La dimension participative des politiques culturelles

By 1 March 2013

3.3.2 La dimension participative des politiques culturelles

Comme à pu le démontrer Ruiz dans ses écrits mêlant le concept de culture à celui de participation, ces deux éléments ont à interagir dans le cadre d’une nouvelle définition consacrée à la durabilité au sein des politiques culturelles. Il est intéressant de constater que les deux notions ici défendues que sont les concepts de participation et d’évaluation sont deux aspects fondamentaux du développement durable. En effet, qu’il s’agisse du principe d’évaluation comme inhérent au principe d’Agenda 21 ou du concept de participation s’intégrant dans les aspects de sensibilisation et de démocratisation des processus de durabilité, il convient de noter que ces éléments participent à la cohérence globale du projet mené. A l’image des écrits consacrés à l’évaluation de l’ événement culturel au regard du développement durable, il convient de pouvoir présenter la notion de participation empiriquement mais également plus théoriquement conformément à la vocation de recherche du projet. Deux approches seront proposées dans le cadre de cette définition empirique et théorique du concept de participation. Dans un premier temps, il s’agira de pouvoir présenter les démarches établies au sein de l’organisation de Béthune 2011 mais également de pouvoir en discuter la nature au regard des informations présentées dans la sous partie précédente. Enfin, il conviendra d’aborder une question plus délicate qui interroge la démarche participative au regard des conséquences sur l’individu, l’aspect impactant le projet en lui- même étant décrit dans une première étape. Ainsi, la mobilisation de certaines théories psychologiques et l’interrogation du projet au regard de la durabilité ponctueront cette dernière sous partie d’étude des aspects managériaux envisageables dans le cadre du projet de recherche présenté.

Traditionnellement, le projet Béthune 2011 et notamment sa déclinaison organisationnelle portée par les comités technique et de pilotage accueillent en leur sein un ensemble de citoyens panélistes. En effet, le cahier des charges relatif à l’évaluation du projet général laisse à entendre que la question de la démocratisation culturelle et la participation citoyenne aux décisions et à l’organisation du projet sont des éléments fondateurs de la démarche engagée. C’est en ce sens que fut décidée la création d’un panel de citoyens membres à part entière du comité technique et du comité de pilotage du projet et qui ont vocation à participer au déroulement des opérations au même titre que techniciens, élus ou chargés d’études extérieurs. Le panel est constitué de 19 personnes volontaires représentatives du territoire, issus géographiquement de la région de Béthune notamment mais également de la Région Nord-Pas de Calais plus généralement. D’horizons sociaux et professionnels différents, ces panélistes âgés de 23 à 66 ans n’ont pas d’engagement particulier dans le domaine culturel mais se présentent comme intéressés par la question et volontaires pour participer aux travaux en tant que représentants plus ou moins exhaustifs de l’ensemble des citoyens susceptibles d’être concernés par le projet de Béthune 2011. L’enjeu désiré de cette démarche était avant tout de connaitre le rapport à la culture de citoyens susceptibles d’être confrontés à la programmation culturelle d’un projet d’envergure en terme de développement territorial. Des questionnements larges furent ainsi développés et notamment l’interrogation des formes de culture à porter dans l’optique d’un « mieux vivre ensemble », sur la manière de développer ces formes de cultures (participation, soutien de l’Etat et des collectivités, impacts économiques…) mais également sur la place que doit occuper un projet de politique culturelle tel que Béthune 2011 dans le paysage béthunois. La démarche entreprise s’est axée autour de trois temps forts permettant une adaptation du panel de citoyens à fortiori étrangers aux considérations culturelles et une véritable implication de ceux-ci dans une réflexion large autour de la culture, du projet culturel et de son impact territorial. Afin de sensibiliser les panélistes à la question culturelle, la première étape de la démarche participative consista en une formation approfondie consacrée au domaine culturel dans toute ses dimensions. Ce ne sont pas moins de 19 experts en critique artistique, en gestion de projet culturel, en gestion d’institutions culturelles ou encore en politiques culturelles qui sont intervenus auprès de ces citoyens engagés sur des domaines très variés comprenant les implications