Démocratisation de la mobilité étudiante ou massification? ERASMUS

By 26 March 2013

2.1.4 Démocratisation de la mobilité étudiante ou massification?

Quels sont les divers sens du concept de « démocratisation » et pourquoi faire la part, dans les caractéristiques sociales de la population étudiée, de ce qui relève du phénomène de massification de l’enseignement supérieur et de ce qui tient à la spécificité de la population étudiée (Erasmus) ? Antoine Prost122 est l’un des premiers auteurs en France à avoir proposé une typologie des formes de démocratisation, en distinguant les démocratisations « quantitative » et « qualitative ». Le premier sens renvoie à l’acception usuelle du terme. Il en va de la démocratisation de l’enseignement comme de l’accès à tout autre type de biens. Ce qui correspond, en terme d’indicateur, à se pencher uniquement sur le taux d’accès. La démocratisation qualitative est centrée, quant à elle, sur la diminution des inégalités sociales de parcours scolaire telle qu’elle peut être mesurée, par exemple, à travers le rapprochement des trajectoires scolaires moyennes des enfants de cadres et d’ouvriers. De son point de vue, la première « démocratisation » est incontestable, mais non la seconde. Même s’il est possible, en s’inspirant de Prost de distinguer une démocratisation « quantitative et qualitative », d’une « démocratisation quantitative non qualitative », ces combinaisons ne permettent pas toujours de désigner de façon précise les modalités de démocratisation de l’institution universitaire. Plus récemment Pierre Merle, Marie Duru Bellat et Alain Mingat123 ont cherché à séparer les effets du changement du recrutement social, liés à l’ouverture quantitative de l’institution scolaire, de ce qui pourrait résulter d’une modification de ses modes de fonctionnement.

122 PROST (A), Education, société et politiques, Paris : Ed du seuil, 1992, 226p.
123 MERLE (P) « le concept de démocratisation de l’institution scolaire : une typologie et sa mise à l’épreuve, in Population, vol 55, n°1, 2000, pp15-50
DURU-BELLAT (M), MINGAT (A), « un regard analytique sur la démocratisation de l’enseignement : valeur heuristique et problèmes méthodologiques des comparaisons dans le temps » in L’Année sociologique, n°38, 1992, pp309-340

Il devient alors primordial de prendre en considération les hiérarchies scolaires des filières pour l’analyse de l’accès aux études et aux diplômes comme classement scolaire et social. Ainsi s’observe une tendance à l’accentuation des inégalités. En ce sens, les modalités d’analyse de la démocratisation de l’institution scolaire valent au-delà de l’espace national. De même l’accès, que ce soit à un niveau d’études ou à la mobilité ne prend totalement son sens que s’il est associé à un certain niveau de compétences scolaires. L’étude des modalités de démocratisation de la mobilité ne peut donc faire l’économie de variables qualitatives. Pouvons-nous réellement parler de démocratisation de la mobilité étudiante lorsque nous constatons qu’en Angleterre, en Italie comme en France, l’expansion majeure de l’enseignement supérieur a été et reste largement quantitative et que des inégalités importantes persistent, d’accès à certaines filières et surtout de parcours?

En France, l’accès d’un nombre croissant de jeunes à un niveau scolaire plus élevé n’a pas été le gage d’une réduction des inégalités dues aux origines sociales. Les données du ministère de l’Education nationale, permettent de conclure à une démocratisation ségrégative124 au niveau de l’enseignement supérieur. Les stratégies scolaires distinctives évoluent dans le temps et ne peuvent être mesurées facilement de façon diachronique. Nous avons fait l’hypothèse que le séjour Erasmus pouvait en être une nouvelle forme. Nous verrons ici les effets que ces stratégies distinctives sont susceptibles de produire en termes de compétences scolaires et sociales. Intégrer dans l’élaboration des données la hiérarchie inter-filières et sa transformation, nous permet de corroborer l’idée d’une ségrégation sociale croissante des publics étudiants. Parallèlement au mouvement de démocratisation de l’ensemble, des inégalités scolaires d’une autre forme ont accompagné la massification universitaire. Dans l’enseignement supérieur français, la diversité des filières assure, encore plus que dans le second degré, une homogénéisation des publics scolaires. Les grandes écoles sont marquées par une quasi-stabilité sociale de recrutement.

124 Pierre Merle distingue trois types de démocratisation dans le cadre d’une augmentation continue des taux de scolarisation par âge. Le premier type correspond à la démocratisation égalisatrice : c’est- à dire lorsqu’il existe une égalisation des conditions sociales d’accès aux différentes séries de bac par exemple et si les différences qualitatives des cursus scolaires (fréquence des redoublements, niveau de compétences scolaires) diminuent. Le second type de démocratisation correspond à une situation inverse de la précédente : l’accroissement des taux de scolarisation par âge est associé à une augmentation des écarts sociaux d’accès dans les différentes filières considérées. Lorsque les séries de bac connaissent une sorte de mouvement de spécialisation sociale, il s’agit d’une démocratisation ségrégative. Les écarts sociaux de recrutement augmentent ainsi de façon relative. Le troisième type de démocratisation renvoie à une situation intermédiaire et correspond à une sorte de statu quo des positions de chaque catégorie sociale. Merle utilise l’expression de « démocratisation uniforme » qu’il emprunte à Goux (D) et Maurin (E). Cf. MERLE (P) « Le concept de démocratisation de l’institution scolaire : une typologie et sa mise à l’épreuve », in Population, INED, N°1, Janvier/Février 2000

