Etudiant chinois en France : Difficultés et Stratégies pour réussir

By 3 March 2013

3.4 Des difficultés et des stratégies pour réussir.

Les lacunes en français constituent un obstacle principal pour nos enquêtés. Cependant cet obstacle prend différentes formes selon les filières et le niveau d’études.

3.4.1 Les étudiants dans les filières scientifiques

-Les difficultés liées à la langue française : le manque d’un vocabulaire spécifique

Les étudiants dans les filières scientifiques constatent que le niveau de leurs connaissances scientifiques est suffisamment bon, leur manque se situe au niveau du vocabulaire scientifique en français. Il s’agit d’abord d’un processus de familiarisation avec le vocabulaire spécialisé en français. Selon eux, cette difficulté, trouvée en particulier dans la première année de formation universitaire, peut être surmontée avec une accumulation progressive des termes et concepts spécialisés.

Qian est en France depuis quatre ans. Sa spécialité est Méthodes Informatiques Appliquées à la Gestion des Entreprises (MIAGE), sciences carrefours d’informatique et de gestion. Il n’avait fait que neuf mois de français au total et il a commencé par Licence 1 et est actuellement en Master 1. Pour lui, la grande difficulté c’est d’élargir son vocabulaire, la compréhension des cours se situe au second rang et peut s’améliorer rapidement avec le temps. « Au début, c’est le vocabulaire qui demande des efforts. Les contenus des cours, ça va, parce qu’en Licence 1 la plupart des cours se concentre sur les connaissances de base. J’ai déjà étudié au lycée, ce n’était pas difficile. Les examens non plus. »

Après deux ans (six mois en Chine et dix huit mois en France) d’apprentissage du français, Song est actuellement en Licence 1 en Sciences du vivant. Il décrit plus précisément cette sorte d’obstacle et sa conséquence dans la compréhension des cours, en particulier, pour le premier semestre.

« Q : Quelles sont tes difficultés dans tes études?

R : les difficultés… (L’air de réfléchir). C’est, en effet, l’aspect de la langue. Le vocabulaire des Sciences du vivant est très grand, il concerne la chimie, biochimie, biologie et physique biomédicale. Ce vocabulaire est accumulé progressivement dès le lycée. Nous avons une accumulation très riche en chinois sur le concept et les connaissances scientifiques. Cependant pour entrer d’un coup dans le vocabulaire en français, nous avons des rattrapages à faire.

Q : Alors dans la compréhension des cours ?

R : On ne comprend pas tout dans les cours, parce que les termes en français qu’on a entendus pour la première fois, bloquent notre compréhension. Je note ces mots-là, cherche des mots correspondant en chinois après les cours.

Ces difficultés ne peuvent être surmontées progressivement qu’avec des efforts particuliers et un travail régulier après les cours. « Mais la compréhension ne suffit pas, il faut également qu’on maitrise tous les savoirs d’une manière exacte », confirme Song, garçon en Licence biomédical. « Parce que les sciences exactes ne permettent pas de nuance dans le concept et dans les savoirs. Cela demande beaucoup de travail, en particulier la révision régulière après les cours ». Pendant la semaine, il se concentre « d’une matière efficace » deux ou trois heures par jour à la révision. La nuit blanche est souvent au rendez-vous pendant les périodes d’examens. Une de ses camarades de classe fait plus : elle enregistre d’abord les cours. Elle révise les cours en réécoutant les enregistrements. Elle travaille souvent jusqu’à la nuit.

Qian disait qu’il n’avait pas de grosses difficultés pendant la première année en mathématiques, cependant cela demandait des efforts énormes. Il se souvient de sa première année : « les cours ont commencé en septembre, je m’étais inscrit en octobre. C’est-à-dire j’avais déjà un mois de retard, alors je travaillais tous les jours à la bibliothèque. ».

