Etudiants Erasmus, population jeune aux parcours scolaires rapides

By 26 March 2013

2.1.3 Une population jeune aux parcours scolaires souvent rapides

La place de l’école dans les stratégies de reproduction est habituellement étudiée dans un cadre national. C’est au sein d’un même pays qu’on étudie les principes de hiérarchisation des établissements et des formations. Ceci sans bien souvent en référer à la multiplication, ces dernières années, des dispositifs et des filières permettant à l’étudiant (au sein des établissements de tous niveaux et intensément au cœur des universités) de se constituer un cursus original. Cette liberté de choix de plus en plus grande laissée à l’étudiant, peut aussi être vue comme une forme de sélection insidieuse, latente, car elle mobilise la détention d’informations, de connaissances, de savoirs, non appris à l’intérieur de l’école elle-même et non pareillement disponibles à l’ensemble des étudiants.

« Avec la prolongation des scolarités, et le développement d’itinéraires multiples au sein du système scolaire, les inégalités se font plus subtiles »104 . Les inégalités se construisent en fonction de cursus plus longs, par un processus continu, parsemé de sélections et d’orientations successives, parfois insignifiantes en apparences, mais qui marquent le vécu et les chances scolaires. C’est en effet la question des inégalités, par rapport à la « qualité des contextes de scolarisation »105 que le développement des programmes communautaires de mobilité et les réformes successives pour l’harmonisation des diplômes européens permet, entre autres, de poser. Au niveau des possibilités de séjour à l’étranger au sein de l’enseignement supérieur, dans un contexte de plus en plus complexe, les étudiants et les étudiantes issus des milieux les plus proches de l’institution scolaire, sont à nouveau les mieux à même de détecter les « bonnes affaires » en terme de lieu et de moment.

« Tout corps en croissance tend à se diversifier et l’université ne fait pas exception à la règle. »106 En effet, comment choisir entre une antenne délocalisée et l’université « mère », entre telle et telle filière, entre telle ou telle matière pour les options « libres » d’un même cursus ? Faut-il faire un séjour à l’étranger ? Où ? Quand ? Combien de temps ? Car cette initiative ne porte pas toujours les fruits escomptés et ne facilite pas toujours l’insertion professionnelle, si elle ne s’intègre pas dans un « plan d’éducation », (comme le rappelle l’expression d’un étudiant en Sciences, Français d’origine béninoise, Mevegni). Certains moments du cursus et certaines destinations élargissent l’éventail ultérieur des choix d’orientation ; d’autres le rétrécissent. Ainsi un éloignement trop long des lieux de pouvoir, des réseaux d’information, des personnes influentes, se traduit par la détérioration du capital social et peut compromettre les évolutions de carrières académiques. Madame Danielle dit conseiller aux étudiants de partir au niveau de la licence. Elle justifie ce choix par le fait qu’on entre en Master sur dossier en fonction de sa position dans un classement :

[…]Moi, je regarde sur la plaquette de la Licence. Parce qu’ils partent au niveau Licence…

– Toujours ?

Disons que c’est une politique de l’université que de les faire partir au niveau Licence, parce que c’est plus simple. Parce qu’à l’heure actuelle au niveau Maîtrise, il y a toujours des problèmes, étant donné qu’à la fin de la Maîtrise, on doit choisir entre un DESS, un DEA ou partir dans l’industrie, en gros c’est ça… Et le problème, c’est que les DESS et les DEA sont des diplômes dans lesquels on entre sur dossier, donc il faut avoir ses notes et on a beaucoup de mal à avoir les notes à temps pour que les étudiants puissent faire leurs dossiers pour les DESS et les DEA. Cela pose aussi des problèmes, parce qu’il y a des DEA qui prennent sur notations, suivant des rangs. Et donc eux, ils sont incomparables, (rire) donc, on préfère les faire partir en Licence, parce qu’en plus, une fois qu’ils sont rentrés, même s’il y a eu un manque, l’année de Maîtrise, on se débrouillera pour leur faire faire une option qui récupérera les manques qu’ils ont. »
Madame Danielle

104Introduction du dernier ouvrage de DURU-BELLAT (M), Les inégalités sociales à l’école. Genèse et mythes. PUF, 2002
105Op. Cit. Duru-Bellat. Page 6
106Op. Cit. Duru-Bellat, page 157

