Politique culturelle et durabilité : management de projet durable

By 24 February 2013

“… de la politique culturelle rime avec impact ponctuel tant au niveau local que dans la philosophie et l’économie de la durabilité. Comment interroger un événement ponctuel (de quelques jours à quelques mois) sur la durée et son implication en faveur qui plus est d’un développement durable ? L’approche est complexe …”

Université d’ARTOIS
UFR EGASS

Master 2 Professionnel, Développement des Territoires, Aménagement, Environnement

Politiques Culturelles Et Durabilité :
Introduction au management de projet culturel et durable

Romain PLICHON

Sous la Direction Universitaire de Madame Anne-Charlotte TAILLANDIER
Sous la Direction Professionnelle de Monsieur Thomas WERQUIN

Année Universitaire
2010/2011

« La culture ne s’hérite pas, elle se conquiert »
André Malraux

Table des abréviations :
CGLU : Cités et Gouvernements Locaux Unis
EPCI : Etablissement Public de Coopération Intercommunale
FMI : Fond Monétaire International
GIEC : Groupement International d’Expert sur le Climat
ONU : Organisation des Nations-Unies
PNUE : Programme des Nations-Unies pour l’Environnement
PNUD : Programme des Nations-Unies pour le Développement
PIB : Produit Intérieur BrutSMOB : Scène Mobile en campagne
UNESCO : Organisation des Nations Unies pour l’Education, la Science et la Culture

Remerciements :
Nombreuses sont les personnes à remercier dans le cadre d’un travail de recherche de longue haleine tel que celui présenté en complémentarité d’un premier mémoire de recherche consacré aux liens unissant la culture et le développement durable préparant, je l’espère à la recherche universitaire de troisième cycle.

En tout premier lieu et traditionnellement, je tiens à présenter toute ma reconnaissance aux enseignants de l’UFR EGASS dont l’ouverture d’esprit, la compréhension et la vision interdisciplinaire m’ont permis d’adapter mon parcours de formation aux aspirations fortes qui étaient miennes. Parmi ces enseignants, tout particulièrement Monsieur Jérôme Longuepée sans qui mon intégration au sein de l’UFR EGASS n’aurait pas été possible mais également Madame Muriel Périsse qui, m’ayant accompagné dans l’encadrement pédagogique des recherches de Master 1, est clairement à l’origine de cette renaissance universitaire tant au niveau thématique que philosophique. Je tiens également à citer dans ces remerciements Monsieur Olivier PETIT qui a accepté de m’encadrer dans le cadre du mémoire de recherche de Master 2 Création Développement des PME PMI toujours présent pour échanger lors du travail réalisé et ici présenté ainsi que Monsieur Philippe DUEZ. Enfin, de chaleureux remerciements envers Madame Anne-Charlotte TAILLANDIER et une réelle reconnaissance pour la sincérité de son accompagnement qui m’inspirera et me guidera encore longtemps. Que cette première collaboration soit le gage de nombreuses autres dans l’avenir.

Plus professionnellement, je redis ici toute mon amitié, ma reconnaissance et ma fierté de travailler aux cotés d’un brillant docteur en économie de la culture tel que Thomas Werquin, président du bureau d’études et de recherches AxeCulture. Que cette étude universitaire renforce notre expertise mutuelle, fruit de travaux commun dans un avenir, qui, j’en suis certain, est très proche. Une mention particulière aux consultants avec qui le travail s’organise dans le cadre de l’évaluation de Béthune 2011, capitale régionale de la culture et qui ont su répondre présents pour échanger et débattre de certains points avancés dans ce travail. Une pensée sincère pour Diane Mazuel, chargée de mission Agenda 21 pour Artois Comm qui me fait l’honneur de préfacer ces travaux, en souvenir d’une riche collaboration professionnelle et de la perspective de nombreuses autres.

Pour leur présence, leurs encouragements et parfois leur aide, je remercie chaleureusement l’ensemble des étudiants de Master 2 Création Développement des PME- PMI ainsi que les futurs développeurs territoriaux que sont les étudiants en Master 2 Développement des Territoires, Aménagement et Environnement de l’Université d’Artois.

Enfin, de sincères remerciements aux proches amis (qui recoupent parfois les précédents remerciements), à Vanessa ma fiancée ainsi qu’aux membres attentifs de ma famille qui ont su, durant de longs moments m’écouter avec intérêt, faire leurs propositions et relire certaines épreuves.

Préface du mémoire de recherche

Longtemps oubliée des politiques locales de développement durable, la culture s’est affirmée au cours de la dernière décennie comme un formidable levier de durabilité des territoires. Désormais consacrée comme 4ème pilier du développement durable, elle porte à elle seule l’ensemble des attentes soulevées par le concept, tout en confirmant la dimension profondément humaine de celui-ci, tournée vers l’épanouissement de chacun, aujourd’hui et demain.

