Dépassement des mécanismes préjudiciables à la relation vivante

By 6 March 2013

Possibilité de dépassement des mécanismes préjudiciables à la relation vivante

Nos participants dressent une liste éloquente des mécanismes stéréotypés rencontrés dans l’expérience de la relation de couple : la logique binaire (dominant/dominé…), les réponses action/réaction, les mécanismes fusionnels, les émotions négatives paroxystiques, les non-dits, les exigences, les attentes, les projections, les distorsions, la jalousie…

Quels que soient les mécanismes envisagés, nous nous apercevons que la personne en relation avec le sensible a une opportunité de ne pas s’identifier à ceux-ci. Elle se voit, de plus, donner des « solutions », des voies de passage pour ne pas les activer ou pour les transcender. Ceci peut se faire de deux façons. Premièrement, depuis le lieu du sensible, la personne découvre des états d’être différents à partir desquels les mécanismes habituels ne s’activent pas. Deuxièmement, quand ils s’activent, la personne a les moyens « de percevoir et d’agir dans l’immédiat », comme nous l’affirme Philippe. Elle peut choisir de réguler en temps réel ses attitudes au profit d’une dynamique relationnelle constructive. Philippe, toujours, nous témoigne ainsi de moments inédits où l’engrenage des émotions négatives est évité. Il nous donne cet exemple percutant de la colère qui, coupée du sensible, peut alimenter une dynamique « destructive » débouchant sur la « haine » alors que vécue depuis le rapport au sensible, la colère cohabite avec l’amour dans une dynamique cette fois-ci « constructive ».

La transformation des représentations

Notre analyse confirme les travaux de Danis Bois (2007, op. cit.), à savoir qu’au contact du sensible, les certitudes, les croyances, les idées fixes sont bougées. Cette mise en mouvement des repères touche des éléments centraux de la relation de couple, comme nous le montre très clairement Thierry : le rapport à l’amour, à la liberté, à l’engagement, à la fidélité, à l’exclusivité, à la solitude, aux contraintes et à la temporalité (immédiateté et durée). En conséquence de cette transformation, l’individu se dégage progressivement de l’emprise d’un système de valeurs a priori, d’allants-de-soi psychologiques et sociaux qui, bien souvent, fondent les contours du couple et brident la relation vivante. De par l’expérience du sensible, le sujet apprend progressivement à fonctionner, dans la relation à l’autre, autour d’indicateurs internes plutôt que sur la base de valeurs imposées de l’extérieur. Cette liberté gagnée s’accompagne cependant de l’obligation d’exercer de nouveaux choix (Cf. tableau AT7).

Choisir la transformation comme projet : une voie de l’engagement

À ce stade, il est important de questionner la dimension du projet. Quand une personne rencontre le sensible et envisage de stabiliser le rapport à ce dernier, peut-elle faire l’économie d’un véritable engagement dans le projet de renouvellement du moi et du nous ?

Prenons le cas de Philippe. Au titre de projet de vie, notre participant déclare vouloir avant tout « transmettre » le sensible, ce qui est d’ailleurs le cœur de son métier. Il note que le rapport au sensible est stable dans l’exercice de sa profession et dans les situations de solitude, mais hautement instable dans les relations interpersonnelles et en particulier, dans les rapports de couple. Il ne semble pas avoir pris la réelle mesure de ce qu’impliquerait stabiliser sa relation au sensible dans sa vie quotidienne. Certes, Philippe fait l’expérience de la plus belle partie de lui, mais avançons qu’il rencontre également la plus « rigide » sous la forme de mécanismes réactionnels qui l’éloignent du rapport au sensible, et qui sont péjoratifs pour sa relation avec sa partenaire notamment. Il découvre cependant de réelles voies de passage pour ne pas tomber dans les « pièges dans lesquels tous les couples tombent ». Mais l’actualisation de ses manières d’être semble relever de tentatives épisodiques. Est-ce parce que Philippe vit des manières d’être renouvelées qui sont parfois spontanément données depuis sa relation au sensible ? Ces manières d’être semblent alors relever de ce que nous pourrions appeler « l’inné du sensible » : des attitudes perceptives, cognitives, émotionnelles et comportementales naturellement empruntes d’une présence au sensible, à soi et à l’autre, d’une plasticité, d’une adaptabilité au moment et au contexte.