En outre, le caractère ségrégatif de la démocratisation s’accentue avec l’élévation des niveaux de scolarité. Dans un contexte de différenciation de l’offre de formation, les inégalités qualitatives semblent devenir aujourd’hui déterminantes dans les cursus universitaires. Marie Duru-Bellat et Annick Kieffer125, parle de « translation des inégalités », c’est-à-dire de report vers des niveaux supérieurs des inégalités constatées précédemment aux niveaux inférieurs. Si nous comparons ces analyses avec les résultats de recherches sur la démocratisation dans d’autres pays, nous pourrions tirer la conclusion suivante : les inégalités se déplacent plus qu’elle ne diminuent, sauf peut-être dans certains pays scandinaves. Au-delà des débats qui perdurent sur les comparaisons internationales (puisque sont sous-tendus des conceptions de l’égalité et des critères de mesure différents), elles apportent des éclairages heuristiques sur les processus associés à la démocratisation. Elles montrent, notamment, que l’ouverture du système éducatif n’est pas la seule stratégie pour démocratiser et qu’elle engendre des effets pervers.

Au Royaume-Uni, la forte association qui existe entre le type d’école secondaire et les qualifications existantes, se situe dans un contexte d’augmentation générale du nombre de diplômés du secondaire. Ceci a réduit fortement le fossé qui existait entre les enfants de catégories sociales non-manuelles (Service class) et les enfants de la classe ouvrière (working class), en terme éducatif au-delà de 16 ans. Cependant ce n’est pas le cas pour la poursuite des études au-delà de 18 ans au sein d’universités. Les données des études diachroniques électorales britanniques de 1979 à 1997 illustrent cette quasi-immuable relation entre origine de classe et réussite scolaire. Ainsi parmi toutes les cohortes étudiées durant la période de l’étude, les enfants dont le père faisait partie des plus hautes catégories sociales (service class), ont toujours eu approximativement 14 fois plus de chance d’avoir un A-level que ceux dont le père était relativement peu ou pas qualifié. Halsey (A.H)126 note que mesurée en termes relatifs, la proportion des enfants entrant dans l’enseignement supérieur et provenant d’une famille de travailleurs manuels peu ou pas qualifiés, a très peu varié à travers les quatre cohortes qu’il a étudiés. Comme le montre le tableau 27, l’université anglaise reste massivement une institution des classes supérieures et l’enseignement post-scolaire, de façon dominante, demeure le lot des classes ouvrières.

125 L’analyse “mixte” de ces auteurs, prend en compte l’évolution des taux d’accès à chacun des niveaux du système, en fonction du contexte plus global d’accès à l’éducation.
DURU-BELLAT(M), KIEFFER (A), « La démocratisation de l’enseignement supérieur en France » : polémiques autour d’une question d’actualité » in Population, INED, N°1, Janvier/Février 2000 p54.
126 HALSEY (AH), RIDGE (JM), HEALH (AF), Origins and Destinations: Family, class and education in modern Britain, Oxford; Clarendon Press, 1980

Tableau 27a : Répartition des étudiants britanniques par type d’institution selon leurs origines sociales127
Répartition des étudiants britanniques par type d’institution selon leurs origines sociales

Tableau 27b : Professions britanniques et regroupement par classe

Classes Pourcentage Regroupement en trois

classes

Pourcentage
1. Professions libérales, membres de gouvernement, administratifs hautement

qualifiés, directeurs et propriétaires.

2. Professions libérales moins diplômés, administratifs et directeurs de moyennes

entreprises. Métiers de supervision et techniciens supérieurs.

7,7

6,0

« SERVICE CLASS » 13,7
3. Membre du clergé, employés dans les administrations et le commerce. Vendeurs….

4. Petits propriétaires, indépendants, commerçants, artisans.

5. Techniciens moins diplômés, supervisions de travailleurs manuels.

7,5

12,6

11,3

« INTERMEDIATE CLASS » 31,4
6. Travailleurs manuels qualifiés dans l’industrie.

7. Ouvriers semi ou non qualifiés travaillant dans l’industrie

8. Travailleurs Agricoles

27,2

22,6

5,1

« WORKING CLASS » 54.9
TOTAL 100 100

Source: Halsey, origins and destination, 1980

127 Ainsi dans son échantillon 52,4% des étudiants inscrits à l’université sont issus de catégories socioprofessionnelles « supérieures », contre seulement 19,7% de catégories socioprofessionnelles modestes. Les enfants de ces dernières, au contraire, sont majoritaires (51,8%) dans les institutions d’enseignement post-scolaire.

