Foyer Ixellois et les économies d’énergie

By 29 March 2013

5. Action menée au Foyer Ixellois14

En 2006, un projet de guidance énergétique a également été mené au Foyer Ixellois. Les rencontres ont été menées de façon individuelle, au domicile des personnes. L’assistante sociale qui menait le projet avait déjà côtoyé les personnes dans le cadre de son travail d’assistance sociale.

Huit ménages ont participé, le plus souvent des familles monoparentales. Il s’agissait d’une enquête pilote, d’où le faible nombre de ménages concernés. La plupart des participants étaient favorables à l’initiative, seules deux personnes ont abandonné en cours de route. Les personnes participantes avaient été choisies parce qu’elles avaient déjà des créances locatives et faisaient le sujet d’un suivi de la part de Caloribel (société qui s’occupe du relevé des compteurs et répartiteurs de frais de chauffage dans les immeubles équipés d’un chauffage collectif). Certaines personnes étaient plus pro -actives et on pouvait observer un effet d’entrainement sur les autres membres de la famille (enfants). Mais au départ, les personnes étaient très mal informées.

Ce sont surtout les avantages financiers de la démarche qui ont d’abord été mis en avant par l’assistante sociale, avant de parler des effets sur l’environnement dans un deuxième temps.

Lors de la première rencontre, on faisait un recensement des appareils utilisés. On notait aussi comment les gens vivaient chez eux, s’ils se promenaient en T-shirt par exemple. Le travail a porté sur une période de chauffe (une rencontre par mois pendant 8 mois). Il a été nécessaire de faire appel à un technicien15 pour pouvoir comparer les données recueillies avec les consommations des années précédentes afin de tenir compte des degrés jour 16. A la fin de la guidance, les consommations étaient restées stables ou avaient diminué, ce qui était donc jugé positivement. Mais tous les postes de consommations n’avaient pas nécessairement évolué dans le même sens. En cela, le bilan est plus contrasté. L’idéal pour effectuer un tel travail serait selon notre interlocutrice d’avoir un profil socio-technique afin de pouvoir mener les entretiens (ce qui requière des compétences sociales) sans devoir faire appel une personne technique supplémentaire.

Il y a également un projet d’information des nouveaux locataires lors de leur arrivée, grâce à des fascicules.

14 Interview réalisé avec Aurore Vanschepdael, responsable du service d’action sociale au Foyer Ixellois (octobre 2009)
15 Selon les mots d’Aurore Vanschepdael. Il fallait en tout cas une personne connaissant le logiciel informatique nécessaire aux calculs des degrés jours, ce qui n’est normalement pas le cas des assistants sociaux.
16 Les degrés jour unifiés ou DJU permettent de réaliser des estimations de consommations d’énergie thermique en proportion de la rigueur de l’hiver.

6. Soutien du secteur public

Le soutien du secteur public est important à plus d’un titre. D’une part, il l’est d’un point de vue financier, afin de favoriser les investissements dans des solutions plus écologiques. Une étude17 réalisée en France par UFC-Que Choisir montre par exemple que l’achat d’un réfrigérateur-congélateur énergétiquement performant est difficilement rentable, malgré les économies d’énergie réalisées. Les primes existant en Belgique sont donc essentielles si l’ont veut compenser le surcoût à l’achat, et faire d’un choix écologique un choix également rentable

Ensuite, le secteur public peut montrer l’exemple via ses bâtiments: les bureaux, les écoles. Et bien sûr, puisque c’est notre sujet, les logements sociaux. En plus d’avoir un impact direct sur les économies d’énergie, cela donne à une politique énergétique une cohérence qui lui est indispensable.

Un autre effet appréciable est que les personnes qui viennent travailler, étudier ou vivre dans ces bâtiments, peuvent se rendre compte qu’on peut vivre confortablement en dépensant moins d’énergie. Et il leur sera alors plus facile de transposer cette expérience dans le cadre de la vie privée.

7. Difficultés d’évaluation

Plusieurs autres projets de guidances énergétique ont été menés à destinat ion des bénéficiaires des logements sociaux.18 Même si des résultats positifs sont très souvent observés, que ce soit en termes de satisfaction des personnes participantes, ou de bénéfice indirects tels que l’amélioration des contacts entre assistants sociaux et les locataires ainsi qu’une meilleure connaissance par les sociétés immobilières de service public S.I.S.P. du fonctionnement de leurs bâtiments, une évaluation chiffrée des économies réalisées est souvent difficile à obtenir. Et ce pour plusieurs raisons. Premièrement, il n’est pas toujours possible pour les personnes qui effectuent la guidance énergétique d’effectuer un relevé précis des consommations (utilisation d’un calorimètre quand des compteurs individuels ne sont pas présents) ou d’effectuer des comparaisons par rapport aux anciennes consommations. Comme observé dans le projet mené au Foyer Ixellois, des compétences socio-techniques devraient être idéalement présentes pour mener au mieux la guidance. Ensuite, les évaluations doivent nécessairement se faire sur le long terme, pour s’assurer de la rémanence des nouvelles attitudes adoptées ainsi que pour pouvoir estimer l’évolution des consommations sur une durée statistiquement pertinente. Enfin, évaluer les résultats obtenus en comparant les consommateurs entre eux n’est pas toujours juste car toute une série de paramètres pouvant expliquer leur consommation entrent en jeux: nombre de personnes constituant le ménage, présence en journée lorsqu’il s’agit de personnes sans emploi, leur état de santé, les équipements disponibles, la situation et l’exposition du logement. Des chiffres de réductions de consommation de 7 à 20% sont cependant avancés sur la base d’expériences menées antérieurement.19