Le temps passé au sein de l’université française détermine les degrés de difficulté exprimés. Les étudiants qui s’inscrivent pour la première fois dans la formation universitaire éprouvent en particulier beaucoup de difficultés dans la compréhension, la lecture et la rédaction. Chou est en Master 1, pour lui, le français constitue la plus grande difficulté, en particulier dans la rédaction. « J’ai une épreuve : pour écrire ce rapport du stage, mes camarades français ont mis deux jours, j’ai mis un mois. Pourquoi ? Parce que mon niveau de français est loin d’être suffisamment bon. J’ai des difficultés énormes pour exprimer correctement en français mes idées ».

– Les difficultés liées aux manques de connaissance de base dans la spécialité étudiée.

On peut constater pour beaucoup d’étudiants que la difficulté vient également du manque de base solide dans la matière étudiée. Ceci est plus remarquable pour les étudiants dont la concordance des cursus suivi en Chine et en France est relativement faible.

Dans les filières scientifiques où la concurrence est très forte, la réussite exige des étudiants, non seulement de fournir une grande quantité de travail régulier, mais aussi de faire preuve d’une grande discipline. Elle dépend également de la base solide dans des matières scientifiques. Qin, la fille qui a eu un bac littéraire en Chine, a choisi de s’inscrire dans une filière typiquement scientifique : mathématiques. Les études lui semblent particulièrement difficiles à cause du manque de formation.

« R : Je suis studieuse, mais j’avoue qu’il me manque de la perspicacité, depuis mon enfance. Q : Perspicacité dans ta discipline?

R : Justement, je ne sais pas pourquoi je ne peux pas avoir de bons résultats. Je travaille beaucoup, mais le travail n’est toujours pas récompense par de bons résultats aux examens. » Q : quel est le problème selon toi ?

R : Je ne sais pas m’y prendre dans mes études et pénétrer dans les savoirs.

Dans la plupart des cas, Il ne s’agit pas d’un changement radical, mais entre des filières proches, par exemple de l’électronique à l’informatique. Chou, en Master 1 en Analyse Spectroscopique, nous explique l’effet de connaissance antérieure dans la spécialité, en comparant avec une camarade chinoise dans la même spécialité dont le cursus en Chine était différent de celui suivi en France.

Q : Peux-tu bien suivre tes cours spécialisés ?

R : Ma spécialité concerne les sciences appliquées et polytechniques, elle exige en particulier une base solide en physique et en mathématiques. Comme mon cursus en Chine et en France reste le même, je n’ai pas de grosses difficultés dans la compréhension des savoirs spécialisés. Cependant, une camarade chinoise dans la classe apparaît confrontée à cette sorte de difficulté, car sa formation en Chine était la biochimie, encore très différente de son cursus en France. Cette difficulté se manifeste également pour nos camarades français qui n’ont pas une base très solide en sciences polytechniques.

Même si la concordance des cursus en Chine et en France apparaît très forte, l’enseignement peut être très différent au plan du contenu, de la méthode pédagogique et des objectifs. Cela est très notable pour les étudiants en mathématiques. Yang, en Licence 2 a confirmé cette différence : « j’ai des amis dans la faculté des mathématiques en Chine, j’ai discuté avec eux et ai lu leurs manuels. Le contenu et la méthode sont tellement différents que les livres en maths en chinois ne peuvent pas nous aider. Je cherche donc directement des manuels en français à la bibliothèque. »

XIE, qui a changé sa formation (études de médecine en chine, et l’informatique en France en master) parle peu des difficultés dans ses études. Elle se disait envier les étudiants commençant leurs études supérieures en France, parce qu’ils « acquerront à la fin de la Licence des connaissances très solides, plus solides qu’en Chine. »

3.4.2 Dans les filières de sciences humaines et de sciences économiques

-La lecture, l’écriture et l’expression orale

-Décoder les normes et les règles universitaires

Cela peut être plus vrai pour les étudiants en Sciences et en Sciences Humaines. Beaucoup d’entre eux interprètent les objectifs d’enseignements, et les exigences des professeurs et les critères de notation comme en Chine.