En France et en Italie, même si officiellement il n’y a aucune injonction à partir en troisième année comme à l’Université de Bristol, cela ne signifie pas que tous les choix soient comparables et pareillement valorisants. Au-delà du système de notation, il y a donc tout un ensemble de stratégies de cooptation, de choix mutuels à l’œuvre au niveau de certains paliers d’orientation. La façon dont Pascal énonce le phénomène est révélatrice « ils préfèrent avoir LEURS élèves… sur place » :

« J’en ai profité en maîtrise, ce qui n’était pas d’ailleurs conseillé spécialement par les professeurs en sciences, bien au contraire, qui estiment que la maîtrise est une année délicate pour le passage en DEA ou en DESS, alors ils préfèrent avoir leurs élèves… sur place. Ils préconisent plutôt la licence disons. »
Pascal, 24 ans

Rappelons également que les pays et les différentes universités ont aussi une dimension symbolique non négligeable, car ils sont situés souvent les uns par rapport aux autres dans une perspective évolutionniste. Est-ce un hasard si sur les trois étudiantes françaises étant parties en Italie interrogées par entretien, deux avaient déjà effectué un premier voyage dans un pays anglophone ? Aller dans un pays « avancé » permet d’anticiper des transformations jugées inéluctables dans les autres pays. C’est ce que nous dit Alex :

« […] Tous les étudiants mobiles géographiquement sont comme ça, ils ont une ouverture qui leur est propre, ils sont vraiment ouverts sur les autres…. Ils apprennent d’autres méthodes de travail aussi, à s’adapter rapidement à un endroit également. Ouais, c’est l’adaptation rapide à d’autres endroits, c’est ça qui est bien et qui caractérise les étudiants Erasmus, je crois. Et puis après, ça doit aider forcément, scolairement et sur le CV évidemment c’est marqué ! « Ah, vous avez passé un an en Angleterre ! » on nous dit souvent dans les entretiens. Puisqu’ils sont en avance sur nous, c’est même un prestige. » Alex, 22 ans (souligné par nous)

Les régularités statistiques relatives au niveau d’étude des étudiants Erasmus (quelles que soient leur discipline d’études et la destination choisie), nous donnent des indications sur les moments jugés opportuns pour un séjour. A l’étranger, les étudiants Erasmus se trouvaient dans l’enseignement supérieur en moyenne depuis 3 ans. Ce chiffre varie en fonction des pays d’origine. Selon les données de l’étude de Teichler (U) et Maiworm (F)107 le nombre d’années d’études se situe entre 1,1 et 1,9 pour le Royaume-Uni, entre 2,3 et 2,6 pour la France et entre 2,9 et 3,7 pour l’Italie. Ces écarts sont vraisemblablement dus à des différences au niveau de la durée des programmes d’études de premier niveau et de l’organisation des systèmes éducatifs européens : les étudiants ERASMUS des pays Anglo-Saxons (Irlande, Grande Bretagne) sont en général plus jeunes et depuis moins longtemps dans l’enseignement supérieur que leurs confrères danois, norvégiens ou italiens pour ne prendre que trois exemples108. Dire que la population des étudiants Erasmus est une population jeune, ne peut se faire néanmoins, sans s’intéresser aussi à l’année de départ dans la hiérarchie des niveaux universitaires. De manière générale, la majorité des étudiants Européens partent durant leur troisième année d’études (entre 35 et 40% suivant les années), même si une autre part importante effectue son séjour durant la quatrième année (environ 30%). En France, c’est bien en troisième et en quatrième année que partent la majorité des étudiants Erasmus selon les données du rapport 2000 de la Commission Européenne et du rapport final de la même étude en 2006109. En Italie la répartition des sortants est relativement hétérogène suivant l’année d’études. Que ce soit en 1997-98 ou en 2004-05, plus de 15% des étudiants Erasmus italiens interrogés étaient en cinquième année et plus de 5% en sixième année ou plus. Alors qu’au Royaume-Uni, pour l’année 2004-05 aucun n’était dans la dernière situation relatée et plus de 90% des étudiants n’avaient pas dépassé la troisième année, comme le montre le tableau 23 ci-dessous.

