Développer l’attractivité des métiers de l’automobile

By 14 March 2013

C – DÉVELOPPER L’ATTRACTIVITÉ DES MÉTIERS

L’automobile, loin de se résumer à de la « science dure », reste avant tout une immense aventure collective. La filière s’est enrichie, notamment sous l’effet de l’accélération du rythme de ses innovations, d’une diversité importante de profils et de compétences. Ce « capital immatériel » est essentiel à l’automobile, à la poursuite de son évolution et au développement de sa performance.

1. La transmission d’entreprise

La transmission d’entreprise correspond également à une problématique majeure : 25 000 entreprises seront à céder dans les cinq prochaines années. Les lois de 2003 et 2005 relatives à l’initiative économique et aux PME, ont prévu des outils pertinents. Cependant, cette problématique est également liée à une question d’image et d’attractivité.

Notre assemblée estime ainsi nécessaire qu’un accompagnement sectoriel soit privilégié par les Pouvoirs publics, de manière à ajuster la coordination des dispositifs existants selon les spécificités d’une filière économique.

Elle réitère à ce titre les recommandations de son avis relatif à « la transmission des PME » adopté le 15 décembre 2004 : parmi les mesures proposées pour faciliter, notamment, la mise en relation entre « le cédant qui vend son passé » et le « repreneur qui achète son avenir », la création d’un véritable « marché unifié de la reprise », qui existe peu dans la filière automobile, devrait être initiée. Un portail Internet dédié pourrait en particulier être développé, de manière à renforcer la cohérence entre les différents réseaux – tant au niveau des constructeurs et de leurs fournisseurs qu’à celui des organisations professionnelles et des chambres consulaires.

2. Valoriser l’image de la filière automobile

La filière automobile est confrontée à une problématique d’image. Malgré un large éventail de profils de métiers, la perspective d’y « faire carrière » suscite aujourd’hui peu de vocations. Comme d’autres secteurs, l’automobile connaît un important déficit d’attractivité qui explique en partie ses difficultés à attirer des jeunes et à trouver des expertises techniques nécessaires, en particulier dans des fonctions supports.

Cette perception, qui traduit une certaine méconnaissance de la filière, ne correspond pas aux réalités de métiers aujourd’hui éloignés des chaînes de production ou des ateliers de réparation des années 1960. Ces activités se sont progressivement qualifiées et font désormais appel à un gisement très diversifié de profils. L’élargissement de l’éventail des emplois permet de véritables carrières, encouragées par une politique de formation et de mobilité qui se développe en amont comme en aval de la filière. Il s’agit enfin de professions qui se féminisent, ce qui se vérifie – certes de manière différenciée – dans l’ensemble de la filière, y compris dans les postes à responsabilité. Les femmes représentent ainsi 22,5 % des effectifs de recherche.

La problématique liée à l’image de l’automobile et de sa capacité à se projeter dans l’avenir est centrale. Cette question emporte en effet un risque de délocalisations potentielles en affaiblissant les sites industriels mais aussi commerciaux. Cet enjeu est d’autant plus important que le choc démographique va provoquer une vive concurrence entre les secteurs économiques pour solliciter les nouvelles générations de compétences. Cette situation suppose un réel effort d’attractivité que la filière ne pourra réaliser seule, notamment en matière de politique d’aménagement du territoire.

Notre assemblée estime à cet égard que la filière doit engager une vigoureuse campagne de valorisation des métiers de l’automobile. Cette campagne devrait être prolongée par d’autres opérations de communication, notamment en faveur du développement de l’apprentissage dans l’automobile, associant l’État, les conseils régionaux et les branches professionnelles.

Conclusion

L’automobile française de 2006 est porteuse d’avenir. Il n’y a pas de développement sans bases solides. Celles de l’automobile française le sont. Ses acteurs sont souvent à la pointe du progrès technologique et ont relevé des défis importants en matière d’environnement et de sécurité, même si beaucoup d’efforts restent encore à accomplir. Un examen prospectif approfondi des technologies actuelles et futures, intégrant les efforts à déployer pour l’acquisition des compétences des salariés, s’avère indispensable pour atteindre l’objectif d’une voiture plus « vertueuse », sans négliger pour autant les réalités économiques et sociales ainsi que les besoins des consommateurs et des entreprises.

Aucune position n’est acquise sur un marché mondialisé où l’innovation et les facteurs de compétitivité sont déterminants. Tous les acteurs doivent en prendre la mesure afin de faciliter et d’encourager les adaptations nécessaires. Imposer des solutions sans concertation avec la filière serait contreproductif. Il est souhaitable au contraire d’établir une logique globale de partenariat réel dans toute la filière et une prospective partagée, permettant de conforter la base industrielle, technologique, économique et sociale. La constitution d’un marché- socle européen solide, assorti de règles homogènes et de normes de haut niveau sur le plan international est en ce sens fondamentale pour assurer l’avenir de la filière française.

Les acteurs eux-mêmes doivent tirer les enseignements de ces mutations, en créant les véritables conditions d’une coopération approfondie au sein de la filière. Coexistent, en France, de grands groupes industriels de dimension mondiale et un tissu de PME/TPE ancrées sur le territoire national. Fondamentalement interdépendants, les acteurs de cette filière sont en effet liés par une solidarité de destin qui doit se traduire de manière effective.

La filière se modernise et évolue de manière continue. Alors que s’ouvre le « deuxième siècle de l’automobile », elle devra répondre par une profonde adaptation de ses modèles industriels, économiques et sociaux, laquelle emportera des conséquences sur le travail, l’emploi et les compétences. La filière a incontestablement à effectuer un profond travail d’analyse sur elle-même et à développer le dialogue et la négociation avec ses partenaires sociaux pour déterminer rapidement les voies et moyens de sa compétitivité future, alliéee au progrès social en France et à l’étranger.

Enfin, la France a indéniablement besoin de re-découvrir cette filière, et, dans une certaine mesure, de « se réconcilier » avec son automobile qui fait partie intégrante de son histoire, de son identité et de sa capacité à poursuivre sur la voie d’un développement durable.

L’automobile française : Une filière majeure en mutation
Avis et rapports du conseil économique et social
République française