Assiduité et Travail personnel des étudiants Erasmus à l’étranger

By 26 March 2013

4.1.2 De l’assiduité au travail personnel des étudiants Erasmus à l’étranger

Tout d’abord, si nous mettons de côté les différences, fonction des pays d’origine et d’accueil et des aspirations socio-professionnelles des étudiants, plus de 70% des étudiants interrogés dans les trois universités expriment un suivi assidu et régulier des cours et/ou TD. Toujours moins de 5% disent ne pas s’y être rendus ou rarement. Ensuite, si nous nous intéressons aux divergences entre universités, ce sont les étudiants Erasmus bristoliens qui, sans surprise, sont les plus nombreux à avoir indiqué « occasionnellement » comme degré de fréquence (11%). S’intéresser, ensuite, au travail personnel à la maison de manière comparative pour les trois universités étudiées, avec celui effectué un an avant le séjour déclaré par les mêmes individus, permet de souligner aussi les différences entre étudiants Erasmus, reflétant les enjeux variables du séjour suivant les pays. Alors que les écarts d’investissement51 dans les études sont relativement faibles pour les turinois (toujours moins de 5 points), les bristoliens sont beaucoup plus nombreux a avoir déclaré un travail personnel nettement moindre à l’étranger, comme le souligne le tableau 43 suivant. De même si nous croisons ces résultats avec les destinations des étudiants, il ressort qu’être italien et se rendre en Angleterre ou en Allemagne est souvent synonyme de travail équivalent ou supplémentaire et qu’être anglais et se rendre en Italie ou en Espagne, au contraire, va de pair avec un faible investissement en temps dans le travail universitaire.

Tableau 43 : Temps de travail personnel estimé (en moyenne) par semaine, des populations Erasmus avant et pendant le séjour Erasmus -en 2004-2005- (en pourcentage)

(à la maison ou en

bibliothèque)

Université de

Provence

Université de

Turin

Université de

Bristol

Ensemble

AVANT

Ensemble

PENDANT

AVANT

PENDANT

avant

pend.

avant

pend.

De 1 à 6 heures

24,5

33,8

17,3

21,4

7,3

48,8

18,1

32,8

De 6 à 10heures

43,9

33,8

41,0

36,2

35,4

31,7

40,9

34,1

De 11 à 20heures

20,0

22,7

29,9

27,6

50,0

19,5

30,2

23,7

Plus de 20heures

11,6

9,7

11,8

15,0

7,3

0

10,8

9,4

TOTAL (N)

100

(155)

100

(154)

100

(127)

100

(127)

100

(82)

100

(82)

100

(364)

100

(363)

= 4,8 p < 0, 20 = 1,5 p < 0, 70 = 42,3 p < 0, 001 = 20,8 p < 0, 001
Le tableau se lit ainsi : 24,5% des étudiants sortants de l’Université de Provence en 2004-2005, ont déclaré de 1 à 6 heures de travail personnel à la maison ou en bibliothèque, l’année précédant leur séjour Erasmus. Source : enquête par questionnaire

51 Ecart entre l’investissement l’an précédant le séjour et durant le séjour Erasmus. 188

Si nous nous en tenons maintenant au seul sentiment des étudiants d’avoir moins travaillé, autant ou davantage que dans leur pays d’origine, nous retrouvons la marque de fabrique «Erasmus » estampillée par les médias et reprise de bon cœur par les protagonistes. Avoir le courage de partir, réussir sans travailler grâce à un don individuel n’est-ce pas valorisant ? Ceci ne permet-il pas de justifier d’une certaine position sociale actuelle et future? Relevons tout de même qu’« avoir moins travaillé » est cité par moins d’un étudiant sur deux à Turin et à l’université de Provence. Et qu’une part non négligeable, entre 20% et 30% suivant les pays, disent avoir travaillé davantage que l’année précédant leur départ. Les expériences Erasmus se déroulent donc bien à partir d’une activité académique, qui s’étend vers d’autres domaines, évoquant l’immersion dans un contexte de vie étranger.

Tableau 44 : Temps de travail estimé dans l’université d’accueil/université d’origine, par les étudiants Erasmus à leur retour à l’UP, de l’UT, de l’UB -2004-2005- (en pourcentage)

« vous pensez avoir travaillé : »

UP

UT

UB ENSEMBLE

Moins

44,5

36,2

50,0

42,8

Autant

28,4

35,4

28,0

30,8

Plus

27,1

28,4

22,0

26,4

TOTAL

100

100

100

100

(N)

(155)

(127)

(82)

(364)

= 4,6 p < 0, 50

Le tableau se lit ainsi : 44,5% des étudiants sortants de l’Université de Torino (UT) en 2004-2005, ont déclaré avoir travaillé moins pendant leur séjour Erasmus que l’année précédente. Source : enquête par questionnaire

Après le suivi des cours, vient le temps des négociations sur les modalités d’évaluation. Certains étudiants Erasmus demandent des « extensions », c’est-à-dire un prolongement du temps alloué aux autres étudiants pour réaliser un devoir, un dossier, d’autres se contentent de respecter strictement les règles du lieu et du jeu. Les décisions qui émanent des discussions restent bien souvent entre l’étudiant Erasmus et son professeur, et échappent cette fois-ci aux responsables pédagogiques des départements. C’est pourquoi, selon les pays et les individus en présence, les résultats des négociations peuvent être bien différents. Ainsi, des étudiants disent avoir participé à tous les cours et avoir rendu tous les devoirs exigés, semblablement aux étudiants natifs et d’autres, avoir eu affaire à l’indulgence des professeurs, qui leur ont permis de bénéficier d’un régime de faveur.

L’expérience de mobilité des étudiants ERASMUS
Les usages inégalitaires d’un programme d’«échange» Une comparaison Angleterre/ France/Italie
Thèse pour obtenir le grade de DOCTEUR EN SOCIOLOGIEO – UFR Civilisations et Humanités
l’Université AIX-MARSEILLE I & Università degli studi di TORIN