techniques, philosophiques, sociales, économiques, artistiques ou éducatives de la culture. Une fois ces bases nécessaires acquises, les panélistes ont ainsi pu mener une réflexion organisée selon un ensemble d’interrogations plus ou moins larges et conditionnant la structuration des apports proposés par les citoyens. Il s’agissait en fait de s’interroger sur le sens de la culture, comment le citoyen interprète et considère la culture ? Pour cela, quatre questions principales formaient le cheminement de réflexion. S’interroger sur le sens de la culture est un préalable qui à permis aux volontaires de se poser la question de la culture comme outil de vie en collectivité et de développement personnel. Les gens peuvent t’ils vivre sans culture et quelles sont leurs attentes vis-à-vis d’une politique culturelle ? La question sous jacente des formes de culture (axant la proposition finale en terme artistique de Béthune 2011) est intéressante à analyser dans la mesure ou ce sous questionnement pose la question de l’adaptation de la culture aux valeurs locales et par de là même, l’interrogation des liens entre les cultures (locale et globale). L’enjeu de cette démarche étant également de comprendre comment les citoyens considéraient la question du portage de projet culturel et leur connaissance et attentes relatives au fonctionnement du domaine culturel. Cet ensemble de questionnements, de rencontres et de réflexion actent la création d’un avis final des citoyens panélistes reprenant l’ensemble des axes proposés et qui apporte un regard structurant éloigné des paradigmes particuliers que peuvent être ceux des élus ou des techniciens spécialisés. Néanmoins cette démarche participative est utile tant pour les porteurs de projet qui peuvent ainsi axer leur politique en fonction de la culture locale mais également pour les citoyens qui de cette manière, influencent notablement les orientations générales de la politique culturelle en question. Cette première étape participative avait donc vocation à former et à impliquer les citoyens dans la démarche proposée. Il est important de souligner la démarche de formation impliquée dans le processus participatif et d’une formation de qualité, confiée à un bureau d’étude spécialisé et faisant intervenir des experts de la question. La dimension durable faisant justement intervenir cette question de la formation est donc imbriquée de manière volontaire ou non dans cette démarche participative. Dans un second temps, et avec la volonté clairement établie de pouvoir investir d’autant plus les citoyens dans le projet, le concept d’évaluation participative, encore totalement expérimental s’est progressivement mis en place. Devant la volonté des élus et des citoyens engagés dans la démarche, il a rapidement était question de pouvoir intégrer les citoyens présents dans un partenariat renforcé notamment au niveau de l’évaluation. Deux visions peuvent ainsi se compléter en terme d’investissement participatif. Pour reprendre la typologie de Arnstein présentée précédemment, il peut être avancé le fait que la dimension participative prévue à l’origine se situait clairement dans la collaboration symbolique à travers l’ensemble de ses déclinaisons. L’information est en effet établie à travers le principe de formation notamment, la collaboration à travers la prise en compte de la voie des citoyens mais également la conciliation à travers un engagement et un investissement tangible des citoyens bénéficiant d’un réel pouvoir de décision. Avec le principe d’évaluation participative, il semble qu’une étape soit franchie dans la typologie de Arnstein. En effet, en intégrant les citoyens panélistes au sein non seulement des instances de décisions mais également dans la réalisation du projet d’évaluation, les citoyens panélistes ne sont plus seulement participants mais acteurs, réalisateurs du projet auquel ils contribuent. En ce sens, l’intégration au sein de la dimension du pouvoir effectif du citoyen selon Arnstein est réel. Nous avions souligné les limites de l’étape ultime de la participation selon l’auteur, néanmoins, dans sa dimension partenariale, il semble que l’évaluation participative passe ce cap symbolique à travers non seulement un engagement factuel des citoyens sur le terrain du projet mais également un renfort de leur légitimité au sein des instances de contrôle. De manière concrète, l’évaluation participative permet donc aux citoyens panélistes, sur la base du volontariat, de pouvoir participer, au même titre que les techniciens des institutions concernées ou des consultants associés, au processus d’évaluation. La volonté des parties prenantes du projet d’évaluation n’était pas de considérer les citoyens volontaires