HighWire : Fonctionnement, Technique et Recherche d’information

By 19 March 2013

3.2. HighWire

Le deuxième exemple diffère du premier par deux points : il est issu du milieu universitaire et il n’a pas de but lucratif même si l’accès à l’information est majoritairement payant.

3.2.1. Historique

HighWire, tel qu’il se présente actuellement est le fruit d’un projet débuté en 1995 au sein de l’université de Stanford (Californie). Les missions à atteindre étaient de raccourcir le lien entre l’auteur de textes scientifiques et son lectorat spécialement dans le domaine scientifique, technique et médical, en utilisant les nouvelles technologies de réseau, en partenariat avec d’autres acteurs impliqués dans la même problématique. Il était également question d’assurer que le marché de la communication scientifique électronique ne se développe pas uniquement avec le concours des éditeurs commerciaux “classiques”.

En 1995, HighWire débute avec la publication en ligne d’un seul périodique : le Journal of Biological Chemistry publié par la American Society for Biochemistry and Molecular Biology et considéré comme l’un des plus importants de son domaine. Il sera rejoint par après par les revues Sciences et Proceeding of the National Academy (of Sciences of the United States of America). La publication de ces trois revues a servi de banc d’essai à la suite du projet et à la publication d’un nombre de revues bien plus important. L’intérêt de débuter le projet avec le Journal of Biological Chemistry résidait dans l’importance des volumes publiés (de 80 à 100 articles par semaine) et dans la complexité du matériel (graphiques, formules mathématiques et notations chimiques, photographies,…). Ces deux “difficultés” ont rendu obligatoire la réalisation d’un système prêt à gérer de l’information complexe et en grande quantité.

En créant HighWire, Stanford se pose en partenaire et conseiller des sociétés scientifiques désirant publier leurs revues en ligne mais n’ayant pas les ressources nécessaires pour effectuer ce changement technologique. De plus, HighWire apporte beaucoup par rapport à l’édition sur support papier car il met en évidence les liens entre les auteurs, les articles, les citations. Il est possible de naviguer d’un article à l’autre via les citations et les auteurs qu’ils ont en commun. En cas d’accès payant à un article, seule la référence est accessible. Il rend possible la recherche avancée ainsi que la consultation d’images en haute résolution, interactives et de matériel multimédia. Aujourd’hui, HighWire produit 687 sites pour différentes revues dont la plupart offrent leur contenu gratuitement ou à moindre prix [www.highwire.org/about/intro.dtl; www.highwire.org/about/original_info.dtl].

www.highwire.org

3.2.2. Technique et fonctions

Fonctionnement général

HighWire propose à ses visiteurs l’accès à plus de 650 périodiques et à leurs articles dans les domaines des sciences biologiques, médicales, physiques et sociales. Chacun de ces domaines est réparti en une série de subdivisions qui donnent un aperçu de l’étendue des sujets abordés. On ne trouvera pas dans HighWire, contrairement à Erudit, d’autres types de documents que des articles de périodiques.

Si HighWire est une porte d’accès à une grande quantité d’information, cet accès ne se fait pas toujours selon les mêmes modalités; tout n’est pas gratuit et ce qui est payant ne l’est pas toujours de la même manière (bien qu’il s’agisse d’un éditeur sans but lucratif). Tout d’abord, HighWire propose deux types d’abonnement : institutionnel ou personnel (la demande d’abonnement se fait directement auprès du périodique concerné). Ensuite, sont gratuitement accessibles des périodiques entiers (23), des périodiques entiers mais pour un temps seulement (3 le 19 août

2004 mais il va sans dire que ce nombre varie) enfin, des périodiques (180) entiers mais pour lesquels seuls les anciens numéros sont gratuits. Ces derniers fonctionnent avec une barrière mobile qui rend inaccessibles sans souscription les x derniers numéros. Pour terminer, 298 périodiques sont accessibles via un système de pay­per­view. A l’utilisateur de choisir, parmi les offres, l’accès à un article pendant un certain laps de temps ou l’accès à la revue entière, pendant un certain temps également. Les prix de ces différents services varient d’une revue à l’autre. De 5 $ à 28 $ par jour pour l’accès à un article, de 30 $ par jour à 30 $ pour 30 jours pour l’accès à l’entièreté du périodique.

En plus d’accès aux articles, HighWire propose d’autres services à ses utilisateurs. Si un article cite une référence disponible au sein de HighWire, un hyperlien sera disponible pour atteindre directement le résumé de la référence. Ce service (Inter­Journal Links) offre ainsi un réel plus par rapport à une édition sur papier.