Le déploiement d’ « éco-festivals » ces dernières années a en effet consacré le poids de la culture comme vecteur de changement et de développement local durable, mettant en lumière ses capacités à générer attractivité, dynamisme, créativité, diversité, lien social, développement économique, solidarité mais également conscience collective et sens des responsabilités à travers l’envoi de messages positifs auprès d’une audience toujours plus large.

Fortes de ces expérimentations, qu’elles ont massivement soutenues et encouragées, les collectivités territoriales françaises s’engagent toutefois encore timidement vers des politiques culturelles aux engagements de durabilité affirmés de type Agenda 21 de la culture, préférant encore trop souvent laisser ces préoccupations aux manifestations ponctuelles portées par les acteurs culturels locaux.

Or le développement durable ne peut être que s’il est porté à toutes les échelles et par tous les acteurs d’un territoire, et il en va de même pour des politiques culturelles durables. C’est dans cette perspective, et dans le sillage de la réussite de Lille 2004, que le Conseil Régional du Pas de Calais, la Communauté d’Agglomération de l’Artois et la ville de Béthune se sont associées pour monter un projet culturel ambitieux, Béthune 2011 Capitale Régionale de la Culture, pensé pour allier la force de frappe de l’évènementiel et la perspective de long-terme d’une politique culturelle durable. Non sans soulever certaines réticences, la culture étant encore largement considérée sur les territoires comme un divertissement fastueux quelque peu déplacé en période de difficultés financières. Pourtant, à travers cet évènement, c’est bien le développement durable du territoire qui est pensé, Béthune2011 ayant comme objectif de remobiliser les habitants autour des arts et de la culture, de soutenir les acteurs culturels locaux, de restaurer et faire découvrir le patrimoine et les lieux de diffusion culturelle,… dans la perspective d’une revalorisation auprès de ses habitants et des secteurs alentours d’un territoire souvent considéré sinistré, et de développer son attractivité, et donc d’assurer son déploiement économique, dans une perspective de développement durable.

Afin de se conformer à ces objectifs de pérennisation, les porteurs du projet ont fait le choix de faire un pas supplémentaire en faveur du développement durable local, ne se contentant plus de s’appuyer sur la culture comme vecteur de durabilité, mais intégrant ses principes au management-même de ce projet, dans l’optique de garantir sa viabilité sur le long-terme. Car le management durable de projet, qui sous-tend théoriquement toute politique locale de développement durable, doit favoriser la prise en compte des besoins et attentes du territoire et de ses habitants, et par là bénéficier d’une forte légitimité et d’une adhésion collective à un projet dont les effets sont contrôlés, mesurables et rectifiables au fur et à mesure de son avancée et partagés par tous, dans le cadre d’un budget préalablement validé collectivement.

En se concentrant principalement sur les questions d’évaluation de projet et de participation citoyenne, les porteurs de projet sont passés à côté d’autres dimensions du management durable de projet, comme l’identification d’objectifs précis, la prise en compte transversale du développement durable dans ses déclinaisons, etc. La démarche, quoique donc perfectible, a toutefois présenté l’intérêt majeur d’importer sur ce territoire encore réticent en matière de développement durable une expertise certaine dans ces domaines de l’évaluation et de la participation citoyenne, encore majoritairement absentes des politiques culturelles ainsi que des politiques de développement durable françaises les plus avancées.

Si bien que forts de cette expérience et de ses premières retombées économiques, sociales et bien entendu culturelles pour le territoire, il se murmure que les responsables culturels locaux envisageraient d’ores et déjà de s’engager prochainement dans une démarche d’Agenda 21 de la Culture… qui deviendrait alors, contre toute attente, le moteur d’une politique transversale de développement durable.

Diane MAZUEL
Chargée de Mission Agenda 21
Artois Comm.

La réflexion globale qui a dirigé le mémoire de recherche « culture et développement durable » avait une double vocation. La première d’entres elles étant de dresser un portrait robot des liens entre deux notions très complexes que sont la culture et le développement durable. Ces deux éléments de réflexion conjoints ont laissé apparaitre d’importantes possibilités de synergie et d’applications empiriques sur lesquelles il est utile de revenir dans ce second mémoire. Il convient avant tout de noter combien culture et développement durable sont potentiellement les leviers de management possibles d’une démarche culturelle imbriquée dans le développement durable. L’étude de ces liens qui constitue la problématisation principale axant la recherche permet, comme toute réflexion correctement menée, d’envisager de nouvelles perspectives de recherche et surtout d’application très factuelles sur le terrain. En ce sens, il convient de revoir le paradigme de l’événementiel comme un nouveau processus de déclinaison de la culture en tant qu’objet de développement local et aussi et surtout de développement durable.

