Erudit : Promouvoir et diffuser la recherche universitaire

By 19 March 2013

3.3. Erudit : Promouvoir et diffuser la recherche universitaire erudit.org

Erudit est le dernier exemple analysé de ce travail. Considérant principalement les sciences humaines et sociales, il se différencie de BioMed Central et HighWire par la quantité moindre d’information disponible. Il est le fruit d’une collaboration étroite entre trois universités et le secteur public québécois.

3.3.1. Historique

Erudit propose un accès à des revues en ligne se situant principalement dans le domaine des sciences humaines et sociales (économie, anthropologie, histoire,…) ainsi que, dans une moindre mesure, dans celui des sciences naturelles (géographie, entre autres). A côté de ces revues, Erudit donne également accès à quelques livres, actes, thèses et autres types de documents comprenant des articles et des rapports.

Le projet Erudit a été envisagé dès 1997 au sein des Presses de l’Université de Montréal. Il a débuté en 1998 avec pour objectif la diffusion numérique de revues. Cet objectif envisageait trois dimensions : l’expérimentation de la publication de 1998 à 1999 de cinq revues pour mettre à l’épreuve la chaîne de traitement numérique (tout en conservant la publication sur papier); la démonstration de l’intérêt, de l’utilité et du bien fondé de la mise en place d’un centre pour la publication de revues scientifiques en ligne; la prise en compte et la découverte des enjeux de la publication scientifique numérique [http://www.erudit.org/documentation/rapport/chap2/chap2.htm].

En 2000, le projet aboutit à la création d’un groupe interuniversitaire pour l’édition numérique ou “consortium Erudit”, composé de trois universités québécoises : l’Université de Montréal, l’Université du Québec à Montréal et l’Université Laval [Iacovella 2004, p.2]. En 2001 et 2002, le projet met sur pied un processus pour la publication, non seulement de revues mais aussi de livres numériques. Dans le même temps, le consortium se voit confier la mission de créer une plateforme pour la diffusion de ces produits numériques. Cette plateforme sera mise en service en octobre2002 sous le nom d’Erudit.

Si le projet est techniquement réalisé par les universités québecoises, celles­ci ne sont pas les seuls intervenants dans le projet puisqu’il est financièrement soutenu par le fonds FCAR19 de 1998 à 1999 et par le Fonds de l’autoroute de l’information de 2001 à 2002. Actuellement, Erudit bénéficie du soutien du Fonds québecois de recherche sur la société et la culture, du Fonds de l’autoroute de l’information, du Ministère du Développement économique et régional, du Fonds québécois de recherche sur la nature et les technologies et du Fonds de recherche en santé du Québec [http://www. erudit.org/info.html].

Nous le voyons, Erudit est le fruit d’une collaboration étroite entre le monde universitaire québécois et différentes institutions de la région qui encouragent la recherche par leurs subventions.

3.3.2. Technique et fonctions

Fonctionnement général

Erudit propose d’emblée plusieurs sections présentant les types de document que l’utilisateur désire consulter : revues, livres et actes, thèses, “autres documents et données”. Il est également possible d’accéder directement à l’interface de recherche.

19 Fonds pour la Formation de Chercheurs et l’Aide à la Recherche qui stoppe ses activités en 2001 suite à la nouvelle “politique québecoise de la science et de l’innovation” et dont la relève est assurée par le Fonds de recherche sur la nature et les technologies, le Fonds québecois de la recherche sur la société et la culture et le Fonds de recherche en santé du Québec [http://www.fcar.qc.ca/nateq/fonds.htm].

Les revues disponibles sont actuellement au nombre de 37 et cinq de plus seront bientôt diffusées sur le site d’Erudit. Les domaines concernés par ces revues sont variés et touchent principalement aux sciences humaines et sociales. Quelques revues concernent, elles, les sciences naturelles : Cahiers de géographie du Québec, Géographie physique et Quaternaire, Mé decine/Sciences, Phytoprotection.