comme une main d’œuvre supplémentaire mais comme une force vive chargée d’un élément concret de l’évaluation. Ainsi, le meilleur atout pour cette première approche expérimentale était de pouvoir confier au groupe en question la réalisation de leur propre enquête, qui, dans une optique de cohérence globale, pouvait venir compléter l’enquête générale et ayant fait l’objet d’une externalisation. L’enquête globale s’interrogeant sur l’efficacité et l’efficience du projet Béthune 2011 en basant notamment son étude sur les dynamiques institutionnelles, les aspects sociologiques du public et les impacts en terme économique, il s’agissait de pouvoir confier aux citoyens participant au projet une étude consacrée à la connaissance par un non public de l’événement Béthune 2011. La dimension partenariale du projet fut également renforcée avec les lieux théoriques d’enquête complétive que sont le Tri Postal de Lille et la maison du projet Louvre-Lens. En effet, la finalité de l’évaluation étant de pouvoir proposer des recommandations notamment en faveur de la culture dans la région et particulièrement pour le Louvre-Lens dont l’ouverture est prévue en fin d ‘année 2012. Ainsi, les citoyens jouent donc un double rôle que celui de compléter l’évaluation globale et d’articuler une cohérence empirique entre travail dévaluation et finalité de cette même évaluation. Ce projet, encore au stade opératoire est en attente de réalisation et fera certainement l’objet d’une parution scientifique qui lui sera propre. Il est donc complexe de pouvoir juger la démarche qui demande encore d’être finalisée, analysée et retravailler au regard d’un aspect managérial pour les projets culturels. Malgré tout, le principe faisant s’articuler formation, implication et responsabilité dans un ensemble en interaction laisse place à la notion de durabilité au sein des politiques culturelles déclinées selon cette optique.

Dans un second temps, étudier l’impact de ces démarches sur l’individu lui-même est un impératif éthique à développer. En effet, investir dans une approche systémique, des individus sans que ceux-ci ne soient spécialistes de la question implique de savoir quels peuvent être les biais de succès des démarches mais également les conséquences que celles-ci peuvent avoir sur le groupe, l’individu et les potentielles conséquences en terme de durabilité à considérer. En effet, dans le cadre d’une insertion très forte dans le projet, les participants peuvent sentir l’envie de pouvoir s’engager dans la démarche de manière associative, plus régulière voire professionnelle. Etablir un nouveau cadre de recherche notamment lorsque celui-ci s’imbrique dans une démarche de durabilité implique de penser les effets à long terme, ce qui souligne encore une fois la dualité de l’approche proposée jugeant la durabilité tout à la fois comme un mode de réalisation et comme une finalité. La dimension participative des projets implique un effet indéniable sur l’individu en terme psychologique. Le fait de s’engager dans une démarche construite, avec un objectif fort et résultant d’une certaine pression ou attente n’est pas anodin pour un individu n’ayant pas forcément mesuré l’impact de sa participation sur les changements qu’il pourrait ressentir. D’ailleurs, une participation réussie ne doit elle pas, dans une optique durable et responsable, être justement un facteur d’éducation ou de sociabilité comme ces notions peuvent être défendues dans le premier mémoire de recherche ? Le concept de participation induit indubitablement le principe d’autoréflexion, l’interrogation de sa place en tant qu’individu dans un projet et dans un groupe, la considération que le participant à de lui, de manière consciente ou non… Faire participer, impliquer l’individu au sein d’un processus complexe pose forcement la question de l’estime de soi, de la manière dont celui-ci va pouvoir trouver sa place et s’autodéterminer en tant qu’individu socialement efficace au sens de Bandura… Il convient donc de pouvoir tout d’abord questionner la notion d’estime de soi notamment au regard des travaux de l’université de Liège et qui est forcement touchée par la dimension participative mais également questionner la participation au regard des effets que celle-ci peut avoir en terme de besoin psychologique ou d’autoréflexion. L’estime de soi est communément considérée comme le jugement qu’un individu réalise sur lui-même et la valeur qu’il accorde à sa propre personne. Celle-ci se construit par étape notamment dans la construction du concept du Soi qui relève d’un ensemble de considérations, de prise de conscience de sa propre existence et de sa place au sein d’un ensemble organisé. Ces étapes ont été