-Les différents degrés de difficulté et les différentes perceptions des difficultés

Dans les filières de sciences humaines, la perception des difficultés est très différente de l’un à l’autre, cela semble dépendre de l’exigence de l’étudiant envers lui-même et de l’exigence des professeurs à l’égard des étudiants. Cheng, étudiante qui maîtrise le mieux le français parmi nos enquêtés a fait trois ans de français dans son pays natal et a passé un an à Sciences Po Paris dans le cadre d’un programme d’échange. S’inscrivant en Licence 3 sociologie d’économie à Paris 1, elle se dit confrontée à d’énormes difficultés dans le suivi de la formation à cause de son manque de connaissance solide en sociologie et en sciences économique. « Q: Quelles sont les difficultés que tu as rencontrées dans tes études ?

R : Comme je partais de zéro en éco-sociologie, j’ai du ressortir mes manuels en chinois pour réviser, j’ai aussi acheté des tas de manuels pour comprendre les cours. Ils sont écrits par des enseignants américains et traduits en français, ils sont beaucoup plus compréhensibles que les manuels français, surtout en statistique… J’avais aussi beaucoup de difficultés à suivre dans les travaux dirigés car je les trouvais incompréhensibles. En sociologie, j’avais manqué beaucoup de lectures, donc j’ai passé ma licence en deux ans à cause de toutes ces difficultés.

Q : Pourtant, tu maîtrise bien le français, n’est ce pas ?

X: Je suis très exigeante avec moi-même au sujet du langage et même si mes amis me félicitaient pour la qualité de mon français, mes lacunes en vocabulaire me faisaient déprimer, me frustraient. »

3.4.3 Les choix des cours et la préparation des examens : des stratégies pour réussir

A partir de Licence 3, les étudiants peuvent avoir des options. Choisir les cours les plus faciles, les professeurs les moins « exigeants » sont des « stratégie » très employées par les étudiants français (Felouzis, 2003), et également chinois. Nos enquêtés ont bien utilisé cette stratégie dans les choix des cours et de préparation pour l’examen. Très conscients de leur lacune en français, les Chinois préfèrent des cours plus techniques, liés aux statistiques, informatiques, moins littéraires. Ting est en Sciences économiques et de gestion.

« Q : tes études sont-elles difficiles ?

R : Ca va. J’ai passé l’examen, j’ai souvent de bonnes notes en comptabilité, en informatique, ce qui me permet de compenser avec les notes médiocres en droit, en sciences sociales, quoi. Je révise les cours pendant la période d’examen, je lis très peu pendant la période normale. » Ka, un garçon actuellement en Master 2 Sciences d’économie et de gestion, il a commencé par Licence 3 et n’a pas redoublé. Il a bien réussi ses examens et validé chaque année, avec les mentions « passable » ou « assez bien ». Il a dû cette réussite aux formes d’examens pratiqués en France. Par l’idée de « récompenser », les examens permettent aux étudiants de développer leurs atouts et tolèrent leurs handicaps. Comparé aux formes des examens en Chine, il trouve celles de l’université française « juste ».

Q : Comment prépares-tu les examens ?

R : Les mathématiques, c’est des exercices. Mais ce n’est pas comme en Chine où les maths sont très compliquées. Il y a ce que nous devons mémoriser, comme le droit. Il n’y pas de problème, je prépare et je passe. Mais après l’examen, on oublie tout.

Q : As-tu passé les examens pour la première année ?

R : J’ai dû passer la deuxième session, j’ai tout réussi finalement. Ici, on prend la note en moyenne. Pour passer, il faut 10 en moyenne. En Chine, c’est environ 12, en plus, il faut 12 partout à chaque cours.

Il y a l’examen oral, c’est très bien. En Chine, on n’en a pas. Certains étudiants, en particulier mes camarades Français, n’ont pas de bonne note à l’écrit, mais ils réussissent bien l’examen oral. Les deux notes se compensant, il passe. C’est relativement juste.

Lire le mémoire complet ==>

(L’expérience des étudiants chinois en France : Entre mobilité et intégration)
Mémoire de Master Recherche : Sociologie de l’éducation et de la formation
Université Paris Descartes – Paris V – Faculté des Sciences Humaines et Sociales – Sorbonne

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