Pour assurer la survie d’Erudit, tous les numéros des revues ne sont pas accessibles gratuitement. Un système de barrière mobile a été mis au point. Les abonnés payant ont accès à la totalité des numéros tandis qu’on ne trouve en accès direct et gratuit que les anciens numéros (ceux­ci ne sont pas pour autant dépourvus d’intérêt). Quand un nouveau numéro de la revue paraît, le nombre de numéro en accès libre augmente de manière à barrer l’accès aux x derniers numéros parus. Cette barrière mobile est spécifique à chaque revue et varie de l’une à l’autre. Les revues Etudes françaises et Etudes internationales, par exemple, autorisent la consultation de certains numéros de l’année en cours. Par contre, les numéros de la revue Géographie physique et Quaternaire ne sont disponibles que jusqu’en 2001.

Si, pour certaines revues, la présence de la barrière ne laisse un accès qu’à peu de numéros, d’autres revues ont fait l’objet d’une numérisation rétrospective et peuvent, comme les Cahiers québé cois de Démographie, proposer des numéros datant de 1989 ou comme Meta : Journal des traducteurs des numéros de 1966.

Les articles sont parfois disponibles en différents formats (.pdf et . html), parfois en un seul format (.pdf). C’est le cas pour les anciens articles qui ont été numérisés et pour lesquels une version .html n’a pas été réalisée.

Comme BioMed Central, Erudit ne fait que proposer une plateforme technique pour l’hébergement de revues et n’intervient pas dans le fonctionnement interne de celles­ci. Le mode d’acceptation d’articles, la soumission à un peer review reviennent donc aux différentes rédactions.

Jusqu’à présent, Erudit propose treize livres téléchargeables gratuitement par les internautes. Tous sont issus d’une manière ou d’une autre des trois universités initiatrices du projet. Le seul ouvrage non édité directement par une des maisons d’éditions des universités, l’est par un de leur professeur20.

La publication de livres par Erudit n’a pas comme seul objectif la simple mise à disposition gratuite d’ouvrages. Erudit permet aux éditeurs d’expérimenter la publication en ligne et aux chercheurs universitaires, l’étude des usages et nouveaux services pour le lectorat.

Certains livres sont disponibles aux formats Open eBook et Microsoft Reader permettant le téléchargement et la lecture au moyen d’un livre électronique. D’autres ouvrages (par exemple : Comprendre la famille, actes des symposium québecois de recherche sur la famille) ne sont disponibles qu’au format .pdf.

Erudit propose également une structure d’accueil pour les thèses. N’importe quelle université peut demander à utiliser ce service mais jusqu’à présent, aucune thèse n’est disponible. Il est vrai que de plus en plus d’universités mettent sur pied leurs propres dépôts de thèses.

20 Internet et la Démocratie est édité par Denis Monière, professeur à l’Université de Montréal.

La page des thèses d’Erudit, se pose dès lors en point de départ de la recherche en fournissant quatre liens : les thèses en ligne des universités de Montréal et Laval, NDLTD et Cyberthèses21, . Il ne s’agit donc que d’un point d’accès.

La section d’Erudit concernant les “autres types de documents” fonctionne sur le même principe que celle des thèses : Erudit propose un espace et une structure d’accueil aux institutions qui souhaiteraient diffuser leurs documents en ligne. Le service n’est pas uniquement réservé aux universités québecoises qui sont à l’origine d’Erudit, il est ouvert à tous et gratuitement. Pour assurer ce service, Erudit utilise le logiciel DSpace développé au MIT.

Jusqu’à présent, douze unités de recherche utilisent Erudit et diffusent ainsi des articles, des pre­prints, des rapports de recherche, … Elles totalisent ainsi 844 documents22.

Les différents services rendus par Erudit ne bénéficient pas tous du même succès, l’utilisation des uns et des autres semble variée. Si les revues et les “autres documents” fournissent aux utilisateurs une quantité de données relativement importante, il n’en va pas de même pour les thèses et les livres. Mais ce dernier média se prête sans doute moins à la numérisation et à la diffusion en ligne, d’autant plus que les livres électroniques n’ont pas rencontré un grand succès.

21 Projet mené par l’Université de Montréal et l’Université Lumière Lyon 2 référençant et reprenant les liens hypertextes vers les thèses des institutions participantes [http://www.cybertheses.org]
22 Données au 18 août 2004

Recherche d’information

La page d’accueil d’Erudit donne un moyen d’accéder directement à la recherche d’information. Cet outil ne permet d’effectuer des requêtes que sur le contenu des revues, cela n’est pas précisé de manière très claire à l’utilisateur. Il est possible d’effectuer une recherche simple basée uniquement sur des mots­clés. La recherche plus avancée permet d’utiliser les champs titre, auteurs, tous champs sauf texte et de limiter les résultats à un intervalle de temps et/ou à la publication dans une ou plusieurs revues.