Les témoignages de nos participants nous montrent que cet inné du sensible n’est pas stable. Il faut peut-être le considérer comme un repère vers lequel il est possible de se mettre en route. Là intervient la force de l’engagement dans le projet de la transformation au contact du sensible. Cela suppose une prise en relai par une intention, une volition, un effort, une persévérance, une confiance. Cet engagement doit être à la mesure de la résistance des mécanismes installés et qui nous éloignent de cette plasticité que nous évoquions plus haut. Il s’agit de passer de l’inné du sensible à un « acquis » au contact du sensible. Philippe esquisse cette voie de l’acquisition de nouvelles manières d’être : il décrit par exemple comment il décide parfois d’investir une certaine neutralité cognitive, perceptive et émotionnelle dans les rapports à sa partenaire afin de désamorcer le déclenchement de la « guerre » en relation, autrement dit le déchaînement des émotions négatives. Wendy, de son côté, fait référence au « couple laboratoire » marquant un véritable choix d’étendre le projet de transformation à la sphère de sa vie privée et la décision de questionner avec « une sincérité absolue » ses réactions, pensées, perceptions et comportements. Quant à Thierry, son projet de vie de « devenir soi au milieu des autres » inclut d’emblée le contexte. Son engagement se concrétise, entre autres, par une persévérance, car la transformation des mécanismes profonds est un processus à long terme, de son point de vue. Cependant, quand l’engagement dans le projet de renouvellement est clair, les résultats sont au rendez-vous. De nouvelles manières d’être sont alors non seulement expérimentées mais se stabilisent. Une maturité s’installe.

Si la rencontre avec ses mécanismes, avec les aberrations humaines peut décourager, elle peut aussi être l’occasion d’un sursaut, d’un refus de ce déterminisme et de l’impuissance qui l’accompagne. À lire les témoignages, le rapport au sensible offre de multiples voies de passage, des manières d’être alternatives dans le champ de la relation signifiante. D’autre part, il est fait mention par tous les participants de la découverte d’un nouveau respect de l’autre. C’est parfois au nom de l’amour pour l’autre que la personne accepte de se laisser mettre en travail dans certains secteurs de sa personnalité. C’est encore au nom du soutien de l’autre dans son propre projet de transformation au contact du sensible que Thierry par exemple se donne les moyens de mobiliser « une constance, une veille, une responsabilité » au sens d’un regard bienveillant sur le mouvement de devenir de sa partenaire.

Accueillir l’amour immanent comme découverte

La rencontre avec le sensible est aussi et surtout une rencontre avec une nature inédite d’amour : un amour immanent. Quelles sont ses caractéristiques ? Nos participants nous éclairent en partie sur ce point. Thierry évoque ainsi « une relation d’amour peu ordinaire entre soi et une part de vie en soi ». Philippe mentionne de son côté que dans le rapport au sensible, « il y a tout le temps un fond de sérénité, d’amour, de neutralité et de douceur […], d’amour universel ». Thierry, à nouveau : « je crois qu’il y a une vérité du sensible, on sent bien la légèreté de l’amour du sensible, l’amour qui a sa source dans le sensible ».

L’amour du sensible et pour le sensible circule entre soi et « une part de vie en soi », ou encore entre soi et « la partie potentielle de soi ou la partie de soi qui est immergée dans plus grand que soi », selon Thierry. Cette expérience vient bouleverser le rapport à l’amour. En effet, la quête d’amour des êtres humains est généralement envisagée comme une quête tournée vers l’extérieur. Dans ce cas, c’est autrui qui dispense de l’amour et, en même temps, est objet d’amour.

La découverte et l’expérience de l’amour immanent ont de nombreux impacts. La saveur de cet amour ainsi que ses effets sont sans équivalents.

Cet amour interne est tout d’abord une invitation à cultiver le rapport au sensible. La personne va alors mobiliser des moyens pour entretenir, prendre soin et tenter de stabiliser cette réciprocité d’amour intra personnelle.