théorisées notamment par Freud en psychanalyse mais aussi et surtout en psychologie à travers les étapes fondamentales que sont la confirmation de soi (2 à 5ans), l’expansion de soi (5 à 8ans), la naissance de l’estime de soi (8 à 10-12ans) et la différenciation du soi (10-12 à 15-18ans). Il n’est pas utile d’entrer plus en détail dans cette approche du concept de soi mais il convient de souligner son importance dans la construction de l’estime de soi dont il est question dans cette réflexion. A partir de ce concept de soi se déclinent deux préalables à la création de l’estime que soi que sont le l’idéal de soi (le soi désiré) et la connaissance de soi (le soi perçu) qui, confrontés, créent l’estime de soi. Notons que le concept de participation n’est pas sans conséquence sur cette modélisation dans la mesure où l’implication volontaire d’un individu sera la conséquence tout à la fois de la connaissance de soi et de ses capacités à faire valoir mais également dans une optique de dépassement, de l’idéal de soi tel qu’aimerait être considéré l’individu (reconnaissance sociale à travers son engagement ou défi personnel). Deux corollaires sociaux importants à prendre en compte influent également l’estime de soi et sont à envisager dans le cadre d’un aspect participatif : le sentiment d’appartenance et le sentiment de compétence. L’appartenance est un élément social qui pallie à la limite de la socialisation portée par la famille qui ne peut être le seul groupe social d’un individu. Pour qu’il soit effectif, le sentiment d’appartenance nécessite un apprentissage social notamment basé sur les principes de générosité, de collaboration ou de coopération. Le dessein principal de ce sentiment qui sera par ailleurs décliné au regard des thèses de Maslow est l’intégration dans un groupe. L’intégration ne suffit pas pour autant dans la mesure où le sentiment d’appartenance induit également la sensation d’utilité, de responsabilité et de reconnaissance au sein de celui-ci. Ce besoin humain est un élément tout à fait présent au sein des projets participatifs qui font intervenir l’existence du groupe (de citoyens engagés eux-mêmes membres du groupe de projet global) comme instrument de participation. Il convient donc de veiller que non seulement le groupe constitué des participants trouve sa place au sein de l’articulation globale mais que l’ensemble des individus constituant le groupe de participants trouvent les biais leur permettant de développer ce sentiment d’appartenance. Le schéma est globalement identique concernant le sentiment de compétence qui implique que l’individu et le groupe finalement doivent connaitre des succès pour pouvoir renforcer leur estime de soi et leur sentiment de compétence. Le projet participatif doit donc, dans la mesure du possible ne pas être réduit à l’état d’échec sans suite mais, même dans le cadre d’une limite au projet qui peut tout à fait être envisageable au regard des impondérables propres au management de projet, il est nécessaire de toujours échanger et expliquer autour de cette situation afin de ne pas entacher ce sentiment de compétence par ailleurs très lié au principe d’estime de soi. En effet, compétence et estime de soi sont intimement liés à travers une dynamique vertueuse faisant de l’estime de soi un vecteur de motivation lui-même déclencheur d’un fort engagement qui à pour conséquence de renforcer le sentiment de compétence en question qui enfin solidifie l’estime que l’individu peut avoir de lui… Ces éléments reprenant tout à la fois l’estime de soi, le besoin de reconnaissance et de compétence ont été théorisés et il est utile de pouvoir les présenter au regard de la fameuse pyramide des besoins de Maslow notamment. Compétence, estime de soi, reconnaissance sont autant de besoins psychiques de l’humain, être pensant et exerçant continuellement son intellect y compris de manière inconsciente comme a pu le démontrer la psychologique cognitive. La déclinaison psychologique de ces éléments tangibles et qui conditionnent le bien-être et la faculté humaine à se développer personnellement comme en collectivité a donc été théorisée. La notion de besoin est inhérent à l’homme qui structure ses sensations et la vision qu’il se fait du monde et de lui-même en fonction de besoin qui lui sont propres et qu’Abraham Maslow à théorisé dans son article Theory of human motivation. Le modèle, souvent présenté comme la pyramide de Maslow est cependant à adapter en fonction de l’avancée des recherches scientifiques. En effet, le coté pyramidale et ascendant des besoins décrits par l’auteur n’était pas un élément originel de la théorie. Néanmoins, il convient tout d’abord de présenter succinctement