Une fois la recherche effectuée, il suffit de cliquer sur le titre de l’article pour le consulter, les autres résultats éventuels restent disponibles.

Si aucune recherche n’est possible sur les livres, ce n’est pas le cas en ce qui concerne les “autres documents et données”. Pour chaque archive d’unité, il est possible d’effectuer une recherche spécifique simple sur l’auteur, le titre ou la date. la recherche avancée permet aussi de choisir un ou plusieurs dépôts comme source d’information et peut s’effectuer sur les index des auteurs, titres, résumés, collections, identificateurs ou tous ces champs à la fois mais seulement trois mots­clés sont autorisés. Ils peuvent être liés par des opérateurs booléens (et, ou, sauf).

Les possibilités de rechercher de l’information dans Erudit ne sont pas très riches. Dans aucun cas il n’est possible d’effectuer une recherche full text ni une recherche sur l’ensemble du fonds documentaire. Il est dommage que l’utilisateur doive répéter plusieurs fois sa requête pour être sûr d’obtenir toute l’information disponible. Néanmoins, même si ces possibilités de recherche ne sont pas larges, cela ne signifie pas pour autant qu’il est impossible de retrouver une information.

3.3.3. Situation actuelle

Comme c’est également le cas pour d’autres services présentés ici, Erudit n’offre pas de statistiques. Et, s’il est aisé d’évaluer la quantité de documents disponibles, il est impossible de savoir dans quelle mesure ceux­ ci sont exploités. Les treize unités de recherche proposent 844 documents et données diverses, treize livres sont téléchargeables et 37 revues sont consultables (le nombre de numéros disponibles gratuitement ou non varie de l’une à l’autre).

Un des intérêts d’Erudit est que, à côté des revues et de leurs articles, on trouve également d’autres types de documents (monographies, actes de colloques, rapport de recherche, …) concernant des domaines parfois très variés. Malheureusement, le visiteur pourrait être déçu. Sur la page d’accueil, la section thèse se situe au même niveau que les autres et on s’attend à trouver un fonds de thèse aussi riche que celui des revues. Or Erudit n’héberge aucune thèse, ce manque est en partie compensé par la présence des différents liens.

Il est également précisé que l’objectif d’Erudit n’est pas la simple mise en ligne de documents. Si, comme cela est dit sur le site, il y a effectivement des chercheurs qui s’intéressent à l’utilisation d’Erudit, il faut espérer que ceux­ci utiliseront leurs observations pour améliorer les services d’Erudit ou ceux des trois universités participant pleinement au projet.

Le site du projet manque parfois de clareté. L’outil de recherche est limité aux revues mais cela n’est pas indiqué et la confustion augmente encore puisqu’il est accessible depuis toutes les pages du site. Les derniers numéros des revues ne sont accessibles que sur abonnement mais, là aussi, ce n’est pas précisé de manière évidente; l’utilisateur ne peut voir que les numéros auxquels il a accès mais pas ceux pour lesquels il doit payer. Le visiteur a donc intérêt à se renseigner d’abord sur le fonctionnement d’Erudit, à faire un bref tour du site pour prendre conscience des opportunités qui lui sont offertes.

Erudit est ouvert à tous dans le monde mais une visite du site montre que la plupart des documents proposés proviennent des universités québécoises. Les universités de Montréal et Laval ont toutes deux leurs propres dépôts de thèses et développent pour elles­mêmes leurs projets de dépôts institutionnels23. Les universités étrangères préféreront peut­être, elles aussi, développer leurs propres outils car si elles en ont les moyens, avoir son propre dépôt institutionnel est plus prestigieux et est la preuve d’un certain savoir faire. Erudit pourrait, dès lors, se passer de sa section “thèses” (ou éventuellement, l’enrichir en ajoutant des liens vers d’autres dépôts de thèses en ligne), continuer d’enrichir son fonds de revues ou, pourquoi pas, se centrer uniquement sur le monde québecois de manière à conserver une certaine uniformité, un point commun entre les documents proposés. Une autre idée serait de réellement enrichir la section des thèses et proposer en dépôt institutionnel commun aux trois universités participantes mais, comme celles­ci (l’UQAM exceptée) ont déjà toutes un projet en route, il y a donc peu de chance qu’Erudit puisse jouer ce rôle. Si les universités initiatrices développent chacune leur propre dépôt institutionnel avec succès, il y a peu de chance que les services “thèses” et “autres documents et données” d’Erudit subsistent ou du moins, s’agrandissent encore.