Par voie de conséquence, la rencontre avec l’amour immanent va transformer le rapport à l’amour pour l’autre et ceci sous plusieurs aspects :

– l’amour immanent s’exprime certes dans une intimité intra personnelle, mais se rencontre également dans la réciprocité des présences, entre partenaires en relation; comme nous l’a confié Philippe, avec l’expérience, il se dégage « une unité d’aimer traversant la relation au sensible, à soi, à l’autre »;

– le rapport à l’amour immanent permet d’éviter que le conjoint – ou un autrui significatif – ne soit la seule et unique porte d’accès à l’amour. L’amour est une donnée vitale et bien souvent, sa quête fait peser une lourde charge sur les épaules du partenaire. La dynamique de la relation enrichie de l’amour immanent peut ainsi permettre que les partenaires en présence cessent de s’articuler autour du comblement de leur « manques d’amour »;

– l’amour immanent, qui se distingue de l’amour de soi, participe au renouvellement la personne et ouvre une voie de passage pour la reconstruction de l’amour de soi quand il est défaillant (Bois, 2007); c’est là une force soignante autant que formatrice qui est à l’œuvre et dont les effets sont important dans la relation de couple, haut lieu d’exacerbation des enjeux et fragilités affectives; l’amour de soi entre dans les composantes de l’estime de soi (André, Lelord, 2002) et les auteurs traitant de la relation de couple soulignent bien souvent les effets perturbateurs pour la relation entre partenaires d’une estime de soi déficiente chez l’un d’eux, voire chez les deux (De Singly, Salomon, op. cit.).

La dynamique de consolidation de l’amour de soi est également rendue possible quand c’est le partenaire qui se fait temporairement le relai de l’amour immanent; par son amour résultant, il ou elle apporte au conjoint « une aide dans l’accouchement de soi-même », « dans le devenir de l’être en soi » (Cf. arbre thématique Thi6);

– la découverte de l’amour immanent peut cependant aller jusqu’à poser question en introduisant une concurrence temporaire des projets entre « l’amour amoureux et l’amour de l’essentiel en soi », selon Thierry. C’est à la faveur d’une maturité que notre participant atteint une réconciliation dans ce domaine, due selon lui à la rencontre avec la nature unifiante de l’amour;

– nous l’avons vu également, le rapport au sensible ouvre aux affinités plurielles. L’amour immanent ignore les contours du couple et ouvre sur des formes d’amour qui certes viennent questionner la donnée de l’exclusivité, mais en même temps, apportent une nourriture pour les êtres en présence. Chaque rencontre ayant pour support cet amour sensible porte un goût unique. Il y a là des éléments qui amènent Thierry par exemple à redéfinir son rapport à la fidélité;

En sortie de cette étude, nous osons affirmer que l’amour immanent ouvre une nouvelle voie d’amour entre les humains. Quant à la relation amoureuse, elle se trouve bonifiée d’un amour fondamental qui nourrit et fait grandir. Allons plus loin en avançant que si le mouvement interne est la signature du sensible, l’amour immanent l’est tout autant. Dans une démarche au contact du sensible visant les apprentissages de vie, il semblerait que le champ du rapport à l’amour, de l’expérience de l’amour, des représentations sur l’amour ne puisse être contournés. Et c’est heureux.

Mais l’amour qui se donne alors est un amour en mouvement. Il y a là, selon nous, des conditions exceptionnelles pour apprendre de l’amour et apprendre à aimer.

Chapitre 11 : Conclusion

Retour sur la question de recherche et sur les objectifs

Notre projet s’est organisé autour de la question suivante : « Quels sont les effets du rapport au sensible sur l’expérience de la relation de couple chez des personnes expertes de la psychopédagogie perceptive ? » Première conclusion de notre étude, ces effets sont extrêmement riches et touchent les champs des perceptions, des émotions, des comportements et des représentations concernant la vie de couple et plus généralement le rapport à l’amour.

Notre enquête se voulait exploratoire et nous avons été surpris que les données soient d’une telle richesse. Outre la densité du carrefour expérientiel « rapport au sensible et expérience de la relation de couple », nous devons aussi cette masse d’informations au fait que nos participants se soient montrés des « interlocuteurs privilégiés » : face à un guidage d’entretien volontairement ouvert, ils ont su rester proches du thème de l’enquête et ont fait la démonstration d’une habileté à expliciter leur expérience. Au passage, cela permet d’avancer le fait que le rapport au sensible ne fait pas que faciliter l’accès à des perceptions nouvelles; il facilite des prises de conscience et une aperception de soi. Nos participants démontrent de plus que leur fréquentation du sensible s’accompagne d’une réflexion au contact des contenus de vécus rencontrés et ceci jusque dans la sphère de la vie privée.