107 Op. Cit. MAIWORM (F), TEICHLER (U), “The Erasmus Experience”

Tableau 23 : Niveau d’études des étudiants Erasmus par pays d’origine -2004/2005- (en pourcentage)

France

Italie

Royaume-Uni

Ensemble

Première année

9.0

3.5

1.1

2.0

Deuxième année

13.6

13.5

25.1

12.5

Troisième année

28.3

43.9

67.4

36.5

Quatrième année

37.8

17.2

5.9

29.8

Cinquième année

18.4

16.8

5

16.0

Sixième année ou plus

1.0

5.2

0

3.2

Total

100

100

100

100

Source: ECOTEC Research and Consulting Survey of the Socio-Economic Background of ERASMUS
Students – DG EAC 01/0 06 Manuel Souto Otero and Andrew McCoshan, August 2006

Ce tableau se lit ainsi : 9% des étudiants Erasmus français sortants étaient en première année en 2004-2005.

108 L’âge des étudiants Erasmus reflète ainsi les différences observables dans les parcours étudiants d’un pays à l’autre. D’après les données de l’OCDE (Regards sur l’éducation 2005), l’âge typique d’obtention d’un diplôme de niveau tertiaire type A, programme de 5 à 6ans est de 23-24ans en France, entre 23-25 en Italie et de 23 ans au Royaume-Uni. Mais lors de l’entrée à l’université les étudiants italiens sont en moyenne d’un an plus âgés que leurs homologues français et britanniques.
109 En octobre 2005, ECOTEC Research and Consulting Ltd. à été désigné par la Commission Européenne (DG Education et culture) pour entreprendre une “étude sur la situation socio-économique des étudiants Erasmus”“Survey of the socio-economic background of ERASMUS students”. L’objectif principal du contrat était d’ajourner les données et de faire une étude semblable à celle originellement portée par la Commission Européenne en 1998, rendue publique en 2000.

L’enquête de l’OURIP110, qui s’intéresse aux étudiants français et plus spécifiquement aux étudiants de Rhône-Alpes, souligne que, comparés à l’ensemble des inscrits (dont 50% sont âgés de « 24 ans et plus »), les étudiants partants en Erasmus sont assez jeunes, car 77,3% d’entre eux ont moins de 24 ans en 1997-98. Ils sont aussi plus souvent en avance par rapport à la population mère (42% contre 24,2%) et obtiennent à 71% leur bac en avance ou « à l’heure » (contre 62% pour l’ensemble des inscrits). De même, plus de la moitié d’entre eux n’ont pris aucun retard dans l’enseignement supérieur111. Elizabeth Murphy-Lejeune, une des rares chercheuses en France à avoir effectué une enquête qualitative sur les participants au programme Erasmus, souligne qu’un grand nombre d’étudiants Erasmus « se sentent suffisamment sûrs d’eux, en raison d’un parcours rapide, pour accepter le risque relatif d’une parenthèse universitaire d’un an ». Elle précise cependant que son observation, liant âge, niveau d’études et disponibilité au départ, est peut-être « un trait propre à la réalité française »112. Au contraire, d’après les résultats de notre enquête, cette caractéristique semble encore plus marquée dans les universités italiennes, où une vision anticipée du temps semble distinguer les étudiants Erasmus de leurs homologues sédentaires.

En effet, en Italie, on note que les étudiants Erasmus sont nettement plus jeunes que leurs confrères sédentaires. Une des caractéristiques depuis longtemps relevée dans le système d’enseignement supérieur italien est le nombre élevé d’étudiants « fuoricorsi »113, comme nous l’avons souligné. A l’université, en Italie, chaque étudiant décide du nombre d’examens qu’il souhaite passer chaque trimestre, l’inscription l’année suivante n’est pas subordonnée à un quelconque rendement scolaire. Même si leur nombre diminue, Corrado De Francesco114 note que les « fuoricorsi » représentaient encore à la fin du 20ème siècle plus de 30% des inscrits. Il souligne qu’en 1983/84, selon une étude réalisée par Paolo Trivellato à l’Université de Milan, plus de 40% des diplômés en Littérature et Sciences

