Formes d’intégration sociale des étudiants étrangers en France

By 3 March 2013

4.4 Différents niveaux et formes d’intégration

4.4.1 Les facteurs déterminants dans l’intégration selon nos enquêtés

Dans son étude sur les étudiants chinois dans les Grandes Ecoles en France, An Yan souligne l’influence des facteurs culturels pour l’intégration sociale des étudiants : le système de valeur, les connaissances empiriques, la façon de penser, et la connaissance de la langue.

Dans les propos de nos enquêtés, le tempérament individuel et l’obstacle psychologique sont les plus évoqués. Les garçons parlent de leur difficulté de communication : « Je ne parle pas beaucoup, même avec mes parents et mes amis chinois »;

« les garçons asiatique parlent peu et communique peu ». Les filles parlent de la sensibilité et de la confiance en soi : « Je n’ose pas parler, parce qu’ils ne comprennent pas mon français»; « je n’ai pas confiance en mon niveau de français, je n’ose pas parler avec les professeurs».

Les filles sont allées au moins une fois à la soirée mais la plupart ne souhaitent plus aller à la soirée. Ne pas trouver des thèmes communs de conversation, ne pas avoir des mêmes goûts sont des obstacles pour renforcer les contacts et approfondir la communication avec les Français. Yue a 22 ans et est en France depuis trois ans. «Oui, c’est nécessaire de s’intégrer dans la société française, j’aime bien avoir des amis français, mais je ne sais pas comment. On a dit que la meilleure façon de se faire des amis, c’est aller au bar, au Pub. Mais comment nous deux jeunes filles (avec sa colocataire) de 20 ans pouvons aller à cette sorte de loisir ? » .

La relation homme- femme en France est le plus grand choc culturel pour des jeunes filles chinoises. A leurs yeux, la relation homme-femme est libérale et apparaît sans limite. Yu dit « 90% des jeunes étudiants chinois ont eu cette expérience très gênante : dans la rue, un homme vient te parler et t’inviter à prendre un café ». Liu a 27 ans et est en France depuis quatre ans, elle parle de cette difficulté de communication avec les Français. « Ils ne prennent jamais de initiative de communiquer avec toi. Sauf dans le cas un homme s’intéresse à toi». Ce choc culturel est plus fort pour les filles les plus jeunes, Xiao (19 ans) dit « une fois je suis allée la soirée organisée par les étudiants de Paris 5 dans un bateau sur la Seine. Ils boivent sans cesse d’alcool, beaucoup sont ivres finalement, ils commencent faire n’import quoi… j’ai seulement 19 ans et viens d’arriver en France quand je serai plus âgée, peut être j’accepterai ça. »

4.4.2 Une diversité des itinéraires d’intégration : profils de carrières étudiante

4.4.2.1 Une intégration par la langue et la culture

Chen est une fille de 25 ans et en France depuis deux ans et demi. Après un an et demi d’apprentissage du français à Paris 5, elle est actuellement en Licence 3 en Sciences économique et de gestion. Elle a la seule étudiante chinoise de la promotion. Elle a eu des contacts avec des camarades français et leur relation reste très superficielle et ne peut pas être considérée comme l’amitié. Selon elle, la faculté est un espace d’étude, non pas de relation amicale. « Q : tu as des amis à la fac ?

R : oui ou non, ce ne doit pas compter comme amis. Notre relation reste très superficielle: j’ai emprunté des notes et discuter un peu les études; je vais souvent au resto-U avec une camarade française. On n’a pas de contact en dehors de la faculté, chacun rentre chez soi et chacun sa vie.

Q : Comment résumes-tu ces deux années de la vie universitaire en France ?

R : Pas mal. Parce que j’ai appris. Plus tu sais ce que tu as acquis, plus c’est intéressant. Je peux dire que Ma spécialité Ressources Humaines, m’intéresse beaucoup. Sauf l’aspect de la langue, tout va bien. Mon objectif principal dans l’université, est de faire mes études, non pas de faire beaucoup d’amis. Donc je ne suis pas déçue.

En dehors de l’université, Chen commence à faire son cercle d’amis français. Cela commence par une Française qui apprend le chinois. Par ce lien amical, elle peut non seulement s’engager dans des conversations intéressées à toutes les deux, mais aussi progresser en français.

« Q : Que ce que as-tu comme activités en dehors des études ?

R : Je regarde des films. (En..). Tout cela a commencé l’année dernière. La première année en France, je n’osais pas du tout sortir. Je ne faisais que des promenades dans Paris. Tout était cher pour moi, le cinéma, le restaurant. Donc je n’osais pas bouger.