Autre plus intéressant, la visualisation d’une image peut se faire de trois manières différentes. Dans le texte, par défaut, une image est placée en petit format (thumbnail), cela permet une lecture fluide du texte et un chargement plus rapide de la page. Il est ensuite possible, en cliquant sur l’image, de l’agrandir pour obtenir la taille normale de l’image ou pour visualiser l’image en haute résolution. La possibilité est parfois offerte d’ouvrir les images dans une nouvelle page du navigateur. Ces possibilités de visualisation sont particulièrement intéressantes, voire même indispensable, pour l’imagerie médicale.

Une fois l’utilisateur inscrit gratuitement, d’autres services lui sont offert, notamment des alertes par email ou sur son PDA (Personal Digital Assistant). Deux systèmes d’alertes sont disponibles : eTOCs prévient de l’arrivée de nouveautés dans certains périodiques choisis (ou dans l’ensemble d’HighWire) et CiteTracks annonce les nouveautés correspondant à certains critères (de sujet, d’auteur,…) définis par l’utilisateur.

L’inscription permet également d’établir une sélection de périodiques (My Favorite Journals) raccourcissant ainsi le chemin d’accès à ceux­ci, d’avoir une vue générale des périodiques (My Access) auxquels on a accès soit gratuitement, soit via les abonnements personnels ou institutionnels. Il est également possible d’ouvrir une fenêtre (My Site Bar) d’accès direct aux périodiques favoris et aux outils de recherche de HighWire. Trois nouveaux services sont prévus : My Topics permettra de sélectionner les articles sur base de sujets définis par l’utilisateur, celui­ci pourra, en quelque sorte, se créer son propre journal; My Folders donnera accès aux articles et requêtes utilisées auparavant et conservées par l’utilisateur; et enfin, My Searches conservera les préférences de recherche de l’utilisateur.

Seules les revues assurant le peer review de ses articles peuvent être publiées via HighWire. Ceci, ainsi que les différentes fonctions d’édition, sont de la responsabilité de l’éditeur de la revue et non de celle de HighWire. Ce dernier ne s’occupe que de la technique de la diffusion en ligne et bien sûr, d’une part de la publicité. En faisant sa propre promotion, HighWire fait aussi celle des revues qu’il héberge. Il aide les organisations qui le désirent et qui paient, à développer la présence de leur périodique sur le web. Il doit également assurer la transition des abonnements à l’édition papier (si elle existe) et donner accès aux personnes qui y ont droit. Pour effectuer ce travail, HighWire propose aux éditeurs de périodiques différents outils plus ou moins avancés. C’est à l’éditeur de faire le choix des options qu’il va offrir ou faire payer à ses lecteurs de manière à correspondre au mieux à la demande de ce public. Aucun prix de ces services n’est disponible directement sur le site mais, HighWire n’étant pas une entreprise commerciale mais une “non­for­profit division of a highly ranked research university” nous pouvons supposer que les tarifs pratiqués ont d’abord pour objectif le maintien du site et des services de HighWire. L’offre de service que fait HighWire a ses futurs partenaires est modulaire et semble pouvoir être adaptée aux besoins et aux moyens financiers des éditeurs de périodiques. A un service de base (hébergement, outil de recherche, gestion des méta­données,…) il est possible d’ajouter des fonctionnalités plus avancées (gestion entièrement électronique des manuscrits, diffusion des résumés sur les PDA’s des lecteurs, conversion rétrospective d’articles hébergés sur d’autres sites web,…).

L’utilisateur final, le visiteur du site se voit également proposer un grand nombre de services qui sont la preuve que HighWire a su tirer profit des technologies de l’information pour donner à son produit un véritable avantage par rapport à la publication sur support papier.

La recherche d’information

Dès la page d’accueil, le visiteur se voit offrir deux moyens d’accéder à l’information : par parcours et par recherche. Le parcours de l’information peut se faire sur les articles ou les revues par sujet, sur les revues en ordre alphabétique, sur les éditeurs ainsi que sur d’autres listes (revues avec pay­ per­view, avec abonnement, back issues, revues accessibles gratuitement depuis certains pays “défavorisés”, …). L’outil TopicMap est un applet java s’ouvrant dans une nouvelle fenêtre de navigateur qui offre une manière visuelle de parcourir les articles par sujets. Il se présente sous forme d’arbre reprenant les différentes matières, de la plus générale à la plus particulière. L’utilisateur peut très simplement faire apparaître les sous­divisions qui l’intéressent en double­cliquant sur une rubrique, la liste des articles regroupés sous celle­ci s’affichera dans le navigateur.

La recherche d’article proprement dite peut être rapide ou avancée. La recherche rapide est accessible sur la page d’accueil. La requête peut être effectuée sur les champs auteur, mots­clés, années, volumes, pages et limitée aux périodiques favoris de l’utilisateur identifié, à l’ensemble d’HighWire ou encore à l’ensemble d’HighWire et de Medline18.