les divers besoins humains au sens de Maslow et d’interpréter à quels niveaux ceux-ci entrent en considération dans le projet participatif dont il est question dans ces réflexion. En premier lieu, Maslow interprète les besoins physiologiques de base visant notamment au maintien des besoins impératifs pour la santé physique et notamment en réponse aux besoins que sont le sommeil, la soif et la faim. Le besoin de sécurité se décline quant à lui par les questions de sécurité financière, domestique et d’intégrité physique. Ces deux premiers besoins sont d’ailleurs inscrits dans les droits fondamentaux de l’homme et en ce sens n’interviennent que peu dans le cadre de notre étude. Trois besoins terminent de structurer les besoins humains au sens de l’auteur, parmi eux, les besoins d’estime de soi et de reconnaissance sociale se fondent totalement dans l’approche défendue. En effet, Maslow avance le fait que ces deux besoins occupant chacun leur rôle précis sont de nature à inclure l’homme dans son contexte social en le faisant entrer en interaction avec son milieu et ses semblables. Le besoin de reconnaissance est structuré par les thématiques sous jacentes de la considération, de l’intégration de l’acceptabilité de soi en tant qu’être inclus dans un groupe social. La psychologie sociale nous apprend beaucoup dans l’ensemble de la dynamique de groupe, de ses potentialités et de ses limites. Il n’est cependant pas possible de pouvoir développer cette approche ici mais convenir que le besoin d’appartenance notamment via la notion du groupe est un besoin fondamental au sens de Maslow. Dans le cadre de notre réflexion, cette dynamique groupale et ce besoin de reconnaissance peuvent être portés par le principe de participation. En effet, dans le cadre de la constitution d’un groupe de citoyens engagés dans une démarche participative, ce besoin de reconnaissance pourrait être assouvi mais dans un contexte particulier laissant une réelle place aux individus participants de telle sorte qu’ils constateraient par eux-mêmes l’intérêt qu’ils ont et qu’ils apportent à participer au projet global. Identiquement, le besoin d’estime de soi basé en grande partie sur le besoin de se réaliser et d’exercer des activités valorisantes qu’elles soient personnelles ou professionnelles est à considérer. Ainsi, la participation effective d’un individu à un projet répondant aux critères d’un projet participatif peut être considéré comme une activité valorisante psychologiquement pour l’individu. Le principe de découverte, d’apprentissage ou d’intégration au sein d’un contexte organisé est valorisant au sens de Maslow. Enfin, le besoin d’épanouissement personnel conclut cet ensemble de besoins vitaux pour l’homme notamment à travers la réalisation d’un engagement ou d’une création permettant à l’individu de matérialiser l’ensemble de ces besoins à travers la structuration de sa personnalité symbolisée par la réalisation épanouissante de quelque chose. Il serait irrévérencieux de considérer la démarche participative comme la réalisation de ce besoin d’épanouissement mais elle peut être, dans le cadre d’une réalisation en adéquation avec le principe de durabilité et d’éthique devant conditionner l’action, un élément parmi d’autres de cet épanouissement en tant que besoin. L’approche ascendante déduite des travaux de Maslow n’a pas lieu d’être dans la mesure où les besoins que nous pouvons considérer comme cognitifs (appartenance, estime de soi et réalisation) sont susceptibles d’influencer en tout ou partie la réalisation des besoins de l’individu au sens de Maslow. A contrario, une démarche participative mal gérée peut avoir tout autant de conséquences négatives sur l’individu. La dimension participative des projets et notamment des projets culturels implique une certaine responsabilité de la part des intervenants sur la question, qu’ils soient élus, techniciens ou chercheurs. En effet, lorsqu’il est question d’implication de l’individu dans des projets où il n’apparait pas traditionnellement, la participation étant un exemple type de ces intégrations nouvelles, il est nécessaire d’avoir ces potentielles conséquences à l’esprit. L’évaluation participative en cours de réalisation dans le cadre de Béthune 2011 est d’autant plus concernée par cet impératif éthique du fait que les citoyens ne sont plus uniquement participants aux décisions mais à la réalisation même du projet, renforçant d’autant les externalités éventuelles en terme psychologique tant en bien qu’en mal. Le management durable des projets, événements et politiques culturelles, lorsqu’il implique la gestion humaine nécessite une réflexion à part entière dans le but d’agir uniquement en accord