Génopole, Révolution en banlieue parisienne

By 20 March 2013

Génopole®

Génopole est une technopole basée à Evry, consacrée à la recherche en génomique, en post-génomique et aux domaines connexes (bio-informatique, instrumentation, etc.) ainsi qu’au développement d’entreprises de biotechnologies. L’ambition de Génopole est de réunir sur un même site entreprises, recherche et enseignement, sur le modèle des campus américains, et d’être ainsi un lieu de fertilisation croisée entre public et privé.

I. Révolution en banlieue parisienne

Construction de toutes pièces d’une technopole majeure en 3 ans

Ce qui est tout d’abord frappant avec Génopole, c’est le développement fulgurant qu’il a connu en quelques années. Son originalité est en effet d’avoir été créé de toutes pièces sur un site d’où la biologie était encore totalement absente il y a quelques années : l’Université d’Evry est l’une des quatre universités nouvelles créées en 1991, mais elle avait à l’origine interdiction d’enseigner la biologie car celle-ci était réservée à l’université de Versailles St Quentin. Evry était une ville nouvelle jugée peu attirante, plutôt connue pour ses problèmes d’insécurité et de transports en commun et relativement difficile d’accès depuis Paris. Tout cela rendait peu vraisemblable le développement à Evry d’une technopole consacrée à la génomique : comme nous l’a confié un chercheur, « personne de sensé ne prendrait ce site ».

C’est pourtant en 1990 que la génomique fit son apparition à Evry, lorsque l’Association Française contre les Myopathies (AFM) décida d’y implanter son laboratoire, Généthon. Le choix de la ville d’Evry fut déterminé par le président de l’AFM de l’époque, Bernard Barataud, dont le fils myopathe était soigné dans les environs. En 1995, un chercheur du Généthon créa la première start-up de biotechnologie à être implantée à Evry, Genset.

En 1997, l’Etat décida d’implanter à Evry le Génoscope, ou Centre National de Séquençage (CNS), permettant d’effectuer du séquençage à grande échelle. Celui-ci fut créé sous forme de Groupement d’Intérêt Public (GIP) à gestion privée dérogatoire entre le ministère de l’Education Nationale, de la Recherche et de la Technologie (MENRT), le CNRS et la filiale de valorisation du CNRS, FIST. Ce statut lui permet d’une part de bénéficier d’un budget récurrent sur 10 ans, moyennant contrôle et évaluation, ce qui lui procure une certaine stabilité, et d’autre part de recruter du personnel extérieur en CDI sans avoir à demander aux membres du GIP s’ils ont du personnel disponible. Il fut suivi en 1998 du Centre National de Génotypage (CNG), sur un modèle similaire. Enfin, en octobre 1998, Génopole fut officiellement créé sous la forme transitoire d’une association à but non lucratif (loi 1901).

En 1999, le site d’Evry abritait déjà 14 laboratoires, aussi bien en génomique qu’en bio-informatique et en sciences connexes, ainsi que 19 entreprises. Aujourd’hui, Génopole réunit en tout 20 laboratoires et 39 entreprises, soit plus de 1500 personnes. Il a fait l’objet d’un développement immobilier important, concernant notamment un hôtel d’entreprises, une pépinière et un centre de conférences.

Une équipe dédiée

Sur un modèle similaire à ce qui se fait à l’étranger, une équipe d’une quarantaine de personnes est entièrement dédiée au développement du site. Elle est dirigée par Pierre Tambourin, personnalité charismatique et omniprésente qui est pour beaucoup dans le dynamisme du développement de Génopole. Cette équipe est elle-même divisée en plusieurs entités chargées chacune d’un aspect spécifique du développement de Génopole.

L’équipe Génopole-Recherche&Enseignement

L’équipe Génopole-Recherche&Enseignement a pour mission de renforcer le pôle de recherche académique et de renforcer l’enseignement supérieur à l’Université d’Evry. Son rôle est donc tout d’abord d’attirer sur le site des laboratoires publics, en bénéficiant notamment de l’important carnet d’adresses de Pierre Tambourin, de leur fournir des locaux, et de les aider à déménager et à acquérir des équipements. Génopole accueille également de jeunes équipes qui ont envie de s’émanciper. Enfin certaines équipes de mathématiciens et d’informaticiens, déjà présentes sur le site d’Evry, ont souhaité se rapprocher de la génétique : des locaux leur ont été aménagés et équipés dans la Tour Evry II. Grâce au gain de place, tous ces laboratoires ont pu accueillir davantage de chercheurs, notamment étrangers. Néanmoins, Génopole se heurte parfois aux organismes d’origine, notamment lorsqu’il s’agit de payer des loyers : les EPST n’y sont guère habitués.