110 Op. cit. PICHON (LA), COMTE (M), POULARD (X)
111 Les auteurs calculent le retard pris dans l’enseignement supérieur ainsi : au moment de l’année de sortie en soustrayant le retard au bac. (Ils considèrent qu’un étudiant est en retard lorsqu’il est âgé de plus de 21 ans en licence, de plus de 22 en maîtrise, de plus de 23 ans en DEA, DESS ou préparation à l’agrégation et plus de 27 ans en doctorat).
112 Elizabeth Murphy-Lejeune, « un portrait d’étudiants mobiles en l’an 2000 : le cas français », in VANISCOTTE, HOUGUENAGUE, WEST dir.. La mobilité étudiante en Europe, mythe ou réalité, l’ Harmattan, 2003.
113 Etudiants inscrits dans une discipline au-delà du nombre d’années théoriquement requis pour l’obtention d’un diplôme.
114 DE FRANCESCO (C), “Un’università poco selettiva e poco produttiva ?” in R. Moscati dir., La sociologia dell’educazione in Italia, Bologna, Zanichelli, 1989, 286p

Politiques sont restés inscrits au moins huit ans, au lieu des quatre ans théoriques. Comme souligné précédemment la mise en place du LMD, qui est nommé 3+2 en Italie, a introduit un diplôme universitaire de niveau intermédiaire appelé Laurea breva (ou trenniale). Ce dernier n’a cependant pas changé le phénomène d’autogestion des parcours par les étudiants, (autogestion quasi-inexistante dans les systèmes français et anglais où la réussite d’un nombre prédéfini d’examens est requise pour la poursuite des études).

Dans l’étude de l’observatoire de Bologne115, une partie est consacrée à une comparaison du profil des diplômés en 1999 partagés entre deux groupes : Erasmus et non-Erasmus. Ainsi les femmes représentent 56% de la population observée : 55,8% parmi les non- Erasmus et 57% pour les Erasmus. Considérant cette différence ténue et la forte participation des facultés de langues aux échanges, les auteurs de cette étude concluent que le genre ne représente pas un facteur de sélection pour l’accès au programme Erasmus. Par contre, ils notent que les diplômés Erasmus sont plus jeunes de plus d’un an par rapport au non-Erasmus. La différence entre les deux groupes s’associe à une meilleure régularité pour les diplômés Erasmus qui terminent leurs études universitaires. En conséquence, les étudiants Erasmus italiens, même s’ils sont plus âgés que leurs homologues anglais, sont dans leur université d’origine parmi les plus jeunes. Comme nous l’avons vu, la sélection des étudiants Erasmus, après avis de concours (il bando), se base notamment sur le nombre d’examens passé. Monsieur Rinnodo, un responsable Erasmus de faculté, nous explique que sélectionner des étudiants déjà « en retard » ne ferait qu’ajouter une entrave supplémentaire à leurs parcours déjà prolongés:

Vous avez parlé des “graduatorie”, mais comment se fait la sélection des étudiants exactement?

[…] être avant toute chose à l’heure avec les cours universitaires, parce que ce n’est pas intéressant… Parce que quand un étudiant part en Erasmus, normalement il perd un peu de temps.[…] Finalement si on reste chez soi, on passe plus d’examens, on les passe plus vite. Donc ça ralentit un petit peu.. mais un étudiant très intelligent réussit à faire en sorte que ce ralentissement n’arrive pas. Cependant ce n’est pas très intéressant d’envoyer des étudiants qui sont déjà très en retard avec les examens en Italie, parce qu’alors s’ajouterait ralentissement au ralentissement… Et alors il y aurait de fort risques de retard pour un étudiant qui ne démontrerait pas le fait de savoir gérer son quotidien.
Signore Rinnodo116

115 Op. cit CAMMELLI (A) – A cura di – I laureati ERASMUS/SOCRATES anno 1999
116 Ha parlato delle graduatorie, ma come si fa la selezione degli studenti esattamente?

[…]Essere prima di tutto in orario con i corsi universitari, perché non è interessante.. Perché quando uno parte in Erasmus, normalmente perde un po’di tempo. […]Alla fine se uno rimane a casa proprio da più esami, li da più velocemente. Quindi rallenta un pochettino.. ma uno studente molto intelligente riesce a far sì che questo rallentamento non avvenga. Però non è molto interessante mandare degli studenti che sono già molto indietro con gli esami in Italia, perché allora si aggiungerebbe rallentamento a rallentamento… E allora andrebbero a un forte rischio di ritardo per un studente che ha dimostrato di non sapere gestire il quotidiano.