18 Medline est la base de données de la bibliothèque nationale de médecine aux Etats-Unis, elle couvre les domaines de la médecine, le nursing, la dentisterie, la médecine vétérinaire, le système des soins de santé et les sciences “pré-cliniques” [http://www.nlm.nih.gov/databases/databases_medline.html].

La recherche avancée peut porter sur les mêmes sources d’informations que la recherche rapide mais il est en plus possible de définir une sélection de périodiques sur lesquels la requête sera effectuée et spécifier si on s’intéresse à tous les articles ou uniquement aux articles de fonds. Les champs disponibles pour effectuer cette requête sont les classiques auteur (deux fois), titre, résumé/titre, full text/résumé/titre. Comme c’est en général possible ailleurs, l’utilisateur peut définir une période sur lequel sera effectuée sa recherche. Un historique de la recherche est affiché jusqu’à la fermeture de la fenêtre du navigateur.

Les possibilités de recherche de HighWire sont larges. Ajoutons à cela qu’une rubrique d’aide à la recherche est disponible, elle présente et explique les différentes techniques disponibles pour retrouver un article et donne quelques conseils généraux d’utilisation de ces techniques. Le moins que l’on puisse dire c’est que l’utilisateur d’HighWire a tout les atouts pour mener à bien sa recherche.

3.2.3. Situation actuelle

Encore une fois, les statistiques qui permettraient de juger l’utilisation de HighWire ne sont pas disponibles. Il est possible pour certaines revues de consulter les articles les plus lus et/ou les plus cités mais cela ne donne aucune vue générale et ne permet même pas d’établir une comparaison entre revues. Nous pouvons néanmoins constater que le nombre de revues hébergées par HighWire augmente, de nouvelles seront d’ailleurs bientôt disponibles. HighWire ne semble pas stagner mais au contraire, ne fait que s’agrandir, tant au niveau de la documentation proposée que des services disponibles.

Les outils mis à disposition des visiteurs sont en effet très variés et clairs (tant pour le site en lui­même que pour les services proposés).

HighWire propose ainsi un vrai plus par rapport à l’édition papier mais aussi par rapport à d’autres produits d’archives ou de revues en ligne, le TopicMap, qui donne, graphiquement, un excellent aperçu des matières disponibles, en est un bon exemple.

HighWire est un produit de l’Université de Stanford, aujourd’hui encore, leur collaboration est étroite. Un projet de recherche a d’ailleurs été mené sur les comportements des utilisateurs des revues hébergées par HighWire [http://ejust.stanford.edu]. Le projet eJust va permettre à HighWire d’adapter son offre aux demandes et attentes des utilisateurs. Par exemple, pour le moment, différents moyens de paiement sont disponibles selon les revues. Il n’est pas exclu qu’un jour l’un d’eux soit privilégié et appliqué à toutes les revues payantes.

HighWire ne s’inscrit pas parmi les initiatives Open Access les plus connues, il ne respecte pas le protocole proposé par l’Open Archive Initiative et n’est donc pas interopérable. Sur base de l’expérience menée par HighWire, un manifeste pour un meilleur accès à l’information scientifique a été écrit. Le Washington DC principles for free access to science propose un modèle qui se situe entre l’accès totalement libre et gratuit à la documentation scientifique et l’édition commerciale “classique”. La plupart des éditeurs des revues d’HighWire ont signé ce texte qui les engage à continuer de favoriser un large accès à la documentation scientifique, et plus particulièrement dans le domaine médical [http://www.dcprinciples.org/statement.htm].

HighWire propose donc une grande quantité de services et d’information dans des domaines qui sont très proches de ceux disponibles au sein de BioMed Central. Ces deux initiatives se posent donc sur un même marché (l’information de pointe en sciences biomédicales) avec un modèle de financement quelque peu différent même si dans les deux cas, les utilisateurs paient. Et si sur le site de BioMed Central, nous retrouvons des informations, des liens vers d’autres services Open Access dont HighWire, sur le site de ce dernier, dans la section “Selected web portal for scientists” qui propose des liens susceptibles d’intéresser les chercheurs, BioMed Central n’est pas cité. Nous pouvons difficilement envisager un tel oubli de la part de HighWire ce qui nous amène à penser que les deux projets sont bien en concurrence.

HighWire, avec toutes ses revues et services, ses différents moyens d’accès à la documentation payante et ses liens très étroits avec l’université de Stanford a beaucoup d’avantages à proposer à la communauté scientifique des sciences bio­médicales au sens large.

Lire le mémoire complet ==> (Réflexions sur quelques nouveaux modèles de communication scientifique)
Diplôme d’études spécialisées (D.E.S.) en sciences et technologies de l’information
Université Libre de Bruxelles – Faculté de Philosophie et Lettres Section Infodoc