 March 2013

2. La micro-assurance dans le mouvement de la microfinance

« La microfinance donne la possibilité aux ménages à bas revenus de jouir des mêmes droits et services que les autres. Elle protège les individus contre les risques et permet à la majorité de la population de participer à l’activité économique d’un pays. Elle contribue à créer de nouveaux marchés et montre que bénéfices et principes peuvent se renforcer mutuellement. »

Kofi Annan, Secrétaire Général des Nations Unies, 10 octobre 2005

La moitié de la population mondiale vit sans accès aux services financiers de base (épargne ou crédit). Or les transactions financières sont cinquante fois plus importantes que les transactions commerciales. La microfinance se veut une réponse aux situations de vulnérabilité et d’exclusion dues au « manque d’accès au capital ».3

La microfinance regroupe l’ensemble des services qui répondent aux besoins financiers et bancaires des populations à faibles revenus et/ou exclues du système bancaire. Elle regroupe le micro-crédit, la micro-épargne (ou épargne solidaire) et la micro-assurance.

Le micro-crédit est un prêt accordé à des personnes en situation de pauvreté qui souhaitent créer une micro-entreprise ou acheter un bien. La micro-épargne permet aux individus de placer une somme d’argent en prévision d’un investissement futur.

a) Genèse de la microfinance

Muhammad Yunus, fondateur de la Grameen Bank (Bangladesh) et depuis 2002, prix Nobel de la Paix, relate dans son livre les expériences qui l’ont amené à vouloir créer une banque dédiée aux pauvres4. Sa rencontre dans les environs de Jobra avec une jeune femme pauvre qui fabriquait des tabourets de bambou lui a fait prendre conscience de la faiblesse des sommes requises pour sortir des individus d’une spirale de pauvreté. La jeune femme empruntait auprès d’un usurier l’argent nécessaire pour acheter le bambou (environ 22 centimes de dollar), pour recevoir à la fin de la journée, après avoir vendu son bambou et remboursé le prêt, 2 centimes de dollar. Chaque jour elle recommençait son travail et ne pouvait pas s’acheter son propre matériel, « prisonnière » des taux usuraires.

Les micro-crédits sont des prêts de très faible montant proposés par la Grameen Bank sont attribués à des personnes à très faible revenu comme cette femme. Cet argent leur permet par exemple de financer l’achat de matériaux nécessaires à une micro-activité (exemple du bambou) et de s’affranchir des usuriers.

3 Maria Nowak, On ne prête (pas) qu’aux riches – La révolution du micro-crédit, JC Lattès, 2005
4 Muhammad Yunus, Banker to the poor, Aurum press, 1999

Muhammed Yunus justifie ainsi la création de la Grameen Bank : “People are not poor because they are stupid or lazy. They work all day long, doing complex physical tasks. They are poor because the financial structures which could help them widen their economic base simply did not exist in their country. It is a structural problem, not a personal problem.”

La microfinance dans le monde : quelques dates
1971 : Opportunity International, organisation à but non lucratif, commence à faire des petits prêts en Colombie.
1983 : Création de la Grameen Bank par Muhammad Yunus ; création de

Prodem en Bolivie.

1992 : Prodem passe du statut d’association à but non lucratif à celui de banque privée de dépôt et de crédit et prend le nom de Banco Sol.
1997 : Premier Sommet du Microcrédit lancé à l’initiative de l’ONG Results à

Washington ; création de PlaNet Finance.

1998 : l’assemblée générale de l’ONU proclame 2005, Année internationale du micro-crédit
2000 : l’ONU proclame les objectifs de développement du millénaire
2002 : Sommet mondial du micro-crédit à New-York
2005 : Année internationale du micro-crédit
2006 : Mohammad Yunus reçoit le prix Nobel de la paix

Les origines de la microfinance remontent aux années 1970 dans les pays en voie de développement. Jean-Michel Servet5 classe le développement de la microfinance en trois décennies.

Entre 1975 et 1985, la microfinance a démarré avec les premières organisations qui accordaient des crédits et la création de la Grameen Bank en 1976, considérée aujourd’hui comme un symbole du développement de la microfinance.

5 Jean-Michel Servet, Banquiers aux pieds nus : La microfinance, Avant-propos, Odile Jacob, 2006

« La deuxième décennie (1985-1995) est celle du développement généralisé du mouvement. » Les organisations établissent des partenariats et croissent en nombre et en taille. L’autosuffisance des institutions crées devient un objectif majeur.

b) La microfinance aujourd’hui

« La troisième décennie de la microfinance (1995-2005) se caractérise par un intérêt devenu quasi général pour cette technique financière, par son intégration dans les programmes de développement économique et par la prolifération des modèles, avec une forte tension entre l’objectif de lutte contre la pauvreté et celui d’autonomie financière des organisations. » On assiste à une concentration des organisations du secteur pour satisfaire pour « accélérer l’essor de systèmes rentables.