Au Royaume-Uni, il n’y a, à notre connaissance, aucune enquête qui compare les diplômés ayant fait un séjour Erasmus avec leurs homologues sédentaires selon les variables âge et sexe. Mais comme nous l’avons vu, la majorité des étudiants doivent faire une année supplémentaire d’étude pour l’obtention du diplôme de premier niveau universitaire, quels que soient leurs résultats, s’ils font un séjour Erasmus. De plus, presque la moitié des effectifs est constituée par des étudiants en langues pour qui s’expatrier est obligatoire. Une analyse des chiffres des bureaux de statistiques des universités, prises pour l’étude de cas, couplée à un examen de nos données construites grâce à l’enquête par questionnaire, nous permet néanmoins d’approfondir notre analyse sur les qualités scolaires des étudiants Erasmus.

A l’Université de Provence nous avons comparé nos proportions avec celles de l’OVE117, concernant notamment le type de baccalauréat possédé, l’âge d’obtention et la mention obtenue. Sur les 20 313 étudiants français inscrits à l’Université de Provence en 2004-2005118, 64,3% avaient déclaré, à la saisie sur Apogée lors de l’inscription administrative, avoir obtenu un baccalauréat avec mention « passable », alors que parmi les étudiants Erasmus interrogés par questionnaire, plus de la moitié avaient obtenu une mention (cf. tableau 24 suivant). De même à l’Université de Provence en 2004-2005, les étudiants Erasmus étaient plus de 85% à avoir obtenu leur bac en avance ou « à l’heure », contre 61,9% dans l’échantillon d’étudiants « sédentaires ». Mais de quel baccalauréat s’agit-il ? Là encore les étudiants Erasmus se distinguent. Plus de 95% d’entre eux ont passé un baccalauréat général : Scientifique (S), littéraire (L) et économique (ES)119. Alors que parmi l’ensemble des inscrits cette année-là, ils n’étaient que 85% dans ce cas (83,8% parmi la population témoin enquêtée). L’absence d’étudiants en possession d’un baccalauréat professionnel parmi les Erasmus interrogés mérite aussi d’être relevée.

117 Observatoire de la Vie Etudiante
118 Auquel on doit ajouter les 3131 étudiants étrangers inscrits cette même année, pour obtenir le total des inscrits à l’université de Provence en 2004-2005 (année de l’enquête).
119 Avec en tête le baccalauréat littéraire, étant donnée la composition disciplinaire de cette population.

Tableau 24 : Mention obtenue au Baccalauréat par les étudiants Erasmus et les étudiants « sédentaires » de l’Université de Provence -2004-2005- (en pourcentage)

Mention

Population

Erasmus

Population

« témoin »

Ensemble des

inscrits en 2004-2005

Passable

41,5

78,1

64,3

Assez Bien

37,0

19,1

24,7

Bien

18,2

2,8

9,1

Très Bien

3,3

0

1,9

TOTAL

100 (N= 155)

100 (N= 105)

100 (N=20313)

= 37,2 p < 0, 001
Source : Enquête par questionnaire et chiffres de l’OVE de l’Université de Provence pour l’ensemble des inscrits à l’UP.

Ce tableau se lit ainsi : Parmi les étudiants Erasmus sortants interrogés 41,5% avaient obtenu la mention passable au baccalauréat, alors que parmi l’ensemble des inscrits en 2004-2005, ils étaient 64,3% dans ce cas.

