Filière automobile française, Innovation et Mutations

By 14 March 2013

B – Une filière fortement innovante

1. L’innovation continuelle comme condition du succès

La filière, dans toutes ses composantes, se situe – dans tous les pays producteurs et, naturellement, en France – au premier rang dans les investissements industriels en R&D. Alors que la clientèle réclame toujours davantage l’individualisation de son véhicule, les constructeurs élargissent et renouvellent leurs gammes de plus en plus rapidement afin de proposer une offre adaptée à des marchés en constante évolution. Les modèles actuels disposent de plus d’électronique embarquée que les premiers Airbus. Le produit automobile contemporain est désormais multitechnologique et composite.

2. Les grands axes de recherche

Le respect de l’environnement et la sobriété des moteurs, la sécurité du véhicule mais aussi les matières et les matériaux constituent les axes privilégiés de la recherche. Des améliorations sont apportées au moteur dont le rendement est continuellement amélioré. La recherche se porte également sur les moteurs hybrides, thermiques et électriques. Les préoccupations environnementales et les craintes sur la pérennité de la principale source d’énergie – le pétrole – devraient conduire à leur développement. De même, ces deux préoccupations sont-elles à l’origine des recherches en vue d’adopter les carburants alternatifs.

En matière de sécurité active et passive, plusieurs voies se distinguent : l’architecture du véhicule, l’amélioration des équipements de sécurité, l’accidentologie, la prévention des accidents et le développement récent de la sécurité « tertiaire » (systèmes d’aide aux victimes). La voiture contemporaine est dix fois moins polluante que celle de 1990 et l’on escompte que celle de 2010 sera, elle-même, dix fois moins polluante qu’aujourd’hui.

La performance globale des acteurs de la filière dépend d’une grande variété de paramètres. Le renchérissement des matières premières pour les industriels, des carburants pour les utilisateurs, pèsent sur une filière qui doit parallèlement faire face à de grands défis comme la sécurité routière, la pollution, l’adaptation permanente de son savoir-faire et de ses process industriels.

C – DES MUTATIONS STRUCTURELLES PROFONDES

1. L’accélération de la mondialisation et de l’innovation

Alors que la rentabilité des marchés de renouvellement est fragile, compte tenu d’une concurrence « féroce », les marchés nouveaux voient s’implanter les principaux constructeurs de toutes nationalités, répondant ainsi à une stratégie mondiale. Il n’est dès lors plus aucune position véritablement acquise, ni aucun marché réservé. On peut augurer que ce mouvement devrait s’amplifier, étant entendu qu’il sera le fait de tous les constructeurs, y compris de ceux des pays émergents. La condition essentielle pour se maintenir réside alors dans la capacité des producteurs à offrir des modèles adaptés aux différents marchés. L’innovation est plus que jamais un critère déterminant de réussite.

L’innovation, sinon la révolution technologique, devrait s’attacher au moteur à essence, après le diesel, tandis qu’à terme, « l’hybridation » des moteurs prendra une place plus importante, sans omettre, à un horizon probablement plus lointain, le recours à l’hydrogène et la pile à combustible. Les enjeux de l’innovation portent aussi sur les technologies de l’information et de la communication.

2. Les attentes des consommateurs et des autres prescripteurs

La filière reçoit des messages différents qui renvoient à l’image et à la place de la voiture et du déplacement dans nos sociétés, si bien qu’il est difficile d’y apporter une réponse unique et cohérente. Cette place et cette image, il faut le rappeler, varient d’un marché à l’autre. En milieu rural, il n’existe parfois pas d’autres moyens de transport pour le déplacement des familles. Parallèlement, l’automobile est « questionnée », particulièrement dans sa relation avec la ville et les politiques des transports. Elle le sera à terme dans les pays en développement. L’appareil productif et commercial, pour être en mesure d’apporter la meilleure réponse, doit effectuer certains compromis.

Le concept de « l’espace à vivre », de l’automobile adaptée à chacun devrait connaître de larges développements. La traduction commerciale en est l’autonomisation la plus poussée de la production afin d’offrir des gammes toujours plus variées. Cette production doit tenir compte aussi de l’espace à vivre du groupe familial alliant confort, place pour les enfants mais, aussi, sécurité pour l’ensemble. Afin de répondre à cette exigence, le système de la plate-forme industrielle qui permet la « standardisation » pour mieux diversifier la production devrait devenir la règle.

3. Des restructurations permanentes

La filière a connu des évolutions importantes dans sa structuration. Les plus visibles se sont traduites par le regroupement des marques et des constructeurs. Il est difficile de penser que le cycle de la concentration est parvenu à son terme. De nouveaux mouvements, liés à l’entrée en lice de concurrents issus des pays émergents, se dégageront. Autant que les constructeurs, les équipementiers se concentreront pour peser sur les choix des premiers et conserver leur part de marché mondial. Cette stratégie impose aux différents sous-traitants de nouvelles relations avec le donneur d’ordres. Elle pose la question, en fait, à toute la filière puisqu’elle tend à redessiner un paysage sans cesse mouvant.

Enfin, et ce n’est pas le moins important, la structuration de l’appareil productif emporte des conséquences pour l’emploi et le travail. Le régime d’innovation technique, comme les restructurations/déstructurations font disparaître de nombreuses fonctions, le plus souvent peu qualifiées. Les établissements les plus importants en taille de l’automobile ne sont désormais plus les unités de production mais les centres de conception. Cette industrie, emblématique du modèle productiviste du XXè siècle, trouve des réponses aux interrogations du XXIè siècle dans une meilleure utilisation des compétences de ses laboratoires et bureaux d’études, tout autant que de ses ateliers. Ce mouvement devrait se poursuivre, imposant à la filière un vaste effort de formation de ses acteurs parallèlement à une élévation des qualifications professionnelles.

L’automobile française : Une filière majeure en mutation
Avis et rapports du conseil économique et social
République française