Les institutions renommées et expérimentées s’opposent aux petites structures qui ont de réelles difficultés à agir sur le terrain du fait de leurs faibles capacités financières et techniques. « Une quinzaine d’organisations regrouperaient environ la moitié des emprunteurs. » Cette concentration n’empêche pas quelques structures de petite taille d’émerger et réussir dans leurs activités mais elles doivent faire face à une inégalité dans la répartition des subventions publiques. Celles-ci sont le plus souvent captées par les grandes organisations qui sont plus visibles. « Du haut en bas de l’échelle des structures et des programmes, la microfinance apparaît comme solidarité pour les uns, affaires profitables pour d’autres et fréquemment un mélange des deux. »

Depuis son apparition, la croissance de la microfinance est considérable. Il y aurait aujourd’hui 10 000 organisations de microfinance comptant plus de 100 millions d’emprunteurs dont les deux tiers pourraient être considérés comme pauvres. Les plus grandes institutions sont concentrées en Asie. Trois des plus grandes sont au Bangladesh. La Grameen Bank par exemple, compte aujourd’hui 5 millions de clients répartis dans près de 36000 villages.6

Jean-Michel Servet dresse le constat suivant : « Huit institutions regrouperaient 22,4 millions de pauvres, soit 33,7% du total des emprunteurs pauvres de l’ensemble des organisations de microfinance. Le nombre de clients recensés a augmenté de 16% au cours de l’année 2003 ; cet accroissement aurait été dû pour plus de 97% à quatre structures seulement : la Nabad en Inde pour plus de la moitié (8,8%), Native Family Planning Coordinating Board en Indonésie pour un quart (4%), le quart restant se répartissant entre BRAC au Bangladesh (1,8%) et Bank of the Poor au Vietnam (1%). » 7

6 Jacques Attali, La microfinance aujourd’hui, Rapport moral sur l’argent dans le monde, 2006
7 Jean-Michel Servet d’après le rapport Sam Daley-Harris, Rapport 2004

L’évolution du nombre d’IMF et de clients a été le suivant8 :

Nombre d’IMF Nombres de clients
1997 1 000 7,5 millions
1998 3 000 12 millions
2006 10 000 150 millions

En France, la microfinance a vu le jour au début des années 1990 avec la création de l’ADIE (Association pour le Droit à l’Initiative Économique) qui aide les demandeurs d’emploi à créer leur propre entreprise en utilisant le micro-crédit. La microfinance dans ce contexte s’entend comme un moyen de réagir face à l’exclusion d’une partie de la population des institutions bancaires et financières car elles exigent des garanties trop importantes. Il s’agit de « démocratiser » la finance et de permettre l’accès à tous au crédit à la consommation.

3. Les données clés de la micro-assurance

« Parmi les quatre milliards d’individus qui ont à peine deux dollars par jour pour vivre, moins de dix millions ont couramment accès à l’assurance. »9

Si l’épargne est adaptée pour financer l’investissement productif et faire face aux problèmes d’éducation, de santé ou d’habitation, elle n’est pas assez puissante pour s’assurer contre les aléas de la vie. La nécessité d’une micro-assurance qui combine l’apport des sociétés traditionnelles (tontines, familles, collectivités) et des assurances modernes s’est donc très vite imposée. Le principe est le même que pour les autres outils de la microfinance, micro-crédit et micro-épargne, les sommes collectées sont très faibles.

8 http://www.planetfinance.org
9 Craig Chrurchill, Dirk Reinhard, Zahid Qureshi, Intoaction Microfinance – L’assurance au service des pauvres, Compte-rendu de la conférence sur la micro-assurance, 2005

Les dates clés

1978 Création du WWF (Working Women’s Forum)
1987 L’initiative de Bamako en micro-assurance santé. ONG, collectivités et organisations locales prennent en charge le financement des soins avec l’aide des bailleurs de fonds.
1986 Création de Delta Life au Bangladesh dont les produits sont destinés à des couches aisées de la population.
1988 Delta Life lance son 1er produit de micro-assurance (le Grameen Bima) pour les populations pauvres rurales générant des revenus du petit commerce ou de l’artisanat. Le Gono Bima lancé en 1993 est destiné aux populations rurales.
2005 Le portefeuille de Delta Life compte plus d’1 million de polices.

Les premières formes de micro-assurance sont apparues au milieu des années 80. Les partenariats entre organisations locales et bailleurs de fonds et ONG ont vu le jour à Bamako en 1987 pour combler les lacunes des politiques de santé étatique confronté à une grave crise. Mais c’est, encore une fois du Bangladesh que sont partis les initiatives les plus marquantes avec la création de Delta Life en 1986, qui se lancera dans des projets de micro-assurance vie dès 1988 avec un produit destiné aux populations pauvres rurales.

Lire le mémoire complet ==> (La micro-assurance : un « business » à risques pour les assureurs ?)
Mémoire présenté en vue d’obtenir le diplôme de l’Enass, Institut du Cnam
Groupe Ecole Nationale d’Assurances