Revenons aux termes de notre premier objectif de recherche : recenser en quels termes les personnes interrogées s’expriment à propos des effets du rapport au sensible sur leur expérience de la relation de couple. L’analyse thématique s’est révélée pertinente pour rendre compte de la grande diversité de ces effets. Les arbres thématiques que nous avons construits à partir des témoignages de nos participants font office de « clichés photographiques » en quelque sorte. Ces « prises de vue » donnent à voir un paysage perceptif – des sensations en rapport au sensible ou à l’expérience de la relation de couple sont rapportées – mais permettent également de saisir une part de l’horizon de compréhension que se sont construits nos participants. En prenant le temps de se laisser pénétrer par les contenus de tel ou tel arbre thématique, le lecteur peut pressentir le mouvement de mise en sens que chaque participant tente au contact de son expérience sensible d’être humain.

L’ensemble des relevés de thèmes, des arbres thématiques et des premières discussions qui les accompagnent sont autant de points de vue qui dessinent le portrait de deux hommes et d’une femme en renouvellement relationnel, avec eux-mêmes tout autant qu’avec les autres. Soulignons au passage l’innovation méthodologique que représente le « récit thématique ».

Le deuxième objectif de recherche mettait en scène la dynamique de la formation : cerner les processus d’apprentissage à l’œuvre au carrefour du rapport au sensible et de la relation de couple. Sur ce point, notre étude est éloquente. Il y a dans la rencontre avec le sensible l’opportunité d’une véritable école de la relation, tant intra personnelle qu’interpersonnelle. Même si là n’était pas notre projet, notre enquête confirme et prolonge les travaux antérieurs menés au Cerap en mettant en évidence le déploiement au contact du sensible de nouvelles profondeurs intérieures et d’une nature inédite d’implication de la personne dans sa propre vie.

À propos de la relation interpersonnelle, et plus précisément de la relation de couple, nous voyons se dessiner une formation à la relation humaine renouvelée. Certes, notre enquête mériterait d’être amplement complétée mais il est indéniable que l’école du rapport au sensible offre l’opportunité à la personne qui s’en donne les moyens de réaliser de nouveaux apprentissages de vie jusque dans les secteurs de l’intime.

Limites de la recherche

La première critique portera sur le volume du présent mémoire. Nous avons largement dépassé la taille du document recommandée par le conseil de cours (120-140 pages) et nous souhaitons nous expliquer sur ce choix. Tout d’abord, ce travail de recherche constitue le premier projet d’investigation des effets du sensible dans un secteur de la vie privée, ici la vie de couple. À ce titre, nous avons estimé qu’il était nécessaire de clarifier soigneusement les pertinences d’un tel projet. Ensuite, nous avons souhaité nous adresser à un lecteur qui ne serait pas familier de l’expérience du sensible. Dans cet objectif, nous avons pris le temps de proposer un parcours progressif de la rencontre avec le sensible – « l’itinéraire d’une rencontre au cœur de soi ». Strictement au vu de l’objet de recherche, nous aurions très bien pu nous contenter de présenter la spirale processuelle des manières d’être renouvelées et poursuivre directement notre exposé autour de la réciprocité. Concernant l’expérience de la relation de couple, nous ne disposions dans la littérature interne à la psychopédagogie perceptive d’aucun précédent. Le thème est immense et nous avons proposé davantage un parcours réflexif qu’un véritable échafaudage théorique. A propos de la question d’autrui, les données nous ont confirmé que ce thème était au rendez-vous des réflexions de nos participants. Même si nous n’avons fait qu’esquisser une réflexion sur ce sujet, il était important d’amener quelques référents théoriques en la matière.

Enfin, le premier objectif nous invitait à rendre compte de l’étendue la plus panoramique possible du carrefour « rapport au sensible et expérience de la relation de couple ». Le volume de nos analyses thématiques est donc très conséquent. De plus, si elles font la part belle au principe de la singularité, nous tenions à convoquer les témoignages de plusieurs participants. Au-delà des convergences de thèmes qui existent entre les personnes interrogées, il y a une véritable richesse thématique propre à chacun.

Ajoutons que pour ne pas alourdir le présent document, nous avons renoncé à présenter un chapitre consacré au cadre pratique de la psychopédagogie perceptive. Nous avons ici orienté le lecteur vers l’ample littérature qui présente les spécificités des cadres d’expérience à médiation corporelle que nous proposons. Toutefois, le choix d’une présentation du rapport au sensible en forme de parcours expérientiel nous a permis de faire accéder le lecteur au champ de vécu que nous fréquentons.