et en adéquation avec les attentes, les aspirations et les particularités de chacun, conformément aux questions de durabilité soulevées par le principe mais aussi au principe même de culture dont on entend ici pouvoir organiser méthodiquement les réalisations. Une autre thèse intéressante en terme d’implication psychologique de la démarche participative reste le principe d’auto-efficacité défendu par Bandura et qui peut être résumé comme « la croyance de l’individu en sa capacité d’organiser et d’exécuter la ligne de conduite requise pour produire des résultats souhaités » selon les dires de l’auteur. Ce sentiment, articulant les divers facteurs que sont le comportement, l’environnement et la personne à travers une relation complexe et auto- influente pouvant tout à la fois être expliqué par la maitrise de sa propre expérience, l’apprentissage social, la persuasion par autrui ou l’état physique de l’individu en question. Ces sources conditionnent donc le sentiment d’auto-efficacité que l’individu perçoit de lui- même et dans le cadre d’un projet participatif, ces éléments peuvent également interférer dans ce qui reste une déclinaison de l’estime de soi. Il conviendra dans le cadre d’une recherche plus approfondie de pouvoir analyser plus en profondeur les aspects psychologiques entrainés par le principe de participation, notamment en fonction de l’impératif éthique et de durabilité souligné plus avant. Enfin, la dimension participative des projets, par l’intégration, la formation et les nouvelles ouvertures qui sont proposés aux individus participants peuvent créer de nouvelles ambitions et perspectives auprès d’eux si par exemple leur participation répond en majeure partie aux besoins divers présentés précédemment d’une manière telle que cela peut créer un nouveau besoin d’accomplissement et de réalisation. Ce qui est considéré comme le sommet de la pyramide de Maslow peut donc représenter un impératif à prendre en compte dans l’optique d’inscrire cette démarche managériale dans la durabilité. On peut par exemple penser à un programme de formation voire de reprise d’étude à la suite d’un projet participatif si celui-ci a eu un effet fort sur l’un des individus… Comme chaque élément empreint de durabilité, l’approche systémique est à considérer comme inhérente au projet. Ainsi, inscrire un projet de politique culturelle dans une dimension participative implique non seulement d’agir de manière prospective sur l’offre et la considération donnée à cette dimension mais également sur les suites à considérer en connaissance de cause. C’est là tout l’enjeux du principe de participation comme vecteur de management, s’inscrire encore une fois dans la durabilité à toutes les échelles, qu’elles soient de finalité ou de réalisation et en considérant l’ensemble des facteurs comme autant de sujets d’intervention et de support à la durabilité.

Conclusion du chapitre troisième :

Ce dernier chapitre avait vocation à démontrer l’étendue des possibilités induites par la notion de management durable des projets culturels. L’approche méthodologique ayant guidée le mémoire de recherche dans sa totalité basait son orientation sur un lourd travail de présentation du contexte et de définition dans l’optique de pouvoir offrir au lecteur non seulement une compréhension des termes utilisés au sens bien souvent complexe et déformé par l’emploi courant mais également de présenter la manière dont les notions sont entendues notamment dans le cadre de recherches qui s’axeraient sur cette première base.

C’est en effet le dessein de ce troisième chapitre que de représenter en quelque sorte une introduction aux recherches futures qui pourraient être consacrées au sujet en question qui, bien méritant encore nombre de déclinaisons, approfondissements et ouvertures, permet de comprendre l’orientation globale de l’axe de recherche. Présenter le monde de la culture, les particularités qui pourraient constituer ce management durable de la politique culturelle était donc un préalable à la déclinaison de deux exemples concrets d’outils envisageables. Ces deux éléments que sont l’évaluation au regard du développement durable et la dimension participative dans les projets culturels n’ont pas été choisis au hasard et correspondent aux possibilités d’observations empiriques notamment basées sur le projet de capitale régionale de la culture. Ces deux éléments managériaux ne représentent que deux exemples parmi d’autres que devra comprendre la proposition de recherche, néanmoins, leur présentation au regard du projet de capitale régionale permettait d’autant plus de pouvoir établir un premier élément de méthode épistémologique mêlant théorisation et observation.