L’équipe Génopole-Recherche&Enseignement organise également un achat en commun du gros matériel, par un système de mutualisation. Il existe ainsi cinq plates- formes thématiques mettant à la disposition de la communauté scientifique des équipements très lourds ou très perfectionnés, ce qui vient renforcer l’attractivité du site pour les entreprises et les laboratoires publics. L’équipe Génopole- Recherche&Enseignement s’occupe enfin de suivre les laboratoires de recherche et de leur offrir quelques aides spécifiques : d’une part les « allocations de recherche », bourses de recherche d’un an destinées à un post-doctorant qui vient de l’étranger pour travailler soit dans un laboratoire soit dans une entreprise du site, ce qui en fait l’originalité. D’autre part les « actions thématiques incitatives de Génopole (ATIGE) », allocations de 75 000 sur trois ans destinées à des chercheurs statutaires de 35-40 ans qui viennent avec leur programme de recherche dans un laboratoire de recherche du site. L’objectif est d’attirer des chercheurs prometteurs et de leur permettre de créer une équipe autonome sur le site.

Le second volet de l’action de l’équipe Génopole-Recherche&Enseignement est de renforcer l’enseignement supérieur, ce qui est très important pour la réussite de Génopole. Celui-ci a en effet la grosse particularité d’avoir été créé sans pôle universitaire : comme nous l’avons vu, il n’y avait pas en 1998 d’enseignement de biologie à l’Université d’Evry. Aujourd’hui, celle-ci propose une filière complète de formation en biotechnologies : DEUG, licence, maîtrise, école doctorale, masters, DESS, etc. Le nombre d’étudiants est en augmentation constante, ce qui donne un nouveau souffle à toute l’université. Il est même prévu de créer dans les années à venir un institut de biologie regroupant les cours, le matériel et les laboratoires universitaires. Génopole exige par ailleurs que les enseignants en biologie fassent leur recherche sur le site. Les nouveaux enseignants sont recrutés dans d’autres universités, auquel cas il faut les accueillir dans des laboratoires du site, ou en créant de nouveaux postes d’enseignants- chercheurs. Tout cela est relativement difficile et oblige les responsables de l’université à s’adapter en attendant que des professeurs soient nommés. A l’heure actuelle, 50% de l’enseignement se fait par des chercheurs extérieurs à l’université. Enfin Génopole a également la volonté de développer la formation continue en organisant des cours de haut niveau pour les chercheurs, sur le modèle de l’Institut Pasteur.

Le dernier volet de l’action de l’équipe Génopole-Recherche&Enseignement est de favoriser les échanges entre les différents acteurs du site en organisant notamment des séminaires internes mensuels permettant aux entreprises de présenter leurs dernières innovations technologiques et aux chercheurs de présenter aux entreprises leur travail. A la fin, des sandwichs et de la bière sont fournis pour que les discussions se poursuivent, sur le modèle américain.

L’équipe Génopole-Entreprises

L’équipe Génopole-Entreprises a pour mission d’attirer de grandes entreprises sur le site et de promouvoir la création de start-ups. Elle apporte ainsi un soutien à la fois matériel et psychologique aux porteurs de projet « du 1er jour au 1er tour », qu’il s’agisse de la rédaction du business-plan, de la réalisation d’études de marché et de propriété intellectuelle, ou de la levée de fonds. En contrepartie, les porteurs de projet s’engagent à développer leur entreprise sur le site d’Evry.

Le processus d’incubation est le suivant : il faut tout d’abord définir quel type de propriété intellectuelle sert de support à la création d’entreprise. Si le porteur de projet est issu de la recherche publique, il faut obtenir son détachement en passant par la Commission de déontologie : généralement, un détachement de 3 à 4 ans est obtenu. Si le chercheur est issu du secteur privé, il faut négocier ses conditions du départ avec son entreprise d’origine. Le porteur de projet peut ensuite faire une présentation devant Pierre Tambourin et l’ensemble de l’équipe. Le projet, s’il a convaincu, est ensuite mis à l’étude pour vérifier si l’idée est bonne, ce qui dure de 1 à 6 mois. Cette mise à l’étude, faite par des prestataires de services, comporte trois éléments :

– un audit de brevetabilité : le brevet est déposé mais non encore publié, donc il faut vérifier s’il y a réellement nouveauté et invention. Par ailleurs, il peut exister des brevets concurrents qui seraient bloquants. Il faut donc analyser tous ces éléments avant de s’engager.
– une expertise par un scientifique du domaine.
– une étude de viabilité économique.