Les récentes études sur les divergences d’accès et de réussite entre différents groupes socio-économiques au sein de l’enseignement supérieur italien vont également dans le sens du maintien, voire de la progression des inégalités.128 Une réévaluation et un enrichissement des études de Cobalti (A) et Schizzerotto (A) sur la stratification sociale en éducation pour l’Italie nous sont donnés par Shavit (Y) et Westerbeek (K)129. En 1961 et 1969 l’accès à l’université italienne a été libéralisé, permettant à tous les étudiants inscrits dans des institutions d’enseignement secondaire incluant celles à vocation professionnelle (istituti professionali), traditionnellement fréquentées par les catégories « populaires », de poursuivre des études universitaires. Les recherches menées notamment par Colbati (A) et Schizzerotto (A), montrent peu de changements dans les inégalités d’accès suivant la catégorie socioprofessionnelle d’appartenance. Shavit (Y) et Westerbeek (K), soulignent pourtant qu’il y a eu une réduction de ces inégalités, mais seulement au bas de l’échelle scolaire, pré-universitaire. Ils montrent également que les réformes ont permis à davantage d’étudiants d’origine sociale modeste de s’inscrire à l’université. L’inscription aux diplômes universitaires ne signifie cependant pas leur obtention. Bien souvent les « nouveaux » étudiants viennent grossir les rangs des fuoricorsi et de ceux qui abandonnent. En outre, des études soulignent dans ces inégalités le rôle du niveau scolaire des parents et notamment celui de la mère.

Daniele Checchi130, modélise par une régression l’idéal type de l’étudiant italien qui réussit à l’université : il provient d’une ancienne institution d’enseignement secondaire, lycée (scientifique ou classique) et a souvent une mère possédant un diplôme universitaire et/ou un père appartenant aux catégories socioprofessionnelles privilégiées. L’auteur note la permanence des différences de proportion de fils et filles qui obtiennent la Laurea en fonction du niveau d’éducation des parents. Un étudiant dont le père a un diplôme universitaire à toujours 30% de chance supplémentaire d’obtenir un diplôme universitaire, par rapport à un étudiant dont le père n’a pas poursuivi au-delà des études secondaires. Les données de l’ISTAT sur l’insertion professionnelle des diplômés du supérieur entre 1995 et 1998, montrent qu’une fois inscrits à l’université, 5,8% des enfants de diplômés universitaires abandonnent leurs études au bout de 3 ans, tandis qu’ils sont 15% parmi les enfants de non diplômés. La probabilité d’abandon croît avec la diminution de l’instruction du père et de la mère. Plusieurs éléments sont donc mis en avant dans la compréhension de l’inégalité d’accès et de réussite universitaire selon l’origine sociale en Italie : la différence de rendement des études suivant l’origine sociale, leur coût, le prix du temps, une plus forte aversion au risque, sont associés à une probabilité majeure d’abandon. La démocratisation de l’éducation semble aussi largement contrecarrée par une certaine dévaluation des titres et ne débouche pas toujours sur un accroissement de la mobilité sociale. D’autant que cette dernière pourrait elle-même être discutée à l’aune des changements de contenu des emplois et de l’évolution de leur structure elle-même.131

128 COBALTI (A), SCHIZZEROTTO (A), La mobilità sociale in Italia : L’influenza dei fattori di disuguaglianza sul destino educativo, professionale e sociale dei singoli nel nostro paese, Bologna, Il mulino, 1994, 290p.
SHAVIT (Y), WESTERBEEK (K), “Educational Stratification in Italy. Reforms, Expansion, and Equality of Opportunity”, In European Sociological Review, vol.14 n°1, 1998
129 Idem. SHAVIT (Y), WESTERBEEK (K)
130 CHECCHI (D), “The Italian educational system: family background and social stratification”, in ISAE.
Annual Report on Monitoring Italy. Roma, 2003, 131-176

Chaque université possède en France, en Italie et en Angleterre une place distincte dans la hiérarchie sociale des établissements et bien particulière dans l’enseignement supérieur des nations. Il est par conséquent important de souligner, pour ne pas créer de biais dans l’analyse, que les établissements choisis pour l’étude de cas, ne se situent pas au même niveau dans cette hiérarchie des institutions au sein de leurs pays respectifs. Au Royaume- Uni, des statistiques publiées par l’HEFC, (Higher Education Founding Council) nous dévoilent que les universités en 1998/99 accueillent en moyenne 16% d’enfants originaires de catégories sociales modestes 6 à 8132. Le conseil avait demandé à toutes les institutions de mettre en œuvre des stratégies permettant d’élargir l’éventail social de leur recrutement. C’est dans ce cadre que l’Université de Bristol a créé le ‘comité d’élargissement de la participation’ (Widening Participation committee), qui établit des statistiques et diffuse (peu souvent) quelques chiffres. Ceci nous a permis d’observer qu’en dehors d’Oxford et Cambridge, Bristol est l’une des universités où le taux d’étudiants d’origine sociale « modeste » est le plus bas (12% incluant les catégories 4 et 5133). Malheureusement les données mises au jour ne permettent pas d’entrevoir une éventuelle, nous dirons même attendue, différence des taux selon les filières. Inversement l’Université de Provence, comme la plupart des universités françaises de province, a accueilli une partie des enfants de la massification scolaire. Néanmoins les fils et filles de cadres, professions intellectuelles supérieures et intermédiaires représentent toujours presque 60% des inscrits134. La part des enfants d’ouvriers et d’employés était en 2004-2005 à peine supérieure à 30%. A l’université, en Italie, jusqu’à une période relativement récente, la profession du père et encore moins celle de la mère n’était signalée et relevée de manière systématique. Le ministère italien de l’instruction, de l’université et de la recherche (MIUR) ne diffuse aucune base de données relative à l’origine sociale, qui permettrait de différencier les établissements d’enseignement supérieur de la péninsule135. Nous pouvons cependant estimer qu’étant donnée la structure de l’emploi dans la région du Piémont et le retard aux études en Italie, l’Université de Turin a certainement attiré des étudiants d’origine sociale modeste (sans oublier bien entendu les différences existantes entre disciplines, que nous avons soulignées précédemment)136.