23 Archimède à l’Université Laval [http://archimede.bibl.ulaval.ca] et Papyrus à l’Université de Montréal [http://papyrus.bib.umontreal.ca]

4. Tableau récapitulatif

Initiateur Situation géographiq ue Type de documents Quantité de document s24 Domaines abordés
Dépôts thématiques
arXiv P. Ginsparg, Laboratoire de Los Alamos Etats-Unis Articles (pré- et post-prints) 288 352 soumissions Physique, mathématique, sciences non-linéaires, informatique, biologie quantitative
@rchiveSIC G. Gallezot (Université de Nice), G. Chartron (Institut National de Recherche Pédagogiqu e), J.-M. Noyer (Université Paris 7) France Articlespubliés ou en cours de publication, workingpapers 370 documents Sciences de l’information et de la communication
RePEc T. Krichel(université de Loughborou gh) Projet décentralisé Articles, working papers, logiciel, informationsur des livres,chapitres de livres,

auteurs, publications, institutions

284 000 éléments Sciences économiques
Dépôts institutionnels
CaltechCODA California Institute of Technology Etats-Unis Livres, thèses, articles, rapports de recherche,… 2 331 documents25 Toutes les disciplines enseignées à Caltech
MIT Theses Massachuse tts Institute of Technology Etats-Unis Thèses et mémoires 5 600 documents (en août2004) Toutes les disciplines enseignées au MIT

24 Chiffres au 8 septembre 2004
25 Approximation depuis le site d’oaister [http://oaister.umdl.umich.edu/o/oaister/browsec.html]

Initiateur Situation géographiq ue Type de documents Quantité de documents Domaines abordés
e-PrintsSoton University of Southampto n Royaume- Uni Articles, chapître de livres, textes de conférence, multimédia,… 1 328 documents Toutes les disciplines enseignées à l’université de Southampton
Revues en ligne
BioMedCentral Current Science Group Royaume- Uni Revues complètes et leurs articles 151 revues Biologie et médecine
HighWire Université de Stanford Etats-Unis Revues complètes et leurs articles 684 revues Biologie, médecine, physique et sciences sociales
Erudit Université de Montréal, Universitédu Québec àMontréal, Université Laval Canada Revues,(livres, thèses, “autres documents”) 37 revues,13 livres Sciences humaines, sociales et naturelles
Financement But lucrat if Gratuité Lien avec un fédérateur (autre que OAI) OAI– PM H
Dépôts thématiques
arXiv Public (National Science Foundation) et universitaire Non Oui Aucun Oui
@rchiveSIC Public (CCSD/CNRS) Non Oui CCSD (Centre pour la communication scientifique directe) Oui
RePEc Décentralisé, public(JISC) à l’origine Non Dans la plupart des cas Aucun Oui
Dépôts institutionnels
CaltechCODA Universitaire Non Oui Caltech ETD participe àNDLTD Oui
MIT Theses Universitaire Non Accès aux images : oui, version .pdf ou papier : non NDLTD Non
Financement But lucrat if Gratuité Lien avec un fédérateur (autre que OAI) OAI– PM H
e-PrintsSoton Public (JISC) Non Oui Aucun Oui
Revues en ligne
BioMedCentral Privé (Current Science Group et publication d’article) Oui Accès : oui, publication : non Supporte SPARC etNDLTD Oui
HighWire Universitaire et abonnements Non Dans certains cas Washington DC Principles for Free Access to Science Non
Erudit Public, universitaire et abonnements Non Dans certains cas Aucun Non

Ces deux tableaux se complètent pour donner une vue d’ensemble des différents projets analysés. Le premier tableau met en avant des données concernant l’état des exemples considérés, le second présente des données en rapport avec l’Open Access et ses aspects financiers. Les conclusions, comparaisons et remarques que nous pouvons établir sont propres aux exemples choisis, il est inutile de vouloir les appliquer à l’ensemble des projets du même type existant par ailleurs.