La deuxième année, je me suis habituée au niveau de consommation. De plus j’ai fait connaissance avec une française qui apprend le chinois. On s’entend très bien, on participe ensemble à certaines activités, en particulier, des activités culturelles franco-chinoises. Là, tout le monde souhaite faire connaissance. On communique facilement. Si non, je me promène et je vais au cinéma avec mes amis.

Jusqu’à maintenant, je n’ai pas beaucoup de connaissances maintenant. Outre mes quatre ou cinq amis chinois et je ne parle même pas des amis français. C’est pourquoi je dois sortir plus souvent.

Q : petit à petit, tu as plus d’amis français ?

R : Pas beaucoup, quels uns. Ma meilleure amie c’est cette Française qui étudie le chinois. Elle connait un peu la Chine, nous avons beaucoup de thèmes communs de conversation. De plus, je peux progresser en français, parce qu’elle corrige mes fautes de français. Mais avec des camarades de classe, ils ne vont pas corriger mes fautes. »

Ce qu’elle souhaite, c’est d’élargir son cercle d’amis et de pouvoir s’engager dans des conversations avec des Français : « Avoir des amis français, pouvoir entrer dans leurs conversations, c’est-à-dire pouvoir bavarder avec des camarades français».

Qian est 25 ans, il est en France depuis quatre ans et est actuellement en master 1

MIAGE (Méthodes Informatiques Appliques à la Gestion des Entreprises). Il a un grand cercle d’amis : il s’est fait des amis à la faculté et également dans sa résidence (foyer de jeunes travailleurs), et dans son lieu du stage. Ses contacts aves des Français est le très fréquents parmi nos enquêtés. « J’ai eu beaucoup d’amis chinois au début. Après quatre ans, certains amis ont fini leurs études, ou ont échoué et sont rentrés en chine. Maintenant, j’ai plus d’amis français que Chinois. Une preuve, dans mon répertoire, quasiment tous sont des noms français. Avant, j’avais des amis français, également chinois, on se rendait visite souvent, j’allais aux soirées. J’invitais des amis français venir diner une fondue chinoise chez moi. Des fois, on allait dans des restaurants. Le midi on mangeait au CROUS. Parfois on mangeait en bas à la cafétéria. Quant à mes loisirs, je joue le football avec des Français. Je fais des photographies avec un ami chinois, en général à Paris ou dans la banlieue parisienne.

Très pris par ses études, des petits boulots et des stages, il n’a pas de temps pour voyger en France ou en Europe. Cependant, il s’intéresse à la « culture », s’enrichie culturellement et pense qu’une intégration est celle de la culture. « Je ne m’est sûrement pas intégré. C’est d’bord dans l’aspect culturel : je connais très peu la culture française. Par exemple : je ne comprends pas pourquoi rirent les amis français quand nous regardons ensemble un film comique. Je me suis adapté dans mes études et dans la vie quotidienne. Mais la culture chinoise et française est tellement différente que je m’intégrerai difficilement. C’est parce que je n’ai eu de temps pour connaître la culture française et je n’ai pas eu d’occasion à expérimenter cette « culture ». Par exemple, habiter chez une famille française.

Q : Qu’est ce que tu veux dire par « la culture » ? R : En… (L’air réfléchi)

Q : Le mode de vie ?

R : Ce n’est pas ça. Les gens mangent ou vivent ou marchent sans trop de différence. Mais il y a les connaissances de base. Avant d’arriver en France je ne connaissais pas Astérix et Obélix. Pour les français ce sont des héros nationaux. Il y a beaucoup de héros que je ne connais pas. J’aime beaucoup Jeanne d’Arc. Je m’intéresse à tout cela. Il y a aussi la comédie, les films, la musique. Un jour on m’a conseillé d’aller voir un film, j’ai beaucoup rit, c’est vraiment que je connaissais la culture française car ce genre d’humour est construit sur de l’histoire. C’est comme nos expressions et proverbes chinois, qui contiennent un sens venant d’une histoire. En France aussi il y a des proverbes qui ont un contenu historique ou qui racontent une histoire.

Selon Qian, l’intégration culturelle est un processus, il ne fait que commencer cette intégration « C’est toutes les couches d’une culture riche, qui ne s’apprennent pas en un ou deux jours. En quatre ans seulement, j’ai acquis la culture d’un enfant de quatre ans. (Rire) »

4.4.2.2 Une intégration par le travail

Les étudiants des filières scientifiques aspirent en majorité à une intégration par le travail : dans un premier temps il s’agit du travail universitaire avec ses camarades, et ensuite du monde professionnel.