131 Ainsi pour ne prendre qu’un exemple proche de nous, le métier de Maître de Conférence dans certaines disciplines universitaires à quelque peu évolué, certaines tâches sont devenues du travail intellectuel à la chaîne, inconcevable il y a quelques décennies.
132 6= Semi-routine occupations 7 =Routine occupations 8 =Never worked and long-term unemployed
133 4= Employers in small organisations 5= Lower supervisory occupations

C’est dans ce contexte que nous pouvons interroger les études commanditées par la Commission Européenne dont celle de Maiworm (F) et Teichler (U), qui mettent en avant les bienfaits de l’institutionnalisation de la mobilité étudiante pour son rôle dans la démocratisation des possibilités de séjours académiques à l’étranger. Si en effet, comme le constate aussi l’étude de Jallade (JP), Gordon (J) et Lebeau (N), la mobilité organisée, institutionnalisée permet, par le biais des bourses accordées par les agences Erasmus nationales et les régions, à davantage d’étudiants d’origine sociale modeste de pouvoir faire un court séjour à l’étranger, pouvons-nous aussi rejoindre ces auteurs lorsqu’ils affirment que la situation économique n’est pas un facteur influant de manière significative la décision de départ ? Près de deux tiers des étudiants ERASMUS ayant répondu au questionnaire distribué par la CE en 1997-98137, ont indiqué que leurs deux parents occupaient un poste de cadre, de spécialiste ou de technicien. Environ la même proportion (30%) a mentionné que seul le père occupait un tel emploi, contre 6% pour la mère seulement. Les étudiants Erasmus ne seraient donc pas plus privilégiés que l’ensemble des autres étudiants de l’enseignement supérieur. Mais les auteurs de cette enquête, comme ceux des enquêtes 2000 et 2006 commanditées par la Commission Européenne précédemment cités, pour appuyer leurs dires, se sont basés sur l’estimation faite par les étudiants eux-mêmes, du revenu de leurs parents : « En réalité, 53% des étudiants sondés estiment le revenu de leurs parents équivalent ou inférieur à la moyenne. […] La situation économique de la famille, exprimée par le niveau de revenu des parents, ne semble généralement pas constituer un facteur de sélection pour les étudiants Erasmus ».138 Est-ce un critère suffisant d’évaluation de leur situation économique ?

134 Calcul effectué à partir de la base des inscrits français à l’Université de Provence en 2004-2005 (20285 unités). La saisie sur la base (Apogée) de la PCS lors de l’inscription de l’étudiant, se fait à l’aide de la nomenclature de l’INSEE en 6 postes. Mais 3 catégories supplémentaires ont été crées : 7, 8 et 9 (indéterminés, inactifs et chômeurs) Ce qui peut entrainer des confusions dans l’analyse. Nous les avons donc retirées de la base pour le calcul de la proportion de chaque catégorie, mais il faut savoir que ces catégories regroupent presque 20% des inscrits.
135 Les statistiques dont nous disposons proviennent de trois sources : EURO STUDENT, ISTAT et les enquêtes AlmaLaurea. La position socio-économique des parents des étudiants est calculée en fonction de la profession et du niveau d’études. Cependant les données auxquelles nous avons eu accès présentent souvent une nomenclature en 4 catégories (bourgeoisie, classe moyenne salariée, petite bourgeoisie et classe ouvrière), mais ne nous informe pas sur un niveau moins agrégé et plus précis. Il n’est pas rare non plus de trouver des classifications encore plus difficiles à interpréter (Nomenclature en 5 catégories 1)Imprenditori 2)Liberi professionisti 3)Impiegati d’ogni grado 4)Lavoratori in proprio 5)Lavoratori dipendenti, où les enfants d’employés représentent presque la moitié des inscrits !) Concernant le niveau d’études, le classement se fait entre les diplômés du supérieur (sans distinction) et les autres diplômés.
136 D’autant qu’un nombre non négligeable d’étudiants proviennent du Mezzogiorno. Turin étant plus accessible économiquement par rapport aux villes de l’Emilia Romania ou de la Lombardie. Le nombre d’étudiants dont la mère est « femme au foyer» en Italie est aussi beaucoup plus important que dans les autres pays choisis pour l’enquête, selon les données EURO STUDENT.
137 Op. Cit. Rapport publié par la commission Européenne, direction générale de l’éducation et de la culture.