Chacun des modèles envisagés présente des avantages et des inconvénients, tous n’ont pas les mêmes fonctionnalités, ni les mêmes objectifs. Les dépôts thématiques centralisent une large quantité de documents de tout type sur un même sujet mais n’assurent pas de peer review. Ce qu’ils compensent avec un système de parrainage comme dans arXiv ou une évaluation par un spécialiste comme dans @rchive SIC.

Les dépôts institutionnels ont l’avantage de donner une certaine visibilité à des documents difficilement consultables : les travaux de fins d’études. Ceux­ci, s’ils ne sont pas soumis au peer review sont évalués par les professeurs. Malheureusement, aucun des dépôts considérés n’a mis en place une politique d’archivage des thèses et mémoires obligatoire. Et, si ces dépôts ont une fonction de prestige, ils ne peuvent néanmoins pas être considérés comme entièrement représentatifs de l’activité scientifique de l’université à laquelle ils appartiennent.

Enfin, les revues en ligne assurent, à peu près, les mêmes fonctions que leurs homologues sur papier et mettent en oeuvre l’arbitrage par les pairs. Leur gratuité est néanmoins réduite, soit au niveau de la lecture des articles (HighWire et Erudit), soit au niveau de leur publication (BioMed Central). Nous pouvons le constater, les moyens de paiement sont variés et chacun des trois exemples utilise un système de financement différent.

La question que nous pouvons nous poser à présent est celle de la durabilité de ces différents projets. Nous ne pouvons pas, bien évidemment, prédire l’avenir mais certains éléments peuvent se poser en indice d’une certaine pérennité. Tout d’abord, la quantité d’information recueillie dans certain projet, il est peu probable que les 288 352 articles d’arXiv, les 284 000 éléments de RePEc, les 684 revues de HighWire, … ne soient un jour, plus disponibles nulle part. Et, en cas de difficulté, il est du devoir de ces projets d’assurer l’accès à l’information qu’ils contiennent. Le soutien de projets fédérateurs, l’adhésion aux textes promotionnant l’ouverture de l’information scientifique peuvent se poser en garants de la pérennité de l’accès à ces documents

La maturité de certains projets tels qu’arXiv est un autre indice. De nombreux physiciens, mathématiciens, biologistes et informaticiens utilisent régulièrement ce dépôt, tant pour y déposer que pour y chercher de l’information.

Nous pouvons également noter l’investissement du secteur public, notamment en France avec le CNRS et le CCSD, en Grande­Bretagne avec le JISC et au Québec avec divers fonds supportant la recherche scientifique. Bien sûr, les universités sont également une forme de financement public indirect.

Celles­ci apportent beaucoup aux différents projets. En matière d’expertise et en tant qu’acteur principal de la communication scientifique, il est impensable pour les différents projets de se passer de leur implication. Ajoutons qu’un dépôt institutionnel fonctionnel et dynamique est un atout important pour une université. La diffusion des résultats de la recherche, en plus d’améliorer la communication scientifique, peut augmenter le prestige d’une université.

Tous ces éléments ne sont que des indices, il est impossible de prévoir le sort de ces nouveaux modes de communication scientifique. Leur avenir dépend certainement de l’implication des chercheurs, de l’utilisation qu’ils feront de ces produits. Plus ils seront utilisés tant pour le dépôt de documents que pour la recherche d’information, plus il y a de chance qu’ils subsistent. C’est au monde scientifique de leurs créer une place au sein de son système de communication et d’évaluation.

Conclusion :

Après avoir, en quelques mots, dressé le portrait de la situation catastrophique dans laquelle se trouvent les bibliothèques de recherche, nous avons présenté quelques uns des projets qui encadrent et font la promotion des initiatives pour une meilleure diffusion de l’information scientifique.

Ces fédérateurs se sont développés peu après l’apparition des premiers services Open Access et continuent de jouer un rôle important, notamment dans la sensibilisation des acteurs.

Nous sommes ensuite passés à l’analyse de neuf exemples représentant trois modèles : les dépôts thématiques, les dépôts institutionnels et les revues en ligne. Nous avons vu que chacun, sur des modes différents, proposent aux scientifiques de nouvelles méthodes pour diffuser leurs résultats. Nous avons également pu constater qu’au sein d’un même modèle, des variantes sont présentes. Chaque projet met en avant et développe ce qui lui semble le mieux convenir à la communauté qu’il sert. Tous présentent donc des avantages et des inconvénients.