La deuxième critique portera sur l’angle choisi pour éclairer la question de la relation de couple. Nous avons opté pour un angle multidisciplinaire et généraliste. Dans une étude ultérieure, il serait important d’apporter des éléments précis sur les dynamiques relationnelles à l’œuvre et les enjeux du couple, ouvrant ainsi sur une perspective non plus simplement formative mais clinique. La littérature évoquée dans ce mémoire apporte des éléments en ce sens même si ce ne sont pas ces points que nous avons retenus dans notre exposé.

Autre limite de notre étude, la formulation des objectifs ainsi que le choix de l’analyse thématique n’incitaient pas un fort mouvement de théorisation. Notre recherche – exploratoire, rappelons-le – répondait davantage à une préoccupation descriptive. Selon nous cependant, la connaissance générée vient apporter un premier éclairage très appréciable sur la question de l’expérience de la relation de couple telle qu’elle est vécue par des personnes engagées dans une démarche au contact du sensible.

Perspectives

En direction de nouveaux projets de recherche

Nous l’avons évoqué précédemment, la dimension clinique, la compréhension des processus relationnels au sein du couple, des dysfonctionnements ainsi que des voies de passage à proposer mériterait de nouvelles enquêtes. Il deviendrait alors possible de dégager des dispositifs d’accompagnement individuels ou de groupe qui viendraient aborder directement les problématiques liées à la vie de couple. Actuellement, le champ d’intervention de la somato-psychopédagogie porte davantage sur les souffrances physiques et psychiques – les empreintes du stress – liées aux dysfonctionnements relationnels que sur les problématiques relationnelles elles- mêmes.

Autre perspective prioritaire, il s’agirait de mener une enquête auprès de couples dont l’un des deux partenaires uniquement est investi dans une démarche en relation avec le sensible. Notre expérience de formateur et de praticien nous a déjà fait voir qu’il y avait là des enjeux spécifiques qui mériteraient très largement d’être explicités.

Retour sur la psychopédagogie perceptive en tant que discipline et sur la somato- psychopédagogie en tant que profession

La psychopédagogie perceptive en tant que discipline universitaire s’inscrit dans les sciences de l’humain. Son prolongement professionnel, la somato-psychopédagogie trouve sa place dans le champ des modalités d’accompagnement formatives et soignantes. Cet ensemble de propositions théoriques et de méthodologies pratiques évolue rapidement.

Concernant la psychopédagogie perceptive, nous tenons à rappeler qu’historiquement, dans la demande faite au Ministère Portugais des Sciences et de l’Enseignement Supérieur en vue de l’ouverture d’un mestrado portant sur la formation et la recherche autour d’une psychopédagogie du rapport au corps et au mouvement, cette discipline a été présentée explicitement comme une formation à la dimension perceptive des interactions humaines. C’est d’ailleurs cette proposition qui a amené la commission ministérielle à recommander le qualificatif de psychopédagogie « perceptive » pour désigner ce qui, en 2003, était encore une discipline émergente. Notre étude rend donc honneur à la définition fondatrice de la discipline dans laquelle elle s’inscrit puisqu’elle a fait la part belle à l’étude de l’expérience de couple, vue depuis le fond perceptif spécifique à notre approche, c’est-à-dire organisé autour du mouvement interne.

Concernant la somato-psychopédagogie elle-même, d’une approche visant à rétablir une santé somato- psychique, nous sommes aujourd’hui passés à l’ère de l’accompagnement du renouvellement des modalités d’être des personnes. De plus en plus de patients/apprenants prolongent d’ailleurs leur parcours dans un projet de transformation. Dans ce cadre, s’intéresser à la vie en relation semble incontournable car le renouvellement du moi transforme non seulement le rapport à soi mais aussi le rapport aux autres et au monde.

Pour le praticien du futur – et ce futur est à nos portes, à la prise en compte des tensions et souffrances dont le corps se fait l’écho s’ajoutera l’écoute des éléments du contexte de vie qui peuvent influencer la santé et l’équilibre des personnes. Dans ce registre, les problématiques relationnelles se retrouvent au premier plan des préoccupations mentionnées.

Dans son accompagnement des personnes, la somato-psychopédagogie ne se posait pas jusqu’ici en spécialiste des enjeux liés aux dynamiques interpersonnelles quotidiennes. La psychologie, la psychothérapie et la psychanalyse par exemple, ont fait de ce champ l’un de leur domaines de prédilection. Jusqu’à ce jour, la psychopédagogie perceptive investissait principalement la formation de soi sur la base d’une rencontre extra-quotidienne avec ses potentialités perceptives, réflexives et comportementales. La question du transfert de ces aptitudes une fois activées vers les situations de vie des personnes – l’expérience de la relation de couple en est un exemple – est donc un champ d’accompagnement qui mérite aujourd’hui d’être développé dans notre approche. Notre recherche constitue une avancée dans ce territoire encore peu balisé.