Les deux tableaux suivants permettent d’examiner les professions exercées par les parents d’étudiants Erasmus, en relation avec celles exercées par l’ensemble des actifs de la même classe d’âge supposée. Ainsi moins de deux-cinquièmes des travailleurs européens âgés de 45 ans ou plus exercent une profession de cadre, de spécialiste ou de technicien (comparé au deux-tiers des parents des étudiants ERASMUS). Comme dans l’ensemble de l’enseignement supérieur, les enfants d’ouvriers et d’artisans sont très largement sous- représentés parmi les étudiants mobiles, même si l’écart semble diminuer pour la mobilité institutionnalisée par le programme Erasmus par rapport à celle spontanée.

Tableau 28 : Profession des parents des étudiants ERASMUS par pays d’origine -en 2000- (en pourcentage)

France Italie Royaume-Uni Moyenne des 15 pays

de l’UE*

Cadres et professions scientifiques 52 46 66 57
Spécialistes et techniciens 12 10 11 10
Employés administratifs, personnel

des services et vendeurs

23 29 16 21
Artisans et ouvriers 11 11 4 9
Inactifs ou sans-emploi 2 2 2 2
Autres 0 1 0 1
Total

(N)

100

(1566)

100

(1000)

100

(1046)

100

(9194)

Source : rapport sur la situation socio-économique des étudiants ERASMUS, publié par la commission européenne en 2000

138 Page 5 du rapport : Enquête sur la situation socio-économique des étudiants ERASMUS, Rapport publié L’institut d’études européennes, centre de documentation européenne, BEDE 18/19, Période du 01/02/2000 au 15/02/2000

Tableau 29 : Profession exercée par les travailleurs de 45 ans et plus, en France, en Italie et au Royaume-Uni –1997- (en pourcentage)

France Italie Royaume-

Uni

Moyenne des 15

pays de l’UE *

Cadres et professions scientifiques 24 14 33 25
Spécialistes et techniciens 16 13 8 13
Employés administratifs,

personnel des services et vendeurs

28 33 29 29
Artisans et ouvriers 32 36 30 32
Inactifs ou sans-emploi 1 4 0 1
Total 100 100 100 100

Source: Enquête européenne sur les forces de travail (EFT), 1997
*Comprend les pays suivants: BE, DK, DE, ES, FR, GR, IT, IE, NL, AT, PT, FI, SW, UK, NO

Interroger le niveau d’éducation des parents par contre, permet de relever des résultats univoques, que les enquêtes soient européennes ou plus locales : Il existe une proportion importante de parents possédant un niveau d’éducation élevé. Chez la majorité des étudiants ERASMUS, un des deux parents au minimum possède un diplôme de l’enseignement supérieur, qu’il soit de « type court » (moins de 3 ans) ou de « type long » (3 ans ou plus). En revanche les données de l’enquête européenne sur les forces de travail indiquent que moins de 18% de l’ensemble des personnes âgées entre 45 et 54 ans sont dans cette situation, contre environ 30% des parents des étudiants. Mais ceci est variable selon les pays, comme le montre le tableau 30 suivant. Les étudiants Erasmus italiens n’étaient que 38% a avoir au moins un des deux parents en possession d’un diplôme d’enseignement supérieur contre 50% des Erasmus français et 65% des Erasmus britanniques. Il convient néanmoins de traiter ces chiffres avec prudence, car nous ne connaissons pas leur construction, et les statistiques européennes sont toujours délicates à manier étant données les divergences qui peuvent exister dans les nomenclatures et classifications de chaque pays. De là à conclure, comme le font les auteurs du rapport de la CE, que le déséquilibre qui porte préjudice aux groupes socioculturels les moins favorisés ne tient pas à des motifs économiques mais culturels, il n’y a qu’un pas, qu’il serait dangereux à ce stade de franchir.

Tableau 30 : Niveau de formation des parents d’étudiants Erasmus (à gauche) et des personnes âgées de 25 à 59 ans (à droite) en France, en Italie et au Royaume-Uni (en pourcentage)

Diplôme de l’enseignement supérieur France Italie Royaume- Uni
Père et mère 29 18 37
Uniquement le

père

13 13 15
Uniquement le

mère

8 7 12
Aucun 50 62 35
Total 100 100 100
Personnes

possédant un diplôme de l’enseignement supérieur

France Italie Royaume- Uni
De 25 à 59 ans 19 8 22
[45 à 49 ans] 18 9 22
[50 à 54 ans] 14 7 19
[55 à 59 ans] 10 5 16

Sources : A Gauche =Question posée : quel est le niveau d’éducation et/ou de formation le plus élevé de chacun de vos parents ? Tableau pondéré des réponses des étudiants Erasmus qui ont participé à l’enquête 2000 de la commission européenne. A droite = Enquête européenne sur les forces de travail, 1995