A l’Université de Turin, nous constatons également que les étudiants Erasmus obtiennent dans une plus large proportion la Maturità classica, scientifica et linguistica. Leurs homologues sédentaires sont plus nombreux à avoir fréquenté les instituts techniques et professionnels, comme le montre le tableau 25 suivant. Les données du ministère italien ne nous permettent pas de comparer les notes à la Maturità entre étudiants « sédentaires » et étudiants Erasmus ; néanmoins d’après notre enquête il semblerait que les étudiants Erasmus aient obtenu de meilleurs résultats que leurs homologues sédentaires à l’examen qui clôture les études secondaires. Sur une base 100, plus du tiers des étudiants Erasmus avaient reçu une note de plus de 91 points, contre un peu moins de 20% des étudiants de la population témoin. De même, moins de 10% des premiers ont eu une note entre 60 et 70, alors que les seconds étaient plus de 30% dans ce cas. Notre étude nous montre qu’ils sont aussi plus souvent « à l’heure » lors de l’entrée à l’université. Par contre, en ce qui concerne leurs parcours dans l’enseignement supérieur, les données disponibles du bureau de statistiques sont assez difficiles à traiter. La mise en place du LMD a créé un niveau intermédiaire (niveau Licence) inexistant auparavant, sans complètement faire disparaître l’ancienne structure. Des étudiants demeurent donc inscrits à la Laurea VO (c’est-à-dire Vecchio Ordinamento), certains fuori corso ou « à l’heure » sont passés en cours de cursus au nouveau système, mais en choisissant selon leur gré la laurea trenniale ou la laurea specialistica, ce qui rend difficile les analyses.

Tableau 25 : Répartition des étudiants Erasmus et « sédentaires » de l’Université de Turin par institution et type de baccalauréat (Maturità) -2004- (en pourcentage)

Maturità

ERASMUS

TEMOIN

Première inscription en

2004-2005(1)

Classica

26,8

17,6

11,0

Scientifica

37,8

31,4

30,6

Linguistica

18,1

6,5

3,3

Istituto tecnico

7,8

27,4

29,1

Istituto professionale

1,6

1,9

8,9

Istituto magistrale

0,8

2,0

5,9

Altra scuola/maturità

7,1

13,1

11

Total

100 (N=127)

100 (N=153)

100 (N=11473)

= 202,9 p < 0, 001
Source: enquête par questionnaire 2004-2005 et données du MIUR.

(1) Ensemble des étudiants de l’université de Turin, 1ère immatriculation en 2004-2005 (Immatricolati a.a 2004-05 per tipo di diploma di scuola secondaria superiore del università degli studi di Torino) MIUR – Ufficio di Statistica. Indagine sull’Istruzione Universitaria.

Qu’en est-il à l’Université de Bristol ? Là encore les chiffres du bureau de statistiques de l’université nous donnent seulement une répartition selon deux types d’institutions d’enseignement secondaire : State School et Non State School (école publique, école privée). Mais notre enquête nous permet, en fonction d’indicateurs comme le nombre de A’level passé et les résultats obtenus, de comparer les populations « Erasmus » et « non- Erasmus ». La première se distingue par une forte proportion d’étudiants ayant passé plus de 5 A’levels et CGCE, de 15 points supérieure à ceux de notre population témoin (23,2% contre 8,0%). Ils sont également 84,1% a avoir soutenu un examen de langue, contre 25% chez les étudiants « sédentaires ». Leurs résultats aux A’levels sont aussi meilleurs que ceux de la population témoin, comme le montre le tableau 26 ci-dessous. En ce qui concerne le retard scolaire, il n’y pas de différence notable entre les deux groupes. La comparaison avec les statistiques construites par l’Université de Bristol est là encore délicate, la variable âge étant divisée en deux modalités (moins de 21 ans et plus de 21 ans à l’entrée à l’université), mais sans référence au « statut de l’étudiant » (temps plein, temps partiel). Ceci sans non plus intégrer l’année sabbatique (the gap year) que certains étudiants britanniques s’octroient après l’obtention de leurs A levels. Par ailleurs dans nos échantillons, il est intéressant de noter que parmi les étudiants Erasmus, la proportion de ceux ayant pris une année sabbatique (gap year120) avant l’entrée à l’université est plus faible que pour les étudiants « sédentaires » (37,8% contre 47%). Ceci pouvant expliquer cela. L’année Erasmus serait alors une « gap year » différée pour des étudiants britanniques de milieux privilégiés en mal d’aventure.