Ensuite, un business model est présenté à un Comité d’experts, composé à parts égales de scientifiques et d’industriels, qui analyse le projet en termes de positionnement stratégique, d’analyse de la technologie ou des services, de compétence des porteurs, de propriété intellectuelle, etc. A ce stade, 7 projets sur 10 sont retenus. Après validation, le porteur de projet bénéficie d’une prise de participation d’environ 40 000 de la part du fonds de pré-amorçage « Génopole 1er Jour ». Cet apport de capital lui permet d’obtenir par la suite des aides publiques, en particulier de l’ANVAR. Le label Génopole est un atout, car il atteste de la qualité du projet. Le porteur de projet peut également bénéficier de l’important carnet d’adresses de Génopole, constitué au fil des restructurations du secteur pharmaceutique français, ce qui lui permet d’entrer en relation avec des managers, des business angels et des capital-risqueurs. Enfin la start-up peut se voir offrir une période d’incubation de 23 mois maximum dans une pépinière qui a été aménagée à cet effet. C’est au sein de cette pépinière que sont organisées tous les deux mois les rencontres du Club Génopole, qui réunit les start-ups du site et les entreprises s’intéressant aux biotechnologies. Le problème est que la pépinière est aujourd’hui complète, ce qui freine le développement des start-ups et de Génopole.

L’incubateur de Génopole a porté 21 projets de start-ups à ce jour. L’objectif initial était que la moitié des start-ups incubées arrivent à survivre. Actuellement, toutes ont survécu mais les plus anciennes n’ont que trois ans. Il est donc beaucoup trop tôt pour juger de leur viabilité, puisque les start-ups de biotechnologies mettent en moyenne six ans pour commencer à réaliser du chiffre d’affaires et encore plus pour dégager des bénéfices…

Les autres équipes

L’équipe Génopole-Europe&International est chargée d’assurer l’interface avec la Commission Européenne et de développer des partenariats internationaux. Elle s’occupe notamment d’informer les équipes de Génopole sur ce qui se passe à Bruxelles et de les aider à rédiger les dossiers pour répondre aux appels d’offres. L’équipe Génopole- Communication offre pour sa part une assistance dans le domaine de la communication à l’équipe Génopole, aux laboratoires et aux entreprises du site, et est chargée du développement de l’image de Génopole. Enfin une équipe se charge de la coordination du Réseau National des Génopoles : des génopoles régionales ont en effet été créées depuis 1999 dans un souci d’aménagement du territoire, principalement à travers une procédure de labellisation de technopoles existantes. Mais ces génopoles semblent être l’objet de rivalités fortes entre institutions locales, et ne semblent pas bénéficier du même dynamisme qu’à Evry.

Un engagement exceptionnel de l’Etat et des collectivités locales

Un autre aspect frappant de Génopole est l’importance de l’engagement financier de l’Etat et des collectivités locales. L’Etat consacre en effet 62,2M par an au site d’Evry, dont 97% sert à financer le fonctionnement des laboratoires publics, du CNS et du CNG. Le CNS et le CNG bénéficient ainsi d’un niveau de subventions et d’une autonomie rarement vus au sein de la recherche publique.

De leur côté, les collectivités locales apportent 11,9 M par an, dont l’essentiel va à l’association Génopole et sert à financer l’aménagement de locaux et d’équipements scientifiques, ainsi que le fonctionnement de l’équipe Génopole. Les collectivités locales participent ainsi à de grands projets de construction d’infrastructures sur le site : une animalerie, un conservatoire d’ADN, une deuxième pépinière, un institut de biologie, etc. Cet engagement des collectivités locales dans Génopole est d’autant plus remarquable qu’il rassemble tous les élus locaux au-delà des rivalités politiques : tout ce qui est voté au Conseil Général de l’Essonne concernant Génopole est ainsi adopté à l’unanimité. Enfin ce soutien se fait à tous les niveaux : ville d’Evry, communauté d’agglomération, Conseil Général de l’Essonne et Conseil Régional d’Ile de France.

Notons enfin que l’AFM apporte 12,4 M par an au site d’Evry, dont 96% vont à son laboratoire Généthon consacré à la thérapie génique. L’AFM participe également légèrement au budget de l’incubateur, afin que les découvertes scientifiques soient le plus possible mises en pratique.

Un ensemble à forte visibilité internationale

Enfin l’un des exploits les plus marquants de Génopole est d’avoir réussi à développer en trois ans une image très forte à l’international. Plusieurs chercheurs ont ainsi témoigné qu’Evry était maintenant bien connue à Boston et à San Diego. Ceci a pu être obtenu grâce à la mise en place d’une importante équipe de communication, s’efforçant de développer une image de marque forte et dynamique au niveau national et international. Cette visibilité internationale, dont témoignent les très nombreuses visites que reçoit Génopole, vient fortement renforcer l’attractivité du site à la fois pour les chercheurs publics et pour les porteurs de projet, dont une partie notable vient de pays étrangers (Ecosse, USA, Argentine, Croatie, Israël, etc.).

Lire le mémoire complet ==> (Recherche et entreprises : Eloge de la folie)
Mémoire d’Ingénieurs Elèves
Ecole des Mines de Paris – Corps Techniques de l’Etat