Ces interprétations nous donnent néanmoins un exemple de l’impact de certaines analyses sociologiques (en particulier des théories de la reproduction) dans les interprétations des auteurs. Nous pouvons dire comme l’affirme Noëlle Bisseret, que l’on a bel et bien, dans beaucoup d’analyses sur l’institution scolaire et ses acteurs, censuré, oublié les inégalités des situations économiques des étudiants, au profit des « différences culturelles », qu’il est toujours difficile d’appréhender et de caractériser.139 De même, au-delà des diplômes précis possédés par les deux parents, c’est bien le volume total d’instruction qu’ils représentent qui s’avère important et ne peut-être appréhendé que par une enquête plus qualitative. Ce volume augmente et s’agrémente par divers canaux, qui ne sont pas toujours scolaires. En outre, aucune étude permettant de distinguer étudiants en économie/gestion, sciences, SHS, lettres et langues, n’a été à notre connaissance entreprise. Pourtant, on pourrait émettre l’hypothèse que dans les disciplines où il n’est pas obligatoire (ou du moins fortement recommandé) de faire un séjour d’études à l’étranger et où les enseignements de langues sont facultatifs, une plus grande proportion d’étudiants Erasmus sera d’origine sociale favorisée. Et, c’est ce que nous observons à traversl’enquête que nous avons menée par étude de cas.

139 BISSERET (N), Les inégaux ou la sélection universitaire, PUF, 1974

Les interprétations faites par les auteurs d’enquêtes comparatives méritent donc discussion puisqu’elles se basent sur l’estimation faite par les étudiants eux-mêmes du revenu de leurs parents140. Nous pouvons sérieusement douter que ceci constitue un critère suffisant d’appréciation de leur situation socio-économique, a fortiori, si nous prenons en compte l’extrême diversité selon les pays et les universités des systèmes d’aide publique et privée. La variété des conditions sociales de mobilité offertes aux étudiants Erasmus, permet de dire qu’en définitive, ce public apparaît globalement comme disposant de sérieux atouts sociaux. Les résultats de notre enquête montrent ainsi une surreprésentation significative des catégories sociales favorisées parmi les étudiants Erasmus (cf. tableau 31), et ce de façon d’autant plus nette qu’elle concerne des disciplines où les langues ne font pas partie des enseignements obligatoires141. Ainsi à l’Université de Turin, environ 63% des étudiants

Erasmus 2004-2005 toutes disciplines confondues avaient un père appartenant aux catégories professionnelles intermédiaires et supérieures, contre 36,7% de la population étudiante « sédentaire ». A l’Université de Bristol la surreprésentation est moins évidente, car la sélection sociale à l’entrée y est déjà largement accomplie.

Tableau 31a : Origine sociale des étudiants des Universités de Bristol, Provence et Turin -2004-2005- (en pourcentage)
Origine sociale des étudiants des Universités de Bristol, Provence et Turin -2004-2005

140 Dans l’enquête de JALLADE (JP) GORDON (J) LEBEAU (N), les étudiants interrogés devaient évaluer leur revenu familial sur une échelle (de 1= «considerably higher than average » to 5= « Considerably lower than average »). Les résultats obtenus sont les suivants : 41% les considèrent comme supérieur, 46% dans la moyenne et 13% en dessous.
141 Pour éviter un certain nombre de problèmes relatifs à la confusion entre métier, emploi, statut, etc. par les étudiants et augmenter nos probabilités d’obtenir une réponse précise et comparable entre les pays, nous avons multiplié les questions sur l’activité des parents et leurs diplômes respectifs, ainsi que demandé à l’étudiant de cocher une catégorie d’appartenance des professions indiquées. Par la suite nous avons utilisé une grille unique (celle des PCS de l’INSEE en 6 postes pour éviter les problèmes de comparabilité des nomenclatures entre les pays. Cf dernière partie du questionnaire sur la situation familiale en Annexe.

Démocratisation de la mobilité étudiante ou massification? ERASMUS

Cette surreprésentation des catégories sociales moyennes et supérieures parmi les étudiants Erasmus français et italiens est compréhensible, car que ce soit à Turin ou à Aix-Marseille, le personnel des services des relations internationales, ainsi que les enseignants et étudiants rencontrés, précisent que les familles doivent faire l’avance des frais engagés pour le voyage, le logement et la vie dans le pays d’accueil, puisque le paiement des bourses est conditionné par le retour de la fiche de présence avec la date de partance et le tampon de l’université d’accueil. Une partie non négligeable des sommes allouées n’est donc perçue par l’étudiant qu’à son retour. Seuls 11% des étudiants Erasmus de l’Université de Provence en 2004-2005 disent ne pas avoir reçu d’aide financière de leurs parents pour leur séjour à l’étranger. 61% d’entre eux en ont reçu une mensuellement et 28% occasionnellement. Pour les étudiants Erasmus italiens interrogés, les proportions sont respectivement de 4% (aucune aide), 69% (aide mensuelle) et 27% (aide occasionnelle). L’importance de l’aide financière parentale que reçoivent les étudiants Erasmus turinois peut se comprendre par, d’une part, l’absence de bourses de mobilité régionale ou départementale dans ce pays : seules les facultés peuvent attribuer une aide financière, variable d’un département à l’autre et, dans tous les cas, jamais supérieure à une centaine d’euros par mois. D’autre part, elle est en partie due à une aide de l’Etat relativement basse, que ce soit pour l’ensemble des étudiants ou ceux d’origine sociale défavorisée, selon l’étude EURO STUDENT 2005142.