120 The « gap year » est une pause en cours d’études, qui peut durer entre quelques mois et une année entière. En Angleterre, beaucoup de jeunes prennent une année sabbatique à la sortie du baccalauréat, avant de rentrer à l’université. Cette année peut impliquer un voyage, des voyages à l’étranger ou une période de travail et de voyages en Grande-Bretagne, indépendamment ou avec des organisations spécialisées pour les ‘gappers’. Les raisons souvent invoquées à cette tradition britannique sont les pressions que subissent les étudiants britanniques pour l’obtention des A levels. Pour certains, cette année permet aussi de réfléchir à quelle université choisir et éventuellement de gagner de l’argent pour payer les études universitaires. La plupart des universités voient cette année sinon positivement, du moins comme non préjudiciable à la poursuite d’études. Il existe même un Year Out Group, qui réunit un grand nombre d’organisations basées au Royaume-Uni, qui gère un ensemble de projets régionaux, nationaux et internationaux. Les recherches sociologiques sur le sujet, notent que malgré l’existence d’étudiants d’origine sociale modeste participant à cette tradition, la majorité de ceux faisant cette expérience proviennent de milieux privilégiés. Ce qui attire l’attention à la fois du milieu académique, mais également des industries éducatives et touristiques. Une étude du Department for Education and Skills en 2004, estimait à 50,000 le nombre de jeunes qui repoussent l’entrée à l’université l’année de l’étude. Il est intéressant de noter que les mêmes questions se posent, pour ce type de mobilité, comme pour le séjour Erasmus. Simpson a récemment souligné dans une conférence sur le sujet : . “We give young people a lot of kudos for travelling to shanty towns, but what do they actually learn […]Just seeing something doesn’t actually teach them about it. It just shows them that the world is very diverse”

Tableau 26 : Résultats aux examens de fin d’études secondaires des étudiants Erasmus et « sédentaires » de l’Université de Bristol –2004- (en pourcentage)

Population

« Erasmus »

Population

« témoin »

ENSEMBLE

Uniquement des “A”

63,4

23,2

41,4

Une majorité de “A”

20,7

29,2

25,4

Egalité « A » et autres notes

7,2

17,3

12,7

Une Majorité de B et en

dessous

8,5

30,3

20,5

TOTAL

100 (N=82)

100(N=99)

100 (N=181)

= 28,3 p < 0, 001
Source : enquête par questionnaire en 2004-2005

L’âge de la population des étudiants Erasmus n’est donc pas la seule variable intéressante à relever par rapport à notre problématique : la sélection scolaire se couplerait-elle d’une sélection sociale ? Les auteurs du rapport 2006 sur la situation socio-économique des étudiants Erasmus commentent en ces termes les résultats de leur enquête sur l’origine sociale: « Il semblerait qu’il y ait eu un progrès dans l’attrait de personnes provenant d’un milieu social moins privilégié, par rapport aux chiffres de l’année 2000. La proportion des étudiants indiquant que les revenus de leurs parents se situaient dans la moyenne ou en dessous de la moyenne était de 53% en 2000, elle était de 63% en 2006121 ». Cette déclaration est cependant critiquable et contradictoire avec d’autres données que ces auteurs exposent eux-mêmes dans leur rapport. Ainsi, ils soulignent que le niveau d’éducation des parents d’étudiants Erasmus est toujours largement supérieur à celui des parents de la moyenne des étudiants (si on le compare avec les données de l’enquête EUROSTUDENT notamment). Une tendance accentuée, si nous rapportons ce niveau d’études moyen, à celui de l’ensemble de la population. De même, ils notent que le statut professionnel des parents des étudiants ERASMUS est lui aussi, en moyenne, bien supérieur à celui de l’ensemble de la population étudiante. Le programme Erasmus permet- il alors vraiment, comme se plaisent à le souligner ses défenseurs, une « démocratisation » de la mobilité étudiante ?

121 Op. cit Rapport 2006 sur la situation socio-économique des étudiants Erasmus, page 6:“It is important to highlight, however, that there seems to have been some progress in attracting people from less well-off backgrounds in the last five years.”

L’expérience de mobilité des étudiants ERASMUS
Les usages inégalitaires d’un programme d’«échange» Une comparaison Angleterre/ France/Italie
Thèse pour obtenir le grade de DOCTEUR EN SOCIOLOGIEO – UFR Civilisations et Humanités
l’Université AIX-MARSEILLE I & Università degli studi di TORIN