Malgré toutes ces différences, il existe néanmoins un point commun à tous ces projets : ils n’existent et ne pourront continuer d’exister qu’à la condition que les chercheurs et l’ensemble du monde scientifique et académique les utilisent pour leurs recherches et les alimentent de leurs écrits.

Ces projets ont modifié le comportement de certains chercheurs mais qu’en est­il de celui des éditeurs commerciaux ? Le projet SPARC est d’augmenter la concurrence de manière à faire baisser les prix, a­t­il eu des effets ? Il est sans doute encore tôt pour mesurer les effets de ces projets sur les éditeurs commerciaux mais certains ont déjà réagit. Depuis peu, Elsevier autorise ses auteurs à archiver leurs articles dans le dépôt de leur institution et d’ainsi le rendre disponible en libre accès. Cet auto­archivage n’était pas réalisable auparavant car l’auteur, en général, cédait l’entièreté de ses droits sur l’article à son éditeur.

L’Open Access semble être, pour le moment, un sujet dont il est beaucoup question. Cette année, en Belgique, la revue Louvain et les Cahiers de la Documentation en ont fait leur thème principal. Sur le web, plusieurs bibliothécaires et documentalistes profitent de la technologie des weblogs pour faire circuler l’information (Open Acces News, BiblioAcid, In Between, …). Tout cela n’est certainement pas suffisant, le public sensibilisé reste en très petit nombre, mais ces initiatives assurent une certaine visibilité au sujet et il faut espérer que celle­ci ira croissant.

L’information, aussi grande soit son importance, doit s’accompagner d’une action émanant des autorités universitaires, des pouvoirs publics, des chercheurs. Un bon exemple en est certainement le Joint Information Systems Committee qui en Grande Bretagne encourage la création de dépôts et de projets favorisant l’accès à l’information. En communauté française de Belgique, le projet BICTEL/e, lorsqu’il sera finalisé, permettra aux chercheurs et étudiants des universités francophones belges, d’auto­archiver leurs thèses et mémoires.

Si l’Open Access apparaît comme l’une des principales solutions à la crise des périodiques, elle ne présente pas que des avantages. Un des inconvénients majeurs est, à notre avis, le passage implicite à un “tout électronique”. L’objectif principal des projets que nous avons rencontrés est d’améliorer la diffusion des textes, la rendre plus rapide et accessible à un plus grand nombre de personnes. La diffusion via internet rend cela possible : pas de temps “perdu” pour l’impression et l’envoi du courrier, articles consultables par plusieurs personnes en même temps, … Tous ces avantages ont aussi leur revers : on ne tombe plus par hasard sur un article intéressant dans une revue abandonnée sur un coin de table et on ne rencontre plus personne en allant chercher une revue dans la bibliothèque, la lecture à l’écran n’est pas aussi confortable que sur papier, …

A ce problème d’ordre social, on peut ajouter le problème de l’archivage et des coûts cachés. Alors que les bibliothèques gèrent l’archivage des revues sur papier, à qui appartient ce rôle dans le cas de documents électroniques ? L’accès aux anciens numéros peut être garanti dans le contrat signé entre la bibliothèque et l’éditeur commercial mais dans le cas de dépôts disciplinaires, institutionnels et des revues dont la consultation et gratuite, il n’y a pas de contrat signé. Signalons toutefois, même avec un éditeur commercial, il arrive qu’un article ne soit plus accessible. Elsevier a ainsi supprimé de son offre plusieurs articles considérés comme “polémiques” ou “mauvais” après avoir passé la barrière du peer review et avoir été publié dans l’une de leurs revues[Lapèlerie 2003]. Mais cela est un autre aspect de la publication en ligne sur lesquel nous ne nous étendrons pas.

La consultation gratuite d’une ressource en ligne, coûte toujours une certaine somme à son lecteur, même si cela n’apparaît pas directement. Il doit payer la connexion au serveur, doit s’être équipé du matériel informatique adéquat. S’il souhaite conserver l’article, c’est à lui de payer le stockage sur son disque dur ou le papier et l’encre qui lui serviront à se procurer une copie sur papier. Si ces différents éléments sont facilement disponibles pour les chercheurs des pays favorisés, il n’en va pas de même pour les pays en voie de développement.