Nous terminerons nos réflexions en nous affirmant en tant que courant proposant un humanisme sensible et s’inscrivant résolument dans les enjeux de son époque. Il y a quelques décennies, en alternative au mariage, les personnes vivant en couple se voyaient proposer une figure nouvelle : « l’union libre ».

Aujourd’hui, dans la quête de modalités relationnelles renouvelées, nous serions tentés de proposer les bases d’une « union sensible ». Si nous devions esquisser le projet fondateur qui anime ici les partenaires en présence, celui-ci tiendrait en ces deux propositions :
– devenir libre d’être soi en présence de l’autre;
– permettre à l’autre de devenir lui-même près de soi.

Il y aurait beaucoup à dire sur les éléments de liberté et de devenir évoqués dans cette proposition et qui ne peuvent être envisagés qu’à la lumière de l’enseignement tiré du rapport au sensible. Notre recherche en a esquissé des grandes lignes.

Quoiqu’il en soit, à partir du rapport au sensible, le projet reste d’apprendre à « cheminer vers soi » (Josso, 2001), puis à « cheminer vers l’autre pour enfin découvrir comment cheminer ensemble » (Bois, 2008).

Lire le mémoire complet ==> (tRapport au sensible et Expérience de la relation de couple)
Mémoire de Mestrado en Psychopedagogie Perceptive
Université Moderne De Lisbonne

Table des matières

Première partie : Contextualisation et problématique 4

Chapitre 1 : Introduction . 5

Chapitre 2 : Contextualisation et problématique . 8

Pertinence personnelle … 8

Pertinence professionnelle . 9

Pertinence sociale .. 10

Pertinence scientifique . 14

Question de recherche .. 18

Objectifs de recherche .. 23

Deuxième partie : Cadre theorique . 24

Mise en place

Chapitre 3 : L’expérience en psychopédagogie perceptive 27

Itinéraire d’une rencontre au cœur de soi 27

Approfondissement de la notion de renouvellement du moi 48

Chapitre 4 : Autour de la réciprocité actuante … 51

La réciprocité en psychopédagogie perceptive : une source d’inspiration pour les relations quotidiennes

La réciprocité actuante : une modalité d’échange fondée sur une subjectivité corporéisée 53

La réciprocité actuante : vers une « fusion défusionnée » 58

La réciprocité actuante et quelques enjeux d’apprentissage 60

Chapitre 5 : Démarche de renouvellement du moi et relation à l’altérité.. 63

Les possibilités d’un surinvestissement du moi .. 64

La question de l’altérité … 71

Chapitre 6 : La relation de couple . 76

Données sociologiques .. 76

La relation amoureuse .. 79

Les différents types de liens porteurs d’amour … 84

Les mécanismes fondamentaux à l’œuvre dans la formation du couple et dans son devenir ? 87

Évolution du couple au fil des siècles .. 91

Ensemble et pourtant seuls : vers de nouveaux questionnements .. 98

En lien avec l’essentiel et pourtant ensemble . 101

Troisième partie : Champ épistémologique et méthodologique

Chapitre 7 : Posture épistémologique 106

La méthodologie qualitative . 106

La posture de praticien-chercheur .. 108

Le paradigme compréhensif et interprétatif .. 109

Une méthodologie d’inspiration phénoménologique 109

La méthode de recherche heuristique 109

Une posture herméneutique dans l’analyse qualitative .. 111

Chapitre 8 : Devis méthodologique . 112

Les participants de la recherche .. 112

La collecte des données : l’entretien de recherche … 113
La méthode d’analyse des données .. 117
Quatrième partie : Analyse et interprétation des données … 130
Chapitre 9 : analyse thématique cas par cas … 131
Analyse thématique de l’entretien avec Wendy 131
Première conclusion : que pouvons nous apprendre de cette recherche ? .. 140
Analyse thématique de l’entretien avec Philippe .. 141
Analyse thématique de l’entretien avec Thierry .. 159
Chapitre 10 : Discussion finale … 188
Premiers constats . 188
Découvertes et apprentissages .. 191
Chapitre 11 : Conclusion … 201
Retour sur la question de recherche et sur les objectifs . 201
Limites de la recherche .. 202
Perspectives