-« L’intégration ? Il est évident qu’elle est nécessaire. A partir de la deuxième année de Licence, nous aurons de plus en plus de cours pratiques, c’est-à-dire, des cours d’expérimentation. Pour faire une expérimentation, il me faut mettre en équipe avec des camarades français. Si je n’arrive pas à m’intégrer à leur groupe, je ne peux pas apprendre et donc je ne réussis pas mes études… En Licence 3, nous aurons des stages à faire. Il me faudra m’intégrer rapidement dans mon équipe pour apprendre et pour apporter ma contribution. » (Song, garçon de 20 ans).

A leurs yeux, la performance académique est primordiale. La communication et les rencontres sont secondaires. Ils souhaitent connaître davantage les Français qui étudient ou travaillent dans leurs domaines. Ils ont une vision de l’intégration très différente de ceux qui pratiquent une intégration par la langue et la culture. « Il importe peu que tu parles français ou non. Tu connais bien la vie des Français, tu t’es intégré dans leur société, tu n’es qu’un

Chinois qui s’entend bien avec les Français. » (Chou, garçon 27 ans). Par contre, ils constatent qu’il faut au moins le socle d’une intégration minimum dans une communauté : par exemple son futur lieu du travail.« Maintenant, je n’ai pas ce besoin. Quand je commencerai à travailler, ce sera différent. Je crois que communiquer avec les Français et s’intégrer dans cette société est la condition préalable pour trouver sa place en France. Si tu n’arrives pas à t’intégrer, tu ne parviendras pas à résider en France. » (Chou, garçon 27 ans).

Depuis Durkheim (1967), les sociologues ont montré le lien fort entre l’intégration professionnelle et l’intégration sociale. Notre étude, centrée sur la période où ils ont encore le statut d’étudiant, ne permet pas d’explorer ce sujet. Nous le présentons comme un mode d’intégration auquel certains étudiants chinois aspirent.

De plus, on ne peut pas, non plus, lier les filières et ce mode d’intégration. Cette dernière peut être liée au sexe, à la durée de séjour et à d’autres facteurs. Parmi nos enquêtés, Yang et Xie sont deux filles de la filière scientifique. Toutes les deux développent la dimension culturel de l’intégration : Yang, fréquente les magasins de mode et va souvent au restaurant avec des amis français. Xie visite les musées, lit les journaux en français et cherche à communiquer avec les gens de différentes origines.

Le problème de la répartition du temps joue un rôle important, quelque soit l’âge, la filière et le sexe de l’étudiants. Ils ont beaucoup appris pendant leurs études. Certains, font un petit boulot en dehors des cours. Ils pas de temps pour les loisirs et les activités culturelles. A côté de ses études dont le programme est déjà très lourdes, Chou travaille à mi-temps dans un restaurant : -« Le reste du temps, ce sont les tâches domestique. Je sors rarement pour m’amuser ou voyager. Je n’en ai pas le temps […] mais je ne communique pas, non plus avec des Chinois. Je n’accepte pas leur idée de « profiter de la vie ». Je ne veux pas passer mon temps précieux en bavardant avec eux… Si j’avais du temps, j’aimerais bien communiquer avec eux. Je dois choisir ce qui est le plus utile à court terme. » (Chou, garçon, 27 ans)

4.4.2.3 La nécessité d’intégration en question

Les étudiants, pour différentes raisons, peuvent remettre en cause la nécessité d’intégrations. Premièrement, certains étudiants ont le projet de retourner en Chine. Pour cela, la réussite des études est primordiale. Les contacts avec les Français vont dans ce sens, mais restent secondaire. Ka est en France depuis quatre ans et demi. Il constate que le processus d’intégration n’est pas démarré parce que ses contacts avec les Français sont très limités. Il se demande si une intégration est nécessaire, parce qu’il envisage de rentrer en Chine après ses études. Cependant, il souhaite avoir plus de contacts avec les Français pour enrichir ses connaissances sur la culture française.

Liu a une vision pluriculturelle de l’intégration. Elle préconise la diversité. « Ca dépend de ce que tu appelles intégration : si tu parles de respect pour les autres, pour leur droit d’expression, leur liberté d’action, alors je suis totalement pour. Je pense que c’est nécessaire quand tu viens dans un pays d’en respecter les normes. Après si tu n’es pas d’accord avec la mentalité, la manière de faire, bah moi, par exemple, je retourne chez moi ».

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(L’expérience des étudiants chinois en France : Entre mobilité et intégration)
Mémoire de Master Recherche : Sociologie de l’éducation et de la formation
Université Paris Descartes – Paris V – Faculté des Sciences Humaines et Sociales – Sorbonne

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