conclusion de ce mémoire de recherche interrogeant les liens et les déclinaisons possibles des politiques culturelles et de la durabilité ponctue un long travail composé de deux essais faisant se rencontrer culture, développement durable et dans une déclinaison plus précise, politiques culturelles et durabilité. Cette déclinaison particulière laisse entendre une évolution notable dans la considération du sujet global d’étude. En effet, le premier mémoire consacré à l’articulation entre culture et développement durable et dont le premier chapitre des travaux ici présentés se propose de dresser un bilan exhaustif, laisse entrevoir nombre de possibilités d’étude et de déclinaisons possibles des travaux de recherche dans une double thématique culture et développement durable. Le choix d’une déclinaison articulant plus particulièrement les notions de politiques culturelles et de durabilité, au-delà de symboliser une avancée et un affinage de l’angle de réflexion entamé il y a maintenant plusieurs mois, répond également à une ambition professionnelle et contextuelle particulière. Il convient d’avoir toujours à l’esprit, et les réguliers renvois aux analyses empiriques en témoignent, que ces réflexions en majeure partie théoriques se sont déroulées dans le cadre du stage professionnel au cours duquel le projet de capitale régionale se devait d’être évalué sous des angles très divers. Cette évaluation, portée par le bureau d’études et de recherches AxeCulture se prêtait tout à la fois à la réflexion théorique mais également à l’établissement des liens pouvant s’articuler entre la politique culturelle et la durabilité. L’affinement de la réflexion au sein d’un contexte qui reste stable répond donc naturellement aux aspirations personnelles qui sont les miennes, aux perspectives de recherches et d’insertion professionnelles qui en découlent mais également au contexte d’étude qui a permis durant l’ensemble des travaux, de pouvoir confronter aspects théoriques et aspects opérationnels. C’est d’ailleurs en ce sens que se dirigeront les recherches sur la question. En effet, et d’une manière très consciente, il apparait important de ne pas couper les recherches consacrées aux liens entre politiques culturelles et durabilité d’un socle d’observation et d’opérationnalité très empirique. Un choix particulier à été fait, celui de nouer ces deux notions dont le lien reste en devenir, à travers le principe de management de projet culturel et durable. Les liens entre culture et développement durable ont été longuement établis et aucun lien direct, si ce n’est temporel, n’est induit dans une relation entre politiques culturelles et durabilité. Ainsi, la notion de management, dont la nature et l’adaptation occuperont d’autres travaux, peut servir de base à cette relation nouvelle qui reste cependant complexe à écrire tant par les particularités du milieu que par l’ampleur du travail à considérer.

L’objet de ce second mémoire était de pouvoir faire le lien entre la réflexion première et très large consacrée aux liens entre culture et développement durable et un projet de recherche plus ambitieux, se proposant de décliner une nouvelle proposition épistémologique. En ce sens, il convenait dans un premier temps de pouvoir présenter un bilan, clairement inspiré des premiers travaux, des liens entre culture et développement durable qui restent considérés comme la base de la réflexion et dont la place dans cette déclinaison particulière desdits liens, ne pouvait qu’introduire ces nouveaux éléments à travers un premier chapitre. Dans un second temps, et conformément à l’ambition de ces travaux qui consistaient principalement en un étayage des notions qui seront déclinées plus tard et dans un autre cadre, un lourd travail de définition et de différenciation a occupé le second chapitre. Définir la politique culturelle et les politiques culturelles était un corollaire à la proposition du dernier chapitre. Il convient d’ailleurs de revenir rapidement sur cette considération et notamment de l’emploi différencié du pluriel ou du singulier. Il était entendu dans ces travaux que la politique culturelle correspondait aux ambitions étatiques et globales de la déclinaison des projets culturels par les diverses institutions chargées de les appliquer. L’emploi de la notion de politiques culturelles répondant à une considération plus opérationnelle de la notion, notamment à l’échelle locale. Les politiques culturelles ont d’ailleurs souvent étaient associées au principe d’événement culturel. En parallèle de définir les notions principales du projet, le second chapitre avait également vocation à présenter l’articulation entre politiques culturelles et événements culturels. La conclusion principale de cette interrogation fut de démontrer que les politiques culturelles sont majoritairement composées d’événements culturels et que ceux-ci peuvent, sous certaines conditions, être les déclinaisons opérationnelles des objectifs de politiques culturelles plus globales. Enfin, le dernier chapitre avait vocation à porter les ambitions d’une recherche future et plus précise encore en reliant les deux notions principales par le principe managérial. Il convenait donc de pouvoir présenter les particularités qui devront conditionner l’existence de ce management particulier mais également de pouvoir en proposer deux exemples concrets que sont donc l’évaluation au regard du développement durable et la dimension participative des projets culturels. Ce dernier chapitre aura permis la clarification du principe de durabilité entendu dans le projet général. La durabilité est, comme nous avons eu l’occasion de l’expliquer et de le prouver, dans un sens dual qui par ailleurs conditionne l’ensemble des réflexions depuis le début (sens dual de la culture, les liens entre culture et développement durable, de la culture au sein du développement durable et enfin du principe de durabilité dans le projet actuel). La durabilité est donc à considérer tout autant en tant qu’objet de réalisation, de condition sine qua none de l’établissement du management en question mais également, et à part égale, comme une finalité à atteindre grâce à ce management. Cette condition, établie par le présent travail, conditionnera l’ensemble des réflexions futures et démontre par la même occasion toute l’ampleur systémique de la notion de durabilité. Il convient de souligner que ces travaux ne présentent pas exhaustivement ce que peut être le management de projet culturel et durable mais qu’il en esquisse au moins les contours et en fixe les principales lignes directrices. De plus, l’approche présentée ancre la méthode qui sera celle de la suite à donner à ces premiers travaux, celle d’un lien tangible et inspirant entre la réalité opérationnelle du milieu et les théories qui peuvent en être assorties. Ces recherches, comme le sujet même de la recherche également, a vocation à trouver une utilité concrète sur le terrain de l’opérationnalité et doit donc pour cela, se nourrir par elle.