La démarche de recherche et de réflexion est donc à mener sur deux fronts : la considération de l’événementiel culturel en tant qu’objet de politique culturelle à part entière et peut être même comme une évolution des politiques culturelles territoriales ainsi que sur sa définition au regard du développement local et durable. Faire le choix de l’événementiel culturel comme peut l’imager l’exemple de Béthune 2011, capitale régionale de la culture et plus généralement le principe de capitale régionale de la culture est un parti pris qui peut s’expliquer simplement. Les démarches mercatiques et prospectives des territoires en matière culturelle sont avant tout de nature événementielle. Une typologie des politiques culturelles non événementielles serait à mener pour se rendre compte de la prépondérance de l’événementiel dans cette nouvelle considération de la culture comme moyen de développement local et durable. Il semble que cette notion d’événementiel, de tendanciel voire de communicationnel répond à l’évolution des sociétés à l’heure d’une mondialisation plus que jamais effective, d’une médiatisation et d’une société de l’information développée à l’extrême ainsi que l’entrée quasi définitive dans une économie dite de la connaissance, dématérialisée pour sa majorité et dont, au regard notamment du poids économique de l’industrie et du champs culturel, l’importance n’est plus à démontrer. Cependant, une étude des déclinaisons événementielles des politiques culturelles est un premier travail à effectuer ne serait ce que pour prendre conscience de la prépondérance de ce genre de démarche, l’étude des politiques culturelles mais également des habitudes culturelles des Français peut constituer une bonne base à ces travaux primaires à une réflexion plus large sur le sujet. Une fois la légitimité de l’approche événementielle attitrée, il conviendra par la suite d’inscrire cette orientation culturelle dans son approche visant un développement local et durable. La question mérite en effet d’être posée dans la mesure ou l’événement ponctuel comme élément constitutif de la politique culturelle rime avec impact ponctuel tant au niveau local que dans la philosophie et l’économie de la durabilité.

Comment interroger un événement ponctuel (de quelques jours à quelques mois) sur la durée et son implication en faveur qui plus est d’un développement durable ? L’approche est complexe dans la mesure où il s’agit de mener une réflexion qui se base finalement sur une triple réflexion dont aucune n’est légitime par nature. Ainsi, cette proposition s’axe autour de trois éléments à prendre en compte graduellement. En premier lieu, comment et pourquoi inscrire durablement et générer des impacts de long terme en se basant sur une pratique culturelle pouvant être événementielle, par nature de courte durée (au regard de l’histoire du territoire) ? Une fois ce paradoxe temporel et de paradigme résolu, il faudra développer une recherche permettant de noter dans quelle proportion et avec quels outils de jugement ces impacts peuvent influencer le développement local du territoire accueillant cette événementiel culturel ? Enfin, comment manager ces ambitions multiples et les orienter en faveur d’un développement local qui bien que basé sur une notion ponctuelle car événementielle, s’inscrit dans la durabilité, dans le respect des notions du développement durable et fait sien les liens encore à décliner entre culture et développement durable ? Les potentialités de recherche sont très importantes et devront se baser sur un ensemble de postulats qui, démontrés graduellement, favoriseront une démarche culturelle, événementielle, créatrice d’externalités locales positives qui plus est inscrites dans la durabilité et vecteur d’un nouveau type de politique culturelle…

Désirer une finalité qu’elle soit complexe ou simple demande forcement une démarche systémique d’encadrement qu’il convient ici de considérer comme le management. L’ensemble des nouvelles problématiques de recherche ici présentées ouvrent la voie à une notion nouvelle de management de projet événementiel, culturel et durable. Le management au regard de notre angle d’analyse pourrait être considéré comme un ensemble de techniques d’organisation et de gestion des ressources, d’objectifs et de moyens visant à obtenir une performance en adéquation avec les ambitions territoriales d’un porteur de projet. Il semble donc que le management de projet événementiel se voulant durable et vecteur de développement local de long terme est un impératif préalable à la démarche de recherche ici proposée. Ce management d’un nouveau genre n’est pas forcement légitime de nature pour de multiples raisons. Bien que la notion de management et avec elle son efficience est forcément en osmose avec son contexte managérial global, la philosophie particulière du domaine culturel se fait tenir à distance les démarches traditionnellement engagées en terme de management. En ce sens, il convient d’écrire un nouveau type de management doublement adapté au milieu qu’il prétend gérer. Doublement adapté tout d’abord au domaine public en général qui relève lui-même d’une certaine approche méthodologique. Cette démarche déjà différente d’un management d’entreprise par exemple se doit d’être adaptée et mise en adéquation avec la nature particulière des politiques culturelles (cette méthodologie « d’acceptabilité culturelle » est à relier aux conclusions générales du précédent mémoire de recherche). En effet, à l’image des constatations faites concernant la diversité culturelle ou l’écriture de projets culturels en accord avec la culture locale, la démarche managériale se doit d’être respectueuse des particularités du milieu. Or, pour en être respectueuse, ces particularités qui devront conditionner la politique managériale devront être définies en détail afin de fixer le cadre et le contexte de ce management nécessaire mais devant s’écrire en respect et en adéquation avec le milieu dans lequel elle prétend s’appliquer. Faire tomber les murs, les limites et les considérations sont quelques unes des responsabilités qui incombent à la recherche. Ainsi, même si le fond de cette politique managériale culturelle n’aura rien en commun avec un management d’entreprise, mêler management et politique culturelle dans une optique de durabilité suscitera certainement des réactions particulières. En ce sens, une adaptation et une définition des besoins, de la nature et des attentes d’un événementiel culturel durable conditionnant son management est un des premiers travaux à effectuer en profondeur. Ce management, après avoir été défini et imbriqué dans son contexte, devra se baser sur certaines démarches bien précises dont deux sont particulièrement notables : l’évaluation des politiques culturelles au regard du développement durable ainsi que le renforcement de la dimension participative des projets culturels qui sont autant de biais managériaux envisageable mais dont il s’agit ici de dresser l’essentiel des potentialités.