17 http://www.quechoisir.org/document/eco-energie-electromenager.pdf, document sur internet, accédé en aout 2010.
18 Source: S.L.R.B.-Info, n°55-56, juillet-décembre 2008, p29 à 38
19 Source: S.L.R.B.-Info, n°55-56, juillet-décembre 2008, p21

8. Conclusion

Une réelle culture de l’énergie fait défaut en Belgique. Modifier les comportements des citoyens-consommateurs pour qu’ils fassent une utilisation rationnelle de l’énergie est un travail long et difficile. Les paramètres qui influencent l’adoption de nouveaux comportements sont nombreux. Ils sont également complexes, à la fois à cause de leurs interactions mutuelles, mais aussi par la difficulté qu’il y a à avoir prise sur eux. Les guidances énergétiques ou les audits sont un outil peut-être imparfait car ils sont influencés, limités par ces paramètres. Mais ils peuvent néanmoins être d’une grande aide. On sait que les campagnes d’information profitent d’abord aux plus éduqués et à ceux qui ont plus de moyen.20 Pousser plus loin l’action en allant à rencontre des ménages permet d’atténuer ces inégalités et renforcer l’impact de l’information. Ensemble, ces deux outils forment un des leviers essentiel au changement des comportements des citoyens. Les accompagnateurs sociaux dans le cas des personnes défavorisées ou les conseillers en énergie de façon plus générale, ont donc tous une grande importance et un rôle essentiel à jouer.

Bien sûr, la rénovation et la construction de logements moins consommateurs d’énergie aura un impact positif. La vétusté des logements existants, leur mauvaise isolation, est un des facteurs empêchant les personnes qui les occupent de diminuer leur consommation. Mais il faudra aussi encadrer les nouveaux locataires, car même si les logements changent, les personnes restent les mêmes.

Conclusion personnelle

Ce sujet des guidances énergétiques nous fait aussi percevoir les premiers paradoxes auxquels notre étude nous confronte. Certaines personnes travaillant dans le secteur social, directement au contact des difficultés vécues par les personnes assistées, trouvent indécent de venir faire la leçon aux ménages précarisés pour leur expliquer qu’ils doivent préserver l’environnement en faisant des économies d’énergie.21 A ces personnes qui ont parfois tant de difficultés pour s’en sortir, qui doivent gérer leur travail et leur famille (car toutes ne sont pas chômeuses et il existe une grande proportion de familles monoparentales), il faudrait tenir un discours qui peut souvent être perçu comme culpabilisant. Les personnes travaillant dans le secteur social auraient plutôt tendance à chercher des solutions telles que l’apurement des factures ou l’aide à l’obtention de tarifs sociaux. Ce point de vue est-il défendable ? Absolument !

D’un autre côté, les personnes qui travaillent au départ d’une optique environnementale pensent que le changement des comportements et des habitudes de consommations énergétiques est un enjeu essentiel, d’autant plus pour ceux qui éprouvent des difficultés à payer leurs factures. N’y a-t-il pas quelque chose d’incompréhensible à voir une personne dépenser des sommes énormes pour son énergie (en importance relative par rapport aux autres dépenses, mais aussi en importance absolue) alors qu’elle pourrait l’utiliser pour combler d’autres besoins non encore satisfaits? Alors que les changements de consommation pourraient grandement améliorer la situation ? Ce discours est-il légitime ? Bien sûr !

20GUILLAUD, H., « Jusqu’où l’étude des comportements permet-elle de les changer ? », dans Le Monde, Journal sur internet, 11.06.2010, http://www.lemonde.fr/technologies/article/2010/06/11/jusqu-ou-l-etude-des-comportements-permet-elle-de-les-changer_1371370_651865_1.html
21 Energie et ménages précarisés, colloque de synthèse du cycle de formation-débat. Opinion émise lors d’une des présentations.

Il est évident que cette différence d’attitude face à un même problème vient de formations et d’habitudes de travail différentes.22 Mais au-delà de ça, il faut je pense avoir une démarche à la fois d’humilité et de persévérance. L’humilité pour se rappeler que les guidances ne sont d’abord là pour changer les comportements, mais pour aider les personnes. Cela ne peut donc pas se faire contre leur volonté, mais avec leur collaboration. Et la persévérance car le changement des mentalités, quel qu’en soit le domaine, et l’environnement n’échappe pas à la règle, est une objectif sur le très long terme, mais nécessite qu’on y dépense son énergie sans compter.

Concrètement, je pense donc que ces guidances doivent cibler leur public. S’adresser prioritairement aux personnes intéressées ou qui ont des problèmes importants de consommation. Si le succès attendu est au rendez-vous, la bouche à oreille permettra de faire diffuser de manière plus efficace et moins coûteuse que s’il fallait guider toutes les personnes, y compris les plus réfractaires. Au fur et à mesure que les nouveaux comportements se seront répandus, il sera plus facile d’aller convaincre les personnes qui n’auraient pas été disposées dans un premier temps. Il s’agit donc de mener une politique des petits pas, un politique progressive.

22 « Quand on a la tête en forme de marteau on voit les problèmes sous forme de clous », Albert Einstein

Lire le mémoire complet ==> (Les économies d’énergie dans le secteur des logements sociaux)
Mémoire de Fin d’Etudes en vue de l’obtention du grade académique de Master en Sciences et Gestion de l’Environnement
Université Libre de Bruxelles – Institut de Gestion de L’environnement et Aménagement du Territoire