142 EUROSTUDENT : social and economic conditions of student life in Europe 2005, joint project coordinated by HIS (Hochschul Informations System), Hannover 2005, Germany, 164p. http://www.his.de/eurostudent/report 2005.pdf

La dépendance financière des étudiants envers leur famille varie donc d’une université à l’autre. Le tableau suivant montre que parmi la population « témoin » interrogée, 83% des Turinois n’étaient pas boursiers, contre 42,8% des Provençaux et 68% des Bristoliens. Les boursiers turinois, mobiles comme sédentaires, représentent toujours moins de 20% de l’échantillon. Ce qui est à peu près représentatif de l’ensemble de la population étudiante italienne143. A l’université de Provence par contre, les pourcentages de boursiers sur critères sociaux s’inversent entre les populations « Erasmus » et « non-Erasmus »: alors qu’ils étaient environ 60% à être boursiers dans la population témoin, parmi les Erasmus, ils ne sont que 40%144. A l’université de Bristol, ceux partiellement ou totalement dispensés de payer des frais d’inscription pour des raisons socio-économiques sont aussi moins nombreux parmi les Erasmus.145 De manière générale, à l’université de Bristol, on trouve beaucoup moins de personnes exonérées de frais d’inscription par rapport à la moyenne nationale, ce qui confirme notre propos sur la composition sociale de la population étudiante de cette université « grégorienne » et réputée. Les dernières statistiques officielles nationales pour l’année académique 2003-04, montraient que 43% des étudiants britanniques n’avaient pas contribué au paiement des frais d’inscription à l’université. 14% avaient payé seulement une partie de ces frais.

143 Nous avons ici interrogé les étudiants sur l’obtention d’une bourse seulement, et non sur l’exonération partielle ou totale des frais d’inscription, qui dépend de multiples critères autres que sociaux : Peuvent être exonérés certains handicapés, mais également des étudiants « brillants » (au mérite), des boursiers redoublants et des salariés indépendants à bas revenus). Les étudiants que nous avons qualifié de boursiers étaient dans l’une des catégories suivantes :  Studenti in sede, importo borsa ≤ 2000 E  Studenti pendolari, importo borsa ≤2000 E Studenti fuori sede, importo borsa ≤ 3000 E Studenti in sede, importo borsa ≥ 2000 E Studenti pendolari, importo borsa ≥ 2000 E Studenti fuori sede, importo borsa ≥ 3000 E
144 En France les bourses accordées varient, suivant la situation financière des parents de l’étudiant, d’une exonération des frais d’inscription seulement (échelon 0) à des sommes progressives suivant les années et les revenus déclarés par la famille de l’étudiant. Le montant annuel de la bourse était en 2005-2006 de 1 335 euros au 1er échelon, 2 012 euros au 2e échelon, 2 578 euros au 3e échelon, 3 143 euros au 4e échelon et 3 607 euros au 5e échelon. Pour la bourse au mérite, le montant annuel s’élevait à 6 102 euros. En Angleterre les étudiants à temps plein, d’origine sociale modeste peuvent obtenir une bourse (non remboursable) jusqu’à £2,765 ces dernières années, variant également suivant les revenus déclarés de la famille. En dessous de £17,910 de revenus, l’étudiant obtient la bourse complète et est exonéré totalement des frais d’inscription. Mais le type et le montant de l’aide dépendent également des choix opérés par les universités. Nous avons dans notre questionnaire interrogé les étudiants sur le paiement des « Tuitions fees » pour éviter les confusions probables entre « mandatory bursaries », « Scholarships » et « Grants ». Les « mandatory bursaries” sont distribuées par université de façon individuelle, lorsqu’elles font payer plus de £2,700 par an de frais d’inscription. Elles ne doivent pas être remboursées et dépendent de la situation de l’étudiant (student’s circumstances). Les « Scholarships” sont des bourses accordées par des institutions ou des sponsors et sont attribuées principalement au mérite. Les « Grants” enfin sont disponibles pour les étudiants d’origine sociale modeste, leur montant se base sur l’évaluation des revenus des parents.
145 Il n’y avait aucun étudiant Erasmus parmi ceux interrogés qui avait la totalité de son inscription payée par les pouvoirs publics l’année précédant le départ en Erasmus, alors qu’ils étaient environ 10% parmi la population témoin. Les 26,8 % des britanniques que nous avons classés sous l’intitulé « Boursiers sur critères sociaux » sont en fait des étudiants qui ont eu leur inscription partiellement ou totalement payée par les pouvoirs publics pour des raisons de capacités financières de la famille.