Ainsi, il convient dans un tout premier temps d’étudier les liens qui régissent les relations entre les notions distantes mais finalement très complémentaires que sont la culture et le développement durable. Ce première approche globale permettra la compréhension de la philosophie d’action qui anime ce travail de recherche. Dans un second temps, les interprétations de politiques culturelles et événementielles seront interrogées l’une au regard de l’autre et dans un esprit de définition et d’éclaircissement d’une thématique encore empreinte d’une forte dimension politique et stratégique. Il s’agira notamment de pouvoir articuler les relations complexes entre la politique et l’événement culturel en basant la réflexion sur un travail approfondi de définition et de confrontation de ces deux éléments a priori si proches. La proposition phare de ce travail de recherche, à savoir la définition d’un management des politiques culturelles dans une optique de durabilité occupera la troisième partie de cette réflexion globale. En ce sens, la mobilisation d’outils théoriques managériaux au service d’une approche plus empirique sera proposée. Il conviendra de pouvoir y mettre en exergue les éléments managériaux ainsi proposés en prenant notamment comme base l’action menée et envisagée dans le cadre Béthune 2011, capitale régionale de la culture, d’un point de vue tant managérial, participatif qu’évaluatif. Cette dernière partie aura également vocation à présenter les potentialités de recherches ainsi mis au jour par l’ensemble du travail ici présenté.

Sommaire :

  1. Définitions de la culture, Origines et débats autour de la culture
  2. Une affirmation anthropologique et sociologique de la culture
  3. Le développement durable comme construction culturelle
  4. Liens entre culture et développement durable, Diversité culturelle
  5. Une dimension culturelle de la notion de développement durable
  6. Emergence d’un lien progressif entre culture et développement durable
  7. La culture : Outil de marketing territorial et de développement durable
  8. La culture au service du lien social
  9. La culture : Objet de développement durable Agendas 21 culturels
  10. Définition de la politique culturelle en France
  11. Les politiques culturelles : un poids politique sans équivalent
  12. La durabilité au sein des politiques culturelles
  13. Définition et typologie des démarches événementielles
  14. La politique culturelle : la fin d’un mythe ?
  15. L’événementiel comme évolution des politiques culturelles ?
  16. Béthune 2011 : politique culturelle ou événementielle ?
  17. Enjeux et perspectives de la démarche événementielle Béthune 2011
  18. L’organisation de Béthune 2011
  19. Le management durable de la politique culturelle : une vision
  20. La notion de management public
  21. De la nature du milieu culturel et d’un management particulier
  22. Evaluation de projet culturel au regard du développement durable
  23. L’évaluation d’un événement culturel au regard de la durabilité
  24. L’émergence du concept de participation, vecteur de management
  25. La dimension participative des politiques culturelles

Sommaire :
Introduction générale
Chapitre I : Culture et développement durable : un préalable à la réflexion
1.1 Définitions et mise en contexte des deux thématiques
1.2 Mise en perspective des liens entre culture et développement durable
1.3 Externalités et potentialités de ce nouveau paradigme
Chapitre II : Politiques culturelles et événementielles : définition, contexte et enjeux
2.1 Les politiques culturelles en question
2.2 La démarche événementielle en question
2.3 Une vision empirique : Béthune 2011, capitale régionale de la culture
Chapitre III : Pour un management durable de la politique culturelle
3.1 Le management de la politique culturelle : une vision
3.2 L’évaluation au regard du développement durable
3.3 La participation, vecteur de management
Conclusion