Ce second mémoire de recherche achève une première étape de mise en contexte d’une réflexion longue et qui représente le fruit d’une évolution personnelle, d’un contexte professionnel, d’une perspective double, équilibrée entre les potentialités réelles et passionnantes d’un sujet porteur de sens et son insertion au sein d’un projet plus large encore mêlant cohérence professionnelle, recherches théoriques et interdisciplinaires et externalités au service d’un domaine fondamental pour l’homme qu’est celui de la culture et de son inscription dans la responsabilité, l’éthique et l’efficience.

Lire le mémoire complet ==> (Politiques Culturelles Et Durabilité : Introduction au management de projet culturel et durable)
Master 2 Professionnel, Développement des Territoires, Aménagement, Environnement
Université d’ARTOIS – UFR EGASS

Table des matières :
Introduction générale
Chapitre I : Culture et développement durable : un préalable à la réflexion
1.1 Définitions et mise en contexte des deux thématiques
1.1.1 Origines et débats autour de la culture 13
1.1.2 Une affirmation anthropologique et sociologique de la culture 17
1.1.3 Le développement durable comme construction culturelle 21
1.2 Mise en perspective des liens entre culture et développement durable
1.2.1 La diversité culturelle au cœur des préoccupations 25
1.2.2 Une dimension culturelle de la notion de développement durable 28
1.2.3 Emergence d’un lien progressif entre culture et développement durable 32
1.3 Externalités et potentialités de ce nouveau paradigme
1.3.1 La culture comme outil de marketing territorial et de développement économique durable 36
1.3.2 La culture au service du lien social 40
1.3.3 La culture comme objet de développement durable : l’exemple des Agendas 21 culturels 43
Chapitre II : Politiques culturelles et événementielles : définition, contexte et enjeux 48
2.1 Les politiques culturelles en question
2.1.1 Définition de la politique culturelle 49
2.1.2 Les politiques culturelles : un poids politique sans équivalent 53
2.1.3 La durabilité au sein des politiques culturelles 58
2.2 La démarche événementielle en question 61
2.2.1 Définition et typologie des démarches événementielles 61
2.2.2 La politique culturelle : la fin d’un mythe ? 64
2.2.3 L’événementiel comme évolution des politiques culturelles ? 68
2.3 Une vision empirique : Béthune 2011, capitale régionale de la culture 72
2.3.1 Béthune 2011 : politique culturelle ou événementielle ? 72
2.3.2 Enjeux et perspectives de la démarche 75
2.3.3 Le management de Béthune 2011 78
Chapitre III : Pour un management durable de la politique culturelle 82
3.1 Le management de la politique culturelle : une vision 83
3.1.1 Ambitions de la proposition 83
3.1.2 La notion de management public 87
3.1.3 De la nature du milieu culturel et d’un management particulier 90
3.2 L’évaluation au regard du développement durable 95
3.2.1 Retour sur le principe d’évaluation de projet culturel 95
3.2.2 Evaluation, durabilité et événement culturel 97
3.3 La participation, vecteur de management 102
3.3.1 L’émergence du concept de participation 102
3.3.2 La dimension participative des politiques culturelles 106
Conclusion