Il existe cependant de grandes différences entre les étudiants dit “dependent” (ceux qui dépendent de leur famille) et ceux “independent” (âgés de plus de 25 ans ou mariés depuis deux ans ou s’autofinançant depuis plus de trois ans) : Environ la moitié des premiers ne sont pas du tout exonérés, contre moins de 10% des seconds146. Le taux relativement bas d’exonérés à Bristol parmi la population témoin peut-être en partie dû au mode de passation des questionnaires (absence d’étudiants inscrits « part-time » dans l’échantillon).

Tableau 31b : Origine sociale des étudiants Erasmus sortants et de la population « témoin » des universités de Provence (UP), de Turin (UT) et de Bristol (UB) en 2004-2005 (en pourcentage)

Vous étiez

boursier sur critères sociaux:

UP

ERASMUS TEMOIN

UT

ERASMUS TEMOIN

UB

ERASMUS TEMOIN

ENSEMBLE

ERAS. TEM.

Non 60 42,8 85,8 83,0 73,2 68,0 73,1 67,0
Oui 40 57,2 14,2 17,0 26,8 32,0 26,9 33,0
TOTAL 100 100 100 100 100 100 100 100
N 155 105 127 153 82 100 364 358

Etudiants Erasmus sortants : = 25,0 p < 0, 001
Population « témoin » : = 45,5 p < 0, 001 source : enquête par questionnaire

C’est donc dans les universités françaises que les écarts de conditions sociales (mesurés par la PCS des parents) entre les étudiants Erasmus et le reste de la population étudiante (dite témoin) sont les plus nets. Mais plus largement, ce sont aussi les origines socioculturelles des étudiants qui apparaissent discriminantes. Comme pour l’origine sociale, le niveau socioculturel des parents est plus nettement différencié entre les étudiants Erasmus et les autres à l’université de Provence et de Turin qu’à l’Université de Bristol où le recrutement étudiant est à l’entrée déjà plus socialement sélectif (cf. tableau 32). Les mères sans diplômes universitaires sont beaucoup plus nombreuses en Italie, que ce soit parmi les étudiants Erasmus ou sédentaires. Néanmoins, elles restent sous-représentées chez les Erasmus. La significativité de la corrélation entre le niveau d’étude du père et le départ en Erasmus est aussi toujours avérée, quelle que soit l’origine géographique de l’étudiant.

146 “Dependent students:” =N°étudiants dépendants “Independent students”= N°étudiants indépendants
230,000 (35%) paid nil (/ne paie pas) 101,000 (87%) paid nil
111,000 (17%) paid some (paie une partie) 4,000 (4%) paid some
318,000 (48%) paid all (paie la totalité) 10,000 (9%) paid all

Tableau 32 : Niveau d’étude des parents des Universités de Bristol, Provence et Turin -2004-2005 (en pourcentage)
Niveau d’étude des parents des Universités de Bristol, Provence et Turin -2004-2005

Ces aspects économiques, financiers et socioculturels, qu’il ne faut pas sous-estimer, ne joueraient-ils pas un rôle au moins indirect dans un processus d’apprentissage de l’international, dans une socialisation147 bien particulière, qui influence à divers degrés, seuls ou en combinaison, la mobilité des individus au cours de leur vie ? N’existerait-il pas des prédispositions à la mobilité ?

147 La socialisation a été définie par Durkheim comme l’intériorisation de normes, de règles, comme le processus permettant la vie en société. « L’éducation consiste en une socialisation méthodique de la jeune génération » Durkheim (E), Education et sociologie, PUF, 1993 (première édition 1922) Page 9. Mais une approche de la socialisation en terme unique d’intégration de normes et de valeurs apparaît de plus en plus réductrice et insuffisante pour comprendre les processus à l’oeuvre. Les sociologues, après Durkheim, en prennent acte dans leurs manières de repenser les rapports individus-société. Pour notre part, nous raisonnerons en terme d’appropriation, appropriation qui suppose un rôle (qui peut être actif), ainsi que des arbitrages individuels basés sur diverses interactions. Tout en postulant que la capacité de choix ou d’arbitrage individuel varie selon les périodes de développement des individus. A ce propos voir la distinction effectuée par Mead (GH) sur les étapes de la construction du soi reprises et développées par Berger (P) et Luckmann (T), La construction sociale de la réalité, Méridiens Klincksieck, 1992. Nous nous inspirons également de la théorie d’Edgar Morin. Pour ce dernier, la connaissance d’un individu se nourrit de deux types de mémoire : la mémoire héréditaire et la mémoire personnelle. Les connaissances produites par une culture ont des effets sur les actions que les individus réalisent de manière quotidienne ou événementielle. Elles transitent donc par des individus qui sont en partie autonomes. (Il n’existe pas de connaissance sans cerveau humain pour les mettre en forme !) Morin (E) parle de déterminations internes à la connaissance au-delà des déterminations sociales, culturelles, historiques, qu’il prend également en considération.

L’expérience de mobilité des étudiants ERASMUS
Les usages inégalitaires d’un programme d’«échange» Une comparaison Angleterre/ France/Italie
Thèse pour obtenir le grade de DOCTEUR EN SOCIOLOGIEO – UFR Civilisations et Humanités
l’Université AIX-MARSEILLE I & Università degli studi di TORIN