La publication par les éditeurs commerciaux, qu’il s’agisse de revues ou de monographies, a encore sa place sur nos étagères et nos ordinateurs mais si la croissance des prix continue, les bibliothèques seront obligées de s’en passer ou, au minimum, de diminuer leur offre de documentation à leurs utilisateurs. Augmenter l’utilisation des dépôts institutionnels et disciplinaires, favoriser l’auto­archivage et considérer les revues en ligne comme les égales des revues papiers sont des moyens d’augmenter la concurrence avec les éditeurs commerciaux. Ces derniers, limités à quelques grands groupes, sont en situation d’oligopole, ce qui leur permet d’imposer leurs prix. L’augmentation de la concurrence pourrait les inciter à baisser les coûts des abonnements.

La situation idéale serait peut­être un retour à la normale des prix des périodiques et une co­existence des initiatives Open Access et des éditeurs commerciaux. Pour mieux comprendre comment cela serait possible et quelle situation serait, en réalité, la plus équilibrée, la plus réalisable, de nombreux points devraient encore être abordés. Citons simplement celui de la technique, elle évoluera encore certainement et permettra l’apparition de nouveaux outils. La question des droits d’auteur, même si nous l’avons peu abordée est également omniprésente dans ce débat, et, le droit n’étant pas figé, des évolutions pourraient encore largement être envisagées dans ce domaine.

La communication scientifique est un sujet vaste, les changements induits par la crise des périodiques et les nouvelles technologies n’ont fait que l’étendre et il est impossible d’en aborder toutes les facettes dans le cadre d’un seul mémoire.

Lire le mémoire complet ==> (Réflexions sur quelques nouveaux modèles de communication scientifique)
Diplôme d’études spécialisées (D.E.S.) en sciences et technologies de l’information
Université Libre de Bruxelles – Faculté de Philosophie et Lettres Section Infodoc

Table des matières :

Introduction 5
Chapitre 1. La crise des périodiques 11
Chapitre 2. Des projets fédérateurs 17
1. OAI : Open Archives Initiative 19
2. SPARC : The Scholarly Publishing and Academic Resources Coalition
3. NDLTD : Networked Digital Library of Theses and Dissertations 28
4. Open Archives Forum 32
Chapitre 3. Des nouveaux modèles de communication scientifique 36
1. Les archives thématiques 36
1.1. ArXiv : e­print archive 36
1.1.1. Historique 36
1.1.2. Technique et fonctions 37
Fonctionnement général 37
Recherche d’information 39
1.1.3. Situation actuelle 40
1.2. @rchive SIC : Archive Ouverte en Sciences de l’Information et de la Communication 43
1.2.1. Historique 43
1.2.2. Technique et fonctions 44
Fonctionnement général 44
Recherche d’information 46
1.2.3. Situation actuelle 48
1.3. RePEc : Research Papers in Economics 51
1.3.1. Historique 51
1.3.2. Technique et fonctions 52
1.3.3. Situation actuelle 55
2. Les dépôts institutionnels 58
2.1. Caltech CODA 58
2.1.1. Historique 58
2.1.2. Technique et fonctions 60
Fonctionnement général 60
La recherche d’information 63
2.1.3. Situation actuelle 64
2.2. Digital Library of Massachusetts Institute of Technology Theses. 68
2.2.1. Historique 68
2.2.2. Fonctions et technique 69
Fonctionnement général 69
La recherche d’information 71
2.2.3. Situation actuelle 72
2.3. e­Prints Soton : University of Southampton e­Prints Service 74
2.3.1. Historique 74
2.3.2. Technique et fonctions 75
Fonctionnement général 75
La recherche d’information 77
2.3.3. Situation actuelle 78
3. Les revues en ligne “Open access” 83
3.1. BioMed Central : The Open Access Publisher 83
3.1.1. Historique 83
3.1.2. Technique et fonction 84
Fonctionnement général 84
La recherche d’information 86
3.1.3. Situation actuelle 88
3.2. HighWire 91
3.2.1. Historique 91
3.2.2. Technique et fonctions 92
Fonctionnement général 92
La recherche d’information 96
3.2.3. Situation actuelle 97
3.3. Erudit : Promouvoir et diffuser la recherche universitaire 99
3.3.1. Historique 99
3.3.2. Technique et fonctions 101
Fonctionnement général 101
Recherche d’information 105
3.2.3. Situation actuelle 106
4. Tableau récapitulatif 109
Conclusion